A propos de la lettre ouverte à Annie-Lacroix-Riz

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

J’ai reçu ce texte de la part de Futur rouge - Lettre ouverte à Annie Lacroix-Riz -, un certain nombre de questions y sont posées à Annie Lacroix-Riz et pas seulement à elle, si l’on se réfère à certaines prises de positions récentes. J’ai moi-même exprimé des réticences lors de la rédaction de "L’appel aux travailleurs en lutte", lorsqu’avait été proposé la création d’un Front populaire et patriotique, estimant que nous n’étions pas avec l’Allemagne dans la situation de 1945 et qu’il n’y avait pas lieu de se considérer comme dominé par elle en toute circonstance, oubliant du coup notre propre impérialisme et le rôle tenu par notre propre bourgeoisie dans la situation faite à un certain nombre de pays de la zone euro. Je partage donc l’analyse ici proposé d’une Europe terrain de jeux où sévissent plusieurs impérialismes qui tantôt font cause commune tantôt divergent quand à la manière de traiter les plus faibles. Ils restent entres crocodiles même s’ils se montrent, par intermittence, les crocs pour protéger leur garde-manger. Reste que vouloir enjoindre n’est pas donner le ton le plus propice à la discussion, et qu’il existe des manières pour le faire, une manière de savoir laisser les portes ouvertes pour en permettre la tenue qui manque dans les dernières lignes. Question de style n’est-ce pas ! Cette maladresse de bas de page risque de braquer, alors qu’un vrai débat à partir de questions formulées sérieusement avec argument ouvrait dans le déroulé du texte, une discussion grave et de grande portée comme celle découlant de l’intérêt porté à la triade République, Démocratie, Nation et au positionnement de la bourgeoisie, celui de leur influence et le jeu de leurs relations, ou encore sur la nécessité pour la classe ouvrière de retrouver son autonomie politique et de renouer avec une période "classe contre classe" avant de retrouver la position d’hégémonie politique nécessaire à la reconstruction d’un système d’alliance. Mais lapsus intéressant, l’abcès peut être l’accès.

Je pense qu’il faut tenir compte de ce qu’il vous est dit là, qui était prévisible. Comme elle vous le laisse entendre, Annie Lacroix-Riz a une œuvre qui témoigne pour elle. Elle milite aussi au PRCF, une organisation communiste qui fait du léninisme une question de fond à sa structuration, ce qui déjà en soi devrait réduire à zéro les querelles qui lui sont faites au sujet de ses prétendues proximités avec une idéologie brunâtre. Par cette appartenance, elle se trouve aux côtés de Pierre Pranchère, ancien responsable FTP et de Léon Landini, ancien du bataillon Carmagnole-liberté, qui sont tout de même difficilement assimilables aux rouges-bruns qui obsèdent ses détracteurs, puisque tout deux ont fait le choix des armes contre le fascisme en portant très haut le drapeau rouge de la classe ouvrière dans une période où nombreux étaient ceux qui laissaient faire ou collaboraient.

Pour qui sait les lire, les travaux d’Annie Lacroix-Riz sont clairement antifascistes. Elle montre avec clarté dans ceux-ci les relations qui existaient entre les ligues, le Comité des forges, les milieux du grand patronat et les hautes sphères de l’état où avaient été placés des fonctionnaires et un personnel politique qui leurs était dévoué, ce qui d’ailleurs, étant donné la nature de classe de l’état, ne devrait pas étonner un marxiste. A l’exemple de ce qui est écrit dans ce livre, le "Choix de la défaite" qui s’ouvre par un premier chapitre "La toute puissance politique du grand patronat", ou encore dans son dernier ouvrage "Histoire contemporaine toujours sous influence" publié aux éditions Delga / Le Temps des cerises, où elle révèle l’implication de l’industrie française dans la fabrication du gaz zyklon, ou encore dernièrement dans sa lutte contre les héritiers de Louis Renaut engagés dans une véritable opération révisionniste visant à les blanchir de leur collaboration, quand on sait trop bien dans les milieux syndicaux, la place prise par celui-ci dans la lutte contre les dirigeants syndicaux au cours du mouvement de trente-six et sa contribution plus que volontaire à l’équipement de l’armée nazie dans sa guerre contre l’union soviétique.

