Le congrès du parti communiste chinois, les inconnues et les objectifs

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%

Les commentateurs insistent sur un Congrès de transition. Cette transition est institutionnelle, prévue tous les dix ans. Une génération est alors appelée à succéder à une autre. Mais qu’est-ce que cette transition inaugure dans les faits ? Bien malin celui qui le sait. Il nous semble pourtant que des objectifs s’imposent, mais que nul ne sait par quels moyens concrets le nouveau pouvoir chinois va tenter de les atteindre.

Il est difficile de savoir exactement qui pense quoi et sur quelle base ont été élus ceux qui dans le Bureau Politique dirigent réellement la Chine, le Secrétaire général, dont chacun dans nos médias s’emploie à établir la biographie, étant lui-même le produit de cet équilibre collectif. Il n’y a pas un pouvoir plus collégial au monde.

En outre, je suis assez d’accord avec la vision braudelienne du récent livre de Michel Aglietta et Guo Bai sur l’évolution originale de la Chine. L’originalité chinoise doit être perçue sur une longue période. Cela dit, il me semble que ces deux auteurs confondent des modèles parfois divergents comme le confucianisme et le légisme, la première approche privilégiant les traditions, le respect des rites, et la seconde le changement brutal autoritaire centralisé ; à ces deux constantes, il faut ajouter le taoïsme qui incite à se mouler dans la volonté de la nature et sa contemplation. Mais en fait, il y a toujours synthèse de ce qui peut paraître inconciliable, et la spécificité chinoise tient peut-être à cette capacité de synthèse sur des millénaires, dont le dernier avatar serait la conciliation entre économie de marché et socialisme avec un parti communiste fonctionnant sur les principes intangibles du centralisme démocratique.

Cette capacité de synthèse et cette permanence ne doivent pas nous faire oublier que la Chine est un pays où des tensions sociales violentes peuvent renverser des dynasties. Un droit à l’insurrection, lui-même institutionnalisé par la thèse du « mandat céleste », gouverne les changements politiques sur des millénaires. A ce titre le choix du communisme peut aussi être considéré comme une manière pour le peuple chinois de renverser un système qui avait atteint son plus haut niveau de blocage et que n’avait pas réussi à débloquer la révolte de Sun Yat Sen en 1911. Le communisme chinois est désormais confronté à la nécessité d’affronter des tensions et des réorientations.

Parce qu’il y a une chose qu’aucun gouvernement chinois ne peut oublier, c’est qu’il s’agit d’un pays encore sous développé avec 1,3 milliard d’individus à nourrir, cela impose un certain pragmatisme.

De l’harmonie au développement scientifique

Le discours programmatique de l’ancien secrétaire général Hu jintao, nous renseigne déjà un peu plus. Ce discours est le produit d’un travail collectif dans lequel les anciens et les nouveaux sont parvenus à l’équilibre. Le maître mot de l’ère Hu Jintao avait été l’harmonie, un concept confucéen.

Il s’agissait en priorité, du moins dans la dernière période, de résoudre les problèmes que le développement avait engendrés. D’abord la pollution de la nature, et c’était la première fois qu’avait été créé un ministère de l’environnement. L’harmonie face aux monstrueuses inégalités qui marquaient désormais la société chinoise, non seulement entre les campagnes et les villes, mais entre les travailleurs migrants et les travailleurs résidant dans les villes.

Le moins que l’on puisse dire, la crise aidant, est qu’ils n’ont pas réellement atteint ces objectifs. La pollution est devenue réellement intolérable. Au plan social, mêmes insuffisances. Même si l’on sous-estime les efforts qui ont été fait en faveur de la paysannerie et pour améliorer la situation des travailleurs migrants, en particulier, on semble ignorer le rôle joué par les entreprises étrangères dans la difficulté à imposer des contrats de travail et la pression gouvernementale.

On parle à propos de l’ère Hu Jintao d’immobilisme, c’est injuste, vu les défis auxquels la Chine a dû faire face, une crise mondiale dans laquelle ce pays a joué un rôle d’entraînement de l’économie mondiale, ne faisant jamais au contraire la politique du pire. En matière de relations internationales, la Chine a également joué un rôle pacificateur avec son système de coexistence pacifique, de non ingérence et de collaboration avec avantages réciproques.

Cela devrait se poursuivre et le nouveau secrétaire général fera tout probablement pour atténuer les conflits avec les États-Unis.

La conquête d’un marché intérieur et l’autonomie énergétique

Mais il est clair que la Chine est confrontée encore aujourd’hui à une situation de blocage. L’occident insiste souvent sur la corruption et l’absence de démocratie, ce qui est exact, mais sans toujours référer ces problèmes au grand enjeu chinois, à savoir le développement d’un marché intérieur qui lui permettrait de ne plus dépendre de l’exportation de produits de basse qualité et de l’importation de l’énergie et des hautes technologies.

Le choix du développement scientifique et technique comme axe du discours du Secrétaire général, nous donne au moins le sens des objectifs, sinon celui des moyens employés pour y faire face. Néanmoins on sait que de la crise du Moyen-Orient, la Chine a tiré une conclusion qui ne lasse pas d’être inquiétante si l’on connait la manière dont, par un mélange de corruption et d’insouciance généralisée, la Chine peut négliger les sécurités les plus élémentaires [1], l’équipement tout azimuts en centrales nucléaires et leur appel aux américains pour ce faire.

Quand on mesure la nature de cet enjeu, poursuivre le développement accéléré mais en le réorientant vers un marché intérieur et la transformation de la production industrielle et de services vers des produits à haute valeur ajoutée, cela implique un certain nombre de conséquences.

