Affirmer le rôle de la Nation contre la Mondialisation capitaliste

Sortir de la mondialisation capitaliste : Pour quel mode de production ? Sur quelle base territoriale ? - Partie 3

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 2%

La mondialisation capitaliste, phénomène social et non pas naturel, n’a pas les vertus qu’on lui prête. Elle est la manifestation :

1) de la crise ayant ébranlé la rentabilité du capitalisme industriel au cours des années 1970 ;

2) de la voie choisie par les classes capitalistes et leurs gouvernements dans le monde pour en sortir à leur seul avantage.

Voici les quatre grandes conclusions auxquelles son étude aboutit :

— 1) La mondialisation capitaliste est un processus capitaliste d’organisation du capitalisme au plan mondial, lancé il y a une quarantaine d’années. Dans ce processus prennent place des pays dits « émergents ». Certains sont dominés par le capitalisme. D’autres proclament leur attachement au socialisme et au communisme. Cela dit, la mondialisation actuelle est dominée par les forces économiques et politiques du capitalisme. C’est pourquoi il faut la désigner pour ce qu’elle est, mondialisation capitaliste, et non pour ce qu’elle n’est pas, la mondialisation.

— 2) La mondialisation capitaliste, qui visait à sortir le capitalisme de la crise, est, en réalité, en crise permanente. Car les systèmes nationaux de sécurité économique mis en place dans les pays développés entre 1950 et 1970 ont été détruits ou sont en cours de destruction, sans qu’un système mondial de sécurité les ait remplacés. Aussi peut-on dire que, désormais, l’économie mondiale est à la dérive. Elle flotte sur le bateau ivre et sans boussole des entreprises géantes "libres" et de l’impérialisme américain, lui aussi "libre" et "déchaîné".

— 3) La mondialisation capitaliste s’accompagne d’un certain développement économique parce qu’elle coïncide avec la volonté de développement de plusieurs très grands pays réalisant leur révolution industrielle. Mais il s’agit d’un avantage « collatéral » inattendu car la mondialisation capitaliste est fondamentalement de type régressif. En effet, le degré atteint de complexité économique, nécessite la mise en place d’un mode de production nouveau, réellement productif pour les populations et démocratique dans son organisation et son fonctionnement. On en perçoit le contour et les possibles finalités. Mais la mondialisation capitaliste empêche d’avancer dans cette direction.

— 4) Il faut donc sortir de la mondialisation capitaliste qui n’a rien à voir avec l’internationalisme prolétarien et qui n’est pas réformable de l’intérieur. Il le faut d’autant plus que les classes populaires, dans les pays qualifiés jusqu’à présent de "développés", supportent à titre principal le poids économique et politique, extrêmement lourd, de ce processus social. Elles le supportent tant au plan de ses coûts ordinaires de fonctionnement qu’à ceux induits par le non-développement du mode de production en formation. Les catégories sociales ouvrières sont directement et massivement touchées par les stratégies mises en œuvre par les entreprises géantes. Les catégories sociales salariales liées à l’appareil d’Etat le sont de plus en plus par le biais des restrictions drastiques induites sur la dépense publique par le comportement fiscal de ces entreprises.
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Telles sont, à mon avis, les principaux traits de la mondialisation capitaliste. Le paradoxe de la situation, au plan politique, est que les partis qui, en France, se disent favorables aux classes populaires sont impuissants idéologiquement et politiquement devant ce processus. Je tends à croire qu’ils ne le comprennent pas et qu’ils confondent "mondialisation" et "mondialisation capitaliste".

Au-delà des illusions sur leur capacité à faire s’incliner les maîtres du monde devant des arguments raisonnables, il apparaît que les dirigeants du PCF n’ont pas l’intelligence de la lutte politique. En témoigne leur récent soutien à l’opération Front Républicain de Brignoles. En réalité, ils ont honte d’aboutir à la conclusion, qui est pourtant la seule à s’imposer dans le moment présent et pour un temps encore long, savoir qu’il faut mener la lutte au niveau national, la mener pour construire le socialisme d’abord dans notre pays et contribuer à instaurer de nouvelles relations dans le monde entre les nations [1].

Dans la mesure où ils ont honte de penser l’action et l’avenir révolutionnaires au niveau de la nation, des nations, car, disent-ils, ce serait du "populisme", ils refusent de prêter attention aux aspirations nationales des masses populaires et ils laissent ces dernières à la dérive de leurs pulsions spontanées au lieu de les entraîner vers la rationalité du socialisme. Celles et ceux qui pensent "national" ne font pas partie de "leur peuple", ce qui est un comble. Leur peuple, c’est "le peuple de gauche", un peuple sur mesure et de plus en plus réduit ! Ils contribuent ainsi au succès des idéologies nationalistes et xénophobes tout en s’embourbant dans la croyance en la possible transformation de l’Union européenne, qui est la fille de la mondialisation capitaliste. Un jour, ils ou elles paieront le prix de leur acharnement à commettre l’erreur, car perseverare diabolicum. Le malheur est que la note s’alourdit chaque jour et qu’il faudra la partager.

Les historiens et les sociologues diront sans doute un jour, clairement, les causes du désastre aujourd’hui subi par la pensée révolutionnaire. Il est navrant de voir se perdre tant de batailles pour le socialisme et le communisme parce que les classes moyennes nées à l’ombre du capitalisme monopoliste d’Etat ont pris le pouvoir et sont en train d’expérimenter, en guise de comportement révolutionnaire, l’hyper-individualisme de leur idéologie soixante-huitarde. Mais le découragement n’est pas possible et il n’existe pas d’autre voie que la lutte, celle notamment des idées, pour résister à cette idéologie.

Le présent texte poursuit la réflexion que l’investigation de la pensée de Pascal Lamy m’a conduit à entreprendre. Il comprend trois parties.

La première partie est un essai de visualisation rapide, à l’aide des "schémas de la reproduction", du mode de production en formation. L’action révolutionnaire pourrait, me semble-t-il, se donner notamment la perspective de ce mode de production.

La deuxième partie est une interrogation sur l’Europe comme territoire pertinent pour sortir de la mondialisation ou s’en préserver. Elle comprend elle-même deux sous-parties. La première vise à se demander si l’Union européenne peut être ce territoire. La deuxième vise à se demander si ce territoire ne pourrait pas, plutôt, être celui de "l’Europe sociale".

La troisième partie prolonge cette interrogation. Elle repose sur l’idée que, le territoire européen n’étant pas adapté à la perspective d’un nouveau mode de production, le territoire national doit être la base territoriale, et donc politique, de cette transformation. Le fait de considérer la nation comme primordiale aujourd’hui n’a rien à voir avec les idées de "repli sur soi" ou de "peur de l’autre" et autres fantasmes de la gauche soixante-huitarde. Il faudrait évidemment se demander ce que peut signifier le rôle d’une nation comme la France dans un monde marqué par l’émergence de très grandes nations. Mais nous ne le ferons pas dans ce texte, déjà chargé.

En conclusion de cet article, paru en trois livraisons, je dirai également quelques mots de Pascal Lamy, des œuvres duquel je suis parti.

