Le 90ème anniversaire du PCL

Le Monde arabe : douleurs de l’enfantement ou nouveau revers ? par Marie Nassif-Debs (Secrétaire Générale Adjointe du PCL)

, par  Marie Nassif-Debs , popularité : 3%

Le titre du débat comporte une problématique qui suscite, depuis quatre ans, des discussions et des combats idéologiques interminables, tant au sein des partis politiques arabes que parmi les intellectuels, de gauche notamment. Certains pensent que les événements survenus durant ces dernières années constituent des soulèvements et aussi des révolutions dont les points de départ (et les causes) ne sont autres que les régimes réactionnaires, inféodés au capitalisme mondial, et les dictatures instaurées dans les années cinquante du XXème siècle et qui ont suivi des politiques répressives, tantôt au nom du nationalisme arabe, tantôt au nom de la cause palestinienne. Par contre, d’autres analystes prêchent que les soulèvements n’ont rien de révolutionnaire, et qu’ils ont été commandités par le "diable" impérialiste qui tente, à la suite de l’explosion de sa crise structurelle, de mettre en exécution son nouveau plan pour la région arabe et moyen orientale et, en même temps, de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui pensaient profiter de la situation de crise afin de procéder à des changements notoires.

Cette problématique fut aussi posée par le Parti Communiste libanais. Mais, elle acquiert plus d’importance aujourd’hui dans le cadre de la préparation des documents du XXIème congrès du Parti ; et, cela, pour deux raisons essentielles.

La première est que les vingt-quatre dernières années, qui ont suivi la chute des régimes socialistes, en Union Soviétique et dans les autres pays socialistes européens, furent marquées par une crise généralisée au sein de tous les partis communistes (et, même, de gauche). Cette crise s’est concrétisée, dans notre région surtout, par un repli sur soi du Mouvement de Libération Nationale Arabe ainsi que du projet que ce mouvement avait formulé concernant la lutte pour une libération nationale, politique et économique, et contre l’assujettissement à l’impérialisme que les régimes réactionnaires et bourgeois – l’oligarchie financière notamment – avaient mis au point depuis la fin de la première moitié du XXème siècle. A cela s’est ajouté un désistement complet de la responsabilité de la lutte contre le sionisme et pour la cause palestinienne au moment où le projet dit du « moyen Orient » – sous toutes ses formes – était mis en avant et, avec lui, une distribution de rôles nouveaux, non seulement pour Israël, mais également pour certaines puissances régionales, la Turquie en premier lieu.

La seconde raison réside, quant à elle, dans ce que nous appelons, nous communistes libanais, le lien entre les facteurs internes et externes environnants. En effet, et à la lumière de l’expérience vécue dans les années soixante-dix du siècle dernier, le changement démocratique au Liban est presque impossible si nous ne prenons pas en considération la situation environnante qui peut soit l’aider à se raffermir ou l’en empêcher (l’intervention syrienne et arabe, en général, en 1976-1977).
A partir de cette vision globale, nous allons nous arrêter sur les événements des quatre dernières années, à commencer par le 22 octobre 2010, c’est-à-dire deux mois avant le mouvement révolutionnaire en Tunisie, qui mit fin à la dictature de Ben Ali.
Ce jour-là, eut lieu, sous l’instigation du PCL, la première rencontre d’une vingtaine de partis appartenant à la gauche arabe. Le thème de cette rencontre était la nécessité de se regrouper dans un « Forum de la gauche arabe » dans le but de mettre au point une réponse commune à trois impératifs :

  • Comment organiser la lutte contre les politiques d’agression et d’occupation impérialiste - israélienne.
  • Comment renforcer l’action de la gauche dans les rangs de la classe ouvrière, des paysans et des masses populaires. Afin de mettre en marche le programme du développement et du changement social.
  • Comment œuvrer pour l’établissement des libertés, de la démocratie et de l’égalité.

