Syrie : le calvaire d’Alep !

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Vendredi 18 Avril, le téléphone sonne. Une voix amie injoignable depuis des lustres : « Ne t’étonnes pas si nous sommes coupés. Plus que quelques minutes et ma batterie sera déchargée pour Dieu seul sait combien de temps… Depuis deux jours, nous n’avons plus eau, ni électricité. C’est vraiment l’Enfer !

Hier, toute la ville a tremblé. Tout a bougé. "Ils" sortent de partout comme des cafards ! Il paraît qu’"ils" ont miné les souterrains de la ville. Alors, tu imagines la terreur des gens entre le sol qui se dérobe sous leurs pieds, les obus de mortier qui leur tombent sur la tête, le vacarme continu nuit et jour des explosions, les hurlements lointains des victimes ou des assaillants…

Hier, nous prenions le café chez Mme… Te rappelles-tu d’elle ? Oui, elle est toujours à Alep. Elle ne veut pas quitter. Nous non plus, nous ne quitterons pas et advienne que pourra. Nous sommes "chez nous"… Je te disais donc que nous prenions le café, et boom ! Des éclats de verre et de poussières autour de nous et un trou béant devant nous… Non, non, ne t’inquiète pas pour nous. Rien de grave ! Quoi que je dois t’avouer que, cette fois-ci, tout le monde est sérieusement inquiet et moi, je ne comprends plus ce monde. Ils veulent nous étouffer !

Tu sais, là où nous sommes, nous avons beaucoup de chance par rapport à d’autres. C’est surtout les quartiers Al-midane, Al-sleimaniyé, Al- azizié, Al-jabriyé, Al-hamidiyé… qui sont à plaindre. Mais ils sont plus loin de nous. Les malheureux ne cessent de se déplacer, mais où veux-tu qu’ils aillent ? Nous sommes cernés de tous les côtés.

Ce n’est pas de la propagande de dire que les Arméniens sont ciblés une deuxième fois par nos "voisins de malheur". Mais, en réalité, nous sommes tous ciblés. Quand je pense que la France est complice de ce qui nous arrive… Passons, je ne voudrais pas te peiner plus que tu ne l’es.

Oui, il y a beaucoup de dégâts et surtout des blessés. Le neveu d’un militaire, qui a eu à faire à "eux", me racontait qu’"ils" sont autrement plus vicieux et entraînés que les précédents. Ils ne parlent pas arabe et seraient en majorité des Tchétchènes. Il paraît qu’ils n’ont pas leur pareil pour viser les jambes des passants… Cette ville que tu disais "somptueuse" est grandement détruite à présent. Pourvu qu’"ils" ne réussissent pas à faire sauter notre Citadelle comme "ils" nous ont menacés de le faire !

Et dire que nous commencions à respirer. Après tout ce que nous avions subi [1], tu aurais vu les étals des magasins débordant à nouveau de fruits et légumes, les rues et les routes nettoyées en un temps record, les policiers dans leur tenue impeccable, les camions de ravitaillement arrivés par centaines de tous les coins du pays, les boulangeries remises en marche et le pain, le riz, le sucre… distribués par les autorités et les associations des différentes chambres de métier, l’abnégation des soignants dans les hôpitaux bondés de blessés… C’est de nouveau la pénurie, et elle est partie pour être pire que la précédente. Heureusement, restent des conserves et le pain ne manque pas, mais pour combien de temps ? Le plus dur est le manque d’eau et d’électricité. Les installations à peine réparées, "ils" trouvent le moyen de les saboter.

Oui, il y a des morts parmi les civils, mais c’est parfois pire… tellement de blessures graves ! Je pense que ce n’est pas pour rien qu’ils ont remis ça, avant les fêtes de Pâques. Il nous est interdit d’espérer. Ils veulent nous faire peur, alors que nous sommes déjà suffisamment terrorisés. Moi, je ne sais plus. Je dirai que je suis plutôt écœurée. Ils veulent Alep, c’est clair ! Ils auront du mal, car j’ai l’impression que tout ce qui s’y passe est finalement positif… une réconciliation… une solidarité… ». Coupé !


Ils veulent Alep ! C’est clair, en effet. En janvier 2013, « les larmes aux pieds », c’est son expression, BHL lançait son fameux slogan : Sauvez Alep !… « Les dirigeants occidentaux savent-ils qu’Alep est l’une des plus anciennes et des plus glorieuses métropoles de la planète ?… Alep n’appartient pas à la Syrie mais au monde… Il reste très peu de temps pour sanctuariser Alep », disait-il [2].

Mis à part qu’il prétendait que la ville était livrée « aux escadrons du Hezbollah » en préparation de toutes les foutaises qui allaient suivre, il fallait comprendre qu’Alep allait tôt ou tard vivre son "chemin de croix" comme toute ville à laquelle il s’est si humainement intéressé… La liste est longue et ne semble pas devoir s’arrêter à Kiev l’ukrainienne, pendant qu’on détourne les regards d’Alep la syrienne, livrée à la cruauté des "néo-ottomans" avec la bénédiction des anciens colonisateurs et de tous les "néo-cons" traditionnels ou convertis.

