Retraites : ce que l’on doit aux communistes et à Ambroise Croizat

, par  Michel Etiévent , popularité : 9%

Nous tenons à remercier chaleureusement Michel Etiévent pour nous avoir autorisés à publier un extrait de son livre intitulé "Ambroise Croizat ou l’invention sociale" (Editions Gap). Cette page d’histoire de notre pays retrace comment ont été créées en France, sous l’impulsion du ministre communiste Ambroise Croizat, la Sécurité sociale et les retraites que l’on connaît encore aujourd’hui. La retraite par répartition, les travailleurs l’ont défendu becs et ongles cet automne contre les assauts de la bourgeoisie capitaliste ; il était donc important de rappeler aux jeunes générations et aux moins jeunes une partie de son histoire. Cet extrait nous montre combien, à la Libération, malgré la victoire de la Résistance et l’application du programme du CNR (Conseil National de la Résistance), la lutte de classe était exacerbée. Et finalement, la première leçon de cette histoire est qu’il ne suffit pas d’être élu et de promulguer lois et décrets pour que les choses changent. Pour mettre en place la Sécurité sociale, il a fallu la rencontre entre l’action gouvernementale d’un ministre communiste et l’intervention de l’ensemble des militants et des travailleurs sur le terrain, sans lesquels ce formidable acquis n’aurait pu exister. La deuxième leçon est que la séparation entre la politique et le syndicalisme n’est pas ce que certains réformistes voudraient nous faire croire encore aujourd’hui, à savoir que les politiques seraient au-dessus de la mêlée et décideraient à l’Assemblée ou ailleurs, et que les syndicalistes mèneraient sur le terrain, un mouvement social écervelé politiquement : la preuve par Ambroise Croizat qui tout juste réélu secrétaire général de la CGT de la métallurgie, est nommé ministre du Travail et construit la Sécurité sociale en s’appuyant sur les militants du PCF et les effectifs des métallos de la CGT. Il est vrai qu’à l’époque le PCF et la CGT avaient tous deux le socialisme comme objectif… Cela fait un gouffre avec le syndicalisme rassemblé pour la négociation… et l’Europe sociale comme chimère politique à laquelle personne ne croit. En tous cas, ce texte nous montre combien l’histoire avec un grand H est importante pour tous les révolutionnaires et qu’il est hors de question de la rejeter, comme me le suggérait un post-communiste de la direction lors du dernier congrès, soi-disant "parce qu’on peut lui faire dire n’importe quoi"…

Pascal Brula

PS : Les intertitres ont été rajoutés de ma propre initiative, en espérant qu’ils conservent intact l’esprit de ce texte.


Extrait du livre de Michel Etiévent :

Ambroise Croizat ou l’invention sociale, suivi de Lettres de Prisons, 1939-1941

aux éditions GAP, réédition 2006.

Pour prendre connaissance de sa bibliographie et commander ses livres : voir sur son site.


Le "Parti des Fusillés", premier parti de France, a acquis le prestige et l’autorité d’un parti national. Plus que jamais, il apparaît comme le catalyseur des aspirations populaires et des nécessités de l’heure. Un parti de gouvernement prêt à assumer ses responsabilités. En face, partis de droite, gouvernement et patronat rechignent. Le scrutin d’octobre 1945 les invite à la modestie. Plus du quart des Français se reconnaissent dans les orientations communistes. Il faudra donc compter avec eux. Ouvrir les portes du gouvernement, quitte à mettre un pied dans l’encadrement. Le 13 novembre 1945, le Général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire, fait appel à cinq communistes [1]. Aucun "grand ministère" comme l’aurait souhaité le PCF. Des postes clés, néanmoins, qui vont pouvoir donner réalité aux promesses du CNR : Charles Tillon est au ministère de l’Armement, François Billoux à l’Economie Nationale, Marcel Paul à la Production Industrielle tandis que Maurice Thorez se voit confier un ministère d’Etat et qu’Ambroise Croizat hérite du Travail et de la Sécurité Sociale… [2].

Un ministre au cœur du combat de classe

Liliane Croizat garde des souvenirs très précis de la nomination du père : "Le choix des ministres communistes par le gouvernement s’est fait en accord avec le parti. Disons, plus justement, sous sa pression. De Gaulle n’était pas très partant. Le poids du parti à la Libération a fait le reste. J’ai en mémoire des images intactes de la nomination de papa. J’avais neuf ans. Dès la publication du gouvernement, la presse s’est précipitée chez nous. Il n’y avait personne. Mère était au… lavoir de la rue Daguerre. Je revois encore sa surprise quand les journalistes sont arrivés.

