Au sujet de l’exposition "30 ans de communisme en Val de Marne"

Lettres à Laurence Cohen Ramon Bell-Lloch et Guy Poussy

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Chère Camarade,

Concernant l´exposition, retraçant "30 ans de Communisme en Val de Marne" que je n’ai pas vue, dont je ne comprend pas le titre, pourquoi "30 ans de Communisme en Val de Marne" ? Le Parti a 90 ans. Le Val de Marne comme département en a 45, département découpé sur mesure par la droite, à son seul bénéfice, et conquis par la lutte, que nous risquons de perdre, pour manque de lutte. Il ne suffit pas de dire le Val de Marne on y tient, encore faut il le tenir.

De manière générale et si il s’agit des 30 dernières années, plus de la moitié nous concerne, et les seules archives qui ont commencés à exister, c’est depuis 1976, que j´ai commencé à les organiser sous la responsabilité de Guy Poussy, alors premier Secrétaire de la fédération. Avant, pour des raisons de sécurité, nous ne gardions pas de traces et ce qui devait être gardé était caché. Mais peut être ne faut-il pas parler de cet avant, celui de quand le Parti protégeait les
immigrés, ou les Français d’origine d’un autre territoire, les Vietnamiens, les Algériens, les Portugais, les Espagnols, les Grecs, les Chiliens. Personnellement je suis arrivé en Val de Marne, parce que ce Parti, protégeait mes parents poursuivis par la Police de Franco et la française.

Si on ne parle pas de cet avant, on ne peut parler d’immigration, ni de politique d’immigration du PCF, ni comprendre, encore moins expliquer ce qui s’est passé ce jour-là à Vitry.

Les faits :

Jamais, et nous en sommes les témoins, et les acteurs, il n’avait été question de sortir les Maliens du foyer SONACOTRA, pris par la force par le préfet, en complicité avec Beaumont, maire de Saint-Maur et la propre direction de la SONACOTRA. Nous nous sommes présentés avec un car pour aller ensemble, avec ces travailleurs occuper la préfecture pour obliger le préfet à les reloger dignement, et à Saint-Maur si possible, et passer le réveillon à la préfecture, avec eux, si cela avait été nécessaire.

Sur place, alors que les membres de la CGT et du Parti du groupe de Malien, avaient quasi convaincu leurs compatriotes de venir avec nous, est apparu un Babalaow (encore faut il savoir ce qu’est un Babalaow, et l’influence de la religion Yoruba sur ces populations. Mais cela ne semble pas intéresser les judéo-chrétiens, persuadés que en dehors d’eux rien n’existe), qui a commencé ses imprécations, menaçant les membres du groupe des pires représailles si ils nous suivaient. Il s’avère que cet individu était un complice rémunéré par le maire de Saint-Maur, ce que nous ignorions, ce jour-là.

Du foyer SONACOTRA, nous n’avons rien détruit, par contre le maire de Saint-Maur et ses complices l’ont pris de force. Il est vrai qu’il y a eu des réactions de colère ce jour-là, et les premiers jours de Janvier, la population de Vitry ne supportant plus la quantité d’immigrés qui nous étaient systématiquement envoyés à travers les foyers ou les attributions de logements qui ne dépendaient pas de la municipalité, la manifestation de la population a été une des plus puissantes que j’ai connu à Vitry, non contre les Maliens, mais contre les autorités préfectorales et de l’état.

Les Maliens, ont immédiatement été attendus et intégrés à la vie de la commune et du quartier. J’habitais à 100m du foyer, parce que les communistes de cette époque, bien que nous ne voulions pas plus d’immigrés, une fois que nous les avions, nous les intégrions. Mais à cette époque nous étions un Parti de proximité. J’étais membre de la cellule de l’entreprise SMAC, à Vitry, dont l’essentiel des travailleurs et des adhérents de la cellule étaient des Maliens, qui étalaient le bitume bouillant, pour des salaires de misère, certains sans papiers, sans vêtements de travail adaptés, mais cela n’intéressait pas les médias. Nous agissions comme la femelle merle, qui reçoit dans son nid un œuf de coucou. Au départ elle n’en veut pas, puis ensuite elle l’élève. Cela s’appelle solidarité, un mot qui semble avoir disparu du dictionnaire communiste.

