On ne peut être communiste dans certaines républiques post-soviétiques qu’au péril de sa vie Interview d’Igor Makarov, membre du comité central du KPRF, par Andreï Doultsev

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Un texte passionnant qui illustre non seulement la répression subie par les communistes à la fin de l’URSS, mais ce qu’il a fallu et ce qu’il faut encore aujourd’hui aux communistes russes pour maintenir leur présence partout, pour être la première et quasiment seule force d’opposition respectée de tous. Ce parti qui malgré les conditions de fraude a gagné un grand nombre de représentants aux dernière élections mais qui chaque année a des dizaine de milliers d’adhérents en plus et parmi eux beaucoup de jeunes [1]. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est un grand courage et une activité sans faille avec une réflexion politique et théorique. (Note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)

Igor Nikolaevich Makarov est né en 1974 à Voronej. Diplômé de l’Académie technologique d’État de Voronej, de l’Académie présidentielle russe d’administration publique et de l’Académie humanitaire et sociale de Moscou (anciennement l’École supérieure du Comité central du Komsomol). A travaillé dans l’appareil de la Douma régionale de Voronej, puis à la Douma d’État, à la commission des affaires de la jeunesse et au département principal de l’éducation de l’administration régionale de Voronej, puis vice-président de la commission de la jeunesse et des sports.

Depuis 1992 il est l’un des acteurs de la renaissance du mouvement Komsomol en Russie et dans tout l’espace post-soviétique, membre du comité exécutif de l’Union internationale des organisations Komsomol. En 1989-1994, secrétaire de l’organisation scolaire du Komsomol puis premier secrétaire du comité régional du Komsomol russe. Délégué du premier au cinquième congrès de l’Union de la jeunesse communiste de la Fédération de Russie. De 2004 à 2011 deuxième secrétaire du Comité central du Komsomol de la Fédération de Russie. Depuis février 2011 Président de la commission centrale de contrôle et de révision de la Ligue de la jeunesse communiste de Lénine de la Fédération de Russie. Participation à plusieurs réunions de l’Assemblée générale de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (FMJD) et des Festivals mondiaux de la jeunesse et des étudiants. Chef de la délégation officielle de la Fédération de Russie au XVIIe Festival mondial de la jeunesse et des étudiants (Pretoria, Afrique du Sud, décembre 2010).

Makarov est membre du parti communiste de la Fédération de Russie depuis 1992. Il a été élu secrétaire de la branche primaire du parti, président du comité de contrôle et de révision de la branche locale, secrétaire du comité régional de Voronej du KPRF. Délégué du 10e au 15e congrès du parti. Il est membre du comité central du KPRF. De 2008 à 2013 Chef du département de la politique nationale du Comité central du KPRF. Actuellement, Makarov est chef adjoint du département de l’organisation du parti et de la politique des cadres du comité central du KPRF et secrétaire du conseil de l’Union des partis communistes – PCUS.

Igor Makarov a enseigné dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur du pays. Auteur des livres “Avec et sans Staline”, “La dernière aventure d’un renégat” et de nombreux articles sur l’histoire et la théorie du mouvement communiste. Il est responsable de l’appareil de la faction KPRF à la Douma d’État de Fédération de Russie.

Selon Marx, la propriété des moyens de production implique la liberté économique et donc aussi la liberté politique. L’élargissement de la base sociale des propriétaires accroît la liberté économique et politique et, en fin de compte, la liberté personnelle également. Dans quelle mesure la société soviétique était-elle libre et que s’est-il passé au tournant des années 1980-1990 en URSS et dans les pays d’Europe de l’Est ?

– Une interprétation plutôt “élastique” de Marx. En effet, ce n’est pas son genre de tenir un discours vide sur la liberté en général. Sa catégorie “liberté” a toujours un contexte historique extrêmement concret, strictement défini, et doit répondre aux questions : “Quelle était la conception de la liberté chez les gens de telle ou telle époque ? La liberté – pour qui ? Quelles sont les formes de manifestation de cette liberté dans la pratique sociale réelle ?”

Un exemple simple. Me remémorant souvent ma propre enfance soviétique, j’en arrive à la conclusion sans équivoque que, dans l’URSS “totalitaire”, j’avais beaucoup plus de liberté pour m’épanouir que les enfants russes d’aujourd’hui. Dans la première moitié des années 1980, j’avais la possibilité de m’inscrire gratuitement à n’importe quel groupe de loisirs (c’est ainsi que j’ai appris à tirer au fusil de sport). Pendant les vacances scolaires, nous recevions (encore une fois, gratuitement !) tout un paquet de tickets de cinéma. Les séjours dans les camps d’été des enfants coûtaient trois fois rien. Cette série pourrait continuer encore et encore. Alors que l’actuel “nouveau capitalisme russe” ne fait qu’étrangler financièrement les familles avec enfants. Il faut payer pour tout. Pour chaque étape de votre vie. Et tout cela avec des salaires et des prestations misérables. Quel genre de liberté est-ce là ? Les soi-disant “ascenseurs sociaux” ne se sont pas seulement en panne, ils se sont tous effondrés d’un seul coup. Tous les attributs formels de la démocratie – diversité de la propriété, multipartisme, multi-confessionnalisme, séparation des pouvoirs, autonomie locale, etc. – existent pourtant…

Si nous parlons de la société soviétique dans son ensemble, elle n’avait certainement pas de “liberté” au sens où l’entend l’Europe occidentale.

– Mais avant de prononcer ce genre de “jugement”, il faut bien comprendre que le parti marxiste et la révolution ouvrière en Russie et dans les autres républiques de l’ex-URSS avaient principalement des tâches de “nature pré-socialiste”. L’introduction de la forme républicaine de gouvernement, l’industrialisation de l’économie, la construction de puissantes forces armées modernes, la révolution culturelle, le dépassement de l’archaïsme rural… Tout cela a été réalisé dans la phase capitaliste du développement de la société. Et ce n’est qu’un demi-siècle avant que les bolcheviks n’arrivent au pouvoir que nous avons cessé de vendre les gens comme du bétail !

Par ailleurs, au milieu du XXe siècle, dans certains pays d’Europe de l’Est, notamment en République démocratique allemande et en Tchécoslovaquie, il existait déjà une base industrielle et culturelle pour la transformation socialiste. Mais nul autre que Staline, immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le camp socialiste international a commencé à prendre forme, n’a insisté pour que les dirigeants des pays de la démocratie populaire ne forcent en aucune façon la construction du socialisme selon les lignes soviétiques.

À cela s’ajoute le facteur de la domination géopolitique de l’URSS, qui, d’une certaine manière, perpétue la tradition de l’influence active de l’Empire russe dans les processus mondiaux. Le nationalisme inhérent aux “petites nations” d’Europe – Polonais, Hongrois, Tchèques, Bulgares, Roumains – a été évident pendant toute la période du camp socialiste-démocratique. En bref, la combinaison d’un anticommunisme caché, mais très agressif (dans le sens d’une haine farouche du système soviétique) et du nationalisme (dans le sens d’une volonté de se détacher par tous les moyens du protectorat du grand voisin oriental) s’est transformée en une force terriblement destructrice. En outre, ces sentiments étaient constamment attisés par les États-Unis et leurs satellites. Au tournant des années 1980-1990, l’ensemble de ces facteurs a “explosé”.

Quelle fut la nature de la persécution des communistes ? Quelles formes a-t-elle pris ?