Elle sortait à peine ses mains de l’eau glacée quand la photo l’a saisie. C’était quelque chose, une femme de ministre avec un ballot de linge et une planche à laver ! Ca détonnait, quoi ! En quelques jours, nous nous sommes retrouvés rue de Grenelle, sous les ors et les tapisseries des Gobelins du ministère du Travail. Après le bagne, c’était étrange ! Bien loin du trois-pièces précaire de la rue Daguerre. Un autre monde… Ma mère, femme du peuple et syndicaliste, n’avait connu que la cité ouvrière. En quelques jours, elle se retrouvait avec le protocole à gérer. Et des mondanités qu’elle n’avait vues que dans les romans-photos ou au cinéma du quartier. Elle s’est débrouillée, avec l’aide d’Eugène, le maître d’hôtel. Père, je le voyais très peu. Il faisait, au bas mot, ses dix-huit heures par jour, entre son bureau, l’Assemblée et les voyages. On ne mesure pas suffisamment, je crois, l’immensité du travail à accomplir dans cette France ruinée et qu’il fallait relever à bout de bras ou à coup de décrets-lois. Des millions de travailleurs attendaient tout d’Ambroise et des autres ministres communistes. Ils avaient mis tous leurs espoirs, tous leurs rêves dans cette poignée d’hommes qui les représentaient. Il fallait être à la hauteur de cette espérance. Se battre, imposer toutes les grandes réformes du CNR dans un gouvernement où la majorité freinait des pieds".

A peine nommé, Croizat donne le sens de son combat. Le 3 février 1946, au Congrès des métallurgistes de la région de Lyon, il rappelle : "Ministre du Travail, j’entends demeurer fidèle à mon origine, à ma formation, à mes attaches ouvrières et mettre mon expérience au service de la Nation". Cette bataille, Croizat va la mener sur tous les fronts. Au ministère, à l’Assemblée, sur le terrain avec l’appui des militants, et plus particulièrement ceux de la Fédération des métaux dont il est à nouveau secrétaire général. Dès sa libération, le 22 août 1944, le siège de la Fédération, 213, rue Lafayette, avait été le lieu d’une intense activité. Le 18 septembre, à la tête d’un collectif provisoire composé notamment de Raymond Semat, Alfred Costes, Louis Gatignon, Gaston Genin, Massoubre, Leray, (Benoît Frachon et Léon Chevalme s’y joindront plus tard), Ambroise avait relancé l’organisation sur les bases du Congrès de 1938. S’y ajoutaient les nouveaux mots d’ordre : achever la guerre, exclure et juger ceux qui avaient collaboré, particulièrement les trois dirigeants, Roy, Gastal et Bardollet, reconstruire l’économie par la "bataille de la production". Ce dernier slogan va traverser toute l’activité de la Fédération dès l’immédiat après-guerre. L’enjeu est clair. S’appuyer sur le peuple pour reconstruire le pays sur des bases alliant essor économique et progrès social, ou dépendre de l’aide américaine. Le 17 décembre 1944, alors qu’Ambroise est confirmé au Secrétariat général par le Comité fédéral National, la bataille est lancée. Le Guide du métallurgiste de janvier 1945 donne le ton : "Les métallos seront à l’avant-garde du relèvement national. Nos sept cent mille syndiqués sauront entraîner la masse des travailleurs dans cette immense tâche" [3].

Le programme du CNR et le chantier de la Sécu

Rue de Grenelle s’imposait l’urgence du grand chantier de la Sécurité sociale. Le fondement de l’institution est à rechercher dans le programme du CNR qui, dès mars 1944, met en quelques lignes le projet en devenir. Tout y est, l’esprit, le contenu, les aspirations profondes :

"Nous, combattants de l’ombre, exigeons un plan complet de Sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion par les intéressés et l’Etat…"

A quelques mots près, on retrouve dans ce texte tous les espoirs des "Sans-culottes" qui ont inscrit dans les tables de la Constitution de 1793 le fameux article 31, sans doute l’un des plus lumineux de toutes les constitutions françaises : le droit au travail et à la santé :

"Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler".