Il semble que leur unique souci, éminemment humanitaire, leur dicte que c’est « Homs qu’il faut sauver », et le vieux Homs plus exactement. Sans doute parce qu’aujourd’hui, les gazoducs [3] qui devaient la traverser font encore plus "rêver" pour casser le monopole gazier russe en Europe. Et, comme par le passé, Alep servira à rétribuer la coopération d’un gouvernement turc, en l’occurrence le gouvernement d’Erdogan "le pilleur" et de ses sbires, toujours pas rassasiés des pillages de ses usines, de ses mosquées, de ses églises, de ses trésors archéologiques, sans parler du pétrole syrien.

Quoique, sur ce dernier point le gouvernement turc bénéficierait de circonstances atténuantes, vu qu’en juillet 2013 c’est l’Europe qui a levé "partiellement" l’embargo pétrolier avec la Syrie [4], « les ministres européens des Affaires étrangères souhaitant ainsi aider les rebelles syriens, qui contrôlent une partie des champs pétroliers »… les fameuses "zones libérées" pour nos dirigeants ! Autant dire que l’Europe a levé cet embargo au profit du terrorisme international. Bénie soit-elle, car désormais les terroristes pourront devenir autosuffisants et n’auront même plus besoin d’être financés par les véritables états voyous !

Sauvez Homs et oubliez Alep ! Sinon, comment faut-il comprendre la fixation des atlantistes et de leur dévoué émissaire, M. Lakhdar Brahimi, sur le sauvetage de Homs, et seulement de Homs, alors qu’Alep et sa région subissent, depuis le 15 Février 2014, des tentatives d’invasion permanentes par tous les zombies du monde soutenus militairement par l’armée turque [5] ?

N’est-ce pas ce qui ressort des regrets de M. Brahimi concernant l’interruption des négociations à Homs, abstraction faite de tout le reste du pays [6] ? Regrets en accord avec les attentes du porte-parole de la France suite à la énième réunion, à huis clos, des Nations Unies le 17 avril 2014 : « Nous sommes très préoccupés par la situation à Homs, ville martyre assiégée par le régime de Bachar Al-Assad. Nous appelons à la mise en place immédiate d’une trêve permettant l’évacuation des civils. Cette évacuation doit se faire dans le respect du droit international humanitaire, à la différence de ce qui s’est produit en février lorsque le régime a retenu des centaines de personnes, dont des enfants » [7]. Parfait !

D’ailleurs, une agence Koweitienne semble disposer de plus amples renseignements sur le sujet [8]. Elle rapporte que le porte-parole de M. Fabius était M. Romain Nadal, celui-là même qui nous expliquait, fin janvier 2014 sur France 24 [9], combien notre ministre des Affaires étrangères tenait à engager une nouvelle page de l’histoire de la Syrie, par un gouvernement transitoire doué des pleines compétences « sans Bachar al-Assad qui souhaite anéantir une partie de son propre peuple, comme il l’a dit à plusieurs reprises » !!! C’est dans quelle langue que cela aurait été dit par le Président syrien ?

Qui n’a pas encore compris qu’il leur faut absolument détruire l’État syrien et disloquer la Syrie, en nous servant les arguments éculés d’un gouvernement provisoire à leur botte et d’une responsabilité de protéger qui a démoli tant de vies ?

Qui, en France, a entendu la réponse de M. Bachar al-Jaafari [10], délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies, aux allégations de M. Nadal sur le "vieux Homs" où sont rassemblés des terroristes et moins de 200 civils qui n’ont pas voulu ou n’ont pas pu profiter de l’offre des autorités syriennes en février, soit parce qu’ils faisaient partie de leurs familles, soit parce qu’ils les menaçaient, tandis qu’il y a des milliers de citoyens syriens qui souffrent à Kessab, des millions à Alep, et des millions à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie dont ils se fichent éperdument ?

Qui l’a entendu s’indigner de la livraison de missiles antichars TOW de fabrication américaine aux terroristes wahhabites takfiristes, que les atlantistes s’entêtent à présenter comme une armée syrienne libre qui n’a que la liberté de trahir le peuple et l’État syrien ?

Qui l’a entendu parler de l’achat à prix dérisoire, par l’Union européenne, de pétrole et de gaz syriens auprès des organisations terroristes par l’intermédiaire de VRP turcs ?

Qui voudra entendre les gens d’Alep en ce samedi 19 Avril 2014, veille d’un jour particulier dans la mémoire de l’humanité ?

Mouna Alno-Nakhal, le 19/04/2014

Voir en ligne : Sur le site mondialisation.ca

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