La Deuxième Guerre froide, par William Blum

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Très beau texte du 11/08/2014 de William Blum (né en 1933 – 81 ans), qui est un écrivain et journaliste américain critique de la politique étrangère des États-Unis.

Pendant la Première Guerre froide, nous, la gauche radicale américaine, nous étions mis en situation de devoir défendre l’Union soviétique, parce que le gouvernement américain se servait de ce pays contre nous. Aujourd’hui, il nous faut parfois défendre la Russie, car c’est peut-être le dernier et meilleur espoir d’arrêter l’EDM (L’Empire qui dévora le monde). Oui, pendant la Première Guerre froide nous en savions suffisamment sur Staline, les simulacres de procès et les goulags. Mais nous en savions tout autant sur la politique étrangère des États-Unis.

Courrier électronique envoyé au Washington Post, le 23 juillet, 2014 à propos de la destruction du vol 17 de Malaysia Airlines :

Monsieur le Rédacteur,

Votre éditorial du 22 juillet titrait : « La barbarie de la Russie. L’Occident a besoin d’une stratégie pour contenir le dernier-né des Etats voyous dans le monde ».

Que voilà un langage fort. Agressif, même. Pas l’ombre d’une preuve concrète pour étayer l’article. Le lendemain, voici ce qu’écrivait l’ AP (Associated Press) :

“De hauts fonctionnaires du renseignement américain ont déclaré mardi que la Russie était responsable d’avoir « créé les conditions » qui ont conduit à la destruction du vol 17 de Malaysia Airlines, mais n’ont présenté aucune preuve de l’implication directe du gouvernement russe… Les États-Unis n’avaient aucune preuve directe que le missile utilisé pour abattre l’avion de ligne provenait de Russie.”

Ces phrases ne figuraient pas dans l’article du Post. Vous vous comportez comme un journal voyou.

William Blum

Inutile de vous indiquer si le journal a ou non publié ma lettre… Je lis ce journal depuis 25 ans – une période de six ans pendant la guerre du Vietnam (1964-1970) et au cours des 19 années passées (1995-2014) – et en général, je passe trois heures par jour à le décortiquer. Ce que je peux vous dire, c’est qu’en matière de politique étrangère des États-Unis, ce journal est aujourd’hui pire que tout ce que j’ai connu au cours de ces 25 années. Au point où, à titre d’exemple, je me méfie du moindre mot publié dans le Post au sujet de l’Ukraine. Même chose avec le Département d’État, qui lance accusation sur accusation au sujet d’actions militaires russes en Ukraine orientale, sans présenter la moindre image satellite, élément visuel ou document ; ou alors il s’agit d’ éléments non concluants issus de sources inconnues ou repiquées d’un « média social » ; le plus souvent, ils s’en tiennent à des accusations gratuites. (1) Auraient-ils quelque chose à cacher ?

Les porte-parole des relations publiques du Département d’État qui font ces présentations font preuve de bien peu de considération ou de respect pour les journalistes qui posent des questions difficiles. Ce qui me rappelle l’époque de la guerre du Vietnam et Arthur Sylvester, secrétaire adjoint à la Défense pour les relations publiques, principal responsable de « l’apport, du contrôle et de la gestion des informations sur la guerre du Vietnam ». Un jour, en juillet 1965, Sylvester a dit à des journalistes américains qu’ils avaient le devoir patriotique de diffuser uniquement des informations favorables aux États-Unis. Lorsqu’un des journalistes s’est exclamé : « Allons, Arthur, vous ne vous attendez pas à ce que la presse américaine soit la courroie de transmission du gouvernement », Sylvester a répondu : « C’est exactement ce que j’attends ». Il ajouta : « Écoutez, si vous pensez qu’un fonctionnaire américain va vous dire la vérité, alors vous êtes stupide. Vous entendez ? Stupide. » (2)

Aujourd’hui, une telle franchise serait une bouffée d’air frais, eu égard au double langage pénible d’un porte-parole du Département d’État.

En ce qui me concerne, la bouffée d’air frais de ces dernières années est venue de la chaîne de télévision RT (anciennement Russia Today). Tous les jours, de nombreux progressistes du monde entier (dont moi-même de temps en temps) sont interrogés et de leurs bouches sortent des analyses et des faits qu’on entend rarement sur CNN, NBC, ABC, CBS, NPR, PBS, Fox News, BBC, etc. Les propos de ces progressistes sur RT sont en général qualifiés par les médias traditionnels de « propagande russe », alors qu’après avoir subi la propagande américaine pendant toute ma vie, moi, je ne peux que penser : « Oui, bien sûr. Que peuvent-ils dire d’autre ? ».