Dès la parution du programme du CNR, en mars 1944, c’est toute une équipe qui va se mettre à l’œuvre pour réaliser ce que Croizat appellera "le système le plus humain, le plus juste, basé sur une vraie solidarité nationale et qui permet de garantir à tous une véritable protection sociale". Dès avril 1944, à Alger, un groupe de l’Assemblée consultative impulsé par Croizat, définit les grandes lignes du projet. Une commission réunissant des syndicats et des associations familiales l’étoffe. Les services du ministère de la Santé, dirigés par François Billoux, mettent également les mains à la pâte. Fin septembre 1944, le contenu est fixé. Reste à lui donner la mouture de la loi. C’est la plume de Pierre Laroque [4], futur directeur général de la Sécurité sociale, qui va transformer les apports de chacun en une ordonnance qui paraîtra le 4 octobre 1945. Il était temps. La protection sociale, qui relevait jusque-là des "Assurances sociales" (loi de 1930), ne protégeait contre la maladie qu’une faible partie des salariés et de leurs ayants droit. A peine un tiers de la population française… "Une protection de misère", se souvient Roger Petit, futur président élu de la Caisse primaire d’assurance maladie de Chambéry. "C’était plutôt de l’aumône pour les nécessiteux. Peu de gens étaient assurés, les remboursements étaient très limités et contraignaient la plupart à ne pas se soigner ou à s’endetter…". Il faut ajouter à ces carences un système totalement anarchique, fait d’une floraison de caisses professionnelles, patronales, confessionnelles, syndicales, mutuelles, concurrentes entre elles et n’offrant pour la plupart qu’une protection aléatoire. Pour les retraites (loi de 1910), la couverture est dérisoire ou inexistante. Pas plus d’un million de Français en bénéficient, alors que cinq millions d’entre eux pourraient y prétendre, et n’ont pour seul secours que la charité ou de vagues économies.

Le nouveau système va "digniser" l’ensemble autour de quatre mots clés :

- L’unicité : une institution unique, obligatoire, couvrira désormais l’ensemble des domaines de la protection sociale, des "risques sociaux", dit-on à l’époque (maladie, vieillesse, décès, invalidité ainsi que les accidents du travail, gérés jusque-là par les assurances privées et les allocations familiales, affaire essentiellement patronale). "L’ambition, déclarait Croizat à l’Assemblée, le 20 mars 1946, est d’assurer le bien-être de tous, de la naissance à la mort. De faire enfin de la vie autre chose qu’une charge ou un calvaire…"

- L’universalité : la couverture est étendue à tous les citoyens, avec la volonté de généraliser à court terme le nouveau système. Et ceci malgré l’opposition de certaines professions qui refuseront de s’y intégrer [5].

- La solidarité : c’est la pierre angulaire du système. Solidarité inter-générations, solidarité actifs-inactifs, malades-bien portants. Le tout financé par les richesses créées dans l’entreprise.

- Démocratie enfin, et c’est là "l’exception française", car seule une gestion par les intéressés eux-mêmes peut garantir que la santé restera un droit fondamental pour tous.

La réussite d’un acte militant collectif contre l’hostilité de toute la bourgeoisie

L’ordonnance n’avait fait qu’énoncer les principes. Il restait à bâtir l’édifice. Ce sera l’œuvre principale de Croizat. Entouré d’une équipe au sein de laquelle on retrouve, entre autres, Marcel Willard, Jean Briquet, Maurice Patinaud, Marcel Lamour, Le Quéré, Henri Raynaud, le "bâtisseur de la Sécu" y consacrera l’essentiel de ses deux années de ministère. Deux ans d’un chantier immense, rendu possible par le vaste élan de solidarité et le nouveau rapport de forces politiques qui suit la Libération. Tout est à faire, substituer à l’immense fatras des 1093 Caisses diverse et organismes privés un système cohérent, décentralisé, bâti autour de 138 Caisses primaires d’assurance maladie et 113 Caisses d’allocations familiales, essentiellement gérées – au début, tout au moins – par les travailleurs (les premiers conseils des CPAM sont composés de membres désignés par les organisations syndicales les plus représentatives et par les patrons. Trois quarts des sièges aux syndicats, essentiellement la CGT, un quart au patronat. Les Caisses d’allocations fonctionnent, quant à elles, sur un système paritaire).

"Rien ne pourra se faire sans vous", clame Croizat à l’adresse des travailleurs, le 12 mai 1946. "La Sécurité sociale n’est pas qu’une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain, dans la cité, dans l’entreprise. Elle réclame vos mains…".