– Il est généralement admis que, contrairement à certains pays d’Europe de l’Est, par exemple, les anciennes républiques soviétiques ont échappé à la “lustration” de 1991-1992 au cours de laquelle non seulement les partis communistes ont été interdits par la loi, mais leurs anciens dirigeants n’ont pas non plus été autorisés à occuper des postes dans la fonction publique et dans certains autres domaines professionnels. Cependant, ce n’est pas tout à fait vrai. Toute une floppée de représailles contre les partis et leurs militants se poursuit depuis trente ans, depuis les journées d’août 1991 jusqu’à aujourd’hui.

De plus, de nombreuses personnes sont aujourd’hui enclines à faire porter à Eltsine seul la responsabilité de la destruction du PCUS et de la persécution des communistes. C’est très pratique, puisqu’il n’est plus là depuis 14 ans. Mais, par exemple, Gavriil Popov et Sergei Stankevich ne sont pas seulement en vie, ils publient activement des livres et participent à des émissions de télévision. Et ils ne portent aucune responsabilité pour leurs crimes ! Mais ce sont eux, ces deux anciens dirigeants du parti communiste à Moscou, qui, le 23 août 1991, l’écume aux lèvres, appelaient non seulement à l’interdiction immédiate du parti et à la confiscation de tous ses bâtiments et biens, mais aussi à “déraciner toutes les pousses toxiques du communisme”.

Ce sont eux qui ont été les instigateurs des pogroms par les foules déchaînées des bâtiments des comités centraux du PCUS et du parti communiste de la RSFSR et de la démolition illégale d’œuvres d’art monumentales – des monuments aux éminents révolutionnaires Felix Dzerjinski, Yakov Sverdlov et Mikhail Kalinine. Ainsi, les néo-fascistes ukrainiens actuels qui procèdent à la “décommunisation” du pays sont des élèves directs de Popov et de Stankevich.

Cette même paire de scélérats a organisé l’attaque de pogromistes ivres contre les femmes de l’appareil central du parti, qui quittaient précipitamment le bâtiment du Comité central du PCUS. Des pierres, des légumes pourris et des crachats ont été lancés sur ces ouvrières effrayées, qui remplissaient des fonctions purement techniques au sein du Comité central, le tout accompagné de blasphèmes dégoûtants. C’était un véritable lynchage. Selon les normes de toute “démocratie” occidentale, cela aurait été passible d’une peine de prison. À ce propos, à cette époque, plus de 170.000 travailleurs professionnels du parti dans tout le pays ont tout simplement été jetés à la rue, sans moyen de subsistance, sans aucune perspective.

Certains représentants de l’”intelligentsia créative” étaient particulièrement zélés dans leur frénésie anticommuniste. L’un d’entre eux, Alexander Ivanov, qui a animé pendant des années un programme comique populaire à la télévision soviétique, a crié que toutes les personnes jugées favorables à l’idée communiste devaient être purement et simplement expulsées de la fonction publique. “Les communistes doivent être éradiqués comme l’a fait Pinochet au Chili” était sa citation directe. Certes, on n’en était pas là en août 1991. Les bourreaux d’Eltsine ont suivi la version “chilienne” plus tard, en octobre 1993, lorsque les défenseurs de la constitution et de la démocratie soviétiques ont été abattus près du stade…

L’une des formes de représailles du nouveau régime contre les communistes était la terreur pure et simple. Il y a quelques années, M. Dunayev, ancien ministre de l’intérieur du gouvernement d’Eltsine, a ouvertement raconté comment, à la veille de la fête nationale du 9 mai 1993, il avait reçu l’ordre secret, venant du plus haut niveau, d’éliminer physiquement l’un des plus éminents hommes politiques de l’opposition, Victor Anpilov, leader du mouvement “Russie Laborieuse”. Mais la crainte d’une vengeance populaire imminente a empêché cet acte inique d’être réalisé dans toute son ampleur. Anpilov a été enlevé, ligoté et battu à moitié à mort : ses doigts et ses côtes étaient cassés. Les monstres ont simulé son exécution plusieurs fois. Et que pensez-vous, est-ce que quelqu’un en Occident a fait du bruit autour de ces événements, comme celui causé par l’“empoisonnement” de Navalny ? Un seul soi-disant “militant des droits de l’homme” en a-t-il pris ombrage ? La réponse est évidente.

Le meurtre brutal, en 1994, de Valentin Martemyanov, député de la Douma d’État appartenant à la faction du parti communiste et éminent avocat russe, n’a toujours pas été élucidé à ce jour. L’homme âgé a simplement été battu à mort par des salauds non identifiés dans le hall d’entrée de son propre immeuble. Peu de temps auparavant, Martemianov avait défendu avec passion et de manière très professionnelle le parti contre une interdiction définitive dans le cadre de la procédure de la Cour constitutionnelle russe.

Alors que nous abordons le sujet du procès contre l’inconstitutionnalité du décret d’Eltsine interdisant le parti communiste russe et le parti communiste d’Union soviétique, il est important de noter que la question ne portait pas seulement sur la possibilité d’activités légales des communistes. L’intention du camp du président était plus grandiose – mener un nouveau “procès de Nuremberg”, mais sur le communisme. Selon Anatoly Tchoubaïs, le “père” du capitalisme de gangsters dans les années 1990, leur but était “non pas de faire de l’argent mais de détruire le communisme”.

La situation dans les autres anciennes républiques soviétiques n’était pas meilleure. Alfred Rubiks, premier secrétaire du parti communiste de Lettonie, a été emprisonné par les nationalistes bourgeois dans la prison centrale de Riga pendant sept ans. En janvier 1994, les services spéciaux lituaniens ont enlevé et emprisonné les dirigeants du Parti communiste de Lituanie MikolasBurokevičius et JuozasErmalavičius en Biélorussie souveraine. De nombreux partisans des idées communistes en Géorgie, en Moldavie, au Turkménistan, en Ouzbékistan et en Ukraine ont été harcelés et maltraités.

En 2014, des photos prises à Kiev, où l’on voyait un Rostislav Vasylko ensanglanté, premier secrétaire du comité de la ville de Lviv du Parti communiste d’Ukraine, saisi par les cheveux et mis à genoux par ses bourreaux nazis, ont fait le tour du monde. Depuis vingt ans, on ne sait rien du sort de Serdar Rakhimov, premier secrétaire du Comité central du Parti communiste du Turkménistan, emprisonné dans un “sac de pierre”.

Et ce n’est qu’une petite partie des exemples. Comme vous le voyez, on ne peut être communiste dans certaines républiques post-soviétiques qu’au péril de sa vie…

Quelles ont été les principales étapes de la destruction du PCUS et de la contre-révolution en URSS ? Est-il vrai qu’après la destruction de la base économique en 1989-1991, qui a consisté à détruire le noyau de la société socialiste soviétique, le Parti communiste, en 1993 le plan était la destruction de la superstructure : les Soviets ?

– Je ne fais pas partie de ceux qui attribuent l’effondrement de l’URSS uniquement aux machinations de la “cinquième colonne” d’agents d’influence dirigés par la CIA. Ce qui s’est passé en 1991 avait, avant tout, des raisons objectives. Le processus d’”érosion” du système soviétique tardif peut être divisé en trois étapes principales.