Elle nous montre aussi que les choses n’ont pas fondamentalement changées, puisque ce sont toujours les mêmes firmes qui demeurent au cœur des grands enjeux politiques européen et qui décident des orientations politiques des pays qui en forment l’espace. Elle démontre en particulier que ce sont toujours les mêmes régions qui sont convoitées par ces dernières, comme un certains nombres de ces conflits pudiquement appelés conflits régionaux nous le prouvent aux jours d’aujourd’hui, et qui peuvent ainsi reprendre leur prétention sur le contrôle des matières premières en toute liberté, maintenant qu’a été refermée la parenthèse soviétique.

Il est pourtant évident pour qui se penche un peu sur l’histoire, que ces zones géographiques, quelles soient internes à l’Europe ou plus au sud, qu’elles sont disputées depuis des siècles par les différents impérialismes dominants qui complotent, déstabilisent, détruisent, dans l’indifférence générale, ou au contraire avec l’appui de toutes ces consciences de gauches ultrasensibles gagnées à ces "droits d’ingérences", grâce aux campagnes de préparations idéologiques qui devancent toujours les opérations militaires meurtrières, ces campagnes qui dénigrent et couvrent de mensonge les pays visés sans que personne ne cille, sans que personne ne démente, sinon quelques rares sentinelles des milieux intellectuels que la bourgeoisie combat à chaque fois avec les armes de la calomnie. Autrefois, ils étaient à la solde de Moscou ou de Pékin, aujourd’hui ils sont suspects d’antisémitisme quand ils soutiennent la cause palestinienne, ou de complotisme lorsqu’ils mettent en cause la CIA et les politiques de l’impérialisme.

Mais tant qu’on y est pourquoi ne pas demander à Marc Bloch des comptes sur son "étrange défaite" ou à louis Aragon sur le dernier roman de sa série Le monde réel, "Les communistes", quand l’un et l’autre montrent les liens qui unissent grand patronat et milieu d’extrême-droite, qu’ils montrent que ces gens là se réunissent, les uns agissant pour le compte des autres, qu’ils ont des relais et des appuis dans l’état, dans l’église, dans certains clubs privés, bref qu’ils sont organisés, font de la politique et des affaires, et ne supportent pas que celles-ci soient troublées par tous ces syndicalistes qui revendiquent et détournent les bons travailleurs de leurs fonctions productives. Nul ne peut dégager en touche et nier leur rôle ni leur responsabilité au cours des années qui suivront le Front populaire pour chercher à remettre en cause une fois la grande peur passée, les changement acquis de haute lutte, quand patrons, hommes de main, et policiers se retrouvent, main dans la main dans les entreprises, pour combattre le mouvement ouvrier tout en claironnant "Mieux vaut Hitler que le Front populaire". 

Comme le dira le dirigeant communiste Arthur Ramette, dans un témoignage pour le livre de Francis Crémieux et de Jacque Estager, Sur le parti 1939-1940, "Ce n’est pas nous qui avons évacué la dimension antifasciste de notre combat, mais les dirigeant français dont la politique insensée a sapé le moral de la nation comme devait le prouver ensuite les événements", pour lui en effet :

"Il était évident que le gouvernement Daladier et les deux cents familles étaient plus soucieux d’anéantir le parti communiste et de museler la classe ouvrière que de vaincre Hitler. L’état de guerre servait aux classes dirigeantes à prendre leur revanche sur le front populaire. Cela devenait un peu plus clair pour les travailleurs. Car fin septembre, la note à payer pour cette politique est déjà très lourde. La semaine de quarante heures est abolie. Jusqu’à quarante-cinq heures on est payé quarante [curieusement le MEDEF demande la même chose avec les trente-cinq heures, soixante-dix ans plus tard]. Dans les établissements travaillant pour la défense nationale, la durée hebdomadaire de travail est portée à soixante-douze heures. Une taxe de 15% est prélevée sur les salaires. On travaille plus pour gagner moins. Mais les profits montent en flèche et l’arrogance patronale règne à nouveau dans les entreprises."