L’appel est entendu. Ce sont les mains qui vont construire. Pour chaque Caisse, il faut trouver des locaux, du personnel, créer des sections locales, des correspondants d’entreprises, tenir des permanences dans les mairies, installer un réseau d’agents itinérants qui sillonneront les campagnes pour récupérer dossiers ou feuilles de soins. S’y ajoutent la rencontre avec les responsables de chacune des ex-caisses, la nécessité de les convaincre, de faire ensemble l’état des comptes, de reprendre aux compagnies d’assurances privées la gestion des accidents du travail… "Un travail de fou, ajoute Roger Petit, mais l’enthousiasme aidait à gagner. Nous savions que chaque discussion faisait avancer ce à quoi nous avions tous rêvé. Une vraie protection sociale qui débarrasse enfin l’homme des angoisses du lendemain. Se soigner. Pouvoir se soigner sans se restreindre, sans compter. Etre tranquille socialement, oui, c’est ça… tranquille dans son devenir, son futur d’homme. Mais quelle énergie ! Il faudrait dire ces journées passées chez les assureurs privés pour leur arracher ce qui avait été pour eux une source de profits énormes. Ces congés passés à construire des locaux, parfois des modestes baraques de bois, construites planche par planche par les copains, comme à Chambéry. Et tout cela dans un environnement de pressions terribles. Les médecins qui refusaient le conventionnement et la fixation des tarifs en hurlant à "l’étatisation" de la médecine. Les patrons qui n’acceptaient pas de siéger aux côtés de la CGT et nous renvoyaient à "la collectivisation" ou à "Moscou". Ajoutez à cela la haine des notables de certaines mutuelles qui ne supportaient pas de perdre ce qu’ils appelaient leur "bien", ou le manque cruel de personnel qui pensait que la Sécu n’allait être qu’un feu de paille…" [6].

L’opposition vient aussi de l’Assemblée. De nombreuses interventions fusent des bancs de la droite pour retarder la date de mise en application du Plan de la Sécurité sociale. "Toutes les difficultés, souligne Henri Raynaud [7], avaient été accumulées devant les nouveaux administrateurs, en majorité désignés par la CGT, pour que les nouvelles Caisses ne soient pas en mesure, à la date fixée, de se substituer sans dommage aux anciennes Caisses des Assurances sociales". Les compagnies d’assurances privées multiplient leurs attaques. Dépossédées de la gestion lucrative des accidents du travail, elles trouvent dans l’hémicycle des relais parlementaires pour fustiger le nouveau dispositif. Un projet de loi déposé par le député MRP, M. Viatte, réclame dans son article premier "la remise en vigueur du principe abandonné le 4 octobre 1945". "Il est indispensable, lit-on dans l’exposé des motifs du projet du MRP, de rétablir d’urgence la pluralité des Caisses afin de satisfaire tous les groupements spirituels qui se sont vu spoliés par le nouveau système". "En clair, ajoute Henri Raynaud, une remise en cause des fondements même de la Sécurité sociale, l’unicité, la solidarité et surtout le principe de gestion démocratique des nouveaux organismes par les assurés eux-mêmes". Les syndicats CFTC et CGC, emboîtent le pas. Ils refusent toutes signatures, quittent les commissions paritaires où s’élabore la Convention collective du personnel de la Sécurité sociale.

Ambroise n’a cure des oppositions. Il sait qu’il faut aller vite pour convaincre. "La Sécurité sociale, c’est la vie, et la vie, c’est l’enfant. Le gage de notre prospérité future", déclare-t-il, le 6 août 1946, à l’Assemblée. Suit l’énoncé des nouvelles dispositions qui vont, selon ses propos, "permettre d’envisager autrement la vie de famille et l’éducation de l’enfant" : institution, pour la première fois, d’une prime prénatale, refonte de l’allocation maternité [8], généralisation de l’allocation de salaire unique, attribuée aux étrangers comme aux Français, pour les enfants naturels comme pour les enfants légitimes. Au total, un système de prestations familiales unique au monde… L’effet cumulé de ces innovations et du relèvement général des salaires se traduira en 1946 par un doublement du montant des allocations familiales [9].

De l’enfance à la retraite

Une enfance digne ne va pas sans une vieillesse heureuse. Sur la base d’une conception globale et de progrès de la protection sociale, la notion de retraite prendra, elle aussi, un autre visage. "Celui d’une nouvelle étape de la vie, et non plus d’une antichambre de la mort", soulignait le ministre. Le 7 avril 1946, il propose à la commission du Travail de l’Assemblée nationale l’extension de l’allocation aux vieux travailleurs salariés à tous les Français âgés de plus de soixante-cinq ans. Dans l’hémicycle, une partie de la droite rechigne. Il se bat. Il l’impose. Le 22 mai, la loi est votée. Le sort d’un million cinq cent mille personnes, qui ne dépendaient jusque-là que de la charité ou de la prolongation d’activité jusqu’à l’épuisement, change brusquement [10]. La retraite dans son acception moderne, était née. La loi du 13 septembre étendra ces dispositions à toutes les personnes âgées non salariées. Quand il quittera le gouvernement en mai 1947, le montant des retraites aura augmenté de cent trente pour cent. Plus de quatre millions de Français en bénéficient…