La première : la fin des années 1970 et le début des années 1980, lorsque les trois forces motrices de la future contre-révolution ont pris forme. Tout d’abord, il y avait la nomenklatura du parti et de l’État, qui était déjà prête à échanger le pouvoir contre la propriété. L’exemple le plus frappant est celui du premier secrétaire du comité du district de Tchardar du PC du Kazakhstan, Bekjanov, qui, pendant ses heures de travail, prêchait le marxisme-léninisme et menait au quotidien une vie de seigneur féodal d’Asie centrale : il possédait des bijoux en or, des sacs d’argent, des troupeaux de chevaux et de moutons. Au fin fond des steppes, il avait construit un garage souterrain pour sa toute nouvelle Mercedes. Bekzhanov avait l’habitude de venir à cet endroit secret dans sa Volga soviétique, de sauter dans sa Mercedes et de la conduire sans but pendant des heures à travers la steppe. Une “stupidité” depuis longtemps oubliée – le “code moral du bâtisseur du communisme” – l’empêchait de conduire en public dans une voiture étrangère. Toute une couche de ces Bekjanovs s’est formée, qui aspirait au moment où l’on pourrait conduire ouvertement une Mercedes, achetée avec des pots-de-vin et des extorsions.

Deuxièmement, les “boutiquiers” et commerçants – le prototype de la future bourgeoisie criminelle des années 1990. Ils ont créé des chaînes “clandestines” pour la production et la vente de “raretés” : vêtements, meubles, appareils électroniques et denrées alimentaires contrefaits. Des communautés criminelles entières comprenant des centaines et des milliers de personnes se sont formées. Au milieu des années 1980, un secteur “parallèle” très impressionnant de l’économie fonctionnait en URSS.

Enfin, la troisième force qui a accéléré l’effondrement du système soviétique est l’intelligentsia des républiques soviétiques, animée d’un esprit nationaliste. Ce sont eux qui, implicitement, et parfois ouvertement, ont inculqué à la population locale l’idée que tous les problèmes de leur vie venaient des diktats de Moscou, des Russes. Tout cela s’est fait sous le “rideau de fumée” d’un retour aux racines de l’identité nationale, aux fondements culturels et linguistiques, au “grand passé” de ces petites nations et nationalités.

Et enfin le moment est arrivé ! En 1985-1986, le parti au pouvoir lui-même a annoncé d’abord l’accélération du développement social et économique, puis une perestroïka globale. La fusion des trois forces destructrices a eu lieu.

Tels furent les principaux auteurs de la contre-révolution. Venons maintenant à l’essentiel. Quelle était la base socio-classique de la destruction du système soviétique ? Il semblerait qu’à la fin des années 1930, les vestiges des classes précédentes, hostiles au nouveau régime, aient déjà été détruits. Ainsi, les débuts du socialisme soviétique ont été ruinés, si je puis dire, par des “citadins de la première génération” – des gens de la campagne. Dans les premiers écrits de Lénine, on trouve l’idée prophétique que tout le vingtième siècle russe passera sous le signe de la résolution de la question paysanne. Il notait très exactement “la structure de classe intérieurement contradictoire de cette masse, son caractère petit-bourgeois, l’antagonisme des tendances économiques et prolétariennes en son sein”.

Il ne fait aucun doute que toutes les plus grandes réalisations de l’Union soviétique ont été faites par les mains des paysans d’hier. Mais une autre chose est tout aussi indiscutable : le fossoyeur du “socialisme originel” de type soviétique était le parti et la nomenclature soviétique, qui provenaient principalement du milieu rural. Youri Gagarine, le premier cosmonaute de la Terre, venait de la campagne. Le maréchal Joukov, symbole de la victoire sur le fascisme, était le fils d’un paysan. Cependant, Gorbatchev et Yakovlev, les deux principaux destructeurs du pays soviétique, étaient également des fils de paysans.

Les idées des “petits propriétaires” sur la vie, leur intéressement pathologique, leur opportunisme, leur mépris pour l’éducation et la culture se sont avérés incompatibles avec les objectifs socialistes du développement du pays et avec les institutions soviétiques. Ces “gestionnaires” les ont remodelés “à leur propre image” et ont progressivement submergé les comités du Parti et les organes de l’administration de l’État. Au milieu des années 1970, les sciences sociales soviétiques claironnaient l’idée que les travailleurs étaient enfin majoritaires dans la structure socio-classique de la société ! Mais quel genre de travailleur était-ce ? Dans sa masse, il était encore un semi-paysan. C’est lui qui a ensuite voté activement pour Eltsine, s’attendant à posséder un appartement, une maison de campagne, un terrain, un jardin, etc. Et il vivrait beaucoup mieux que son voisin. Et pour lui, le communisme et les intérêts du pays n’étaient que des contes de fées nuisibles.

La seconde moitié des années 80 a vu l’annonce d’une “réforme du système politique” radicale (ce qui signifie qu’ils ont commencé non pas par l’économie, mais directement par la politique), qui est la deuxième étape de la contre-révolution, toujours latente. Latente parce que le rejet de la perspective socialiste n’a pas encore été proclamé par quelqu’un ou quelque part au pouvoir. Le moment clé est la “départisation” : d’abord, le retrait du texte de la Constitution par le Congrès des députés du peuple de l’URSS de la disposition sur le rôle dirigeant du PCUS, puis l’expulsion des comités du Parti des entreprises et des institutions du pays.

Enfin, la troisième étape – 1991-1993 – a été celle de la contre-révolution ouverte. – C’était le stade de la contre-révolution ouverte, lorsque l’anticommunisme et l’antisoviétisme sont devenus l’idéologie et le programme de l’État. Notons la pertinence de la déclaration de Lénine selon laquelle le slogan “les Soviets sans communistes ! – est purement contre-révolutionnaire, signifiant la fin du pouvoir soviétique. Le noyau du Parti est précisément ce sans quoi les Soviets des Députés Ouvriers sont inconcevables. Et il est vrai que sans le parti, les conseils n’ont pas tenu deux ans.

Que s’est-il passé en octobre 1993 – qui a défendu la constitution et qui a agi de manière anticonstitutionnelle ?

– À l’automne 1993, Eltsine et ses collaborateurs sont confrontés à une double tâche. La première partie de cette tâche consistait à briser toute la verticale des Soviets en tant qu’organe gouvernemental de masse, qui, pour la première fois dans l’histoire du monde, combinait les fonctions législatives, exécutives et de contrôle. Après l’élection d’Eltsine à la tête de l’État, le pays était de facto gouverné par une structure de pouvoir double : le président et le parlement avaient toute une série de fonctions qui se chevauchaient. Et il en était ainsi tout au long de la “verticale” du pouvoir.

La deuxième partie de la tâche d’Eltsine consistait à neutraliser l’ensemble de l’opposition de gauche aussi longtemps que possible en détruisant physiquement la partie la plus décisive et la plus active de celle-ci. Le dénouement sanglant avait été préparé des mois à l’avance. Eltsine lui-même écrit franchement à ce sujet dans ses mémoires “Notes du président”.

En tant que participant à ces événements, je dirai que quelques heures à peine après le discours télévisé d’Eltsine, au cours duquel il a annoncé son décret sur la dissolution du Congrès des députés du peuple et du Soviet suprême de la Fédération de Russie, des centaines de militants, principalement de trois organisations, sont venus à Moscou depuis les régions : “La Russie laborieuse, l’Union des officiers soviétiques et le Front du salut national”. Les officiers retraités dominaient parmi eux. C’est à partir d’eux qu’une “Milice populaire” fut immédiatement formée.