La campagne médiatique :

Elle nous a d’autant surpris que nous étions les agressés, et l’on faisait de nous les agresseurs. Bien sûr à cette époque, le parti était un vrai danger. Georges Marchais était l’homme le plus populaire, les sondages le donnaient devant Mitterrand. Il fallait casser le Parti, il fallait l’attaquer sur ces fondements, le Parti des fusillés, le Parti de la MOI, le Parti de la lutte pour toutes les indépendances, les décolonisations, devait être attaqué sur son image, peu importait la vérité. Une campagne odieuse a été orchestrée contre nous, cela a été le début des attaques sournoises, peu importait les moyens, seul l’objectif comptait.

Mon opinion :

Comme tu le sais, fils d’immigré, classé ennemi de l’intérieur à la sortie du service militaire (c’est ma plus belle médaille, l’ennemi sait reconnaître où est le danger), interdit de travail dans ma profession (charpentier métallique), pour subversion, 20 ans permanent, et je trouve que je n’ai pas assez donné. J’ai décidé de m’installer à Cuba où la lutte est permanente, dont l’exemple a fait bouger l’Amérique Latine. Ici, on partage ce que l’on a, on aide tous les plus pauvres que nous, dont notre exemple leur sert à relever la tête, et de pauvre à genoux, ils deviennent des lutteurs debout.

Je vois mon Parti avec tristesse, ce Parti dont on fête les 90 ans comme si on allait à un enterrement, ce Parti qui a contribué à la gloire de l’image de la France dans le monde, ce Parti qui n’admettrait pas que la France ne paie pas sa dette à ces anciennes colonies, d’où l’on continue à puiser les richesses naturelles dont l´industrie a besoin, comme le Mali, le Sénégal, où on organise les guerres civiles comme en Côte d’Ivoire, où l’on abandonne Haïti à son triste sort, j’en passe et des meilleures. Aujourd’hui, on ne défend plus les plus exploités, ne nous importe que l’échéance électorale à venir ; on se définit en fonction des postes à conserver, on s’allie pour des raisons électorales, on ne propose plus une société meilleure, on n’élabore plus de propositions, on réagit au lieu d’agir, on se positionne sur les thèmes que les médias mettent d’actualité, on écrit l’histoire pour justifier le présent.

Je suis et reste Communiste, fier de mon passé, fier de l’histoire de mon Parti et du mouvement Communiste internationaliste. Les petits dirigeants d’aujourd’hui ne sont pas et ne seront jamais ce que nous avons été et ce que nous sommes. J’ai confiance dans la jeunesse du peuple de France, celle des usines, des quartiers populaire, des universités. Elle saura envoyer ces directions qui de concessions en concessions, trahissent les valeurs de notre histoire. Ce sont eux qui devront répondre devant l’histoire, ni nous ni nos anciens.

On n’écrit pas l’histoire en racontant des histoires.

Ramon Bell-Lloch


Le 29 décembre 2010

Lettre de Guy Poussy
à Laurence COHEN

Chère Camarade

Je réponds à ta lettre du 22 décembre. S’agissant de l’épisode du foyer d’immigrés de Saint-Maur transféré à Vitry, je prends acte de l’obstination de l’actuelle direction fédérale à imposer sa version des faits.

Dans une exposition publique retraçant "30 ans de communisme dans le 94", il est injurieux pour des militants de lire un texte parlant de tentative d’expulsion brutale du foyer de Vitry de travailleurs immigrés par des militants communistes. Cette version des faits reprend les propos de la campagne anticommuniste qui n’a cessé depuis décembre 1980.

La messe ayant été dite, et l’exposition se déplaçant maintenant dans le département, il est hypocrite d’écrire que "C’est aux historiens qui se pencheront dans les différents éléments mis à leur disposition d’écrire ce chapitre important de notre histoire, qui fait partie de l’histoire". Tant qu’il y a des acteurs, et des témoins vivants d’un fait historique, les historiens devraient entendre les différents témoignages d’un fait avant de proposer leur interprétation personnelle.

Ce ne fut pas le cas.

J’espère que beaucoup de visiteurs de l’exposition tiendront à faire connaitre à la direction fédérale leur étonnement et leur mécontentement.

Je te prie d’agréer mes meilleures salutations

Guy POUSSY
Secrétaire de la fédération
De 1970 à 1982

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