Cinq remarques sur le beau texte de John Bachtell

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 2%

En lisant le texte de John Bachtell sur la Chine, je me suis dit que ce dirigeant communiste avait de la classe, si je puis dire, car malgré ce qui le sépare de la politique menée en Chine, il énonce des traits essentiels. Il n’est pas là à baragouiner dans son coin comme un petit trotskyste miteux pour savoir dans quelle mesure la dernière phrase de Xi Jinping est favorable ou non au capitalisme. Il fait état de ce qui, déjà, bouleverse visiblement le monde. Le mouvement ouvrier américain, les communistes américains, ont une magnifique histoire. Ils ont mené des combats énormes. Puis ils ont été assassinés.

Mais revenons à la Chine. Outre celle consistant à demander à PAM de supprimer 3 zéros du nombre de pauvres sortis de leur misère, je vais faire 5 remarques sur ce texte. Même en Chine, 700 milliards de gens sortis de la pauvreté, ça fait beaucoup.

1) A mon avis, quand on est étranger à la Chine,

A mon avis, quand on est étranger à la Chine, on ne peut pas comprendre ce pays sans faire explicitement référence au mode de production asiatique. Les Chinois de la sphère politique n’aiment pas trop ce concept, peut-être parce que Wittfogel l’a marqué. Mais ce n’est pas une raison. Je n’en dis pas plus.

2) Vient ensuite ce que dit Bachtell à propos du développement.

Ce dernier porterait avec lui de nombreuses contradictions et il faudrait mesurer le coût du développement. Et alors ? L’absence de développement ou la grande lenteur du développement ne seraient-ils pas porteurs de très nombreuses et redoutables contradictions ? N’auraient-ils pas un coût ? Bachtell est certainement conscient de cela. Mais ce que j’ai trouvé d’imprécis dans sa formulation me permet de rappeler cette vérité banale, à savoir que le socialisme ne se construit pas sur des cailloux ou avec des cailloux. Le développement économique est une exigence absolue de notre époque, que les pays soient socialistes ou pas.

3) Ma troisième remarque a trait à l’expression que Bachtell utilise pour parler des milliardaires. Il parle de « la classe des milliardaires ».

Je ne suis pas d’accord avec cette expression. C’est typiquement du « Madame Machu fait de la sociologie », je suis désolé d’être aussi raide. Parce qu’il y aurait des milliardaires, il y aurait une classe de milliardaires. De la même manière, parce qu’il y aurait des entreprises capitalistes, il y aurait le mode de production capitaliste. C’est précisément tout le problème. Or ce qui fait la différence entre l’existence d’entreprises capitalistes et le mode de production capitaliste, c’est un concept que Bachtell ne mentionne pas, à savoir « la dictature du peuple ». J’ai personnellement repris ce point dans un court texte publié sur ce site (FVPCF) et portant sur la dictature du prolétariat. C’est précisément parce qu’existe un régime dit de « dictature du peuple » que le gouvernement chinois peut à la fois donner aux entreprises capitalistes chinoises une perspective de durée de long terme, et veiller à ce qu’elles respectent la loi sans « faire de politique ». Ce ne sont pas elles qui font la loi. Je pense que nous devons réfléchir à cette situation pour la France.

A mon avis, le socialisme n’est pas un régime sans capitalistes. C’est un régime où les capitalistes ont perdu tout pouvoir de commander la société. Cela fonctionne en Chine et c’est ce qui conduit un certain nombre de chercheurs, français notamment, à s’interroger sur l’exacte nature de ce qu’ils (elles) appellent le capitalisme chinois. Il n’est pas sûr que cela puisse fonctionner dans un pays comme la France.

4) Ma 4ème remarque a trait aux inégalités accompagnant le développement.

Le paradoxe du développement est d’engendrer des inégalités économiques, ou de reposer sur des inégalités économiques, pari étant fait que le développement produira la richesse qui à son tour permettra de les compenser, ou de les dépasser, en totalité ou en partie. C’est une tarte à la crème. Cela dit, il ne suffit pas de se polariser sur les milliardaires. Il ne suffit pas non plus de ne voir que le développement des inégalités même s’il faut absolument le voir. L’égalitarisme rural en Chine a engendré une réforme agraire invivable, des champs spaghettis, des micro-parcelles contre-productives. Inversement, le développement et ses inégalités modifient profondément la situation des femmes dans la société chinoise, ce qui combat l’une des inégalités parmi les plus redoutables de cette société, où la femme était vraiment la dernière des dernières, béni soit Confucius. Bref, la politique, armée de la dictature du peuple, navigue ensuite au coup par coup au milieu de ce brassage économique et social considérable. Entre parenthèses, depuis plusieurs années, le rapport entre les revenus ruraux et urbains évolue en faveur des revenus ruraux.

5) Ma cinquième remarque porte sur la construction de la nation économique chinoise.

La Chine existait jusqu’alors comme ensemble culturel et de civilisation, unifié par l’Empire. Mais je crois que la formation de la Nation économique chinoise est une création récente. Là encore, il s’agit d’un produit du socialisme. Le socialisme du 21ème siècle sera industriel, populaire et national. Certes la Nation chinoise, les nations seront plongées, sont plongées dans un ensemble de relations mondiales nouvelles. Il reste que, aussi mondialisée que soit la Chine, ce qui se construit sous nos yeux, jour après jour, est la Nation chinoise.

Les pays en développement, dans le monde entier, se foutent de savoir si ce pays est capitaliste ou socialiste. Ils ont tort, bien sûr, mais ce qu’ils apprécient avec la Chine est de sortir de l’hégémonie impérialiste. Ils trouvent en la Chine ce pouvoir compensateur au plan mondial qui, depuis la défaite du socialisme soviétique, leur faisait défaut pour consolider leur État ou leur Nation.

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