Le résultat de cette première rencontre fut la mise au point d’un programme politique et socio-économique pour le changement dans les pays arabes, avec un grand titre, celui de l’instauration d’États patriotiques et démocratiques dans le but du socialisme et afin d’en finir avec les régimes dépendants, inféodés à l’impérialisme. Il fut convenu, durant cette réunion, d’élargir le cercle à tous les partis de la gauche arabe, les appelant à coordonner leurs efforts et leurs luttes et de s’ouvrir aux autres forces démocratiques afin de mettre au point un programme de coopération qui répondrait aux aspirations des peuples arabes dans la libération nationale et l’unité face à l’ennemi impérialiste – sioniste.

Il est vrai que le premier « Forum de la gauche arabe » n’avait pas prévu tout ce qui allait se passer quelques mois plus tard ; cependant, il faut convenir que nous avions vu clair dans le fait que la crise dans les pays arabes, née des politiques néolibérales suivies par les régimes à la solde du capitalisme dans notre région, ne pouvait être résolue en dehors du changement de ces régimes, c’est-à-dire sans des révolutions sociales qui poursuivraient, en même temps, deux grands objectifs, patriotique et de classe. Voilà pourquoi nous ne fûmes pas très surpris par les révolutions qui ont eu lieu successivement en Tunisie et en Égypte, parce que ces deux grands changements étaient l’aboutissement logique des décennies de répression, de sous-développement et d’inféodation à l’impérialisme dans la majorité des pays arabes…

Sans oublier que ces changements radicaux étaient aussi l’aboutissement des milliers de mouvements sociaux de tous genres (grèves, manifestations, insubordination civile) que les peuples de ces deux pays avaient organisés durant les vingt dernières années.

Sur cette base, le deuxième « Forum de la gauche arabe », réuni exceptionnellement en février 2011, avait pour but de penser à la sauvegarde des révolutions survenues en Tunisie et en Égypte, tenant compte (en plus de notre expérience libanaise en 1976-1977) du fait que les forces de la contre-révolution ne tarderaient pas à agir avec le soutien des puissances impérialistes et des régimes réactionnaires arabes afin de récupérer, d’une part, les positions perdues et de recourir à des actions préventives dans d’autres pays arabes, d’autre part. De plus, durant cette réunion, nous avons insisté sur la nécessité de mettre au point une stratégie pouvant faire face à de possibles recours à l’arme religieuse ou confessionnelle ou ethnique, ou aux trois en même temps qui avaient déjà bouleversé le climat politique arabe, tant au Liban qu’au Soudan ou en Égypte et dont nous voyons, aujourd’hui, les méfaits en Syrie, en Irak et au Liban sous la forme de groupuscules terroristes (État Islamique en Irak et en Syrie – DAESH… et autres).

Et, là, il nous faut nous arrêter quelque peu sur deux projets très dangereux et très liés qui ont fait surface dernièrement.
- Le premier est celui des forces terroristes nouvelles mais qui nous rappellent de très près l’organisation d’Al Qaeda, vu qu’elles se mettent sous la bannière de la religion.
- Le second est le nouveau projet étasunien qui se base sur une nouvelle coalition mélangeant l’Union européenne, l’OTAN et les régimes réactionnaires arabes (l’Arabie saoudite notamment) et moyen orientaux qui sont connus pour avoir, pendant de longues années, nourri le terrorisme et les divisions confessionnelles et ethniques sous toutes leurs formes.