Un tel marché et une telle ré-orientation de la production passe par un développement de l’éducation et de la recherche prioritaire, processus qui, comme l’élargissement de la sécurité sociale, a été entamé mais se heurte à l’immensité chinoise, au faible niveau de développement humain [2] de la population chinoise dans son ensemble et au système à la fois centralisé et d’autonomie des zones de grand développement. Le problème des nationalités (en particulier le Tibet) se pose dans un tel contexte.

Dans le même temps, on peut penser que le parti communiste chinois va continuer à privilégier la formation d’une large couche moyenne et rester ce parti d’élite méritocratique qu’il est déjà. Comment ne pas être un simple lieu d’accumulation inégalitaire, même si le parti communiste Chinois est en mesure de défaire la plupart des fortunes quand et comme ça lui convient. Un des axes du discours de Hu Jintao a été la lutte contre la corruption.

Celle-ci est entretenue par le développement de quasi principautés locales avec des États dans l’État et des phénomènes de corruption qui bloquent la société et sont devenus un véritable problème pour l’État. La Chine a connu une période de scandales sans précédent au cours de ces derniers mois avec les affaires Bo Xilai, Liu Zhijun, la démission d’un proche conseiller de Hu Jintao après la mort de son fils et de deux jeunes femmes dans un accident de Ferrari. A cela s’ajoutent des manifestations dans tout le pays contre la pollution, les expropriations et la corruption locale. Le pouvoir central s’en sort à peine indemne, mais il devra faire la preuve de sa maîtrise de tous ces phénomènes.

L’équilibre entre secteur d’état et secteur privé

Une dépêche Reuter publiée par le New York Times fait état d’une mise en œuvre dès aujourd’hui qui paraît importante dans la définition du marché et des entreprises d’Etat, l’un ne s’opposant pas nécessairement à l’autre.

Les patrons d’entreprises publiques chinoises se sont prononcés ce vendredi, pour la continuité de l’expansion, en réclamant un allégement indispensable des charges et des réformes urgentes qui les libéreraient des contraintes de l’héritage de l’économie planifiée, ce qui leur permettrait de répondre aux besoins vitaux du pays.

Ces dernières années, les réformateurs chinois et les gouvernements occidentaux ont pris dans leur mire le secteur d’état, en estimant que celui-ci obtient la part du lion en matière de prêts préférentiels et d’aides politiques. Les appels à la réforme se sont accrus et à la veille du congrès, ils sont apparus comme émanant de factions qui manœuvraient en espérant peser sur la transition de direction gouvernementale « une fois par décennie ».

Ces critiques prétendaient que sans nouvelle réforme du secteur d’état, la croissance de la Chine stagnera. Ils réclamaient des conditions d’égalité pour les sociétés privées qui fournissent la plupart des nouveaux emplois en Chine.

Jeudi, dans son discours au Congrès du Parti communiste, le Président chinois sortant Hu Jintao a appelé à plus d’investissement dans le secteur d’état, mais en améliorant son règlement et en diversifiant les formes de nationalisation. Si l’on admet que le discours de Hu Jintao est déjà un discours programme, il semble qu’il ait tranché à la fois pour le maintien et le renforcement du secteur d’état, mais dans une meilleure adaptation au marché. L’intervention des patrons de ce secteur d’état va dans le même sens. L’inconnu est : que faut-il entendre par « allégement des charges » et « héritage de la planification » ?

« Le SOEs (entreprises publiques) doit être plus orienté vers le marché, et les entreprises publiques doivent continuer à renforcer leur vitalité et influence », a dit aux journaliste vendredi, Wang Yong, le directeur et le secrétaire de parti communiste de la Surveillance des Actifs Publiques et de la Commission d’Administration.

« Les lettrés peuvent avoir des vues différentes, mais c’est là le besoin de développement des entreprises et l’état ».

En effet, les patrons des entreprises d’état ont souligné leur importance et leur contribution à ce qu’ils ont appelé « la sécurité économique nationale », à leur réunion de vendredi, leurs plans pour la nouvelle expansion d’investissement à l’étranger.

Cette intervention a eu lieu après que les remarques d’Hu Jintao aient porté sur un nouveau renforcement de l’État dans des secteurs stratégiques, avec la possibilité de compétition plus orientée vers le marché dans d’autres secteurs. Que sont ces secteurs stratégiques ?

« Nous devrions résolument consolider et développer le secteur public de l’économie, permettre à la nationalisation de prendre des formes diverses, approfondir la réforme des entreprises publiques, améliorer les mécanismes pour gérer tous les types d’actifs d’état et investir plus de capital d’état dans des industries majeures, dans les champs clés qui ont trait à la ligne de sauvetage de l’économie et sont vitaux pour la sécurité nationale », a dit Hu Jintao aux membres du parti réunis jeudi.

Donc si quelques orientations imposées par la situation concrète et la crise mondiale paraissent assez claires, les moyens de les mettre en œuvre restent encore dans l’obscurité et il conviendra de suivre les décisions qui seront prises ultérieurement. Il est difficile actuellement d’aller au-delà dans l’analyse.

Danielle Bleitrach

[1La situation de la France est en train de se dégrader dans ce domaine. Quand on est confronté au choix nucléaire civil, la question réelle est celle de la sécurité qui doit être la principale préoccupation et qui est de plus en plus négligée, ce qui pose alors effectivement l’opportunité du développement de cette filière.

[2Il s’agit bien sûr de l’indice de développement humain qui tient compte du développement en matière d’éducation et de santé, auxquels il faut ajouter le faible revenu par tête d’habitant.

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