Partie 1 : Nouveau mode de production et schémas de la reproduction

Les schémas de la reproduction, qui occupent une part importante du Capital (Livre II), ont aujourd’hui perdu un peu de leur intérêt. Cela dit, leur étude est toujours d’une grande utilité. Bien des problèmes ont été abordé par leur intermédiaire, par exemple celui dit de « la transformation des valeurs en prix de production ».

Mais je m’en tiens ici à l’essentiel de l’essentiel. Les schémas indiquent les contraintes économiques à l’intérieur desquelles prennent place les relations économiques [2]. Je souhaite montrer (visualiser) à l’aide du tableau 1 ci-dessous, ce qui, selon moi, différencie notre époque de celle de Marx et Engels. Ce que je vais écrire est tout à fait lisible « par quelqu’un qui n’y connaît rien ».

Outre les intitulés des colonnes, ce tableau comprend cinq lignes dont voici la signification. J’ai volontairement repris, pour désigner les composantes de la valeur marchande, les notations de Marx, connues des lecteurs. J’y ai ajouté une colonne pour le stock de capital, noté K.

Ligne 1 : branche des moyens de production et des services aux entreprises. Sur cette ligne apparaissent les composantes de la valeur des marchandises "produits de production" [3].

Ligne 2 : branche des moyens de consommation finale et des services aux ménages. Sur cette ligne apparaissent les composantes de la valeur des marchandises "produits de consommation finale".

Ligne 3 : total de la production marchande (ensemble des biens et des services marchands).

Les schémas de la reproduction étudiés par Marx (et repris par Lénine) portent sur cette première partie du tableau 1. J’introduis deux modifications à ce niveau : 1) les services, 2) la part des impôts dans la valeur des productions des branches productives. Pour décrire notre époque, je pense qu’il faut ajouter à ces éléments nouveaux :

Ligne 4 : la branche des services collectifs. Je ne reprends pas la désignation « services publics » utilisée par la section économique du PCF, car elle est désuète et ne témoigne aucunement de la nouveauté des phénomènes pris en compte.

Il faut également ajouter à ces équations comptables deux relations particulières. La première est celle visualisée entre la ligne 4 et les deux précédentes lignes (ou leur total). La deuxième est celle liant le total de la production marchande et la ligne 4.

A gauche du tableau 1, la flèche montante indique que la branche des services collectifs accroît (ou devrait accroître) la productivité des branches des lignes 1 et 2. A droite du tableau, la flèche descendante indique que les branches marchandes fournissent en impôts le financement de la ligne 4.

Ligne 5 : Total de la production marchande et de la production des services collectifs.

Tableau 1 : Comptabilité nationale simplifiée de la société moderne

Il y a deux façons de prendre en compte la production des services collectifs (branche 3). Je ne fais ici qu’indiquer le problème, sans le discuter. La première façon consiste à considérer que la branche 3 ne fait que consommer (tableau2). Elle ne produit rien. Elle pompe une quantité T* sur le reste de l’économie marchande. Sa production de branche est nulle. La production totale (nationale) est égale à la production marchande. C’est le schéma ressortant du Livre II ou des textes de Lénine. Il en résulte que l’activité étatique est exclue de l’analyse économique. On peut s’en passer.

Tableau 2 : Comptabilité nationale simplifiée de la société moderne (la branche 3 ne fait que consommer)

A mon avis, cette représentation absorbe et dilue l’activité du centre (l’Etat, les services collectifs) dans la production marchande. Cela se conçoit lorsque l’Etat n’intervient que de façon dérivée et secondaire, au plan économique, sur la production totale. Mais maintenant, c’est en tout cas mon hypothèse, il intervient, depuis le CME, de manière active, quantitativement importante, déterminante, directe, dans l’économie. La mondialisation capitaliste modifie les fonctions de l’Etat mais n’en change pas l’importance. Il faut donc, sans modifier le fait que son activité n’est pas productive de valeur marchande, visualiser autrement son intervention dans l’économie (tableau 3). Il faut faire apparaître une production propre de l’Etat, tout en tenant compte de ce que l’Etat est hors-marché.

Tableau 3 : Comptabilité nationale simplifiée de la société moderne (la branche 3 produit sans profit)

C’est ce qui ressort du tableau 3 (identique au tableau 1) et qui correspond aux solutions aujourd’hui retenues en matière de comptabilité sociale. La branche 3 est hors-marché. Elle ne produit pas de profit. Mais elle est quand même partie prenante des relations marchandes en raison de ses dépenses en capital public, en frais de fonctionnement et en salaires. Sa production est donc considérée comme égale à la somme de ses dépenses en facteurs de production [4].

Je ne sous-estime pas l’importance de cette discussion théorique, à poursuivre. Pour l’instant, ma préoccupation est la suivante. Elle vient de ce que, à mon avis, dans la théorie marxiste et surtout dans la vie politique qui s’en inspire, on ne tient pas assez et correctement compte de l’activité des fonctionnaires et des dépenses de l’Etat. Par tradition théorique, l’intérêt est porté exclusivement sur « la classe ouvrière ». Mais rien n’est dit de « la classe des gestionnaires et fonctionnaires de la société ». Ce qui existe est la vague idée que ce sont « des budgétivores ». Personnellement, je pense que c’est plus que sommaire. La thèse que je défends, celle d’un nouveau mode de production déterminé par la dépense publique quoique financé par le secteur privé et les ménages, me conduit à vouloir aller plus loin que cette platitude idéologique.

Il existe, certes, une possible opposition d’intérêt économique entre « les budgétivores » et « les productifs ». Bien sûr, l’activité de l’Etat est hors-marché alors que les producteurs des branches 1 et 2 sont dans le marché et subissent les formes de l’exploitation propres au système de la production marchande capitaliste (ou de la production marchande). Mais il existe aussi une possible complémentarité économique entre eux. Pour l’instant, la contradiction (c’est-à-dire l’opposition et la complémentarité) est largement évacuée de l’analyse.

Or cette dépense a d’autant plus de chance d’être analysée qu’elle est visualisée. Ce qui correspond à une autre façon d’observer et de répertorier statistiquement la dépense publique que celle suggérée par l’interprétation traditionnelle des marxistes. Les fonctionnaires travaillent. Que font-ils ? Combien de « choses » font-ils ? Comment les font-ils ? Combien coûtent-ils ? Avec quelle quantité de capital travaillent-ils ? Si l’on veut réfléchir au rôle de l’appareil d’Etat dans la révolution, il paraît judicieux d’appréhender aussi, de manière explicite, le poids et le rôle des fonctionnaires dans l’économie ainsi que les formes du travail qui est sollicité de leur part. Ce ne sont pas seulement l’industrie et les services marchands qui importent aujourd’hui, ce sont aussi les services collectifs non marchands. Selon mon interprétation, ces derniers deviennent déterminants de tout le reste.

Partie 2 : L’Europe peut-elle être le territoire pertinent de la mise en place de ce mode ? Quelle Europe ?

- Sous-partie 1 : L’Union européenne comme cadre territorial de sortie de la mondialisation capitaliste ?

Je me demande, tout d’abord, si l’Union européenne pourrait-être une voie de sortie de la mondialisation capitaliste.

