General Electric ça suffit : pour une stratégie publique de la filière énergétique Tribune collective

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Fabien Roussel était à Villeurbanne ce mercredi aux côtés des salariés en lutte de General Electric. Avec les travailleurs du site de Villeurbanne, ce rassemblement réunissait des délégations de Belfort, Grenoble, Saint-Priest, Aix-les-Bains. Fabien Roussel a notamment proposé l’organisation d’une réunion à Paris pour porter tous ensembles l’exigence d’une maîtrise publique de la filière industrielle de l’énergie.
Nous publions une tribune collective parue début octobre, émanant du Territoire de Belfort, dans laquelle plusieurs organisations politiques et syndicales demandent à l’État d’intervenir pour sauver Alstom.
Mais pour être plus efficaces et plus visibles, il est clair que, pour constituer une véritable filière énergétique nationale, le PCF devrait exiger la nationalisation des usines françaises de General Electric.

5 ans seulement après le rachat de la branche énergie d’Alstom, GE accélère son calendrier de démantèlement de la filière de production d’électricité. Après les 485 suppressions d’emplois programmées dans l’entité gaz en octobre 2019, dont la mise en œuvre n’est pas encore achevée, ce sont 707 nouvelles suppressions d’emplois qui sont annoncées dans les énergies renouvelables, 89 dans l’entité Hydro et 618 dans l’entité Grid Réseaux. D’autres plans moins médiatiques ont supprimé dans la période récente 107 emplois dans les services informatiques, 200 emplois dans l’entité Steam sous forme de départs volontaires, 200 emplois dans les fonctions support. La fin de la production des centrales à charbon entraînera par ailleurs d’autres fermetures de sites et des suppressions d’emploi.

Belfort, Villeurbanne, Massy, La Courneuve, Bourogne, Chonas, Saint-Priest, Aix-les-Bains, Champigneulles, Boulogne, Montpellier, Nantes, Grenoble, sont touchés. Dans chaque cas, l’activité quitte l’Europe, pour l’Inde, la Chine, les États-Unis, dans une recherche d’optimisation de coûts sans stratégie industrielle de moyen ni de long terme. Cette absence de stratégie place toutes les activités de GE en difficulté. Retards dans les livraisons, retards dans l’innovation technologique, sous-qualité chronique, perte de cohérence interne, ne permettent plus de garantir aux actionnaires les taux de profitabilité attendus, en dépit des subventions publiques massives et de tous les mécanismes d’évitement fiscal mis en place.

La plupart des compétences et des capacités de production détenues par GE en Europe sont aujourd’hui menacées de disparition, dans des secteurs aussi stratégiques que les turbines gaz et vapeur (nucléaire, centrales thermiques ou cycles combinés), les turbines hydrauliques, les conversions, les réseaux électriques.

Un enjeu global, un grand combat national

La consommation d’énergie fossile a été le moyen que notre société a choisi, depuis trois siècles, pour accélérer son développement technologique et social. Cette même énergie a atteint aujourd’hui ses limites : les conséquences d’ores et déjà palpables du changement climatique nous imposent de sortir rapidement de l’ère fossile. L’enjeu n’est rien moins que décarboner une économie qui dépend à 70% du pétrole et du gaz ! Face à ce défi considérable, la France a besoin d’une filière énergétique complète : recherche, production et distribution. Car notre sécurité, notre économie, nos emplois, notre contrat social, la viabilité de notre planète dépendent entièrement de notre souveraineté énergétique, des solutions technologiques d’avenir et des coopérations internationales que nous serons capables de mobiliser.

C’est à la hauteur de ces enjeux que le devenir des activités de GE doit être réfléchi. Ce doit être une grande bataille nationale car ce n’est pas seulement la fermeture d’un site qui menace, mais la perte de contrôle d’un secteur vital pour notre pays. Nous élus, militants syndicaux, militants politiques, salariés de l’industrie du Territoire de Belfort en appelons à la responsabilité de l’État et alertons sur l’urgence à agir.

Moratoire sur tous les plans de suppressions d’emplois

GE représente 1/3 du potentiel industriel pour la production d’énergie en Europe, avec des compétences clé de la transition énergétique acquises sur le temps long du développement industriel. Car ce n’est pas la cession d’actifs ou l’accumulation de capital financier qui créent la richesse mais le travail commun de tous les salariés, appuyé par l’élévation des qualifications. Recrutement, formation, modernisation des outils industriels, innovation, recherche et développement, il faut des décennies pour construire des savoir-faire industriels. A Belfort comme dans les autres villes, existent désormais des compétences uniques en France, en Europe et dans le monde, qu’il est essentiel de préserver.

Un État stratège au service de l’emploi, de l’innovation, des territoires

La logique financière court-termiste s’avère incapable de garantir le développement industriel qu’exige la fourniture d’une électricité décarbonée et accessible à toutes et tous. La puissance publique organise la formation, soutient la recherche, stimule l’activité par la commande publique. Elle doit retrouver la maîtrise des outils et savoir-faire industriels, avec les acteurs de la filière énergétique en utilisant les leviers financiers qui sont à sa disposition tels que la BPI et les budgets des collectivités locales. Une nouvelle logique d’investissement doit être mise en œuvre, avec de nouveaux droits de regards des salariés, des élus locaux, des citoyens, sur les choix stratégiques.

Des leviers judiciaires

Les établissements GE en France sont protégés par la loi française car ils relèvent du secteur stratégique de l’approvisionnement en énergie. Pour pouvoir racheter la branche énergie d’Alstom en 2015, la multinationale américaine s’était engagée devant Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, à maintenir les activités et à les développer, sous peine de sanctions. Aujourd’hui, aucun des engagements n’est tenu.

Dès lors, l’État doit prendre ses responsabilités et utiliser tous les moyens à sa disposition, y compris judiciaires. A défaut, nous encouragerons les collectivités locales à saisir la justice pour se retourner contre l’État qui faillit à faire respecter l’intérêt national.

Préparer l’après General Electric

Le gouvernement doit préparer l’après GE, trouver ou construire une solution de reprise des activités de GE en France et en Europe. Il y a urgence à faire émerger de nouveaux acteurs français et/ou européens de l’énergie qui pérenniseront l’activité de nos sites industriels, les savoir-faire de nos salariés ; de nouveaux acteurs qui prépareront la nécessaire transition énergétique en développant une filière industrielle reposant sur un mix énergétique, avec le soutien de l’État et de l’Europe (plan de relance, fond Maugis, dispositifs Territoire industrie, territoire d’hydrogène,…), et aux côtés des collectivités locales, des laboratoires de recherche.

Il y a urgence à agir pour sauver l’industrie française de l’énergie.

Signataires :
CGT, EELV, Génération.s, GRS, LFI, PCF et PS du Territoire de Belfort et les groupes d’élus du gauche du département et de la Ville de Belfort.

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