Les événements de deux ans plus tôt étaient encore frais dans l’esprit de tous. La logique était simple : si en août 1991, il était possible pour un élément marginal du centre de Moscou de construire des barricades et de défier les autorités légales, alors aujourd’hui, alors que toutes les lois de la Russie ont été écrasées, alors que la Cour constitutionnelle a officiellement déclaré inconstitutionnel le décret d’Eltsine, prendre les armes est un pur devoir civique et patriotique.

Les événements de 1993 ont révélé l’abomination et le cynisme du soi-disant “régime démocratique”. Les membres du Comité d’État de l’URSS sur l’état d’urgence (GKChP), qui ont été jugés pour avoir tenté un coup d’État, n’étaient que des “petits enfants” comparés à la clique d’Eltsine ! Le 20 août 1991, trois jeunes hommes seulement sont morts, dans des circonstances étranges et finalement inexpliquées. Leurs morts absurdes ont très probablement été “mises en scène”. Le nombre de morts en octobre 1993 se compte par centaines. Non seulement les unités militaires ont utilisé des chars, des mitrailleuses et des fusils automatiques pour exécuter les défenseurs du bâtiment du Soviet suprême russe, mais un grand nombre de citoyens ordinaires, loin de la politique, sont morts aux mains de ces forces punitives. Dans les quartiers résidentiels situés autour de la Maison des Soviets sur KrasnayaPresnya et du centre de télévision Ostankino, les tirs de mitrailleuses tournantes pleuvent sur les fenêtres des maisons et des passants sont tués au hasard. Pour que la haine entre les défenseurs du parlement et les partisans du président se déchaîne encore plus, des tireurs d’élite spécialement entraînés ont tiré à la fois sur les personnes se trouvant dans le bâtiment assiégé et dans le dos des soldats qui exécutaient les ordres criminels du “camp” d’Eltsine.

Sans parler du fait qu’en août 1991, le Parlement russe qui avait protesté contre le GKChP n’a pas été privé du droit d’utiliser le téléphone, l’électricité et, excusez-moi, le système d’égouts. L’entrée était libre et la sortie était également libre. Des reporters de télévision et toutes sortes de “badauds” parcouraient les couloirs. En septembre 1993, la Maison des Soviets n’a pas seulement été coupée et déconnectée de toute forme de communication. Une “spirale de Bruno” en fil de fer barbelé l’entoure, ce qui signifie qu’une véritable réserve est installée en plein centre de la capitale.

Je tiens à souligner que la base de la confrontation était, bien sûr, beaucoup plus profonde que la simple résistance au coup d’État anticonstitutionnel. Vous voyez, à cette époque, l’esprit de vengeance politique rapide était très fort dans l’environnement gaucho-patriotique. L’illusion prévalait que tout n’était pas encore perdu, qu’il était possible de “faire reculer” le capitalisme prédateur et, en un sens, de remonter le temps. Tous n’étaient unis que par leur haine des collaborateurs – les marionnettes américaines du Kremlin. Cependant, même pour moi (j’avais 19 ans à l’époque), il était clair, assiégé près des murs du Parlement, que l’arche de Noé rassemblée ici, avec “un couple de chaque espèce”, ne pourrait pas accomplir un long voyage. Il y avait des communistes, des monarchistes, des atamans cosaques et des “vrais démocrates constitutionnels”. Les services de sécurité d’Eltsine ont activement utilisé la soi-disant “Unité nationale russe”, avec ses symboles fascistes flagrants et ses slogans antisémites grossiers. Il fallait pouvoir déclarer que ce qui se passait était un “putsch” et réprimer dans le sang les opposants au régime.

Comment s’est déroulé le procès du PCUS et pourquoi l’interdiction du parti a-t-elle échoué ?

– Soyons précis dans notre formulation. Le “camp présidentiel” avait en effet prévu de transformer le procès devant la Cour constitutionnelle russe en un “procès sur le communisme”. Cependant, d’un point de vue formel, cette “affaire” était basée sur un appel collectif de 43 députés du peuple de la RSFSR pour vérifier la conformité des décrets présidentiels interdisant les communistes d’Union soviétique et de Russie avec les normes de la constitution du pays. Mais bientôt, un “contre-appel” est apparu, émanant cette fois d’autres députés, demandant de clore une fois pour toutes le “problème” des communistes en Russie.

Je pense qu’il est juste de séparer deux questions ici. Premièrement : pourquoi le PC de Russie a-t-il finalement été autorisé ? La seconde : pourquoi n’y a-t-il pas eu de “tribunal du communisme” ?

Comme d’habitude, un ensemble de facteurs objectifs et subjectifs étaient à l’œuvre dans les deux cas. Si nous répondons à la première question, la principale explication, à mon avis, est la suivante. Au printemps 1992, le système multipartite communiste en Russie était devenu un fait accompli. Le Parti communiste ouvrier russe (RCRP), dirigé par Anpilov et Tioulkine, le Parti communiste bolchevique de toute l’Union (VKPB), dirigé par Andreeva, et plusieurs organisations “naines” fonctionnaient en toute légalité. Il s’agissait de partis, pour ainsi dire, de socialisme “spontané”, “populaire”. Leurs militants n’ont jamais été des permanents ou des professionnels de la politique. Par conséquent, d’une part, ces personnes étaient exempts des “fléaux” de la bureaucratie et, comme le disait Lénine, de la “fatuité communiste”, mais d’autre part, elles n’avaient absolument aucune expérience de l’organisation.

Par conséquent, pour la clique Eltsine, permettre au Parti communiste de la RSFSR de fonctionner signifie, tout d’abord, l’apparition d’un autre “acteur” majeur sur le terrain de la gauche. Et plus il y a de joueurs, plus la concurrence est rude. De cette façon ils vont se battre entre eux ! Et tout cela dans un contexte d’appauvrissement total et d’impuissance de la grande majorité de la population. Sans compter que pour la camarilla présidentielle, les nouveaux dirigeants communistes tels que Viktor Anpilov, Nina Andreeva, Stanislav Terekhov, Igor Maliarov, etc. – sont des figures totalement incompréhensibles et incontrôlables. Valentin Kouptsov, ancien premier secrétaire du comité régional du parti communiste de Vologda, qui était à la tête du comité central du parti communiste de Russie à la veille de l’interdiction en août 1991, est une toute autre affaire. Ou, par exemple, Viktor Zorkaltsev, ancien premier secrétaire du comité régional de Tomsk du PCUS. Eltsine les connaissait personnellement tous les deux, ils étaient en même temps chefs des comités régionaux du parti, et ils sont même devenus amis. Il est, bien entendu, beaucoup plus avantageux d’avoir pour adversaires de bonnes connaissances, des gens d’ordre, plutôt que des radicaux de gauche “fous”.

Passons maintenant à la deuxième question. Il s’agissait en fait, du fait que l’arrêt de la Cour constitutionnelle serait un “prologue” à un processus politique plus large. Le Congrès américain, l’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher et le groupe dit d’Helsinki – celui-là même qui est censé défendre la liberté d’opinion politique dans le monde – ont immédiatement salué l’idée d’un tribunal pour le communisme. Et Boukovsky (un dissident soviétique qui a été échangé contre le prisonnier fasciste chilien Luis Corvalan dans les années 1970) est allé jusqu’à affirmer que les 18 millions d’anciens membres du PCUS étaient tous membres d’une organisation criminelle qui devait être jugée au pénal. Ces sentiments étaient répandus parmi les “demshiza” (ce terme spécifique est apparu à la fin des années 1980 pour désigner les anticommunistes pathologiques, il est formé des mots ‘démocrate’ et ‘schizophrène’). C’est alors que l’administration du Kremlin a compris qu’il était nécessaire de “freiner”. Après tout, selon cette logique, Eltsine, Gaïdar, Tchoubaïs et la plupart des autres membres de la nouvelle direction devraient être jugés. Ils étaient tous membres du PCUS !