Pendant ce temps le Munichois Frossard, cet ancien secrétaire de la SFIC, revenu à la SFIO, puis devenu ministre de l’information dans le gouvernement Daladier "inaugure le 7 mai 40 une série de conférences sur la trahison des chefs communistes qui veulent poignarder nos soldats dans le dos" (sans doute au nom de cette vieille convergence rouge brun). Il affirme  : "la répression, c’est la sécurité". Tout est mis en œuvre pour créer contre les communistes un véritable climat de pogrom. Avant lui le général Pierre Héring gouverneur de Paris "fait surveiller les ouvriers des usines métallurgiques par des détachements de soldats. Il épure le contingent des affectés spéciaux" (tous ces suspects que la police n’a pas arrêté, rappelons que suite à l’interdiction du PCF, 5000 cadres communistes seront interpellés, emprisonnés et pour la plupart d’entre eux, remis à la Gestapo après la capitulation).

Pour les deux auteurs de cet ouvrage, mais combien d’autres l’on démontré aussi, premièrement l’effondrement militaire de la France est aussi rapide que brutal parce qu’il "est la conséquence directe de la drôle de guerre qui a démobilisé la nation devant le danger hitlérien, et de la politique Munichoise qui nous a privé de l’alliance soviétique", deuxièmement il existe a cette époque "au sein des cercles dirigeants français un véritable parti de la capitulation qui estimant très vite que la guerre est perdue, s’active pour signer rapidement un armistice et établir sous la protection de l’Allemagne hitlérienne le régime autoritaire qui n’avait pu être imposé".

Le parti communiste réagit rapidement devant cette capitulation, il fait le 13 juin dans la revue de langue anglaise "Communist international", une déclaration qui sera reprise par l’appel du 10 juin de Duclos où il porte le fer dans la plaie et accuse  :


"Après avoir déclenché la guerre, conduit le pays à la catastrophe et envoyé à leur perte sur les champs de bataille des millions de travailleurs et de paysans, les impérialistes français se préparent à capituler, sur le dos du peuple. La France est menacée de disparaître en tant que nation, en tant qu’état indépendant. Puis situant les responsabilités, la déclaration poursuit "c’est la faillite des Laval, des Flandin, Daladier, Bonnet, et Blum, qui, contre les intérêts du peuple français et au détriment de la cause de la paix, ont apportés tout le soutien possible aux machinations de la réaction dans le monde entier.

Ce sont les Laval qui ont signé les accords de Rome qui laissaient le champ libre pour conquérir l’Éthiopie et préparer les attaques actuelles du fascisme italien contre la France. Ce sont les Flandin qui ont renforcés l’impérialisme allemand en autorisant la remilitarisation de la rive gauche du Rhin. Ce sont les Blum qui par leurs criminelles politiques de soi-disant non-intervention, ont rapproché le danger jusqu’aux frontières pyrénéennes et ouvert la voie aux vainqueurs. C’est Daladier et ses ministres qui avec la Tchécoslovaquie, ont livré à l’Allemagne les armes de ses quarante divisions comprenant 1600 avions et 500 chars qui sont maintenant utilisés pour massacrer des soldats français.

Ce sont des créatures de la bourse, comme Bonnet, qui ont systématiquement saboté le pacte franco-soviétique d’assistance mutuelle. Toutes ces crapules sont directement et immédiatement responsables de la guerre impérialiste. Ce sont eux qui ont lancé notre peuple dans ce carnage criminel (...).

Avec Daladier directement responsable, puisqu’il fut pendant huit ans, ministre de la guerre, le commandement en chef a dilapidé des milliards dans la construction de la ligne Maginot, condamnant ainsi la France à la défense passive. Il n’a pas su reconnaître l’importance des deux types d’armée les plus importants de la guerre moderne qui est une guerre de mouvement, le char et l’avion.

La bourgeoisie française et son état-major général pouvaient en huit mois rattraper le temps perdu et organiser réellement la défense du pays. Mais ils n’étaient pas capables et n’avaient pas la volonté d’utiliser ce laps de temps pour accélérer la production de chars et d’avions (...) Elle était trop occupée à organiser une attaque sournoise contre l’Union Soviétique, qui n’était pourtant pas en guerre avec la France. C’est dans cet esprit qu’elle soutint et arma la garde blanche finlandaise et envoya un corps expéditionnaire en Syrie [tiens, déjà à cette époque  !] pour préparer une attaque sur Bakou et la côte soviétique de la mer noir [encore et toujours le pétrole].