Quant à la Russie qui serait responsable d’avoir « créé les conditions » qui ont mené à la destruction du vol MA 17, comment oublier que l’enchaînement actuel des événements en Ukraine a été déclenché en février, lorsqu’un coup d’État soutenu par les États-Unis a renversé le gouvernement démocratiquement élu pour le remplacer par un autre plus enclin à obéir aux diktats de l’intégrisme de marché de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International et l’Union européenne ? Sans ce coup d’État, il n’y aurait jamais eu de rébellion à l’Est ni de zone de guerre dangereuse à survoler.

Le nouveau régime présente une autre caractéristique charmante : nombre de néonazis déclarés occupent des postes à tous les échelons, des faits suffisamment embarrassants pour que le gouvernement américain et les grands médias en fassent un non-événement. Le sénateur américain John McCain a rencontré le chef du parti néonazi Svoboda, Oleh Tyahnybok et s’est même fait photographier avec lui (photos facilement trouvables sur Internet). L’Ukraine — dont les liens avec le nazisme remontent à la Seconde Guerre mondiale, quand ses fascistes locaux ont soutenu Allemagne et combattu l’Union soviétique — est en passe de devenir la toute nouvelle pierre à l’édifice d’encerclement militaire de la Russie par les États-Unis et l’Otan ; elle fournira peut-être l’emplacement d’une nouvelle base de missiles pointés vers Moscou.

Il est tout-à-fait possible que des rebelles pro-russes se soient trompés sur le vol MA 17, qu’ils l’aient pris pour un appareil des forces armées d’Ukraine et qu’ils l’aient abattu. Mais une série de questions étayées par des données radar, des images satellite et d’autres informations techniques, et posées par la Russie au secrétaire général de l’Assemblée générale des Nations Unies, suggère d’autres pistes.

- « Pourquoi un avion militaire volait-il dans un couloir aérien civil à peu près au même moment et à la même altitude qu’un avion civil ? Nous aimerions avoir une réponse à cette question. »
- « Auparavant, les responsables ukrainiens avaient déclaré que le jour de l’accident, aucun avion militaire ukrainien ne volait dans cette zone. Comme vous pouvez le constater, c’est faux. »
- « Nous avons également une question pour nos collègues américains. Selon une déclaration de responsables américains, les États-Unis disposent d’images satellite démontrant que le missile tiré contre l’avion de Malaysia Airlines a été lancé par les pro-séparatistes. Mais personne n’a vu ces images. » (3)

Il y a aussi ces spéculations intrigantes, liées à la première question posée par les Russes ci-dessus. Selon une analyse publiée par un pilote retraité de la Lufthansa, le vol MA 17 ressemblait, par ses couleurs, à l’avion du président Poutine, lequel se trouvait au même moment « près » du vol 17. Dans les milieux de l’aviation, « près » peut signifier entre 200 et 300 km. (4) La véritable cible était-elle l’avion de Poutine ?

Il y a également d’autres interrogations sérieuses et plausibles quant à la version officielle qui accuse la Russie, les milices anti-Kiev ou les deux. Est-ce que le vol MA 17 va alimenter la prochaine théorie du complot sans fin, à l’instar de l’assassinat de Kennedy, du vol PanAm 103 et du 11 septembre 2001 ? Est-ce que le missile antiaérien russe rejoindra les armes de destruction massive irakiennes et les armes chimiques syriennes ? Restez à l’écoute.

Est-ce qu’ils ficheront un jour la paix à Cuba ? La réponse est non.

La dernière révélation d’un complot visant à renverser le gouvernement cubain… Oh, pardon, je voulais dire la dernière révélation d’un complot visant à apporter la démocratie à Cuba…

Nos chers amis de l’Agence pour le développement international (USAID), ayant si bien réussi avec leur sous-traitant clandestin Alan Gross [citoyen américain arrêté à Cuba – NdT], qui purge sa cinquième année de détention sur l’île… et avec leur projet de « Twitter cubain », connu sous le nom de ZunZuneo, mis à jour en 2012, qui visait à accroître le flux d’informations entre les Cubains soi-disant assoiffés d’infos, et qui a attiré nombre d’abonnés ignorants de l’origine du service, le gouvernement des États-Unis… et à présent, la dernière révélation, un projet qui a envoyé une douzaine de jeunes Vénézuéliens, Costa-Ricains et Péruviens à Cuba dans le but de fomenter une révolte ; les jeunes travaillaient dans la clandestinité, utilisant des programmes sociaux et de santé comme couverture, ou se faisant passer pour des touristes, faisaient le tour de l’île pour une mission d’« identification d’acteurs potentiels d’un changement social » à convertir en militants politiques. Incroyable, n’est-ce pas ? Comment croire à une telle naïveté ? Était-ils convaincus que l’exceptionnalisme américain ferait des miracles ? S’imaginent-ils que les Cubains sont des enfants qui attendent un adulte pour leur expliquer quoi penser et comment se comporter ?