Il n’est pas difficile de répondre par la négative à cette question. En effet, l’Union européenne est la fille de la mondialisation capitaliste (traité de Maastricht, 1992). Pour les intérêts capitalistes dominants, elle a été conçue en fonction de plusieurs préoccupations. Voici, me semble-t-il, les cinq principales.

  • a) La première fut de donner aux capitalistes d’Europe un moyen de pression efficace contre les revendications salariales. En établissant un taux de change unique et non modifiable entre les monnaies des pays constitutifs de l’Europe, cela signifiait, par définition, que les variations du taux de change des monnaies nationales ne seraient plus du tout le moyen de rééquilibrer les échanges entre les pays membres (par exemple entre l’Allemagne et la France). Ce sont donc les salaires qui devenaient de facto la première variable d’ajustement des échanges.
  • b) La deuxième fut celle de donner à ces capitalistes un camp de base pour entrer dans la mondialisation capitaliste. L’Europe centrale a fourni à un certain nombre d’entreprises des conditions favorables pour produire à meilleur coût puis exporter leurs produits dans les autres pays d’Europe ou dans le reste du monde. Dans le même temps, ces capitalistes bénéficiaient de l’homogénéisation de leurs comptabilités (et donc de leurs stratégies de rentabilisation) résultant de l’unification monétaire. Ensuite, les taux d’intérêt associés à leurs propres monnaies n’ont plus été affectés de manière dispersée par les variations induites par l’émission incontrôlée de dollars US. Enfin, dans le cadre européen, les pays membres cherchent à unifier leurs pratiques, par exemple dans le domaine juridique, dans le domaine comptable, dans le domaine de la concurrence ou dans le domaine financier.
  • c) La troisième est la préoccupation idéologico-politique. L’Union européenne a été conçue comme devant donner aux populations des pays membres un certain espoir, une perspective de sécurité eu égard aux perturbations prévisibles devant provenir de la mondialisation capitaliste. L’Union européenne comme « havre de paix » dans le contexte perturbé de la mondialisation (capitaliste) jugée inévitable fut, me semble-t-il, le thème favori de l’idéologie centriste comme de l’idéologie socialiste et capitaliste.
  • d) La quatrième préoccupation fut celle (et demeure celle) du « verrouillage à mort » de la démocratie économique et politique, tant dans ses institutions que dans sa représentation politique et ses possibles évolutions. L’adoption de la règle de la concurrence libre et non faussée en est un exemple. La loi de l’unanimité rend les évolutions ou les changements impossibles ou très difficiles. La mise en place de règles moins dépendantes de l’unanimité ne modifie pas cette situation, alors mêmes qu’entrent dans l’Union de nouveaux pays totalement dominés par le capitalisme et qui ne vont certainement pas demander plus de démocratie. Elle permet aux capitalistes de prendre plus rapidement les décisions qu’ils souhaitent prendre mais elle ne permet pas aux populations membres de faire entendre une voix discordante. On sait également que, quand les autorités européennes ne sont pas satisfaites par le résultat d’un référendum, par exemple, elles le déclarent nul et non avenu.
  • e) La cinquième préoccupation de l’Union européenne a été de prendre place au sein du système impérialiste et de s’affilier à l’OTAN.

On pourrait en allonger la liste. Mais déjà, pour ces diverses raisons, il paraît inconcevable de considérer l’Union européenne comme le cadre territorial permettant de sortir de la mondialisation capitaliste puisqu’elle en est une émanation directe. L’Union européenne est une branche de la mondialisation capitaliste.

- Sous-partie 2 : L’Europe sociale comme cadre territorial de sortie de la mondialisation capitaliste ?

Je me demande maintenant si l’Europe sociale pourrait être cette voie de sortie. Mais qu’est-ce donc que l’Europe sociale ?

— A) C’est d’abord une désignation véhiculée par l’ordre établi, une « notion » hors sol. Ce n’est pas un territoire particulier, comme le sont l’Union européenne ou la zone euro.

Cette désignation est aujourd’hui de plus en plus évoquée avec la crise économique. Son évocation est un essai de prise en compte du ressentiment immense et croissant contre l’Europe en provenance des classes populaires. Voilà que, tout à coup, on découvre (Lazlo Andor, Commissaire à l’emploi, aux affaires sociales et à l’intégration) que l’article 3 du traité instituant l’Union européenne mentionne explicitement « la cohésion économique et sociale ». Pendant 20 ans, la dimension sociale de l’UE a été absente des décisions et de l’esprit des dirigeants européens. Mais maintenant, elle prend place au moins dans les discours et il va falloir faire « un petit quelque chose ». « Nous avons, disait récemment Lazlo Andor, tiré les leçons de la crise. Nous devons créer un modèle socio-économique plus résistant. L’Europe doit réformer son modèle si elle veut sortir de la crise ». En juin dernier, François Hollande, à l’occasion d’une rencontre des dirigeants européens, évoquait, lui aussi, le besoin de renforcer « la dimension sociale de l’Europe ».

Bon, si l’on a une grosse quantité d’euros en bourse, il n’y a pas de quoi s’affoler. Pour les dirigeants socialistes français, améliorer cette dimension sociale suppose principalement de coordonner et d’harmoniser les politiques économiques en Europe, tout en poursuivant, cela va de soi, les politiques de contraction de la dépense publique et des ménages, ce qui est parfaitement incohérent mais « normal » de leur part. Je ne fais même pas allusion à leur soutien à l’OTAN ou aux projets de grand marché atlantique. Ces gens sont à plat ventre devant le capitalisme des puissants. Leur « dimension socialiste » consiste uniquement à murmurer à l’oreille des dirigeants allemands qu’il faut rationaliser un peu le capitalisme. Il ne faut pas changer la structure capitaliste mondialisée de la maison, il faut simplement y mettre un peu d’ordre, donner un coup de balai par-ci, par-là. Il est clair que cette Europe sociale n’est pas une sortie de la mondialisation capitaliste puisqu’elle est en plein dedans.

— B) Mais une autre Europe sociale a vu le jour ces dernières années, issue d’abord du mouvement syndical et aujourd’hui reprise, en France notamment, par le PCF/GUE. Pressentant peut-être que les élections européennes de 2014 allaient porter un coup fatal à son audience continument amoindrie, voilà que le PCF sonne le glas. Il met en discussion un projet sur l’Europe (Refonder l’Europe) et l’Humanité prend en charge un projet de journal électronique (L’Humanité-Europe) dont le premier numéro montre la ligne directrice.

Voici comment l’Europe sociale m’est ressortie, en première lecture, du document « Refonder l’Europe », disponible en ligne sur le site du PCF/FG (37 pages).

a) En arrière-fond du texte se tient, je crois, l’idée, héritée de Trotsky, que l’on ne peut faire la révolution dans un seul pays. Il faut donc révolutionner l’Union européenne de l’intérieur parce qu’on a aucune chance de le faire en France. Toutefois, ce n’est pas la menace encourue par un tel changement qui est évoquée, ce sont d’autres aspects, par exemple les affrontements supposés qui résulteraient de ce que la France quitterait l’Union européenne.