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La démonstration est lumineuse, à l’image des souvenirs de Joseph Martinet, pensionné, dont la vie, comme celle de milliers d’autres, venait soudainement de prendre un sens différent : "Je n’oublierai pas avril 1947. Le chiffre au bas du papier de la pension : 15000 F. Je ne touchais que 7000 F quelque mois auparavant. Ca vous doublait d’un coup la vie…" Le père de Joseph, lui, n’avait pas eu de vie. Il avait quitté l’usine à soixante-neuf ans. Parce que les forces ne suivaient plus. Ce que l’on appelait alors "sa retraite" n’avait pas duré deux mois… Nombreux sont ceux qui gardaient en mémoire l’émotion des anciens devant leur premières retraites. Ainsi, Jean Hodebourg, ancien membre du Bureau fédéral, dans le Guide du militant de la métallurgie d’avril 1991 : "J’ai en souvenir la dévotion des vieux et des vieilles pour Ambroise. François Godet, un voisin, valet de chambre devenu chauffeur d’une des premières voitures chez De Dion Bouton, vivait chichement de son seul jardin et d’un peu d’économies. Soudain, tous les trimestres, il reçut un mandat de retraite ! Imaginez ! Des retraités qui n’avaient jamais eu un franc de revenu et qui ne vivaient, pour beaucoup, que d’autoconsommation ! D’un seul coup, de l’argent, tous les trimestres ! Ca, c’était Croizat !"

Dans un entretien, Pierre Laroque rappelle son étonnement devant la rapidité de mise en place de la Sécurité sociale et le rôle joué par le ministre dans l’aboutissement des grandes réformes : "Tout a fonctionné à partir de juillet 1946. En dix mois à peine, malgré les oppositions, nous avons pu construire cette énorme structure, alors que les Anglais n’ont pu mettre en application le Plan Beveridge, qui date de 1942, qu’en 1948. La réussite est brillante et l’attachement des gens à l’institution le confirme. Il faut dire là l’appui irremplaçable d’Ambroise Croizat. C’est son entière confiance manifestée aux hommes de terrain qui est à l’origine d’un succès aussi rapide".

"Rien de ce qui touchait au travail ne lui était étranger" raconte le journaliste Raymond Lavigne dans les colonnes de l’Humanité du 11 février 1981. Il rapportait là ses souvenirs de rencontre avec le ministre du Travail, au lendemain des premières élections générales de la Sécurité sociale, le 24 avril 1947 [11]. A l’occasion d’un bilan de l’œuvre des ministres communistes, le journaliste avait été saisi par l’impressionnant corpus de lois réalisé en quelques mois par celui que l’on appelait déjà le "ministre des travailleurs". C’est d’ailleurs à la lecture de ces mesures que l’on comprend l’étonnante capacité de travail de l’homme et sa volonté d’aller vers toujours plus de dignité là où l’homme producteur fait avancer le pays. Ainsi, le 25 février 1946, fait-il voter la loi sur la majoration des heures supplémentaires (vingt-cinq pour cent entre quarante et quarante-huit heures, cinquante pour cent au-delà, cent pour cent les dimanches et jours fériés). Il fit de même pour l’augmentation des primes et le travail de nuit et du dimanche. Dans une période où le gouvernement préconise le blocage des salaires, il intervient à tous les niveaux pour tirer les rémunérations vers le haut. "Inquiet de l’application trop généralisée des salaires minima fixés par les arrêtés, le ministre, dit Annie Lacroix-Riz, agira sans relâche auprès des inspecteurs du travail pour qu’ils poussent les patrons à tendre vers les maxima salariaux. Cette lutte a été particulièrement efficace. Dans tous les secteurs d’activités, particulièrement les plus défavorisés, les salaires grimpent" [12].

C’est également Croizat qui, à la même époque, fixa à un mois la durée des congés payés pour les jeunes de moins de dix-huit ans, à trois semaines pour ceux de dix-huit à vingt et un ans. Il est en outre à l’origine de l’ouverture des Centres professionnels, de la revalorisation des rentes des mutilés du travail et des vieux mineurs, de la création du Conseil national du travail chargé d’examiner les projets relatifs à la législation sociale, mais également d’innover en la matière. Le 2 octobre 1946, il met en place la Caisse de compensation des ouvriers du bâtiment [13]. Sait-on qu’avant la loi, le moindre jour de pluie équivalait à une journée sans salaire ?