L’USAID a signé un de ces derniers contrats quelques jours seulement après l’arrestation de Gross, ce qui donne une idée du peu de cas qu’ils font de la sécurité de leurs employés et agents. Dans le cadre de la préparation de ces personnes, voici comment l’USAID les mettait en garde : « Bien que rien ne soit totalement certain, soyez assurés que les autorités [cubaines] n’essaieront pas de s’attaquer à vous physiquement. Elle essaieront seulement de vous faire peur. Rappelez-vous que le gouvernement cubain préfère éviter les reportages négatifs à l’étranger, et qu’un étranger tabassé n’est pas bon pour leur image. » (5)

Quelle ironie ! Le gouvernement américain ne peut pas en dire autant de la majorité de ses alliés, qui recourent souvent à la violence physique. En fait, une telle déclaration ne peut même pas s’appliquer aux forces de police américaine. Mais c’est Cuba, qui ne tabasse pas et ne torture pas ses détenus, qui est l’ennemi et qui doit être réformé et puni sans pitié… 55 ans que ça dure. Et ce n’est pas fini.

Les Etats-unis et la torture

Deux choses que les gouvernements tendent à dissimuler ou sur lesquels ils mentent sont les assassinats et la torture, lesquels sont largement considérés comme excessivement immoraux et illégaux, et même barbares. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers et ont répandu la torture à travers le monde ; non seulement la torture appliquée directement par des Américains sur des étrangers, mais aussi la fourniture de matériel de torture, de manuels de torture, de listes de personnes à torturer et de conseils et encouragements personnels par des instructeurs américains, en particulier en Amérique latine.

C’est donc un peu à l’honneur du président Obama d’avoir déclaré, lors de sa conférence de presse du mois d’août, « Nous avons fait beaucoup de choses justes, mais nous avons torturé quelques types. Nous avons fait des choses qui sont contraires à nos valeurs. »

Et il a effectivement employé le mot « torture » à ce moment-là, pas « interrogatoires poussés », qui a été l’euphémisme préféré de la dernière décennie, même si deux minutes plus tard, le président a utilisé « techniques d’interrogatoire extraordinaires. » Et « torturé quelques types » me fait tiquer. Il est clair que ce sujet met l’homme mal à l’aise.

Mais tout ceci est secondaire. Ce qui compte bien plus, c’est que, depuis plusieurs années, les partisans de M. Obama lui attribuent l’abolition de la torture. Or iIs n’en ont tout simplement pas le droit.

Peu de temps après la première investiture d’Obama, lui et Leon Panetta, le nouveau directeur de la CIA, ont explicitement déclaré que les « détentions secrètes » ne cesseraient pas. Comme l’a rapporté le Los Angeles Times à l’époque : « Conformément aux instructions récemment transmises par Obama, la CIA est toujours en droit de procéder à ce qu’on appelle des détentions secrètes, des enlèvements et transferts secrets de prisonniers vers des pays qui coopèrent avec les États-Unis. » (6)

La traduction de « coopérer » est « torturer ». La remise d’un prisonnier équivaut à l’externalisation de la torture. C’est l’unique raison pour laquelle des prisonniers ont été envoyés en Lituanie, en Pologne, en Roumanie, en Égypte, en Jordanie, au Kenya, en Somalie, au Kosovo, ou sur l’île de Diego Garcia dans l’océan Indien, pour ne nommer que quelques-uns des centres de torture connus et fréquentés par les États-Unis. Il est fort possible que le Kosovo et Diego Garcia – qui tous deux hébergent de très grandes et très secrètes bases militaires américaines — voire d’autres lieux, soient des sites où l’on pratique la torture. Même chose pour la base de Guantanamo à Cuba.