Il me paraît clair que, pour les rédacteurs du texte, le concept de révolution socialiste n’a plus de sens, que ce soit au plan de la France ou au plan européen. Les éléments de mouvement social auxquels ils (elles) se réfèrent ne sont jamais les partis communistes, mais les constructions électorales du type « Die Linke », « Syriza », ou des syndicats « qui ne font pas de politique ». Après tout, on pourrait concevoir que les dirigeants communistes français n’aient plus aucune confiance dans la capacité des partis communistes en Europe à faire avancer quoi que ce soit. Mais il paraîtrait légitime que, en tant que dirigeants du parti communiste français, ils montrassent leur regret de cette situation et fissent part de leurs efforts pour la dépasser. En réalité, le socialisme et le communisme ne sont plus les objectifs de la direction du PCF.

b) Mon impression concernant l’euro est que les rédacteurs du texte ont certes abandonné le style « gros bras » qui caractérisait leur propos initial (article paru dans l’Humanité du 13 juin 2013). Mais ils (elles) n’ont pas abandonné ce qui constitue, selon moi, le défaut majeur de leur raisonnement, à savoir l’idée que l’euro pourrait survivre à la sortie de la France de la zone euro. A l’heure actuelle, la zone euro comprend 17 membres (l’Union européenne en comprenant 28). Les deux grandes puissances économiques de la zone euro sont l’Allemagne et la France, la Grande-Bretagne étant extérieure à la zone euro bien que membre de l’UE. Les remous politiques entraînés par la sortie de la France de la zone euro seraient à ce point violents que, à mon avis, l’euro n’y survivrait pas. C’est pourquoi toutes les discussions sur le fait que le franc pourrait dévaluer par rapport à l’euro, et combien cela rapporterait en commerce extérieur, et combien il faudrait de temps pour que la courbe en J se manifeste, et ainsi de suite, tout cela me paraît surréaliste. A mon avis encore, l’euro et la banque centrale européenne exploseraient dans l’hypothèse où la France sortirait de la zone euro. Le dollar US en tirerait, c’est vraisemblable, un avantage momentané d’appréciation.

c) l’Union européenne ne disparaîtra sans doute pas dans les remous ainsi créés. Certes, elle sera durement affectée mais elle survivra, en tout cas plus longtemps que la zone euro. Une position française, solidement réfléchie, ancrée dans la réalité sociale et économique de la France, assortie de solides alliances, tant au plan européen que mondial, pourrait entraîner de nouvelles négociations au sein de l’Union européenne même. Les négociations avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne seront au cœur de ces nouveaux arrangements.

d) L’Union européenne, en tant que branche de la mondialisation capitaliste, et l’incapacité des partis communistes de faire, jusqu’à présent, entendre une voix originale et révolutionnaire sur l’Europe, font que les populations européennes tendent à s’opposer entre elles. Bien des conflits ouverts ou latents existent aujourd’hui, entre les peuples, au sein de l’Union européenne, en raison même des stratégies mises en œuvre par les classes capitalistes mondialisées.

C’est pourquoi les issues sont incertaines, quel que soit le cas de figure considéré (sortie de la zone euro ou transformation de l’Europe sociale de l’intérieur). Du moins, la sortie de la France de la zone euro sera-t-elle nécessairement réalisée, si elle a lieu, dans le contexte de luttes politiques et idéologiques intenses, en France comme au sein de l’Union européenne. Or, d’une part, ces luttes auront de toute façon une retombée positive pour les travailleurs en faisant reculer les maîtres de l’Europe sur un certain nombre de points. D’autre part, elles obligeront ses participants français à clarifier les problèmes qu’ils rencontreront et les solutions à apporter pour que leur position, courageuse, devienne majoritaire en France.

Je pense que dans le cas inverse, celui du projet PCF/GUE, les luttes seront dispersées au sein de l’Europe, et beaucoup plus longues. Provenant, dès le départ, de groupes idéologiquement et fonctionnellement hétérogènes, elles resteront chargées de toutes les ambiguïtés que l’on peut déjà déceler dans ce projet. Elles seront l’objet de réticences et de réserves, de la part des populations salariées, réserves encore plus nombreuses que celles qui jailliront au plan national. Elles ne freineront donc pas le pourrissement politique des mentalités qu’elles prétendent combattre. A mon avis, la lutte nationale de sortie de l’Europe est, pour la France, le meilleur choix pour transformer l’Europe.

e) Je partage (sous réserve d’un inventaire précis du contenu qu’ils y mettent) les intitulés des objectifs économiques fixés par le texte (la recherche et l’université, l’éducation, la santé, etc.) tout ce que les auteurs du projet appellent des « services publics ». Cette désignation me paraît défectueuse. Ce qui est en cause ne sont pas les services publics mais un nouveau mode de production dans le fonctionnement duquel les services collectifs deviennent déterminants de l’ensemble. Les services collectifs déterminent de nouveaux rapports de travail. Produire, ce n’est plus seulement faire des objets, simples et complexes, c’est faire des rapports sociaux.

Cela dit, quel que soit l’intitulé retenu (services publics ou services collectifs), il reste que la mise en œuvre de ces exigences sera beaucoup plus difficile dans un contexte européen très différencié que dans un cadre national français, à partir duquel l’exemplarité pourra servir de stimulant pour les autres pays d’Europe. Évidemment, cela supposera de ne pas se planter.

f) Enfin, s’il est vrai, comme le dit le texte du projet, que l’avenir démocratique de l’Europe doit être de réaliser « une union de nations et de peuples souverains et associés », pourquoi faudrait-il passer par une construction qui les opprime, l’Union européenne, pour aboutir à leur libération et à leur association ? N’est-il pas plus raisonnable de faire en sorte qu’elles se libèrent d’abord du carcan auquel elles sont soumises pour qu’elles puissent ensuite s’associer librement ?

Ces diverses raisons me conduisent à considérer que l’Europe sociale, même dans sa version contestataire, n’est pas un moyen fiable de sortie de la mondialisation capitaliste au plan européen. Autant l’application de la position de Trotsky sur les États-Unis d’Europe peut se comprendre pour interpréter les raisons que les capitalistes ont eu de former l’Union européenne dans le cadre de la mondialisation capitaliste, les facteurs d’unité étant, entre eux et dans ce but, plus forts que les facteurs d’opposition, autant la constitution d’une Europe sociale, d’abord lourdement handicapée par la structure préexistante de l’Union européenne, ne semble pas le bon chemin pour affirmer l’autonomie des nations et le cadre de leur possible coopération. Il y a trop d’oppositions entre les peuples, trop de différences économiques et culturelles, trop d’écarts politiques et historiques pour que les facteurs d’unité l’emportent sur les facteurs d’opposition. L’angélisme sur ce point ne pourra qu’engendrer la défaite.

Partie 3 : La nation comme base territoriale de la transformation socialiste

Je vais, dans les paragraphes qui suivent, expliquer diverses raisons, de manière positive cette fois, pour lesquelles la nation est, selon moi, le chaînon territorial nécessaire de la lutte contre la mondialisation capitaliste et pour le socialisme. Je vais développer huit raisons générales en ce sens, puis je ferai diverses remarques sur le principe « trop d’impôts tue l’impôt ».