Dans le même temps, son action s’étend à tous les champs de la prévention et des conditions de travail. "Par la loi qui intègre désormais le risque accident à la Sécurité sociale, écrivait-il en novembre 1946, le mutilé du travail ne sera plus l’enjeu de combinaisons commerciales quelconques. Il sera certain de recevoir une vraie compensation du préjudice causé et, de surcroît, bénéficiera d’une période de réadaptation et de rééducation professionnelle". Dans le Guide du militant de la métallurgie d’avril 1991, Jean Hodebourg rappelle l’importance qu’accordait le ministre à la santé dans l’entreprise : "Lors de la mise en place de la sécu, dit-il, l’une des phrases clés d’Ambroise fut : "la prévention : priorités des priorités". C’est, à mon sens, la plus révolutionnaire des idées de l’époque. La santé commence à l’entreprise. Soins gratuits, pensions, paiements des dégâts faits par les patrons… C’est justement en contraignant les employeurs à payer que ceux-ci prendront des mesures de prévention". Ainsi, dans cet esprit, Croizat initiera-t-il une série de mesures qui instaurent la médecine du travail, les comités d’hygiène et de sécurité, la reconnaissance des maladies professionnelles. "Un système, ajoute Jean Hodebourg, qui, pour la première fois, fait obligation aux médecins de déclarer les maladies en lien avec la profession et les expositions dans l’entreprise".

Parallèlement, d’autres lois attribuent un rôle économique aux comités d’entreprises [14], ou instituent l’égalité de salaire entre homme et femme. "Si l’égalité politique est une victoire partielle, disait le ministre après que les femmes ont arraché le droit de vote sous l’impulsion de Fernand Grenier, l’égalité économique est une victoire complète" [15].

Aux côtés de Marcel Paul, le complice de longue date, il se battra avec acharnement pour imposer le statut des mineurs et celui du personnel du gaz et de l’électricité (22 juin 1946). Il cosignera d’ailleurs ces documents, qui vont transformer les conditions matérielles, sociales et culturelles des agents de ces deux services publics.

"Il n’y a pas de politique efficace sans l’assentiment, et surtout l’accompagnement des gens" rappelait Ambroise Croizat en juin 1946. Toute sa "période ministérielle" – il en est de même pour les autres ministres communistes – se confond avec une forte proximité du terrain. Ainsi en témoigne François Billoux : "Nous allions sur place examiner avec les intéressés les problèmes à résoudre. Des centaines de déplacements furent ainsi effectués, aussi bien à Paris qu’en banlieue ou en province. Cinquante pour cent de notre temps, et parfois davantage, passait en contacts avec la population, dans les entreprises, les hôpitaux, les régions sinistrées. Bousculant le protocole, les habitudes des préfets et de l’administration, ces visites réduisaient beaucoup les festivités, banquets et réceptions plus ou moins officiels qui accompagnaient nos passages. Elles comportaient surtout des discussions sur le tas et des réunions de travail où les intéressés pouvaient s’exprimer. Chacun donnait son appréciation, faisait part de ses critiques, apportait ses suggestions, ses propositions…" [16].

"Toutes ces réformes, leur mise en place, les oppositions de plus en plus violentes du gouvernement, tout cela, il fallait l’expliquer, poursuit Liliane Croizat. La seule façon de le faire était de se rapprocher des gens qu’au fond, mon père n’avait jamais quittés. Ces deux années de ministère seront ainsi deux années de voyages, de vraies tournées sur le terrain comme il aimait à le faire avant-guerre. On le retrouve à Marseille, à Bordeaux, Lyon pour l’ouverture des caisses primaires ; il visite les usines, les chantiers, ouvre de vrais débats dans les lieux les plus reculés, là où il sentait que battait "le pouls de sa France". Je crois qu’il savait se taire, écouter, être disponible…".

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Fin d’un épisode de progrès social sans précédent

1946. Le patronat redresse la tête, sabote l’application du programme du CNR. Les tensions déjà vives s’accélèrent au sein du gouvernement. Droite et socialistes freinent les nationalisations ou remettent en cause les statuts des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots et des travailleurs de Renault… Ils entament la guerre d’Indochine, abandonnent les demandes de réparations à l’Allemagne pour les dommages de guerre. Sur le plan intérieur, les dissensions se font de plus en plus lourdes, notamment à propos du blocage des salaires et de la flambée des prix. François Billoux résume la situation : "Les profondes divergences découlaient de l’opposition irréductible entre les intérêts des travailleurs et ceux des capitalistes. Elles s’exprimaient dans notre pays comme à l’échelle internationale. De ce fait, la tâche des ministres communistes devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure que les pressions exercées par les Américains sur la politique française s’accentuaient. Pour en finir avec la politique démocratique et sociale à l’intérieur et la politique étrangère d’entente avec tous les Alliés et avec tous les pays sur la base de l’indépendance, il fallait écarter les communistes. Ce fut sur l’injonction américaine que les ministres communistes en France, en Italie, en Belgique et au Luxembourg furent évincés du gouvernement" [16].

