Où en est et où va la Chine ? Compte rendu du débat à thème du 09/04/2010 au Cercle Populaire Joseph Lazare

, par  Nicolas Cossange , popularité : 3%

Tel était le sujet du repas à thème de ce vendredi 9 avril au cercle populaire Joseph Lazare.
C’est devant un auditoire restreint, une vingtaine de personnes seulement, que Paul Sindic a présenté un état des lieux.

La Chine a été pendant des millénaires la puissance dominante en Asie et presque de la planète pourrait-on dire si les moyens de communication de l’époque ne l’avaient pas isolée du monde occidental.

La révolution industrielle qu’ont connue au 19ème siècle les pays européens n’a pas bénéficié à la Chine. Celle-ci est donc restée en situation d’infériorité et a été humiliée par les formes de colonialisme qu’elle a subi, de la part de la France ou de l’Angleterre d’abord, du Japon ensuite.

L’histoire de l’Empire du Milieu a marqué durablement les choses jusqu’à nos jours. Le caractère presque divin de l’empereur a donné naissance à la sacralisation du pouvoir central. Les ethnies minoritaires restent étouffées par l’ethnie majoritaire, celle des Han. Le puzzle des provinces avec ses contraintes administratives, l’héritage des lettrés qu’étaient les mandarins, en portent les traces.

Le système économique de la Chine emprunte à divers modèles : celui de l’Union Soviétique, le modèle néolibéral de Friedman, les méthodes de gestion du Japon…

Quel en est le résultat actuel ? Avec le retour des milliardaires de la diaspora, encouragés par le parti au pouvoir qui leur a garanti la paix sociale, on assiste à une économie mixte où les entreprises publiques et privés ont le même objectif : assurer une place prépondérante du pays dans l’arène commerciale internationale. Un objectif déjà largement atteint et qui se poursuit au point de menacer à terme l’hégémonie américaine dans la compétition que stipulent les lois du marché et du libre échange.

La croissance est en Chine quelque chose de considérable. Elle est due au réinvestissement d’une part importante du PIB et aux coûts de production bien inférieurs à ceux du monde occidental.

Se posent ici les questions des conditions de vie des travailleurs chinois. Il n’y a pour ainsi dire par de protection sociale, pas d’indemnité de chômage insuffisant, un système de sécurité sociale en matière de santé à peu près inexistant, un système de retraite basé sur le modèle américain des fonds de pension, pas de gratuité scolaire sauf dans l’enseignement primaire…

Dans l’ouest et le centre de la Chine 350 millions de paysans chinois cultivent des surfaces exiguës dont la moyenne est de 0,5 ha. Leur revenu, hors production familiale, est de 2 dollars par jour et par personne.

Cette région est un réservoir de main d’œuvre pour les entreprises de la côte est qui les licencient sans guère de ménagement quand la conjoncture est défavorable, ce qui s’est produit récemment avec la crise bancaire qui a perturbé les marchés financiers.

Le parti au pouvoir, parti unique, n’a de communiste que le nom, même si Le Quotidien du Peuple affiche le drapeau rouge et l’étoile. C’est une machine à gérer, efficace sans aucun doute par rapport à l’objectif qui est de faire de la Chine la première puissance mondiale mais sans souci majeur des conditions de vie du peuple. C’est un parti de 75 millions de membres qui transcende les classes et dans lequel il n’y a pas de débat idéologique même si dans les colonnes du Quotidien du Peuple on a pu relever des interrogations sur les inégalités qui se creusent entre les différentes couches de la population.

On peut voir également ici ou là des révoltes spontanées et sporadiques contre tel ou tel potentat local, souvent corrompu, le système génère la corruption, mais jamais d’organisation collective de la contestation au niveau national. La répression, on l’a vu avec les événements de Tiananmen, reste la réponse aux besoins qui s’expriment. Ceux qui protestent prennent des risques : risques d’emprisonnement ou de travail forcé. Internet est parfaitement contrôlé par les autorités et le conflit avec Google est révélateur de leur volonté de n’accorder aucune liberté dans ce domaine.

Le syndicat, unique, est inféodé organiquement au parti. Ce n’est pas un lieu où s’élaborent les revendications et où s’organise l’action pour les satisfaire.
Pour l’heure Paul Sindic ne voit pas de mouvement social susceptible de poser et de résoudre les contradictions internes.

Au plan international il envisage par contre un affrontement avec les USA peu disposés à laisser le leadership à la Chine en matière de commerce. C’est qu’au plan technologique la Chine rattrape le retard qu’elle avait accumulé et il n’est pas interdit de penser qu’autour des années 2020 elle n’aura rien à envier à ses concurrents en la matière.

Contrairement à l’Union Soviétique, les dirigeants chinois n’ont pas engagé leur pays dans la course aux armements. Ceci étant la Chine est une puissance nucléaire et à coup sûr ne laisserait pas une armée étrangère occuper la zone géographique qui est dans son voisinage.

Le court débat qui a suivi l’exposé, très documenté, de Paul Sindic a permis de le compléter. Le regard des pays en voie de développement par exemple mérite attention. La Chine se présente comme le « grand frère » et joue de la sympathie dont elle jouit auprès d’eux pour poursuivre sa conquête des ressources qui sont nécessaires à son projet de domination économique.
Pas très réjouissante pour des progressistes la situation en Chine !

Jacques Cros

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