- Sous-partie 1 : Réflexions sur l’intérêt du choix de la nation comme base territoriale du socialisme

— 1) Les nations sont toujours opérationnelles. Quoiqu’on dise et fasse, les « grands de ce monde » sont des nations : États-Unis, Chine, Russie, Inde, Brésil, etc. Les États-Unis sont, il est vrai, le pays chef de file de la mondialisation capitaliste. Mais c’est le pays dominant. Bien que son économie et sa politique soient totalement impliquées dans l’impérialisme mondial, dont il constitue la force vivante, il continue d’exister comme lieu de décision autonome, comme nation, en raison même de sa suprématie. Certes, il n’est plus tout seul. Mais il est le guide. Quand ça va mal aux États-Unis, ça va mal partout. L’époque est celles des grandes nations et non pas celle des « non-nations ».

— 2) Les nations, quand elles existent, représentent un cadre social, économique et politique relativement solide et résistant. L’intérêt de cette forme, parce qu’elle a un passé, est de pouvoir résister aux épreuves les plus rudes. Certes, les nations sont des États-nations. Par l’intermédiaire de l’État, les groupes dominants exercent généralement un pouvoir autoritaire sur les autres groupes. Mais en même temps, dans toute nation digne de ce nom existent des raisons de cohésion entre ses membres malgré des formes possibles d’oppression. La Syrie est un bon exemple actuel de ce qu’est un État-nation (et, peut-on dire, un vieil État-nation) puisque, malgré les reproches sévères qu’ils adressent à son groupe dominant, la majorité de ses opposants en soutiennent le combat mené, au nom de l’indépendance nationale, contre les impérialistes franco-anglo-arabo-américains. Je rappelle, au passage, que la Syrie est la seule grande nation laïque du Moyen-Orient.

— 3) Les nations connaissent des conditions économiques différentes de développement. C’est l’un des reproches que l’on a pu faire à l’Union européenne que de définir, par l’intermédiaire de la Banque centrale européenne, des taux d’intérêt uniques alors que les niveaux de développement sont très différents. Tenir compte des nations suppose d’adapter le fonctionnement et la croissance économiques à ses conditions réelles : niveau de développement, comportements au travail, rapports avec les directions d’entreprises, infrastructures, climat, niveau d’éducation, etc.

— 4) Les nations connaissent des démographies différentes. La régulation de leur démographie et leurs politiques d’immigration doivent être adaptées en conséquence. Il n’existe pas de principe « marxiste » de développement infini de la population sans considération de l’économie. Cela a pu être tenu pour vrai dans la mesure où Marx avait durement raillé les écrits démographiques de Malthus. Mais les pays d’Asie tels que la Chine ou le Vietnam ont dû se rendre à l’évidence. Il n’est pas possible de suivre les aspirations, pourtant bien sympathiques, de la population paysanne et de faire beaucoup d’enfants. L’économie n’arrive pas à fournir les emplois nécessaires. Il en est de même de l’immigration. La misère qui pousse les populations à fuir leur terre d’origine doit faire l’objet de politiques spécifiques de développement dans leur pays même d’origine. Inversement, les pays en déficit de population se doivent d’adopter des politiques natalistes et éducatives appropriées. L’immigration est une solution paresseuse, de quelque côté qu’on l’observe. La nation doit être le cadre de politiques démographiques appropriées.

— 5) Les nations sont dotées d’appareils intellectuels, de références religieuses, de systèmes de valeur et de mentalités différentes. L’homme est un animal politique. C’est aussi, et pour cette raison, un animal territorial. Il y a quelques milliers d’années, les sociétés ont évolué sous l’effet de la productivité agricole. Des empires ont été formés. Des systèmes religieux se sont épanouis dans le sillage des empires. Au gré des conditions politiques et sociales, ils ont été consolidés et transformés en systèmes de valeurs. Ils ne sont pas équivalents et il n’y a aucune raison à souhaiter a priori leur métissage, sauf à identifier la culture à la différence des façons de manger (avec les doigts, avec des baguettes, avec des couverts, avec les yeux, etc.). La culture, c’est autrement plus compliqué et profond.

En réalité, ces systèmes n’ont pas atteint le même degré de maturité que celui que nous connaissons en France ou se sont dirigés vers d’autres voies. Ainsi voit-on arriver des populations qui veulent imposer leur système religieux de manière publique, conformément à leurs traditions et dans l’arrière fond d’une histoire sociale particulière. Ou bien encore voit-on arriver des populations originaires d’Asie foncièrement apolitiques, pour des raisons qui tiennent aussi à leur histoire ancienne. Va-t-on, pour les raisons que ces populations ont une culture religieuse ou politique différente de celle de la population française actuelle, considérer que la culture de la France sera désormais « un peu de ceci, un peu de cela » et notamment « un peu apolitique ». Et, en se situant sur un autre plan, pourquoi ne tiendrait-on pas aussi comme honorable que tout le monde crachât par terre à qui mieux mieux parce que certaines populations dont la ruralité est encore fraîche et quasiment génétique arrivent en France avec ces comportements ? Tout cela relève d’un libéralisme puéril et malsain.

Quiconque vient vivre en France pour des raisons économiques, comme c’est le cas aujourd’hui, doit d’abord en accepter l’histoire et les valeurs, puis y prendre place, si les parties concernées le souhaitent et dans la limite des possibilités économiques. Ces valeurs ne se métissent pas comme on ajouterait du curry dans un plat où, autrefois, on ne mettait que de l’ail. Ce propos semble d’autant plus vrai que les religions aujourd’hui, n’ont plus rien à dire. Dieu est définitivement mort au 19ème siècle, dès lors qu’il est devenu un sujet de la science historique, même si les religions, en tant qu’appareils, subsistent et se portent bien. Ce que la nation française peut offrir est la possibilité pour chacun de pratiquer sa religion de manière privée, ce qui est infiniment important. Mais cela doit s’accomplir sur la base de la reconnaissance de valeurs et d’une histoire spécifiques qui sont celles de la France, c’est-à-dire une culture judéo-chrétienne étroitement associée à la lutte pour la science, la démocratie et le socialisme. La nation est le cadre souhaitable de définition des comportements devant permettre la meilleure riposte aux assauts culturels de la mondialisation capitaliste.

— 6) Les nations peuvent donner du socialisme une interprétation adaptée et souple, parce que les populations qu’elles rassemblent présentent ou acceptent ces facteurs d’homogénéité, de compréhension et de reconnaissance réciproques fournis par leur histoire. Le socialisme est, dans son essence, le contraire de l’autoritarisme. Alors que le capitalisme se distingue par sa brutalité unificatrice et unilatérale, le socialisme doit mettre le temps qu’il faut pour résoudre les problèmes rencontrés. Sur le site de Réveil Communiste, Gilles Questiaux développe l’idée selon laquelle le communisme doit être compris dans sa simplicité, car c’est une façon simple d’organiser la vie sociale et que les raisons de son instauration sont simples également. Je pense qu’il a raison. Du socialisme et du communisme, nous, communistes, devons faire comprendre la simplicité, ainsi que la patience politique nécessaire (reposant sur des institutions ainsi que des principes et non pas seulement sur des qualités morales) pour les construire. Le cadre national semble donc le mieux adapté à l’expression de ces comportements clairs quoique bienveillants et à la mise en œuvre des institutions qui les permettent.