L’éviction a lieu le 5 mai 1947. Le motif avancé est la solidarité trop voyante des communistes aux revendications des ouvriers de Renault. François Billoux y voit une autre explication : "Ce n’était là qu’un prétexte. La raison réelle était plus grave. L’éviction des communistes marqua le tournant vers une politique ouverte de guerre froide à l’extérieur et d’abandon de la démocratie à l’intérieur. Ce que les Américains n’avaient pu obtenir à la Libération, ils l’obtenaient du gouvernement Ramadier et de ses successeurs".

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Le lendemain même de son départ du ministère, Croizat écrit aux travailleurs dans l’Union des Métallurgistes : "Ma présence au ministère du Travail ne m’a jamais fait oublier mon origine et mon appartenance à la CGT. Je ne mériterais pas votre confiance si, par malheur, je m’étais laissé aller, au cours de mon activité gouvernementale, à oublier vos souffrances, vos difficultés. En un mot, à sacrifier purement et simplement vos intérêts. Ces derniers se confondent trop avec ceux de la Nation pour qu’un ministre communiste puisse les oublier. C’est pour avoir observé cette fidélité envers vous-mêmes, cette solidarité pour vos justes et raisonnables revendications, que je fus atteint, ainsi que mes amis, d’une sanction grave : celle de la révocation pure et simple. Nous étions devenus des êtres gênants, des "empêcheurs de danser en rond", des hommes qui, trop souvent, affichaient des "intérêts sordides". Ils sont maintenant entre eux et pourront régler avec plus de tranquillité certains problèmes, dont quelques-uns ne sont pas sans dangers pour l’avenir de la France. Comme je le rappelais il y a quelques jours, la lutte continue pour la renaissance française, l’indépendance nationale et l’instauration d’un bien-être pour tous. Il n’y a rien de changé".

Michel Etiévent

Extrait du livre " Ambroise Croizat ou l’invention sociale, suivi de Lettres de Prisons, 1939-1941 " aux éditions GAP, réédition 2006.


[1] L’expérience gouvernementale du PCF ne date pas de novembre 1945. Le Comité Français de Libération Nationale, installé à Alger dès juin 1943, s’ouvre à deux communistes le 4 avril 1944 : Fernand Grenier à l’Air, François Billoux, commissaire d’État. Le remaniement de septembre 1944, après le retour à Paris du Gouvernement provisoire de la République, donnait le ministère de l’Air à Charles Tillon et celui de la Santé Publique et de la population à François Billoux.

[2] Réélu député le 21 octobre 1945, il sera quatre fois ministre du Travail, de novembre 1945 à mai 1947. Dans les gouvernements De Gaulle (23 novembre 1945 – 22 janvier 1946), Félix Gouin (27 janvier – 11 juin 1946), Georges Bidault (24 juin – 28 novembre 1946), Ramadier (22 janvier – 4 mai 1947).

[3] Selon Yvonne Breteau, secrétaire d’Ambroise Croizat, le mot d’ordre de la Fédération des métaux était : "En avant vers le million d’adhérents !". Elle enregistra 989 000 adhérents en 1946.

[4] Pierre Laroque (1907-1998), licencié en droit en 1927, il entre en 1930 au ministère du Travail et de la Prévoyance sociale. Il participe à la mise en place de la loi du 1er juillet 1930 rendant obligatoires les Assurances sociales pour les salariés de l’industrie et du commerce. Plus tard, il s’opposera à la politique de Vichy et ralliera Londres le 15 avril 1943. Dès la fin août 1944, il se voit confier par Alexandre Parodi, ministre du Travail du Gouvernement provisoire, la mission de participer à la mise en place du Plan français de Sécurité sociale. Il est nommé le 5 octobre 1944 à la direction de l’institution. Sans vouloir minimiser la portée du travail de Pierre Laroque, il convient de préciser qu’il n’est pas, comme l’ont annoncé de nombreux médias lors du 50ème anniversaire de la Sécurité sociale, le créateur de l’ordonnance du 4 octobre. Son intervention s’est cantonnée à la mise en forme "écrite" d’un long travail collectif élaboré par les groupes impulsés notamment par Croizat. Quant à la paternité de la Sécurité sociale, elle revient, comme nous le verrons plus loin, aux milliers de militants qui l’ont bâtie sous la maîtrise d’œuvre directe d’Ambroise Croizat.