Pendant ces huit mois, la bourgeoisie impérialiste française, obsédée par ses petits intérêts de classe, ne s’est absolument pas occupée de la défense de la France elle-même, ni de l’organisation de la défense des frontières au nord de la France et de Paris. Elle ne pensait qu’à une chose  : comment maintenir et consolider sa domination sur les colonies. Pendant ces huit mois, ce n’est pas contre l’armée allemande que la bourgeoise a déclenchée la guerre, mais contre la classe ouvrière de son propre pays, jetant en prison et dans des camps de concentration des milliers d’ouvriers qualifiés et des milliers des meilleurs fils du peuple (...)

Puis la déclaration assène cette vérité qui devrait faire réfléchir les détracteurs d’Annie Lacroix-Riz, à moins que ceux-ci ne se montrent sous leurs visages le plus probable qui est celui de l’anticommunisme :
 

"La bourgeoisie a conduit notre pays au bord de la destruction. Aujourd’hui où l’impérialisme allemand est en train de réaliser son projet de réduire la France en esclavage, la seule chose dont la bourgeoisie se préoccupe, c’est la sauvegarde de ses privilèges, de son capital et de sa domination de classe. Elle est prête à sacrifier l’indépendance de notre pays, à sacrifier les intérêts vitaux de notre peuple (cela a-t-il changé aujourd’hui ?).

Enfin la déclaration conclue par cette résolution :

"Comme toujours, comme dans toutes les circonstances, dans les jours actuels d’épreuves dramatiques, d’horreurs et d’immenses désastres, nous, communistes, avons toujours été et resterons aux côté de notre peuple. Son destin est le nôtre. Nous avons profondément confiance dans l’avenir de notre peuple, dans l’avenir de la France. Notre peuple ne périra pas. Sa volonté et son amour de la liberté, ne seront pas brisés par les forces obscures des traîtres, des exploiteurs, des envahisseurs et des conquérants".

L’intérêt de cette déclaration en plus de l’écho qu’elle peut faire avec certains aspects de la situation actuelle, n’en déplaise à nos antifascistes autoproclamés, est de nous montrer que le phénomène fasciste ne peut s’appréhender sans faire le constat de ses liaisons avec le grand capital dont il est l’instrument et souvent le dernier recours en période de montée des luttes. Nous pouvons d’ailleurs remarquer que ce type d’observation n’apparaît à aucun moment dans l’argumentaire haineux et grossier de ceux qui au nom de l’antifascisme, prétendent interdire à Annie Lacroix-Riz de s’exprimer en public et qui affirment péremptoirement "conspi on vous fera taire", reprenant en cela les postures de toute une partie de la petite bourgeoisie branchée qui se répand dans des médias complaisants sur les vertus du politiquement correct et du sociétal, plutôt que de prendre le risque de se laisser emporter dans les remous de la lutte des classes qu’elle a tendance à considérer comme des combats d’arrière garde. Je le dis, l’attaque dont a fait l’objet Annie Lacroix-Riz est grossière, voire délirante par moment, à moins qu’il ne s’agisse de façon délibérée de cibler une personnalité qui au fil de ses travaux devient gênante pour tout un tas de raisons, en particulier pour celle des liens qu’elle établit entre les milieux du grand patronat et les mouvements fascistes avant et après Munich, mais aussi de cet autre lien qu’elle fait avec la situation actuelle.

Les auteurs du courrier prétendant lui interdire la parole, remettent en cause ses compétences d’historienne au prétexte qu’elle s’appuie sur des fiches de police et qu’il n’est pas sérieux selon eux de se référer aux rapports de gens qui écoutent aux portes. Mais savent-ils vraiment ce qu’est une police politique, savent-ils que celle-ci loin de se satisfaire de petit potins glanés derrière des portes s’informe de l’intérieur des dispositifs ou des organisations qui l’intéressent et que les rapports rédigés par ses indicateurs ou ses infiltrés sont d’une précision qui laisse pantois plus d’un historien qui utilise ainsi des sources pour ses travaux, sources que la mémoire humaine ne peux égaler, prise qu’elle est dans les à peu près de ses reconstructions ou les censures que ses systèmes défensifs lui imposent ? Le savent-ils ou font-ils semblant de ne pas le savoir, tout entier absorbés par leur parti prix ? Où sont-il tout bonnement de ces amateurs qui calomnient par indigence et paresse intellectuelle  ?

