Emprisonné en Israël depuis 12 ans Marwan Barghouti, le "Mandela palestinien" ?

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L’épouse de Marwan Barghouti, incarcéré depuis 2002 en Israël, était la semaine dernière à Paris pour présenter la campagne internationale de libération de son mari et de tous les prisonniers politiques palestiniens.

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Fadwa Barghouti, l’épouse de Marwan, en 2008.
REUTERS/Majed Jaber

Jeudi avait lieu la journée Internationale des prisonniers politiques. Parmi eux, Marwan Barghouti, figure influente du Fatah. Arrêté à Ramallah par les forces israéliennes le 15 avril 2002, il a été le tout premier parlementaire palestinien détenu. Condamné à cinq ans de prison pour avoir commandité cinq meurtres, dont l’attentat du SeaFood Market à Tel-Aviv dans lequel trois civils ont perdu la vie, il a écopé en plus de 40 ans de réclusion pour une tentative de meurtre déjouée par l’armée israélienne. Il a cependant été acquitté de 21 autres chefs d’inculpation pour meurtres. Lors de son procès, Marwan Barghouti a refusé de se défendre, ne reconnaissant pas la légitimité du tribunal israélien et affirmant être innocent des chefs d’accusation portés contre lui.

Depuis, sa femme, Fadwa, se bat pour faire libérer son époux et les autres prisonniers palestiniens. La semaine dernière, elle était à Paris afin de présenter la grande campagne internationale, lancée depuis la cellule de Nelson Mandela, à Robben Island en 2013, soutenue notamment par l’évêque sud-africain Desmond Tutu, l’ancien président américain Jimmy Carter, ou encore Michel Rocard. Stéphane Hessel s’était lui aussi engagé dans cette campagne. « Marwan est un symbole de la résistance et sa non-libération est avant tout motivée par des questions politiques », a expliqué Fadwa Barghouti, qui a rappelé que « l’enlèvement » de son mari avait été « un choc pour tout le monde ».

"C’est soit la paix, soit l’Apartheid"

Initiateur du Document national de la réconciliation des prisonniers, sur la base duquel le gouvernement d’union nationale s’est formé en 2007, Marwan Barghouti est rapidement devenu une figure populaire et unificatrice en Palestine. « Israël lui a tout infligé, 100 jours d’isolement, 100 jours d’interrogatoire. Mais face à la volonté d’Israël de le faire taire, lui a la volonté de se faire entendre », affirme son épouse. « La pression que nous subissons nous rendra encore plus déterminés à obtenir la libération nationale », ajoute-t-elle, lançant cette formule choc : « C’est soit la paix, soit l’Apartheid ».

« Il faut qu’Israël comprenne que l’oppression ne fait pas régner la sécurité. Au lieu de placer ses efforts ailleurs, Israël préfère gérer l’occupation », affirme Fadwa Barghouti. Celle qui a rencontré son mari alors qu’elle était encore étudiante et militait déjà en faveur des droits des prisonniers palestiniens regrette qu’Israël ne tienne pas ses engagements, « même les plus simples ». « Avec les accords d’Oslo, en 1993, nous sommes tombés dans le piège de croire que la paix permettrait la libération des prisonniers. Mais aujourd’hui, Israël refuse de libérer les prisonniers palestiniens. Quel signal donne-t-elle ? La libération des prisonniers doit venir avant les négociations, et non comme un aboutissement », explique cette mère de quatre enfants. Pour elle, le refus de libérer les prisonniers, dont son mari, empêche le processus de paix d’avancer. «  Il devrait être libre, pour que nous puissions aller plus loin. Mais lorsqu’on exige un prix en retour, nous sommes alors dans une situation de prise d’otage », lance-t-elle.

Et c’est avec l’aide d’autres pays que Fadwa Barghouti espère gagner son combat. « Il faut que la France agisse, parce que la cause est belle et juste. La France comprend le rôle que pourra jouer Marwan une fois libre. Mais il est également important que Monsieur Kerry, secrétaire d’État des Etats-Unis, nous dise enfin qui est responsable du non-avancement des négociations », explique-t-elle. Selon elle, « ne pas libérer les prisonniers est une humiliation pour le peuple palestinien ».

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Un enfant passe près d’un mur peint, représentant Marwan Barghouti.
© MUHAMMED MUHEISEN/AP/SIPA

Depuis le début de son engagement dans la lutte pour la Palestine, Marwan Barghouti est surnommé le « Mandela palestinien », en raison de la similarité de leurs parcours. Tous deux ont formé le mouvement de la jeunesse au sein de leur faction politique, tous deux on défendu le droit de résister, même par les armes (Mandela a dirigé l’aile armée de l’ANC lors de son arrestation et Barghouti est considéré comme l’un des principaux dirigeants des deux Intifada), tous deux ont refusé de reconnaître la légitimé des tribunaux devant lesquels ils étaient jugés, et tous deux sont devenus des symboles de la lutte de leur peuple. Depuis sa cellule d’Hadarim, à l’annonce de la mort du leader sud-africain, Barghouti lui a d’ailleurs écrit une lettre : « Vous disiez : "Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas complète car il lui manque la liberté des Palestiniens". Et depuis l’intérieur de ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez atteint la vôtre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du sud et l’apartheid ne survivra pas en Palestine ».

Mais si Marwan et Fadwa Barghouti ne perdent pas espoir, les années de lutte commencent à se faire sentir. « Cela a été pour moi douze longues années, j’ai faibli. J’ai faibli face aux questions de mes enfants. Ils voient leur père très rarement, il n’a même pas encore pu voir sa petite-fille », confie Fadwa. Elle ne le voit que 45 minutes, une fois toutes les deux semaines. « Mais cette visite derrière une vitre ne m’appartient pas, explique-t-elle. Je dois jongler entre tant de questions. Celles de nos enfants, les questions politiques, les messages que l’on veut envoyer… ». Pourtant, Fadwa Barghouti ne regrette pas d’avoir pris la décision de le suivre dans ce combat. « Lorsqu’il a demandé ma main, il m’a dit : "prend une semaine pour réfléchir, avec moi la route sera longue et pénible. Je peux finir assassiné, arrêté. Mais un fois que le pays sera libre, je me consacrerai à vous". Mais je n’ai pas eu besoin de temps pour réfléchir », assure-t-elle, certaine que ces souffrances seront un jour un lointain souvenir. « Parce que le message que nous portons est un message de paix, et d’humanité ».

par Taboola

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