En marge des "municipales"

Le communisme municipal a-t-il existé ? Existe-t-il ? Introduction et compte rendu d’un débat de la section de Béziers.

, par  Aimé Couquet, Jacques Cros , popularité : 2%

Vous trouverez ci dessous le texte d’introduction par le conseiller municipal, conseiller régional honoraire, Aimé Couquet, du débat organisé par la section de Béziers du PCF sur le thème : "Le communisme municipal a-t-il existé ? Existe-t-il ?", ainsi qu’un compte rendu sous la plume de J. Cros.

Le débat a été vif, incisif sur plusieurs questions comme l’engagement des élus communistes, leur rapport constamment en construction avec le PCF de chaque localité, les différentes périodes de structuration du communisme municipal depuis 1921, la question des recettes fiscales, de leur possible (ou impossible modulation...) etc ; preuve s’il en était besoin de la nécessité de poursuivre cette réflexion.

Le communisme municipal a-t-il existé ? Existe-t-il ?

Introduction par A. Couquet :

Le communisme, un idéal encore nulle part atteint, pourrait-il, peut-il, être accolé au mot municipal ? Ce sont deux mots associés couramment à l’expérience sociale et politique des territoires dits « rouges ». Le communisme municipal a assuré au Parti Communiste au cours du 20ème siècle une représentation parlementaire et un espace de sociabilisation, de légitimation et de ressourcement. Le PCF s’est longtemps distingué par son ancrage municipal qui lui a procuré sur la scène politique une légitimité et un rayonnement auprès des populations et tout particulièrement des classes populaires. Il tentait de faire vivre avec enthousiasme et générosité, et même quelques maladresses que « rien n’était trop beau pour la classe ouvrière ». 
 
Quelle est la singularité de la gestion communiste ?

Les mairies communistes ont assuré des politiques qui ont profondément restructuré la morphologie de leur cité. L’ampleur des dépenses sociales a singularisé la gestion de ces villes populaires aux prises avec le chômage des années 30 et la désindustrialisation amorcée dès les années 1960. D’autres spécificités sont à souligner : le modèle social des colonies de vacances et des structures d’encadrement de la jeunesse et d’éducation populaire, la politique de santé articulée autour de ses dispensaires, la politique foncière qui tend à municipaliser une partie considérable du territoire communal et la construction de logements sociaux, réalisés par des offices publics en nombre bien supérieur à ceux des villes bourgeoises. Les mairies communistes se rangent aussi parmi les plus grands employeurs locaux en raison de leurs services publics plus étendus. Elles sont aussi le lieu d’une promotion d’élus issus des classes populaires. Alors même que le fonctionnement de la vie politique tend à exclure les ouvriers de la gestion des affaires publiques, les communistes ont encouragé et valorisé l’établissement des « municipalités ouvrières » au nom de la lutte contre l’exploitation capitaliste qui se joue aussi sur le terrain communal. 
 
Mais vouloir qualifier le communisme territorialement, le figer dans un espace n’est-ce pas le réduire à un état ? Alors que le communisme, en ce qui me concerne, doit être le mouvement de transformation de l’ordre existant. Le sens de cette transformation, l’horizon vers lequel cette évolution doit nous conduire doit être une conception des rapports humains débarrassée de la domination des uns par les autres, c’est à dire l’exploitation. Cette évolution doit être l’horizon d’une société dans lequel ses rapports sont de mieux en mieux marqués par le partage, la réduction des inégalités, la solidarité, le respect mutuel, la transparence, la fraternité. La commune peut donc être un de ces lieux comme l’entreprise, les lieux de formation, de santé, de culture, de sports, la famille...
 
Le combat pour faire partager ces valeurs ne saurait se cantonner à la source de la politique institutionnelle, même si l’administration de la cité est importante. Il doit aussi se décliner dans le mouvement associatif, syndical, familial, culturel y compris cultuel pour celles et ceux qui se réclament d’une foi religieuse. L’objectif de la transformation du monde vers plus d’humanité, il faut le montrer partout à l’endroit où l’on se trouve. La commune est un de ces lieux. Pour un communiste, accepter d’assumer une responsabilité citoyenne dans quelque domaine que ce soit, c’est s’engager à faire vivre dans ses actes, dans les projets qu’il soutient, les décisions qu’il prend, les valeurs auxquelles il a choisi de se référer. 
 