Reste l’argument rouge brun. Pour ceux qui les dénoncent, les complotistes dont ferait partie Annie Lacroix-Riz sont souvent leurs cousins, mais qu’est ce qu’un rouge-brun, et d’où nous vient la formule. N’y a-t-il pas là trace de ce vieil amalgame qui remonte aux temps du pacte germano-soviétique et qui associe les rouges à leurs nouveaux partenaires, une fois toute référence enlevée du terme "de non-agression" pour les salaires en espérant ainsi pouvoir leur régler leur compte une bonne fois pour toute avec l’accord et la participation de la population abusée qui aura cru, en donnant son accord, combattre les complices de ces ennemis héréditaires, et cette anti-France que Vichy le traître véritable continuera à combattre aux côtés de l’adversaire d’hier. Ainsi pour toute une classe d’embrouilleurs professionnels à laquelle appartiennent certains courants de l’extrême gauche, s’engager à ne pas envahir son voisin signifiait s’allier à lui et partager ses orientations politiques. Si une telle signature peut aujourd’hui choquer, il faut se garder de toute réaction affective se rappeler dans quel contexte elle intervenait.

En avril 1938, Daladier devient président du conseil. Sa première pensée est alors de liquider définitivement le Front populaire. Il abolit immédiatement par décret la semaine des quarante heures pour complaire au patronat et cède aux partisans de l’agenouillement qui avec George Bonnet au ministère des affaires étrangères ne cessent de proclamer leurs sympathies pro-hitlérienne. Ils signent un accord avec Hitler à Munich qui l’autorise à faire main basse sur la Bohème sans même en référer à la Tchécoslovaquie, le pays concerné, ni même à l’URSS, l’allié potentiel avec qui des accords étaient signés, tout cela dans le secret espoir que l’Allemagne hitlérienne ainsi satisfaite tournerait son agressivité et ses visées expansives du côté de l’est. Cette trahison encouragera Hitler à accélérer la mise en application du programme décliné dans « Mein kampf », et déclencher dans la foulée dans son pays la nuit de cristal, premier acte de la mise en application de la solution finale. Il convient de rappeler qu’alors, au palais Bourbon, seul les soixante-treize députés communistes, le socialiste Jean Bouhey et le nationaliste Jean de Kéréllis, ont voté contre ces accords.

"Le destin des Occidentaux et du monde (écrit Pierre Juquin dans sa biographie consacrée à Aragon) a reposé sur des personnages, complexes bien sûr, mais tous inquiétants. Leur médiocrité nous glace. La peur des rouges, la peur de l’URSS, l’égoïsme de classe ont décidé en dernière instance... A Munich, le ressort a été bandé, qui déroulera jusqu’à cinquante millions de morts".

Les Soviétiques depuis des mois proposaient la négociation d’un accord tripartite pour contenir l’Allemagne nazie et intervenir au cas où ses prétentions dépasseraient les bornes. Pendant des mois ils n’ont eu droit qu’à l’esquive et le mépris. Que leur restait-il à faire ?

Aragon écrivait à l’époque à ce sujet dans le journal Ce soir :

"Voilà cinq mois que vous lanternez. Cinq mois que vous inventez des raisons pour ne pas signer avec l’URSS. Mais il est encore temps. Seulement, au lieu d’envoyer à Moscou des sous-ordres, faites donc comme Hitler : envoyer des ministres (...) Monsieur Chamberlain nous a montré qu’il savait prendre l’avion. Il y a à Paris et à Londres des avions pour Moscou. J’en tiens respectueusement l’horaire à la disposition du président du conseil (...) Signez et signez vite, c’est encore possible.

