Non à l’université managériale !

Par des personnalités du mouvement « L’Appel des Appels »
mardi 15 novembre 2011
par  Gilbert Remond
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Il devient chaque jour plus évident que la mise en place des réformes récentes au sein de l’université, de l’Éducation nationale et des organismes de recherche heurte de front les valeurs qui nous animent et nos missions premières : produire de la connaissance et partager le savoir.

Les paradigmes qui les sous-tendent sont ceux qui inspiraient les politiques de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le "new public management" découle des mêmes sources que les théories néolibérales. Conçu dans les multinationales, il a servi à "moderniser" les institutions et les entreprises publiques. Les réformes actuelles mettent en œuvre les mêmes principes : la rentabilité plutôt que l’intérêt général, la compétition plutôt que la coopération, la concurrence plutôt que la solidarité, l’utilité productiviste plutôt que l’amélioration du bien-être collectif.

La recherche de la haute performance devient le critère ultime pour exister. Cette conception utilitariste de l’excellence produit l’exclusion et intensifie la lutte des places dans tous les secteurs. Le management par projet nous conduit à passer plus de temps à chercher les moyens de travailler qu’à travailler vraiment. Il affecte les ressources à des projets incertains en les réduisant d’autant pour nos activités d’enseignement et de recherche.

L’évaluation prescriptive et quantitative pervertit les fondements mêmes de la recherche, basés sur la discussion publique, l’argumentation et la controverse. L’idéologie des ressources humaines instrumentalise l’humain pour le soumettre à des critères de productivité immédiate et de rentabilité. La culture de l’urgence nous entraîne dans une course permanente qui empêche de prendre le temps de la réflexion et de la critique. Les exigences opérationnelles envahissent l’institution au détriment de nos tâches premières. Les primes, les classements et la segmentation des statuts cassent nos collectifs de travail, renforcent le chacun pour soi, le découragement et la déception. La reconnaissance n’est plus celle que confère le travail bien fait, mais dépend de grilles et de critères d’évaluation importés de l’extérieur. Comme si l’objectif de gagner des places au classement de Shanghai était l’alpha et l’oméga de la nouvelle gouvernance universitaire.

Nous avons aimé notre université. Nous l’avons servie avec passion. A présent, l’amour du métier se délite, nous assistons à la montée du découragement, du dépit et de la colère. L’institution ne cherche plus à nous donner les moyens d’assurer notre mission, elle nous délivre des injonctions contradictoires en multipliant les projets, les évaluations, les appels d’offres, les réorganisations, qui n’améliorent en rien nos conditions de travail, l’accueil des étudiants, le suivi de nos recherches.

Si certains projets sont porteurs de nouvelles possibilités et peuvent contribuer à une plus grande indépendance des chercheurs, nous récusons les logiques évaluatrices de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), des Agences nationales de la recherche (ANR) et autres pôles d’excellence (Pres). Nous refusons une politique destinée à classer les établissements, les laboratoires, les chercheurs, les publications, les formations, et à éliminer tout ce qui n’entre pas dans ses normes prescriptives. Nous contestons une forme de gestion qui distille une philosophie contraire à l’esprit de service public et aux valeurs qui fondent l’exercice de nos métiers : l’imagination, la curiosité, le non-conformisme et la coopération au service d’un monde commun.

Nous affirmons notre volonté de rebâtir une université de tous les savoirs et pour tous les publics et notre souhait de nous mobiliser sur le cœur de notre métier, l’enseignement et la recherche, plutôt que nous engager dans une organisation qui nous oblige à investir dans l’aléatoire. Nous vous invitons à rejoindre l’Appel des Appels et tous les mouvements de résistance qui s’organisent dans les institutions de la République confrontées à l’idéologie managériale et à la nouvelle gestion publique.

Parmi les premiers signataires de la pétition : Vincent de Gaulejac, université Paris-Diderot ; Roland Gori, université d’Aix-Marseille ;Jean-Philippe Bouilloud, ESCP-EAP ; Marie-José Del Volgo, université d’Aix-Marseille ; Christian Laval, université Paris-X Nanterre ; Christine Delory-Momberger, université Paris-XIII Nord ; Danièle Linhart, CNRS ; Florence Giust Desprairies, université Paris-VII… La liste complète est disponible sur le site appeldesappels


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