[5] Dans l’esprit d’Ambroise Croizat, la Sécurité sociale devait couvrir tous les travailleurs, salariés ou non (loi du 22 mars 1946). Les non-salariés (petits commerçants et artisans notamment) refusèrent par la voix de leurs responsables, qui n’acceptaient pas de se laisser assimiler à de "vulgaires prolétaires". Beaucoup le regretteront…

[6] Ambroise Croizat et François Billoux, dès 1945, se sont battus pour que la Sécurité sociale reste dans le giron du ministère du Travail. Ceci afin que les sommes collectées (véritable salaire différé) servent uniquement à la Solidarité sociale. Plus tard, les gouvernements placeront la Sécurité sociale sous la tutelle du ministère de la Santé, et une partie de l’argent sera détournée en faveur de l’équipement hospitalier, qui devrait être à la charge de l’Etat. Selon Pierre Laroque, directeur général de la Sécurité sociale, les fonds de l’institution ont largement contribué à reconstruire et rénover l’appareil hospitalier français à la Libération.

[7] Henri Raynaud était à l’époque un des secrétaires de la Confédération CGT. Il fut, entre autres, président du conseil d’administration de l’Association de solidarité aux enfants victimes de la répression subie par leurs parents militants : "Le Nid". Le Nid fut fondé en 1906, à Neuilly-Plaisance, par une jeune institutrice de 20 ans, Madeleine Vernet.

[8] La loi du 22 août 1946 institue, entre autres, un congé de maternité de 14 semaines (six semaines avant l’accouchement, 8 après), indemnisé à moitié du salaire journalier de base.

[9] A titre d’exemple, le montant des prestations familiales pour deux enfants passe de 540 F mensuels à 1130 F après la loi du 22 août 1946.

[10] Une loi de mars 1941 attribuait une allocation aux personnes âgées de plus de 65 ans. Mais son montant était tellement maigre que la plupart des bénéficiaires réclamaient assistance ou étaient contraints de continuer à travailler.

[11] Vingt ans après, le 24 août 1967, le gouvernement, par une série d’ordonnances, s’attaquera violemment à la gestion démocratique de la Sécurité sociale. Elles créent des Caisses nationales étroitement contrôlées par l’Etat. Elles deviennent des établissements publics dont le directeur est nommé par décret. S’y ajoutent la suppression de l’élection des administrateurs salariés et l’instauration de la règle de parité (50 % de délégués patronaux, 50 % de délégués salariés), qui réduit fortement l’influence syndicale et autorise toutes les alliances "douteuses". Ces ordonnances avaient été précédées dès 1960 par une série de dispositions qui modifiaient déjà le système dans un sens antidémocratique et centralisateur (renforcement des pouvoirs des directeurs, contrôle préalable des budgets). De cette époque jusqu’au plan Juppé, la liste est longue des multiples attaques qui tenteront de dépecer les grandes valeurs originelles de la Sécurité sociale et de remettre en cause la protection sociale dans son ensemble.

[12] Annie Lacroix-Riz, Le mouvement social, Avril-juin 1983.

[13] La loi attribue 75 % du salaire pendant toute la période où les intempéries ne permettent pas de travailler.

[14] Loi du 16 mai 1946. Cette loi, qui allait beaucoup plus loin que l’ordonnance du 22 février 1945 créant les Comités d’entreprise, déchaîna une tempête de protestations patronales. Un rapport adressé au ministre du Travail s’élevait contre l’extension de l’institution aux entreprises de cinquante à cent salariés, contre l’obligation de consulter le CE, le droit d’information obligatoire sur les bénéfices, l’assistance d’un expert-comptable, la réduction du secret professionnel et l’augmentation du temps payé aux responsables syndicaux. A propos de cette loi, l’appréciation de la Fédération CGT des métaux était bien différente. Dans une brochure de 1946, elle rappelle : "Les nouvelles dispositions de la loi du 16 mai serviront grandement nos organisations syndicales, pour leur permettre de pénétrer plus profondément au cœur des questions directement liées à l’organisation, la gestion et la marche générale des entreprises".

[15] L’Humanité, 10 juin 1948.

[16] Quand nous étions ministres, François Billoux, Editions sociales.

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    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).