En outre, le groupe Eltsine a senti qu’il ne serait plus possible d’éradiquer le communisme en Russie. Dans les années 30, la campagne antireligieuse a connu une situation similaire. Les dirigeants bolcheviques pensaient sérieusement avoir résolu le problème de l’influence de l’église. Mais ce n’était pas le cas… Selon le recensement national de 1937, vingt ans après la Révolution d’Octobre, le nombre de croyants parmi les personnes âgées de 16 ans ou plus était de 56,7%, c’est-à-dire la majorité des citoyens du pays ! La plupart des églises ont été fermées, les prêtres ont été exilés, et plus de 55 millions de personnes ont répondu positivement à la question sur leur attitude vis-à-vis de la religion !

L’idéal communiste est également entré, si l’on peut dire, dans le code génétique de notre peuple. Pour beaucoup de gens, Lénine n’est toujours pas un simple personnage historique, ni un politicien du passé lointain, mais un saint, comme Dmitri Donskoï, par exemple, qui a tenté de libérer la Russie du joug mongol-tatar. Le leader d’Octobre a également essayé de débarrasser les gens du peuple de leurs seigneurs… Plus d’une fois, j’ai eu l’occasion d’observer comment, dans le mausolée de Lénine, certaines personnes de la vieille génération font le signe de croix sur le sarcophage renfermant le corps d’un athée et matérialiste résolu. Ainsi, la perception de la figure de Lénine et de sa mission n’est pas issue de la catégorie des phénomènes politiques ou idéologiques, mais plutôt du domaine de la vision religieuse-philosophique, de la vision du monde. C’est pourquoi, depuis tant d’années, les autorités hésitent à enlever le mausolée de la Place Rouge à Moscou. Cela ne ferait qu’accroître la sympathie pour l’Union soviétique, augmenter le nombre de partisans des idées communistes et donner à Lénine et à ses enseignements un halo de sainteté encore plus grand. Et le fruit défendu est connu pour être sucré…

Ainsi, au printemps 1992, la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie s’est trouvée dans une position très délicate. Conformément à l’ordre du Kremlin, il a cherché péniblement la formulation nécessaire, afin de ne pas dépasser la limite par mégarde. D’une part, il fallait par tous les moyens veiller à ce que le parti communiste ne relève pas trop la tête. D’autre part, il était inévitablement nécessaire d’autoriser ses activités. C’est ainsi qu’est née la fameuse décision : laisser le décret d’Eltsine en vigueur en ce qui concerne les structures dirigeantes du Parti communiste de Russie, et en même temps, reconnaître le droit des communistes ordinaires à s’unir dans des organisations primaires du parti sur une base territoriale, conformément à la nouvelle loi russe.

En quoi consistait l’association “Pour la défense des droits des communistes” et qu’a-t-elle réalisé ?

– Aujourd’hui encore, trente ans après les événements d’août 1991, alors qu’il semble que la société post-soviétique ait tout vu, il est difficile d’imaginer cette atmosphère de frénésie anticommuniste dans laquelle le pays était plongé en ces jours funestes. L’ancien Premier ministre soviétique Nikolaï Ryjkov a décrit tout cela dans ses mémoires comme “la nuit de Saint Barthélemy en Russie”. Moscou en particulier s’est “distinguée” par sa terreur morale débridée. Les titres de la presse sont truffés d’appels à détruire l’”hydre communiste”. Ils sont même allés jusqu’à demander une interdiction de travail de 10 ans pour les anciens cadres du parti communiste. Les mots “communard” et “partocrate” sont devenus monnaie courante.

Les professeurs de sciences sociales des universités et collèges du pays sont également descendus dans la rue. J’étais étudiant à l’époque, et je me souviens bien comment des gens qui, hier encore, citaient abondamment Marx, Engels et Lénine, disaient : “Tu parles d’un Lénine… Il n’est ni un érudit ni un philosophe. C’est un personnage douteux. Ce sera comme avec Staline après le 20ème congrès du parti. Nous allons démolir tous ses monuments et brûler ses livres”. Le 22 avril 1992, un vieux professeur, un homme de grande culture, honnête et doté de principes, a décidé de réunir quelques étudiants en dehors des heures de cours et d’avoir une conversation honnête avec eux sur Lénine. Il a naïvement supposé qu’il y aurait un “afflux” de personnes souhaitant y assister, et a donc organisé une réunion dans un auditorium de 500 places. Quatre personnes se sont présentées ! Dans une université qui comptait au moins 12.000 étudiants.

En bref, prononcer des paroles positives sur Lénine, sur le socialisme, sur le Parti, pouvaient alors vous coûter des crachats au visage. C’est pourquoi un grand nombre d’ex-membres du PCUS se sont fait discrets, invisibles. Mais tous les communistes n’ont pas été assommés par la trahison de leurs propres dirigeants et les pogroms “démocratiques”. Dès le 17 septembre 1991, l’Association publique “Pour la défense des droits des communistes” a été fondée à Moscou. Elle était composé principalement de spécialistes des sciences sociales et de publicistes : Richard Kosolapov, Victor Vazulin, Ivan Osadchy, Victor Kojemyako, Boris Khorev, Victor Trouchkov, et quelques autres. Des organisations publiques similaires sont apparues à Saint-Pétersbourg, Iekaterinbourg, Irkoutsk et dans d’autres villes russes.

L’un des membres actifs de l’association, Ivan Osadchy, a déclaré que les conditions d’activité étaient pratiquement nulles : ni ressources matérielles, ni locaux, ni équipement de bureau. Néanmoins, ils ont déployé des efforts considérables : ils se réunissaient de manière semi-légale dans les sous-sols des bureaux d’entretien des logements, dans des appartements privés et, dans certains cas, dans des établissements d’enseignement sous le couvert d’un club de discussion. L’argent était collecté par la méthode de “faire passer un chapeau”.

La tâche principale de l’association était précisément la préparation de documents à soumettre à la Cour constitutionnelle de Russie afin de lever la fameuse interdiction du parti communiste. En outre, grâce aux efforts des membres de l’association, un fonds a été créé pour aider les communistes qui se sont retrouvés sans travail et sans moyens de subsistance, ainsi que les camarades qui étaient persécutés par les autorités. Au même moment, plusieurs personnes sous la direction de Valentin Kouptsov travaillaient dans une petite pièce du bâtiment de l’ancien Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, mis à disposition par les nouvelles autorités. Ils ont essayé d’employer d’anciens apparatchiks du parti, de conserver des documents pour les archives et de protéger au moins une petite partie des biens de l’ancien grand parti.

Inutile de dire que tout le monde n’a pas été en mesure d’aider dans cette situation. Néanmoins, l’objectif principal de l’association “Pour la défense des droits des communistes” a été atteint. Le public a pris conscience que tous les membres du parti interdit n’étaient pas des lâches ou des girouettes. Même au cœur du déferlement contre-révolutionnaire, il était possible de s’unir, de défendre ses opinions et de s’entraider. Cette association était en fait la première organisation communiste après la dissolution du PCUS.

Le parti communiste de l’Union soviétique comptait plus de 19 millions de membres et un énorme fonds de propriété au moment de l’effondrement de l’URSS. Qu’en est-il advenu ?