Nous vivons une autre époque.

Depuis de nombreuses années, le communisme municipal s’estompe en tant que mécanique pensée pour le bien des populations, parfois un peu sans elles. Cette participation des élus communistes a aussi suscité de la défiance et des dissidences. En effet, le communisme municipal s’inscrit dans la filiation du socialisme et du réformisme municipal amenant des contradictions. Mais la plus grande richesse de l’héritage du communisme municipal, c’est le respect des personnes qui participent au collectif de la ville. L’application de chaque élu communiste à être l’élu de toutes et de tous est forte, constituant, de fait, une ligne politique. Ce refus du clientélisme va à contre courant des pratiques mises en œuvre plus ou moins clandestinement par les maires dits « médiatiques ». Au contraire, c’est dans l’engagement dans la vie collective des habitants, votants ou non, en donnant tous les moyens nécessaires que s’ancrera le processus démocratique dans la durabilité. Il faut faire confiance à l’intelligence des personnes. La souveraineté populaire est seule garante de la cohésion sociale, de la force des mobilisations nécessaires à l’obtention des moyens nécessaires à la concrétisation de leurs projets.
 
Le communisme municipal a de très beaux jours devant lui, faut-il qu’il devienne l’outil de transmission de paroles, de transmission de savoirs, de pouvoirs, permettant aux habitantes et habitants de décider de leur avenir. L’élaboration des solutions collectives est la seule valable pour assurer une continuité des services publics quelques soient les aléas des échéances électorales. Le partage démocratique durable est la signature du communisme communal. Cela implique que nous allions à la rencontre de tous les citoyens sans préjugés en étant du mieux que nous le pouvons nous-mêmes. C’est à dire pétris et porteurs des valeurs qui ont conduit à notre engagement de communistes.


Le communisme municipal (Bref compte rendu du débat qui a suivi)

Tel était le sujet du repas à thème au Cercle Populaire Joseph Lazare. Présidée par Paul Barbazange, le secrétaire de la section de Béziers du PCF, l’assemblée comptait une quarantaine de personnes. Aimé Couquet, tête de liste de « Alternative populaire biterroise » a présenté un rapport introductif qui a permis d’engager le débat.

Un débat riche, animé, qui a mis en évidence deux points de vue assez divergents. Les uns mettent en avant ce que peut apporter un conseil municipal qui s’imprègne des idées communistes, les autres soulignent le peu de marge de manœuvre que laisse aux municipalités une politique d’austérité définie au plan européen et appliquée au plan national.

Il est exact que les choix municipaux peuvent favoriser une politique plus favorable que d’autres aux citoyens de la commune en difficulté. De ce point de vue le bilan de ce qu’ont apporté des municipalités à direction communiste est éloquent. Les réalisations sociales diverses ont en effet permis d’aider les populations les plus en difficulté à faire face aux problèmes qui étaient les leurs.

La question est toujours d’actualité. Tarifs différenciés pour les restaurants scolaires par exemple, avec même, repas gratuit pour les enfants des familles les plus pauvres, ont été et seraient une bonne chose. Dans le même esprit l’accès à la piscine, à la médiathèque, pourraient faire l’objet de mesures réduisant le coût pour les familles les plus démunies.

L’argent pour des opérations de prestige dans l’urbanisme pourrait à coup sûr être mieux employé pour les logements sociaux qui font défaut. Les zones franches créées à la périphérie de la ville ont vidé son centre de nombreux services, sans créer un emploi supplémentaire.

Une municipalité consciente de ses responsabilités développerait les services liés aux besoins de la population à commencer par ceux qui ont historiquement relevé de sa compétence : régie de l’eau par exemple, pompes funèbres également, enlèvement des ordures ménagères…

Elle serait un point d’appui précieux dans la défense des travailleurs pour la sauvegarde et le développement des emplois industriels et de ceux liés aux différents services publics. Rappelons ici qu’un nouvel atelier est prévu sur ce point par la liste « Alternative populaire biterroise » le 14 novembre prochain. 

J. Cros

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