— 7) Les nations ne sont sans doute pas éternelles. Mais elles sont le cadre aujourd’hui le mieux adapté à la période que nous appelons « socialisme ». En effet, les nations se sont notamment construites comme diversités sociologiques et conflits, lesquels ont été de plus en plus civilisés. Des classes sociales antagonistes coexistent en leur sein. La nation française n’est certainement pas un ensemble sociologique homogène. Mais s’il est vrai que le socialisme est le système socio-politique au terme duquel le capitalisme sera aboli (sans qu’aucune limitation temporelle soit mise à cette échéance), il paraît clair que les nations sont les cadres adaptés, parce qu’ils ont institutionnalisé le conflit, à la poursuite de cette confrontation, en des termes dont l’antagonisme tendra à se réduire, on peut l’espérer, dès lors que la démocratie et ses formes étendues (démocratie élective nationale, démocratie locale, démocratie d’entreprises, démocratie des usagers, démocraties professionnelles, démocratie des choix nationaux fondamentaux, etc.) l’emporteront de manière continue et non pas une fois tous les 36 du mois, comme c’est actuellement le cas.

8) Les nations, la nation française, sont donc le cadre actuellement le mieux adapté à la lutte sociale et politique. Les partisans de la défense des droits, des libertés et des moyens économiques à la disposition des classes populaires savent se battre en France. Ils connaissent le terrain et ses possibilités. Ils (elles) le connaissent depuis longtemps. La lutte politique peut donc être menée, dans ce cadre, rapidement et jusqu’au bout. Par contraste, la lutte menée à ce propos sur le terrain européen est forcément dans sa phase d’apprentissage.

En niant le rôle des nations, la gauche non-socialiste, sous le prétexte de l’ouverture de l’esprit, prête main-forte aux classes capitalistes mondialisées. Or celles-ci n’ont qu’une seule préoccupation : spolier et chasser les classes sociales populaires qui, à l’occasion sanglante des deux dernières guerres mondiales, se sont introduites dans le périmètre de la Nation et de l’État et ont commencé d’y faire entendre leurs voix.

- Sous-partie 2 : Les tâches fiscales de l’Etat socialiste. Remarques sur « Trop d’impôts tue l’impôt »

Dans cette sous-partie, je souhaite indiquer quelques aspects du fonctionnement fiscal des nations, de la nation française. L’aphorisme selon lequel trop d’impôts tue l’impôt a été lancé sur le marché de la renommée, il y a quarante ans environ, au moment où la mondialisation capitaliste prenait forme. Son géniteur, Arthur Laffer, collaborateur de la Fondation Heritage, s’est incontestablement, avec lui, taillé un habit de gloire et de lumière, tant le propos a pu paraître simple et imparable. Même les ménagères américaines ont pu se le réciter en se rendant au marché avec leurs bigoudis sur la tête. Ronald Reagan et Margaret Thatcher l’ont trouvé tellement séduisant qu’ils l’ont derechef appliqué en faveur de leurs entreprises chéries. On ne cesse pas d’y faire référence aujourd’hui.

Les études empiriques sont évidemment sollicitées pour discuter « la loi de Laffer », de façon à savoir quel est, par pays, le taux d’imposition optimal. Je ne vais pas chercher ici à conduire une telle discussion. Je souhaite simplement indiquer qu’elle est en plein dans le sujet traité dans le présent article.

Partons, tout d’abord, de la tendance à la socialisation des activités. Cette tendance s’est traduite, après les années 1950, par l’augmentation progressive de la charge fiscale en fonction de l’histoire propre à chaque pays. Ensuite, cette charge fut considérée comme excessive, voire insupportable. Les entreprises géantes ont été certainement parmi les premières à protester contre l’impôt car, disent-elles, cela nuit à leur compétitivité mondiale. Mais le report sur les ménages, des pertes fiscales ainsi induites, a engendré, chez les ménages eux-mêmes, un comportement de rejet. A partir d’un certain moment, c’est, dit-on, la dépense publique qui devrait être réduite. D’enchaînements en enchaînements, cette « bête immonde » qu’est la société civile, ainsi que les rapports privés, ont tendu, tendent, partout à l’emporter, que ce soit dans les stratégies des entreprises géantes ou même dans celles des individus. A bas l’État ! A bas Léviathan ! On a oublié de plus en plus que la civilisation naît de l’organisation sociale et que l’État y contribue de façon irremplaçable. Les jeunes iront par exemple, trouver « un job » dans la « vallée des grenouilles » de Londres, parce que là, on ne paye pas d’impôt. Celles et ceux qui tombent malades rappliqueront quand même dare-dare en France pour se faire soigner avec ce qui reste du service des hôpitaux. Bref, sauve qui peut, c’est à chacun de se débrouiller. Au total, on observe, avec les impôts, la contradiction évoquée dans le tout dernier article et développée dans celui-ci, entre le mouvement de socialisation et le refus des rapports privés de s’y soumettre.

J’ai la certitude que le nouveau mode de production en cours de formation dans les pays développés ne sera pas un cadre permettant de dépenser dans tous les sens, n’importe comment et sans compter.L’économie politique des campagnes électorales ne pourra pas s’y appliquer, pas plus que l’économie politique sous-jacente au projet Refonder l’Europe, d’où il ressort que lorsque le peuple aura pris le pouvoir dans l’Europe sociale, il pourra dépenser sans compter.

Non, il faudra compter, mais compter autrement. Il y a forcément une limite à la dépense et cette limite est la quantité des richesses créées par les producteurs, les ouvriers. Les banques ont le pouvoir de créer de la monnaie (et celle-ci est nécessaire à la création de richesses), mais elles n’ont pas le pouvoir de créer de la richesse. Créent la richesse ceux qui travaillent.

Certes, impôts sur les grandes entreprises et dépenses publiques pour la population ne seront pas réduits au maximum, comme c’est aujourd’hui la tendance, mais devront être contrôlées sous la double influence du plus grand nombre et de la raison. Le prélèvement fiscal comme la dépense publique, aujourd’hui privatisés pour certaines catégories de contribuables, devront être socialisés. Ils devront être conçus, mis en œuvre et expérimentés avec la perspective du développement et de la consolidation du nouveau mode de production qui, selon moi, est déjà en place. Ils devront l’être dans le cadre de procédures démocratiques en partie à inventer. Ils devront l’être en faisant converger les intérêts des diverses classes sociales constitutives d’une société socialiste.

J’appelle socialiste la société où, la mondialisation capitaliste ayant été abolie, seront instaurées, à partir d’un niveau de développement économique et institutionnel déjà élevé, les conditions nouvelles de production et de vie qu’autorise le progrès technique, intellectuel, scientifique contemporain. Dans la société socialiste développée, les services collectifs, désormais déterminants de l’ensemble, entretiendront (devront entretenir) un rapport harmonieux avec la production marchande, toujours dominante.