Dans le numéro du vingt-cinq août 1939, il écrivait encore :

"Et je veux répéter et réaffirmer que rien n’est changé, que le plus grand danger pour la paix est le danger Hitlérien, que la lutte menée depuis toujours par les anti-munichois que nous sommes, et qui n’avons pas noué d’idylle avec M. Hitler sur le corps mutilé de la Tchécoslovaquie, que la lutte contre l’hitlérisme nous paraît toujours devoir être menée sans merci".

Puis il rappelle la déclaration du parti communiste français qui réaffirme sa position de principe en cas d’agression " dans le vrai combat contre le fascisme agresseur, le parti communiste français revendique sa place au premier rang".

Enfin après avoir martelé "Union contre Hitler", Aragon poursuit "Je crois qu’il est du devoir des Français non pas de saisir l’occasion pour une opération de politique intérieure mais de s’unir, et de s’unir contre l’hitlérisme", au lieu de chercher à détourner la vigilance des uns et des autres dans une attente passive qui cherche à tourner ennemie, le retourner vers la rouge URSS tout en déchaînant avec l’appui des journaux prétendument antifasciste une singulière campagne contre la classe ouvrière organisée de France qui par instinct de classe en est l’irréductible adversaire.

Ainsi nous voyons que dans ces heures dramatiques où se noue le destin du monde, la bourgeoisie et avec elle les forces qui prétendent s’opposer au fascisme, mais sur des bases idéalistes et politiquement concomitantes avec le pouvoir, n’ont qu’une idée en tête, la lutte contre les rouges et le pays qui en porte les espoirs, l’URSS, quitte pour cela à utiliser les plus vils stratagèmes par le mensonge et l’amalgame, à l’identique de ces contemporains qui prétendent débusquer des convergences contre-nature à chaque fois que certaines situations qui mettent aux prises des intérêts stratégiques et délicats sont abordés. On ne touche pas aux intérêts stratégiques des multinationales !

Mais qu’en est-il réellement du fascisme, que recouvrent ces brunes postures  ? Marc Harpon dans une conférence donnée devant des militants de l’UEC rappelait que le fascisme ne se définissait jamais pour quelque chose mais toujours contre. Il est contre les juifs, contre le marxisme, contre les francs-maçons, contre les étrangers, contre les capitalistes. Mais comme l’explique Roger Bourderon, il est surtout caractérisé par sa haine du mouvement ouvrier et des marxistes en particulier. Il est ainsi significatif que les premiers actes de violence qu’il a commis lorsqu’il est apparu en Italie et en Allemagne n’ont pas visé, contrairement à ce que l’on pourrait s’attendre, des personnes de confession Juives, mais des syndicalistes et des militants ouvriers.

En effet comme nous l’apprend Roger Bourderon dans son essai paru à la fin des années soixante-dix aux éditions sociales "Le fascisme idéologie et pratique",

"Le fascisme apparaît en Italie en mars 1919 et se constitue en novembre 1921 en parti national fasciste. En Allemagne il apparaît sur la scène politique à Munich sous le nom de parti national des travailleurs allemand. Ces deux exemples nous permettent de comprendre qu’ils apparaissent immédiatement après la première guerre mondiale et qu’ils sont la conséquence des bouleversements auxquels elle a conduit c’est-à-dire à la fois la mise en place du capitalisme monopoliste d’état mais aussi à la fin de sa domination exclusive sur le monde en tant que système économique, avec le triomphe de la révolution d’octobre alors qu’un peu partout une forte poussée révolutionnaire et revendicative du mouvement ouvrier traverse les pays des anciens belligérants avec entre autre l’apparition de parti communistes qui s’implantent durablement pour structurer et conduire ces luttes.

Ainsi se pose dans tous les grands pays capitalistes à la fois la question de la restructuration née de l’évolution interne du système capitaliste et celle de sa domination à partir de la donnée nouvelle qui résulte de la révolution d’octobre et de la création partout de partis communistes dont les objectifs sont la transformation révolutionnaire de la société. Ce double phénomène conduit la bourgeoisie à repenser la nature et le rôle de l’état, de son fonctionnement, de ses modes d’intervention dans les différents aspects de la vie sociale et économique. Cette question devient pour elle une question primordiale. Elle est celle de la continuité du système, elle est celle de sa survie ce n’est pas un hasard si dans ce contexte, dans tous les pays capitalistes, se pose à un degré ou a un autre la nécessite d’une restructuration autoritaire de l’état.