– Au moment de l’effondrement de l’URSS, le PCUS ne comptait plus que 19 millions de membres. En 1991, le Parti traverse une crise grave et systémique : 2 millions 900 mille personnes l’ont officiellement quitté en deux ans. La dynamique de la “fuite” du Parti était la suivante : si au cours du premier semestre 1990, 371.000 personnes ont quitté les rangs du Parti, en juillet-août de la même année, 311.000 personnes sont parties. Et ceux qui n’ont tout simplement pas payé de cotisations et n’ont pas participé aux activités du parti de quelque manière que ce soit en août 1991 ne sont pas moins d’un million de personnes. C’est-à-dire que la perte totale de rangs était d’environ quatre ou cinq millions de personnes.

Néanmoins, le PCUS était encore une structure organisationnelle et politique puissante au moment de son interdiction. Cela est particulièrement évident au niveau de son complexe financier et économique. Le budget du PCUS finançait les activités de 4.500 comités du Parti, d’environ un millier d’agences du Parti avec un personnel de 217.000 personnes, et les salaires de 76.000 travailleurs “limogés” dans les organisations primaires du Parti. À l’époque, les cotisations annuelles des membres s’élevaient à 1,6 milliard de roubles et les revenus des activités de publication du parti s’élevaient à un milliard de roubles. Les actifs fixes des organisations locales du parti ont été estimés à 2,3 milliards de roubles. Le Comité central du Parti communiste des républiques de l’URSS, les comités régionaux, les comités de ville et de district et diverses agences du Parti étaient installés dans 5.254 bâtiments. Plus de 180 centres sociopolitiques, 16 instituts de recherche sociopolitique, 41 établissements d’enseignement fonctionnaient sous les auspices du PCUS. Le Parti possédait 134 hôtels, 145 dépôts de véhicules, 840 garages, 23 sanatoriums et maisons de repos, ainsi que des milliers de maisons de campagne et de datchas. Il disposait de plus de 5 milliards de roubles et d’environ 150 millions de dollars sur des comptes dans différentes banques du pays.

N’est-ce pas impressionnant ? ! Ce magot était si “alléchant” que la recherche du mythique “or du parti” a duré plusieurs années après l’effondrement de l’Union soviétique. D’ailleurs, les Américains ont pris une part active dans cette recherche. Même si ce n’était pas un secret que Gorbatchev et ses complices avaient depuis longtemps “liquidé” la principale réserve d’or du pays et du parti, à l’étranger. Vladimir Kalinichenko, ancien enquêteur spécial du bureau du procureur général de l’URSS, a nommé publiquement et à plusieurs reprises le lieu précis – la banque suisse du Gotthard.

Quant au sort des biens “immobiliers” du PCUS, la situation est la suivante. Après la victoire finale de la contre-révolution le 22 août 1991, plusieurs “pilleurs” ont essayé de s’en emparer immédiatement – du genre de ceux qui pillent pendant les guerres, les incendies et autres calamités. Par exemple, la “société” d’Alexandre Routskoï, alors vice-président de la RSFSR, qui se présentait comme “l’aile démocratique” du parti au pouvoir et se proclamait désormais “Parti populaire de la Russie libre”, a tenté de s’emparer de biens “à la faveur” des émeutes de rue. Mais comment cette organisation sans valeur et “mort-née” pouvait-elle rivaliser avec les milliers de nouveaux bureaucrates cupides d’Eltsine, déjà fermement établis dans les locaux du parti ?

Les Eltsinistes victorieux ont très vite inventé des choses légales. Le 25 août 1991, ils ont publié le décret “Sur la propriété du Parti communiste de l’Union soviétique et du Parti communiste de la RSFSR”, qui déclarait “de but en blanc” tous les biens du parti appartenant à l’Etat et les transférait au pouvoir exécutif russe. Un an plus tard, la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie, dans le cadre de son examen de la constitutionnalité des décrets d’Eltsine, a rendu une décision que l’on ne peut que qualifier de “jésuite”. Les décrets transférant les biens du parti communiste au pouvoir exécutif ont été déclarés constitutionnels pour la partie des biens gérés par le PCUS qui étaient des biens d’État ou municipaux, et inconstitutionnels pour la partie qui était soit la propriété du PCUS, soit sous son contrôle.

Absurdité et cynisme “tout en un” ! Tout d’abord, les droits du propriétaire sur ces biens n’étaient généralement pas du tout définis par une documentation. Et la Cour était bien consciente de cela. Deuxièmement, le concept de “propriété municipale” n’existait pas du tout dans le droit soviétique ! Après tout, la forme soviétique de démocratie excluait l’institution de “l’autonomie locale” au sens occidental du terme (lorsque les organes municipaux étaient séparés du pouvoir de l’État). Troisièmement, le président a eu beau essayer de prouver au tribunal que le Parti communiste de l’Union soviétique avait utilisé les ressources financières du budget de l’État à ses propres fins, cela n’a pas marché.

En conséquence, les communistes n’ont récupéré qu’une infime partie des milliers d’anciennes propriétés du parti communiste construites avec les cotisations des membres du parti. Lorsque le 24 mars 1993, le Parti communiste de Russie a été officiellement enregistré par le ministère russe de la Justice, les travaux de restitution des biens du parti illégalement expropriés ont commencé. Dans les républiques de Bouriatie, de Mordovie et de Tchouvachie, ainsi que dans les régions de Briansk et de Kalouga, certains résultats positifs ont été obtenus : plusieurs locaux ont été restitués au KPRF par les administrations locales par le biais des tribunaux.

Quel rôle a joué l’”élite” du Komsomol dans la formation de l’oligarchie post-soviétique ?

– L’organisation de jeunesse du parti communiste de l’Union soviétique, le Komsomol léniniste de l’Union soviétique (Komsomol), est devenue une sorte de “terrain d’expérimentation” pour tester les technologies de démantèlement du parti et de l’État. C’est bien connu : l’enthousiasme et la détermination des jeunes, qui constituent la partie la plus dynamique de la population à toutes les époques, ont été utilisés par diverses forces, à la fois pour le bien et au détriment du développement social.

Plus tôt, nous avons parlé des trois principales forces motrices derrière la destruction de l’URSS et du “premier” socialisme soviétique. Ainsi, la jeunesse, ou plus précisément, sa couche la plus entreprenante et la plus éduquée, appartenait à deux d’entre elles : la nomenclature Komsomol décomposée et les cercles de revendeurs de l’économie “souterraine”.

Lorsque le Parti a annoncé la “perestroïka”, et avec elle le “calcul économique”, la “transition des entreprises vers l’autosuffisance”, la “place pour la coopération des consommateurs”, une “rue verte” a été ouverte pour les carriéristes du Komsomol, d’une part, et les “dépeceurs”, d’autre part, qui cherchaient à s’enrichir sans limite aux dépens de la société. En outre, les organes du Komsomol ont été autorisés à encourager l’“énergie créative” des jeunes – à ouvrir des plateformes expérimentales pour l’épanouissement personnel.