Dans la société socialiste, le capitalisme ne sera plus dominant, mais il emplira les fonctions productives et psychologiques qui lui auront été reconnues, sans que les entreprises capitalistes ou marchandes, mais pas davantage les ouvriers, les fonctionnaires, les cadres, soient « les vaches à lait fiscal » de l’État [5].

En guise de conclusion : Quelques mots sur Pascal Lamy et le nouveau mode de production

- A) Puisque Pascal Lamy attaque avec vigueur « les souverainistes » et quelques autres personnes diversement hostiles à la mondialisation capitaliste, on en déduit que son personnage est habité par l’âme d’un révolutionnaire.

Hihihi ! En réalité, c’est un « socialiste » au sens contemporain du terme. Il est devenu membre du PS en 1969 disent les « curriculum vitae » abondamment diffusés à son propos. Pour lui, je pense, l’étiquette de « socialiste » n’est rien d’autre qu’un moyen de siphonner ce qui reste, en France, du vieux fond socialiste. Il est totalement représentatif des élites du Parti socialiste, aujourd’hui au pouvoir, et qui un jour, en sortant de Sciences Po ou de la rue d’Ulm, ont dû se demander : « Voyons, où vais-je aller ? Chez Giscard d’Estaing ? Chez Mitterrand ? Chez Chirac ? Chez Delors ? ». Lamy est un représentant de la démocratie chrétienne européenne, dont Jacques Delors a été, en France, le dirigeant implicite et le guide intellectuel, et auprès duquel lui, PL, a fait ses classes.

C’est donc un conservateur qui se veut intelligent "à la Lampedusa" [6]. Sa principale interrogation est la suivante : « Comment tromper le peuple pour faire semblant que ça change et que rien ne change ? ». Tel est le crédo révolutionnaire de Pascal Lamy, ce crocodile aux larmes d’argent, ce fervent et constant défenseur du capitalisme mondialisé, prédateur, dévastateur et guerrier. Il estime sans doute refléter dans sa pensée les contradictions de la mondialisation capitaliste et c’est peut-être la raison pour laquelle il s’estime sincèrement socialiste. En effet, il traite des « bons et des mauvais côtés » de la mondialisation. En réalité, il n’analyse jamais les contradictions. Il reste à la surface des choses et ne voit que des côtés, au demeurant soigneusement choisis, comme le font tous les petits bourgeois. Il étudierait la guerre qu’il y verrait des bons et des mauvais côtés. La mondialisation capitaliste a « des bons et des mauvais côtés ». Il faut donc développer « les bons côtés » et réduire la portée « des mauvais côtés ». Pascal Lamy est un fonctionnaire international, habillé en grand bourgeois et dont le logiciel intérieur est celui d’un « petit bourge ». Le socialisme démocrate-chrétien, selon moi, se définit à peu près de cette manière. C’est la fonction de ces individus que de prolonger autant que possible, en participant activement à la bataille idéologique, le système capitaliste mondialisé. Mais leur intelligence est somme toute réduite.

- B) Les adversaires politiques ont néanmoins ceci de positif qu’ils aident à mieux comprendre la société, et, en l’occurrence, la mondialisation capitaliste. Je pense que la critique du discours de Pascal Lamy, notamment sur les bons et les mauvais côtés de la mondialisation, son idéologie selon laquelle la mondialisation serait acceptable parce qu’elle ne serait que mondialisation, est indispensable, car cette conception est, malheureusement, partagée par bien des communistes.

Sans doute affirmera-t-on que je suis bien présomptueux de penser avoir trouvé la bonne solution théorique. On verra bien ! Du moins me suis-je efforcé de ne pas tomber dans l’idéologie capitaliste du moment.

La mondialisation actuelle est, au-delà de ce que perçoivent les sens, une forme économique, politique et culturelle, et pour tout dire capitaliste, d’organisation du monde. C’est une mondialisation structurée par des rapports sociaux de type marchand capitalistes hyper-développés (en particulier financiers), ayant idéalement les caractéristiques suivantes :

  • 1) la liberté totale, absolue, irrépressible, de circulation du Capital (biens, services, valeurs) privé dans tous les pays du monde. Tout obstacle à cette circulation est une brèche dans ce type d’organisation ;
  • 2) une émission monétaire et financière de type public, mais adéquate à cette forme de liberté mondialisée du Capital, à savoir l’émission de monnaie mondiale par le pays impérialiste leader. Le fait que le dollar US soit monnaie mondiale est la face monétaire de la mondialisation capitaliste ;
  • 3) la capacité, de la part des géants de l’économie et de la finance, à exploiter tous les prolétariats du monde et à se livrer entre eux une concurrence conforme à leur rang ;
  • 4) La mise en place progressive d’une « gouvernance mondiale » économique et politique, placée sous haute protection américaine.

Nous ne pensons pas à la mondialisation capitaliste pour ce qu’elle est, c’est-à-dire le mode de production capitaliste dans sa forme actuelle, parce que nous avons pris l’habitude de réfléchir sur le capitalisme comme s’il était, par définition, un mode de production segmenté par des nations, existant en son entier dans chaque nation.

Cette nouvelle étape d’existence et de fonctionnement du Capital est un volcan à double cheminée.

La première est celle des contradictions politiques aigües induites de cette mise en forme nouvelle. Les défenseurs politiques de ce système doivent, d’une part, démolir les Nations dont ils sont issus et d’autre part, utiliser, après reconversion, l’appareil d’État ayant été associé à l’histoire de ces Nations. Pour « manager » cette contradiction à leur avantage, il leur faut conserver le pouvoir.

Le Parti socialiste a été, en France et jusqu’à ces derniers temps, un maillon fort utile pour les classes dirigeantes dans la réalisation de cet exercice d’équilibre compliqué, en leur servant de relais et de centre momentané de repos.

Mais ce parti étant désormais fort compromis, sur le fondement de quelle idéologie agiront les défenseurs du capitalisme ? Sur l’idéologie nationaliste et antirévolutionnaire ? La classe capitaliste dominante, réussira-t-elle, en France, d’une part à développer son activité économique dans le cadre du capitalisme mondialisé, appuyée sur son relais européen, et d’autre part à poursuivre son activité politique dans le cadre étatique national, mais avec l’aide, cette fois, des forces nationalistes antirévolutionnaires ?

La deuxième est celle des contradictions économiques, que j’ai examinées en faisant l’hypothèse d’un nouveau mode de production à base nationale, issu (car ce sont les deux faces d’un même phénomène) de la complexité et de la socialisation. Il ne se confond pas avec le mode de production capitaliste réorganisé mondialement. Il en est au contraire l’antithèse. Pris en charge par les forces populaires, il peut servir de socle à une société socialiste, organisée nationalement et développant des rapports internationaux de type nouveau.

Ces contradictions, de type économique, ne sont pas moins aigües et critiques que les contradictions de nature politique. Elles risquent, cependant, de prendre plus de temps à s’exprimer ouvertement dans la mesure où le Capital, prenant appui sur la mondialisation capitaliste dont ses agents sont les organisateurs, pourra trouver ici et là, notamment dans les pays émergents, des compensations aux destructions qu’il engendre et qui lui sont nuisibles. Si mon raisonnement est exact, ce sont les contradictions de type politique, qui s’exprimeront en premier de la façon la plus visible.