En outre, l’arrêté exécutif dont il est question, le numéro 13491, émis le 22 janvier 2009, « garantissant la légalité des interrogatoires », présente une lacune majeure. Il affirme à plusieurs reprises que le traitement humain, qui inclut l’absence de la torture, est applicable uniquement aux prisonniers détenus dans le cadre d’un « conflit armé ». Ainsi, la torture en dehors d’un « conflit armé » n’est pas explicitement interdite. Qu’en est-il alors de la torture dans le cadre du « contre-terrorisme » ?

Le décret intimait à la CIA d’utiliser uniquement les méthodes d’interrogatoire décrites dans un manuel révisé de l’Armée. Cependant, en se basant sur ce manuel comme guide pour le traitement et l’interrogatoire des prisonniers, sont toujours autorisés l’isolement, la privation sensorielle, la surcharge sensorielle, la privation de sommeil, l’induction de la peur et du désespoir, les médicaments psychotropes, la manipulation de l’environnement tels que la température et le bruit, et les positions pénibles.

À la suite de la comparution de Panetta devant une commission du Sénat, le New York Times a écrit qu’il « n’a pas exclu la possibilité que l’agence pouvait demander l’autorisation d’employer des méthodes plus agressives que celles autorisées par le président Obama en vertu des nouvelles règles d’interrogatoire”… M. Panetta a également déclaré que l’agence maintiendra la pratique de l’administration Bush de ‘“détentions secrètes” — l’enlèvement dans la rue de suspects de terrorisme et leur envoi vers un pays tiers. Mais il a dit que l’agence refuse de livrer un suspect à un pays connu pour pratiquer la torture ou d’autres actions “qui enfreignent nos valeurs humaines” ». (7)

La dernière phrase est bien sûr d’une absurdité infantile. Les pays choisis pour envoyer ces prisonniers l’ont été précisément parce qu’ils étaient prêts et disposés à les torturer.

Aucun fonctionnaire dans les administrations Bush et Obama n’a été puni de quelque façon que ce soit pour acte de torture ou autres crimes de guerre en Irak, en Afghanistan ou d’autres pays contre qui des guerres illégales ont été menées. Et, pourrait-on ajouter, aucun banquier voyou américain n’a été puni pour son rôle essentiel dans la torture financière mondiale infligée à nous tous depuis 2008. Quelle merveilleuse terre de pardon que l’Amérique. Sauf dans les cas de Julian Assange, Edward Snowden, et Chelsea Manning.

Au cours des derniers jours de Bush à la Maison-Blanche, Michael Ratner, professeur à la Columbia Law School et ancien président du Centre pour les droits constitutionnels, a souligné :

La seule façon d’empêcher que cela se reproduise est de sanctionner les responsables du programme de torture. Je ne vois pas comment nous pourrions retrouver notre stature morale, si nous permettons que les complices des programmes de torture tirent tout simplement leur révérence et ne soient pas tenus pour responsables. (8)

Je voudrais à ce stade rappeler une fois de plus à mes chers lecteurs les mots de la « Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants », qui a été rédigée par les Nations Unies en 1984, entrée en vigueur en 1987, et ratifiée par les États-Unis en 1994. L’article 2, alinéa 2 de la Convention stipule : « aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, que ce soit un état de guerre ou une menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture ».

Un langage si merveilleusement clair et sans équivoque, fondé sur des principes, pour établir une norme unique pour un monde dans lequel il est de plus en plus difficile de se sentir fier de l’Humanité.

La Convention contre la Torture a été et demeure la loi suprême du pays. Elle est la pierre angulaire du droit international et un principe égal à l’interdiction de l’esclavage et du génocide.

« M. Snowden ne sera pas torturé. La torture est illégale aux États-Unis » — le ministre de la Justice des États-Unis, Eric Holder, le 26 juillet, 2013

John Brennan, nommé à la direction de la CIA par le président Obama en janvier 2013, a défendu la « détention secrète » comme un « outil absolument indispensable » et déclaré que grâce à la torture, des informations ont été obtenues qui ont permis de « sauver des vies ». (9)

Obama avait proposé Brennan à la direction de la CIA en 2008, mais devant la levée de boucliers des associations de droits de l’homme, Brennan avait retiré sa candidature. Barack Obama n’en a évidemment tiré aucune leçon et l’a nommé de nouveau en 2013.