Par exemple, au comité du district Frounze du Komsomol de Moscou, sous les auspices (notez bien !) du comité central du Komsomol, le “Fonds d’initiative de la jeunesse du Centre interindustriel pour la créativité scientifique et technique de la jeunesse”, STTM, a été créé. Il s’occupait de l’importation et de la vente des premiers ordinateurs de l’Union, du “trempage” des jeans, de la vente de boissons alcoolisées (y compris du cognac contrefait) et d’autres activités qui, à l’époque, rapportaient des bénéfices fabuleux. Dans le même temps, ce fonds gagnait de l’argent grâce aux “encaissements”. À l’époque, les entreprises d’État avaient des restrictions sur la circulation de l’argent liquide, ce qui a entraîné des restrictions sur le paiement des salaires. Pour contourner cette restriction, les entreprises faisaient passer leurs commandes par les centres du Komsomol, en leur versant des commissions. Au début des années 1990, il y avait plus de 600 centres STTM en URSS.

Le célèbre oligarque Mikhaïl Khodorkovski a raconté plus tard que c’est à cette époque qu’il a gagné sa première grosse somme d’argent, 160.000 roubles, pour laquelle il a pu acheter une flotte de voitures soviétiques Volga les plus chères. En 1990, il a ouvert l’une des premières banques commerciales, l’Association interbancaire MENATEP (abréviation de Interbank Association for Scientific and Technological Progress).

Le résultat est paradoxal. D’une part, la désintégration organisationnelle de l’Union de la jeunesse battait son plein, et ses rangs se réduisaient rapidement : en 1987-88, le nombre total de membres du Komsomol a diminué de 5,3 millions. Dans un certain nombre de régions, on assiste à des démissions de groupes entiers du Komsomol. Les secrétaires des comités Komsomol de district, de ville et d’arrondissement ont changé de carrière à 43 %.

D’autre part, la couche étroite de la “bureaucratie du Komsomol” s’enrichissait fabuleusement. Boris Pastoukhov, ancien premier secrétaire du comité central du Komsomol, avait tout à fait raison lorsqu’il déclarait : “Les oligarques doivent leurs milliards au Komsomol. Mais ce n’est probablement pas l’essentiel. Dans les structures en décomposition du défunt Komsomol, les futurs oligarques et millionnaires russes ont acquis leurs compétences universelles : survivre dans un environnement concurrentiel difficile, gérer absolument n’importe quel collectif ou organisation, éliminer absolument tous les obstacles à leur carrière, la capacité de “s’intégrer” dans absolument n’importe quel régime, la “double pensée” et l’amoralité absolue.

Qu’est-ce qui a été conservé et ravivé de la structure du parti ?

– C’est à la fois une question complexe et très intéressante. Pourquoi complexe ? Dans les années 1990, le multipartisme communiste en Russie est devenu un fait accompli. Il est donc difficile de parler de la manière et de la proportion dans laquelle l’”héritage du PCUS” (au sens large) a été redistribué entre les partis du spectre communiste.

Certes, aujourd’hui, seul le KPRF existe réellement, les autres ne sont même pas des “nains” politiques, mais plutôt des “faux”. Mais dans les années 1990, dont nous parlons, le RCRP d’Anpilov-Tioulkine ou le VKPB d’Andreieva avaient une certaine subjectivité politique. Il suffit de rappeler qu’en 1995, il n’a manqué que moins d’un pour cent des voix au RPRC pour entrer dans la deuxième Douma d’État et devenir un parti parlementaire.

Par conséquent, lorsque nous parlons de continuité avec le PCUS, il est important de garder à l’esprit plusieurs aspects à la fois : idéologique, organisationnel et personnel, juridique, etc. Prenez, par exemple, le Parti communiste des bolcheviks, qui, dès ses débuts, s’est présenté aux rassemblements avec des portraits de Joseph Staline. Dès le début, il s’est fortement distancié non seulement du “gorbatchévisme” qui dominait le parti avant son effondrement, mais aussi, de manière générale, de la ligne politique qui avait été en place pendant trois décennies et demie après la mort de Staline. De plus, le nom lui-même n’a pas été choisi par hasard : il souligne l’erreur de changer le nom du VKP(b) en PCUS. Cependant, c’est Staline lui-même, lors du 19e congrès du parti en 1952, qui insiste en faveur de son nouveau nom, le Parti communiste de l’Union soviétique. Et lui, à mon avis, avait une bien meilleure compréhension que Nina Andreieva et ses associés.

En termes de composition des classes sociales, le PCUS sous Staline était dominé par les ouvriers et les agriculteurs collectifs. Et qui avons-nous vu dans la composition sociale du VKPB Andreeva ? Les pensionnés, les anciens combattants indigents de la guerre, du travail et du service militaire.

La situation n’était pas meilleure non plus dans le RCRP. Seules des différences d’âge ont pu être mises en évidence. Si le “contingent principal” de Nina Andreeva était composé de personnes de “plus de soixante-dix”, celui de Viktor Anpilov était de “plus de cinquante ans”. Les principales masses étaient les mêmes anciens combattants et retraités, les jeunes officiers à la retraite, les professeurs d’université et autres éducateurs. Mais qu’est-ce que tout cela a à voir avec le mot “Travailleur”, que ce parti arborait fièrement dans son nom ! En même temps, la direction du RCRP soulignait constamment son caractère de classe, qu’elle ne tolérerait prétendument jamais l’opportunisme du PCUS, qui se déclarait “le parti de tout le peuple”.

La composition sociale et par âge du KPRF, qui a tenu son congrès fondateur plus tard que tous les autres partis communistes, en février 1993, n’était pas, à proprement parler, très différente de celle du RCRP, à l’exception d’un “mais” significatif. Le parti, qui a immédiatement réenregistré tous les anciens membres du PCUS, a d’abord été rejoint par un ancien responsable de district et de ville du parti. C’est lui qui, grâce à son sens de l’organisation et à ses relations dans divers milieux, s’est engagé activement dans le processus de restauration du Parti communiste de Russie.

Cependant, à un niveau plus élevé, les anciens secrétaires des comités régionaux du PCUS ont été réintégrés dans les rangs du KPRF en nombre assez restreint. Ils se sont déjà “trouvés” dans les structures étatiques et commerciales de la nouvelle Russie. À titre d’exemple, la première composition du Comité exécutif central du Parti communiste de Russie (1993) ne comprenait que dix anciens présidents de comités régionaux du PCUS.

Cependant, l’appel aux anciens membres du PCUS a eu un effet sérieux sur le KPRF. Naturellement, il ne pouvait être question de millions de communistes. Mais en avril 1994, le parti a officiellement déclaré qu’il comptait 550 000 membres. Il a restauré plus de 20.000 organisations primaires, deux mille comités de district et de ville, et enfin toutes les organisations républicaines, régionales et d’oblast.

Je suis obligé de me répéter. Dans ces années-là, les sentiments “revanchards” étaient forts parmi les communistes et leurs partisans : nous allions revenir au socialisme et restaurer l’URSS. Le KPRF a vu sa popularité croître à pas de géant en tant que parti communiste le plus important et, par conséquent, le plus efficace du pays. En janvier 1995, le 3e congrès du KPRF s’est tenu au cœur même de Moscou, dans la salle des colonnes de la Maison des syndicats. Chacun a pu constater que le parti renaissant était le centre de l’élite intellectuelle, ouvrière, militaire et culturelle de la Russie. Herman Titov, le deuxième cosmonaute de la planète, Valentin Varennikov, le général d’armée Valentin Koptyug, le poète du peuple Rasul Gamzatov, le danseur de renommée mondiale Mahmud Esambayev et de nombreuses autres personnalités du pays étaient présents au présidium.