Mais il lui faut pour y parvenir trouver des alliances avec des forces sociales qui lui permettront d’endiguer cette monté des périls tout en profitant de leur désarroi devant les conséquences des refontes misent en œuvre par l’appareil productif et l’état qui le soutient. Or comme l’expose Marc Harpon "quel type de position sociale peut à la fois être porté à haïr le capitalisme et à haïr le mouvement ouvrier qui en est l’antidote ou comme le disait Marx, le fossoyeur, sinon une position petite bourgeoise, position de ceux qui ne sont pas tout à fait bourgeois pas tout à fait prolétaire". C’est celle de ceux qui expriment l’idéal d’une société de petits propriétaires et de petits producteurs ceux-là qui iront grossir les bataillons des organisations fascistes, cette même petite bourgeoisie qui a aujourd’hui muté sous la fausse catégorie des classes moyennes, devenues le fourre-tout dans lequel viennent se contempler tous ceux qui n’ont pas une identité de classe bien établie et que l’on retrouve en masse dans toutes ces organisations qui de l’humanitaire au sociétal cherchent à exprimer des combats qui fondamentalement ne compromettent pas la domination du capital et du système qui le reproduit et qui dans certaines circonstances viennent lui apporter les coups de main dont il a besoin pour freiner toute expression qui pourrait lui nuire et contribuer à relancer la conscience de classe. N’en sommes-nous pas là avec Annie Lacroix-Riz et quelques autres qu’il s’agit de faire taire avec des méthodes qui frisent le totalitarisme.

Une chose est de ne pas partager avec Annie Lacroix-Riz ou nos camarades du PCRF leur posture bleue-blanc-rouge alliée au drapeau rouge au nom de ce que furent les combats de la résistances et les rassemblements qui en sont issue, ou leur recherche de convergences avec des personnalités ou des groupes de sensibilité gaulliste qui n’ont rien à voir avec les glissements invoqués, une autre est de prétendre voir dans leurs débats des confluences avec le discours Lepeniste. Leur attachement au marxisme léninisme n’est pas à mettre en doute, seule leur stratégie construite autour d’une valorisation excessive du CNR qui les conduits à considérer la période actuelle comme étant celle d’une période ou des alliances de type nationale doivent se faire pour défendre les intérêts de la classe ouvrière, sont et doivent pouvoir être mis en débat. Car il est en effet est discutable de dire que le moment historique dont était issu la libération est appelé à se répéter, comme si nous étions de nouveau soumis a une Allemagne toute puissante et dominatrice, raciste et liberticide.

Ce serait comme dire que la classe ouvrière allemande n’existe pas, qu’elle n’est pas soumise aux contradictions avec le capital. C’est la partie intéressante de ce que vous développez dans votre lettre ouverte et qui pose a mon sens les véritables éléments du débat. Or cette question là n’est pas à placer qu’entre le PRCF et vous, ou l’une de ses adhérente, elle travaille l’ensemble des composantes communistes. Il s’agit de fait de revenir à ce qui produit la contradiction capital travail et de la redéployer sur le plan international. Il s’agit de reposer la question réforme ou révolution, qui au fond demeure celle du socialisme dans les pays dit de tradition démocratique c’est-à-dire en fait où le capital s’est historiquement développé dans un rapport avec le reste du monde qui est celui de sa mise sous tutelle et de son exploitation. Pour autant cette situation n’invalide pas la nécessiter de lutter contre cette autre situation dans laquelle sont enfermés les peuples européens, et de la nécessite de sortir de la prison dans lesquels les capitalistes les ont enfermés, celle de se préserver de la dictature d’une monnaie qui brise tous les cadres par commencer celui dont chaque peuple a pu bénéficier pour arracher ses droits à partir de ses luttes, le droit au suffrage universel, le droit de choisir ses représentants et donc d’une certaine manière les lois qui vont rompre avec le système ou le continuer.

Lettre ouverte à Annie Lacroix-Riz

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).