Pendant la Première Guerre froide, selon un un thème courant de la rhétorique, les Soviétiques torturaient les gens et les emprisonnaient sans motif, leur arrachaient de faux aveux, et faisaient subir l’innommable aux détenus impuissants face au poids cruel de l’État communiste. Comme tout autre mal, la torture permettait de distinguer les méchants (les cocos) des gentils (le peuple américain et son gouvernement). Aussi imparfait que fut le système américain (c’est que l’on nous enseignait), il respectait des normes civilisées que l’ennemi, lui, rejetait.

Le droit de faire quelque chose ne rend pas cette chose juste pour autant

Depuis quelques mois, la ville de Détroit coupe l’eau aux habitants qui n’ont pas payé leurs factures d’eau. Cette action, qui touche plus de 40 % des clients de la Compagnie des eaux de Détroit, inflige de sérieux désagréments et des risques sanitaires à toute une frange de la population de la ville, estimée à deux ou trois cent mille habitants. Bien sûr, des manifestations ont eu lieu. Leur premier mot d’ordre : « L’eau est un droit humain ! »

Qui peut contester ce droit ? Eh bien, les néoconservateurs et autres zélateurs du système capitaliste qui soutiennent que pour profiter d’un produit ou d’un service, vous devez payer. Quoi de plus simple ? Vous êtes un socialiste ou quoi !

Pour ceux d’entre vous qui ont du mal à croire qu’une ville US puisse se montrer aussi insensible, permettez-moi de vous remettre ceci en mémoire.

Le 14 décembre 1981, une résolution proposée à l’Assemblée générale des Nations Unies déclarait que « l’éducation, le travail, la santé, une nourriture appropriée, le développement national font partie des droits humains ». Vous noterez la « nourriture appropriée »… La résolution fut approuvée par 135 pays contre 1. Seuls les États-Unis ont voté contre.

Un an plus tard, le 18 décembre 1982, une résolution identique a été proposée à l’Assemblée générale. Elle a été approuvée par un vote de 131 contre 1. Les États-Unis ont été les seuls à voter contre.

L’année suivante, le 16 décembre 1983, la résolution a été présentée de nouveau, une pratique courante aux Nations Unies. Cette fois, elle fut approuvée par un vote de 132 contre 1. Inutile de vous dire qui a voté contre.

Ces votes se sont déroulés sous l’administration Reagan.

Sous l’administration Clinton, en 1996, un Sommet mondial sur l’alimentation parrainé par l’ONU affirma le « droit d’accès de chacun à une nourriture saine et nourrissante ». Les États-Unis ont contesté ce droit, en insistant sur le fait qu’ils ne reconnaissaient pas de « droit à l’alimentation ». A la place, Washington a proposé le libre-échange comme remède à la pauvreté et à la faim, et a déclaré craindre que la reconnaissance d’un « droit à l’alimentation  » n’offre des bases légales à des pays pauvres cherchant à obtenir des aides et des accords économiques favorables. (10)

La situation ne s’est évidemment pas améliorée sous l’administration de George W. Bush. En 2002, à Rome, lors d’un autre Sommet mondial sur l’alimentation parrainé par l’ONU,les dirigeants du monde entier ont de nouveau approuvé la déclaration selon laquelle tout le monde avait droit à une alimentation « saine et nourrissante  ». Les États-Unis se sont à nouveau opposés à la clause, craignant encore une fois qu’elle ne les expose à des réclamations légales de pays en voie de développement frappés par la famine. (11)

J’attends une résolution de l’ONU affirmant le droit à l’oxygène…

William Blum

Notes

  1. Voir de nombreux exemple sur RT.com, comme “Jen Psaki’s most embarrassing fails, most entertaining grillings”, ou recherchez simplement dans le site “Ukraine Jen Psaki”
  2. Congressional Record (House of Representatives), 12 may 12 1966, pp. 9977-78, reprise d’un article de Morley Safer de CBS News
  3. “Lettre datée du 22 juillet 2014 du représentant permanent de la Russie à l’ONU adressée au secrétaire général”, publiée par l’ONU le 24 juillet, document No. A/68/954-S/2014/524
  4. “Pre-WWIII German Pilot Shocker, MH17 ‘Not Hit By Missile’”, Before It’s News, 31 juillet 2014
  5. Associated Press, 4 aout 2014
  6. Los Angeles Times, 1er février 2009
  7. New York Times, 6 février 2009
  8. Associated Press, 17 novembre 2008
  9. Associated Press, 26 novembre 2008
  10. Washington Post, 18 novembre 1996
  11. Reuters news agency, 10 juin 2002

Voir en ligne : Source : williamblum.org – Traduction collective par les lecteurs du blog www.les-crises.fr

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