Ainsi, sur les cendres du parti communiste russe assiégé et dispersé, seule la “colonne vertébrale” des dirigeants de l’ancien parti communiste de la RSFSR a été capable d’unir les gens dans une structure organisationnelle capable. Même un anticommuniste aussi intransigeant que le “créateur” des réformes libérales Yegor Gaïdar a déclaré dans les années 1990 qu’“aujourd’hui, il n’y a qu’un seul parti dans le pays qui existe sérieusement – le parti communiste de la Fédération de Russie”.

Pourquoi les communistes n’ont-ils pas gagné l’élection présidentielle de 1996 ?

– Comme tout autre événement social majeur, la défaite du candidat communiste à l’élection présidentielle de 1996 doit être considérée sous l’angle de l’interaction de facteurs subjectifs et objectifs.

Je commencerai par les plus subjectifs. Je ne m’attarderai pas sur les platitudes bien connues : l’énorme “caisse noire” du quartier général électoral d’Eltsine, les technologies politiques déloyales à l’infini, la pression psychologique sur l’électeur, etc. Le nœud du problème, à mon avis, est que la campagne électorale de Guennadi Ziouganov, leader du KPRF et candidat des forces patriotiques du peuple russe, pourrait être qualifiée sans risque de mouvement populaire de masse, avec tous les avantages et inconvénients de telles explosions sociales spontanées. Les militants de base qui ont fait campagne pour Ziouganov dans les rues et sur les places, dans les cours des quartiers résidentiels, dans les transports publics et autres lieux publics ont fait preuve d’un réel dévouement. Mais le manque de préparation et la faible culture d’état-major des cadres dirigeants ont parfois fait ressembler leurs activités à une bataille de partisans contre une armée professionnelle.

Mais ce ne sont pas seulement les lacunes en matière de compétences et de ressources de gestion qui ont été fatales ici. Les responsables des élections au sein de l’appareil central du parti communiste n’avaient qu’une vague expérience de la campagne présidentielle du parti communiste et du parti communiste de l’Union soviétique à l’été 1991, lorsque trois (!) candidats communistes, Ryzhkov, Makashov et Tuleyev, ont perdu face à Eltsine, proprement et avec un score fracassant. Il n’y avait pas de compréhension claire de ce qu’étaient les élections dans le contexte de la restauration du capitalisme, de ce sur quoi il fallait mettre l’accent dans la campagne, de ses étapes clairement définies – il n’y avait pas encore de compréhension claire de ces vérités banales. En règle générale, ils étaient encore guidés par les stéréotypes de l’époque soviétique.

Toutefois, passons à l’aspect objectif du problème. C’est la principale explication de ce qui s’est passé.

L’un des partisans actifs de Ziouganov a été étonné d’entendre la réaction à sa campagne électorale des ouvriers très ordinaires auxquels les communistes s’adressent en général.

À la question “Pour qui allez-vous voter ?”, les habitants d’un petit district ont répondu : “Pour Eltsine”. Lorsqu’on leur a demandé d’en expliquer la raison, ils ont répondu : “Si Ziouganov est président, il nous mettra au travail”. Le communiste est étonné : il ne s’agit pas d’ivrognes, d’arriérés, de sans-abri, mais de personnes qui ont travaillé toute leur vie à la ferme collective, mais qui ne veulent pas être obligées de travailler à nouveau. Et maintenant, sous le nouveau gouvernement, alors que les fermes collectives s’effondrent, que le village est plein de chômeurs, ils étaient tout à fait heureux de cela. L’interlocuteur leur a posé une autre question : “Si vous ne travaillez pas, qui paiera votre pension ? La réponse a été la suivante : Nous y avons droit de toute façon, nous l’avons méritée”.

De telles réponses ne peuvent s’expliquer autrement que par les paradoxes de la conscience de la “perestroïka”. Au milieu des années 1990, une génération entière s’est formée, qui souhaitait vivre sous le capitalisme de la “nouvelle Russie”, mais bénéficier de tous les avantages de l’ancien système socialiste : retraites, soins de santé et éducation gratuits. Ici encore, nous devons nous rappeler le philistin, le “petit propriétaire”, qui a ruiné le socialisme soviétique à ses débuts. Un mépris absolu pour l’intérêt national, pour les besoins de la société. L’ancien slogan romain : “du pain et des cirques !”, est leur priorité dans la vie.

Je pense que la question “Pourquoi avons-nous perdu ?” a reçu une réponse complète de Ziouganov lui-même : “Mes électeurs sont principalement des personnes d’un âge mûr et avancé. Dresser les personnes âgées contre les jeunes, le nord contre le sud, et mettre le pays à feu et à sang ? Je pense que c’est inacceptable. Nous avons alors discuté de nos actions possibles et avons décidé de désigner des candidats aux élections régionales plutôt que de provoquer une guerre civile”.

Permettons-nous un peu de fantaisie : que se serait-il passé si un nouveau président avait été élu en Russie en juillet 1996 ?

Il n’y a qu’un seul exemple dans l’histoire du mouvement communiste dans l’espace post-soviétique où les communistes ont gagné le plein pouvoir dans un pays. En 2000-2001, le Parti des communistes de la République de Moldavie a pris pacifiquement et démocratiquement tous les “postes de commandement” de l’État. Pendant huit ans au pouvoir, il a non seulement défendu le développement indépendant d’un petit pays à l’économie faible, mais a également obtenu une amélioration significative du niveau de vie de la population active. Toutefois, au printemps 2009, un coup d’État anticonstitutionnel a renversé le président démocratiquement élu, Vladimir Voronine, et le parlement a été dispersé selon le schéma classique de la “révolution de couleur”.

Si le KPRF était arrivé au pouvoir, les événements auraient très probablement suivi le “scénario moldave”. L’impérialisme mondial aurait empêché par la force la tentative de ramener le pays sur la voie du socialisme.

Au début de cette année, le KPRF a lancé un sondage en ligne parmi les habitants de Moscou sur le retour du monument Dzerzhinsky sur la place Loubianka, illégalement démoli en août 1991. Alors que les partisans de la restauration du monument à son emplacement historique étaient en tête dans l’après-midi, les résultats ont soudainement basculé vers un partage 50/50, permettant aux autorités de la ville de rejeter l’idée de restaurer le monument. Qu’y a-t-il de remarquable dans ce “résultat” ?

– Je suis généralement contre cette façon de penser. Chaque fois que je passe devant la statue de Dzerjinski, qui est désormais exposée dans le parc Museon de Moscou parmi d’autres symboles défaits de l’ancienne époque, je vois un panneau indiquant : “Monument historique et culturel protégé par l’État”. Il s’avère donc que l’État “Fédération de Russie” reconnaît la valeur particulière de cette œuvre d’art, qui a été illégalement démantelée en août 1991 ?

En 1958, lorsque l’œuvre du sculpteur Voutchetitch a pris sa place originale, tout a été fait selon les lois en vigueur à l’époque : par décision des députés du conseil municipal de Moscou (j’insiste, le monument a été installé non pas par le parti au pouvoir, non pas par un service spécial, mais par une autorité publique). Elle a été démolie de manière honteuse, sauvage et effrontée : par une petite foule ivre, sans aucune décision juridique, sans aucune enquête auprès des Moscovites. Alors pourquoi faut-il organiser un référendum dans toute la ville pour remettre une œuvre d’art, reconnue et protégée par l’État, à sa place ?

Je pense que ce n’est pas la façon de résoudre le problème de ce monument. C’est la raison pour laquelle je considère que toute la clameur et les campagnes de presse autour de ce sujet ne sont rien d’autre que du battage médiatique.

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