Sortir du fissile n’est pas climato-compatible ! Non à la scission d’EDF !

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Un article utile d’une responsable de la CGT Energie paru dans le monde...

La PPE doit prendre en compte les réalités économiques et techniques pour répondre aux enjeux environnementaux et sociaux, estime Marie-Claire Cailletaud, de la CGT.

Le gouvernement doit dévoiler prochainement le contenu de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui tracera la route pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028. Elle fixera la trajectoire de notre mix énergétique en cohérence avec les objectifs de la loi pour la transition énergétique votée en 2015 : réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), réduction de la consommation énergétique, augmentation de la part des énergies renouvelables (ENR) et diminution de la part du nucléaire (contestée par ailleurs comme le démontre le dernier rapport de GIEC).

Depuis 2015, nous pouvons déjà tirer quelques leçons : les émissions de GES de la France ont augmenté, principalement du fait du secteur des transports, et la diminution de la consommation énergétique n’est pas à la hauteur prévue pour atteindre les objectifs. Il y a peu de chances, si l’on continue ainsi, d’atteindre la neutralité carbone en 2050, alors que la France s’y est engagée en ratifiant l’accord de Paris issu de la COP21.

Rappelons qu’il est bien ici question d’énergie, et non pas de la seule électricité, qui ne représente que 23 % de l’énergie consommée, et qui est déjà largement décarbonée en France de par les choix historiques d’utiliser l’hydraulique et le nucléaire pour sa production.

Le débat devrait donc tourner essentiellement autour des questions suivantes :
- Comment répondre à l’enjeu majeur de la conversion du secteur des transports, qui représente plus du quart de la consommation d’énergie et se trouve être le plus gros émetteur de GES ?
- Avec quelle filière professionnelle et quels moyens financiers isoler les bâtiments existants pour améliorer l’efficacité énergétique et diminuer la consommation ?
- Comment faire plus et de meilleures recherches pour optimiser les process de production et faire sauter les verrous technologiques existant sur le stockage massif afin de mieux utiliser les énergies intermittentes ?
- Comment valoriser les matériaux et les métaux pour que nos choix soient possibles et pérennes ?
- Comment permettre aux citoyens et salariés de s’emparer de ces sujets structurants ?

D’autres enjeux que le nucléaire

L’énergie est la base de notre développement. Elle est essentielle pour l’industrie, qui est à la peine en France ; elle est essentielle pour les usagers, alors que notre pays compte 12 millions de précaires énergétiques.

La PPE doit permettre de fixer une trajectoire ambitieuse de réduction des GES, de garantir la sécurité énergétique, de conforter les atouts de la France et d’élaborer un mix énergétique qui réponde aux besoins du pays. Elle doit impérativement s’accompagner, comme prévu par la loi, d’un plan de programmation des emplois et compétences lié aux transitions énergétiques. Faute de cela, ce serait un très mauvais signal si l’objectif est bien de rechercher une transition juste et solidaire.

Il faut embrasser simultanément tous ces sujets et ne pas laisser le débat s’enfermer dans la seule question de l’avenir du nucléaire, même si celle-ci est extrêmement structurante. A ce propos, et alors que tout le monde loue à juste titre le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui nous alerte sur la nécessité de prendre des mesures fortes et immédiates pour arriver à contenir le réchauffement climatique, très peu d’observateurs ont relevé que, dans tous les scénarios élaborés par le GIEC, le nucléaire occupe une part jusqu’à 4,5 fois supérieure à celle d’aujourd’hui dans la production mondiale d’électricité…

Sortir du fissile n’est pas climato-compatible.

La France, qui a encore des compétences précieuses en la matière, porte une responsabilité particulière. Il est donc plus que jamais d’actualité que la PPE prenne en compte les réalités techniques et économiques pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux et se débarrasse des points de vue idéologiques.

Trente ans de déréglementation du secteur de l’énergie ont conduit à sa déstructuration, à l’affaiblissement des énergéticiens européens, à la fragilisation de la sécurité et de notre indépendance énergétique – qui a diminué de 2 points en 2016 – et à l’augmentation des coûts.

Les prix volatils du marché, inférieurs aux coûts de développement de nouvelles capacités, sont incapables de donner les signaux nécessaires pour les investissements.
Nombre d’exemples montrent que, dans cette logique, seuls survivent les investissements fondés sur une régulation publique ou des contrats de long terme, comme c’est le cas dans les réseaux régulés et pour les énergies renouvelables qui bénéficient de tarifs de rachat avantageux pendant vingt ans.

Non à la scission d’EDF

Dans ce contexte, il serait désastreux que les bruits de couloir annonçant la scission d’EDF deviennent réalité. Les scénarios construits par les milieux financiers l’ont été sans tenir compte de l’outil industriel et de ses salariés. Les problématiques de valorisation boursière sont la raison fondamentale avancée pour justifier les projets de démantèlement. Les besoins d’investissement considérables d’EDF seraient l’argument pour justifier les scénarios évoqués. Mais garantir simultanément des dividendes élevés et une forte valorisation boursière du titre est peu compatible avec les besoins d’investissements très lourds et à très long terme d’une entreprise comme EDF.

Répondre aux enjeux de financement à long terme incite à rechercher des modes de financement alternatifs, comme le propose la CGT, à travers la création d’un pôle financier public articulé autour de la Caisse des dépôts et de la Banque publique d’investissement, qui devraient être mises à contribution pour financer les investissements comme le fait la KfW allemande.

Si l’on considère qu’EDF a besoin de visibilité et de régulation pour investir, la scission n’est pas la solution, bien au contraire. Découper EDF et réguler le marché de l’électricité ne vont pas de pair. Cela pourrait créer de grandes difficultés et créer de nouveaux dysfonctionnements, alors que la France et l’Europe ne sont pas à l’abri d’un "black-out".

A contrario, le caractère stratégique de l’énergie implique d’avoir une vision systémique servie par un pôle public répondant aux besoins et aux enjeux du XXIe siècle.

Voir en ligne : Article du journal Le Monde

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