Comment tout cela peut-il évoluer ? Le marxisme est un instrument d’analyse et non une usine à certitudes. Il faut être convaincu de ce que les hommes vivant en société sont à la fois fondamentalement déterminés et fondamentalement libres. La lutte pour le socialisme est l’affirmation de leur liberté par celles et ceux qui subissent le système capitaliste mondialisé. On ressent l’urgent besoin, dans ce pays, d’une organisation politique capable d’éclairer le chemin d’une lutte nationale et révolutionnaire.

Jean-Claude Delaunay, novembre 2013

Partie 1 : Lutter contre la mondialisation, c’est être aussi réactionnaire que les luddites, dit Pascal Lamy

Partie 2 : La mondialisation capitaliste est très couteuse

[1Certes, en France comme dans tous les pays d’Europe, les partis ouvertement conservateurs organisent le système politique, économique, institutionnel, en faveur des entreprises géantes de leur pays, mais avec l’horizon mondial d’un capitalisme fusionnel et interpénétré. En France, cela a demandé une conversion idéologique. Car la droite française s’était retrouvée majoritairement, après 1958, dans l’idéologie du gaullisme, d’inspiration légitimiste et nationale. Elle est maintenant, dans sa masse, convertie à l’orléanisme européen et atlantiste, foncièrement hostile aux ouvriers et aux salariés. Ces comportements sont, si l’on peut dire, normaux. Ils expriment, de façon simple et lisible pour qui veut bien les comprendre, des intérêts de classe évoluant avec le temps. De Gaulle était en profondeur un homme de droite, pensant que la lutte des classes était une sottise. Mais en même temps, il croyait profondément aux nations et notamment à la nation France à laquelle il avait personnellement lié son destin. Il croyait également à l’alliance possible du Capital et du Travail. Tout cela est fini. La nation peut faire partie du discours des orléanistes pour tromper le peuple qui y croit encore. Mais elle a objectivement disparu de leur avenir.

Cette évolution est donc "normale". Ce qui peut sembler déjà moins "normal" est que les partis socialistes de type social-démocrate ne fassent que reprendre, en les aménageant à la marge, les mêmes politiques antipopulaires que celles élaborées par les partis conservateurs, au point que quand les conservateurs les remplacent, ces derniers tirent directement avantage des décisions prises par leurs prédécesseurs. Tous les commentateurs ont souligné le paradoxe du récent succès électoral remporté par la CDU allemande contre les sociaux-démocrates. Ces derniers ont pris les décisions ayant assuré le succès de la CDU. Cela signifie que les sociaux-démocrates ont intégré la mondialisation capitaliste dans leur propre horizon. Les systèmes socio-économiques ont leur logique. Si l’on en reconnaît la validité, on en accepte les implications. Dans la mesure où les socialistes français se conduisent et se pensent comme des partenaires loyaux du capitalisme mondialisé, ils (elles) en épousent nécessairement les conséquences. Or le capitalisme mondialisé n’est pas et n’est plus le capitalisme national des années 1945-1975. Il ne tolère « aucune marge de manœuvre sociale ».

Lorsque le but recherché est véritablement celui de la défense des intérêts populaires, la mondialisation capitaliste a, dans l’état actuel des conceptions, des convictions et des idéologies, rendu caduque tout pacte républicain à l’égard des partis conservateurs et toute stratégie d’alliance avec les dirigeants des organisations socialistes.

[2Pour reprendre le langage des économistes, les schémas de la reproduction décrivent les équations comptables du modèle économique de Marx, alors que les autres parties du Capital que le Livre II, où les nombreuses études qui ont suivi, en décrivent les équations de comportement. Ici, le mot modèle a le sens de « modèle réduit ». Après le ZigZag de Quesnay, le chirurgien économiste du 18ème siècle que Marx appréciait fort, les schémas de la reproduction sont sans doute la première formulation complète d’un système simplifié de comptabilité sociale.

[3La différence entre "produits" et "biens" est que les produits comprennent les biens et les services. Le secteur des "produits de production" comprend les biens de production (les investissements fixes des entreprises, leurs matières premières) et les services aux entreprises, qui sont aujourd’hui les formes nouvelles de leurs investissements.

[4Les branches 1 et 2 produisent des objets et/ou des services simples. La branche 3 produit des services complexes, ou encore des relations sociales. Parmi ces dernières prennent place celles ayant trait à l’écologie ou à la soutenabilité de l’économie. Car l’écologie, l’économie circulaire, etc., ne font qu’exprimer le degré élevé de socialisation de l’économie que ces schémas veulent représenter. L’écologie n’est pas au-delà de Marx. Elle est au-delà du capitalisme industriel simple dont Marx a produit l’analyse essentielle. Les écologistes relèvent souvent, avec les conséquences politiques que l’on sait, d’une famille sociologique séparant, en pensée et en pratique, la contradiction écologique des autres formes de contradictions, issues, comme elle, de la complexité et de la socialisation du capitalisme industriel.

[5Voici, en note, quatre remarques sur l’aphorisme.

a) Cet énoncé paraît acceptable. Si la société française devient socialiste, ce sera une société à dominante marchande où, certes existeront des conditions de socialisation (les services collectifs), mais où les individus acceptant de « travailler pour rien » ne seront pas majoritaires. Le travail gratuit (l’impôt) aura donc une limite.

b) Mais s’il est vrai que trop d’impôts tue l’impôt, il paraît également vrai que pas assez d’impôts tue l’impôt. La dépense publique est nécessaire pour produire. L’impôt a une limite inférieure.

c) Ces limites (supérieure et inférieure) sont-elles identiques pour tous les agents ? Je ne crois pas. Il me paraît raisonnable de considérer que pour les entreprises géantes, par exemple, qui ont une approche mondiale et microéconomique de la réalité sociale, la limite inférieure naturelle qu’elles se donnent est l’impôt zéro.

d) Qu’en est-il de la limite supérieure ? Celle-ci doit être évaluée par rapport au profit. La quantité maximale d’impôt que chaque entreprise est prête à payer est celle pour laquelle la variation de son profit devient nulle (à mesure que l’impôt augmente et que la production augmente). Supposons que toutes les entreprises réalisent le même profit, on peut admettre que la variation de leur taux de profit en fonction de l’impôt deviendra nulle pour un montant de production inférieur à celui correspondant à l’optimum d’imposition pour la société. L’optimum fiscal devrait donc être inférieur, dans le cas de la rentabilité des entreprises, relativement à celui de la rentabilité de la société.

Le socialisme serait donc (notamment, car il y a bien d’autres exigences) une société dans laquelle existent un optimum fiscal et une limite inférieure à l’impôt. Le gouvernement socialiste devrait notamment veiller à deux exigences : 1) faire en sorte que les entreprises ne descendent pas en dessous du minimum fiscal nécessaire sauf raisons particulières et momentanées (car il faut financer le minimum acceptable de la dépense publique), 2) puissent, pour des raisons également particulières et momentanées, payer l’impôt au-delà de ce que la contrainte du taux de profit leur imposerait spontanément (car la société socialiste ne confond pas l’optimum social et l’optimum des entreprises).

[6L’auteur du célèbre roman "Le guépard"

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