En effet, le projet initial étasunien occupe à nouveau l’avant-scène de la région, après les coups durs qu’il avait encaissés en Irak et en Afghanistan. Il tire profit des conflits nouveaux, sunnites-chiites (Irak, Liban) ou sunnites-alaouites (Syrie), ou encore entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ou entre les sunnites eux-mêmes (Égypte, Libye, Afghanistan), afin de récupérer une partie du terrain perdu ; mais le plus dangereux réside dans le fait que certaines forces politiques anti-impérialistes misent aujourd’hui sur l’intervention armée de la nouvelle coalition, pensant réellement que cette coalition tente réellement d’éradiquer le terrorisme, tandis que nous savons que c’est l’impérialisme qui avait nourri les groupes terroristes, leur procurant – à travers le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et, même, Israël – toute l’aide militaire et financière dont ils avaient besoin. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que c’est la Turquie qui fut la plaque tournante du terrorisme depuis le début de la crise syrienne et que ce pays, gouverné par les « Frères musulmans », a beaucoup aidé la contre-révolution en Égypte et en Tunisie et qu’il tente de changer la carte de la Syrie et d’autres pays de la région arabe.

Pendant tout ce temps, Israël profite des guerres religieuses arabes et régionales afin de faire avancer son projet dit « État des Juifs dans le monde ». Projet qui vise à liquider la cause palestinienne, mais aussi à donner un nouveau souffle au projet initial du sionisme, à savoir la création d’un État allant du Nil à l’Euphrate (Le Grand Israël) et dont les nouveaux instigateurs profitent du besoin qu’a le capitalisme en crise, des services israéliens afin de continuer à régner sur les richesses de la région.

Et, là, je voudrais attirer l’attention sur la propagande qui se fait autour du désintéressement récent des États-Unis quant au pétrole et au gaz arabes, remplacés par le gaz de schiste et autres sources d’énergie… Cette propagande tente de faire oublier aux peuples de la région arabe les visées stratégiques de l’impérialisme étasunien, qui ne consistent pas seulement à accaparer les sources d’énergie de la région afin de pourvoir aux besoins des États-Unis, mais aussi afin de consolider son leadership branlant du fait des coups durs reçus en Amérique latine et, même, en Europe (sans oublier le rôle futur de la Chine). Parce que la domination de la région arabe, tant en Orient qu’au nord de l’Afrique, aide à imposer la volonté de Washington vis-à-vis de la Chine et de l’Europe occidentale, toutes deux ayant besoin du pétrole arabe et moyen oriental. De plus, il ne faut pas oublier que le Maghreb arabe a un rôle essentiel dans le projet de mainmise impérialiste étasunien sur l’Afrique très importante dans les guerres futures que Washington prépare (aidé par Tel Aviv) sous les deux slogans des guerres de l’eau et de la nourriture.

C’est pourquoi nous pensons que le programme de lutte défini par le quatrième « Forum de la gauche arabe », tenu à l’orée de la seconde Révolution égyptienne (30 juin 2013), qui fit tomber le gouvernement des « Frères musulmans », peut constituer un projet de lutte pour cette étapes transitoire qui doit prendre en considération l’union entre la lutte pour la libération sociale (contre les forces, notamment les forces politiques islamistes, opposées aux mouvements révolutionnaires) et la lutte de libération de l’impérialisme. En effet, et à partir de cette union entre les impératifs de la libération nationales et ceux du changement social, à partir de l’opposition aux projets politiques, socio-économiques et idéologiques de l’impérialisme (dans le but de mettre fin à la dépendance, et à l’inféodation aux puissances impérialistes, et de suivre une politique de développement et de progrès), nous pouvons dire que l’étape actuelle conduit vers une autre plus importante, celle de « la révolution nationale démocratique » qui vise à mettre fin au régime de l’oligarchie financière et à instaurer à sa place un État patriotique démocratique résistant à l’occupation de notre sol et de nos richesses, mais aussi – et c’est, là, le plus important – aux projets de domination impérialiste. Étape que les masses populaires arabes ont définie dans les mots d’ordre qu’elles ont brandis et que nous pouvons résumer comme suit : Liberté – démocratie – Dignité humaine – Progrès social.

Ce programme de lutte ne peut se faire sans un outil important : un Front de Résistance Patriotique arabe dont la tâche première est de combattre les projets impérialistes et terroristes, complémentaires, afin de faire naître l’ère du changement.

UNESCO - Beyrouth, lundi 26 octobre 2014

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