Chokri Belaïd, le révolutionnaire permanent

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Chokri Belaïd, leader du Parti unifié des patriotes démocrates, a été assassiné par balle ce mercredi matin devant son domicile. Il était l’une des principales figures du Front populaire, coalition que son parti, bien implanté dans les structures syndicales de l’UGTT, a contribué à fonder en novembre dernier. Dans cette coalition, on retrouve l’ex-PCOT de Hamma Hamami.

Avocat, ancien opposant au régime de Ben Ali dont il a été l’un des premiers à demander le départ en décembre 2010, il était surtout l’une des figures les plus virulentes de l’opposition au gouvernement dirigé par Ennahdha. Ses camarades de combat accusent le parti islamiste d’être plus ou moins directement responsable de sa mort comme le clame son frère, rapporté dans ce « tweet » : « J’emmerde tout le mouvement Ennahda et j’accuse Rached Ghannouchi d’avoir fait assassiner mon frère ». Son père a quant à lui déclaré : « Bourguiba n’a pas tué mon fils, Ben Ali n’a pas tué mon fils, Rached Ghannouchi l’a fait ! ».

Depuis plusieurs semaines, le climat de violence politique monte et le fanatisme religieux montre son vrai visage d’intolérance fascisante. La vie démocratique des partis d’opposition est constamment perturbée par des partisans d’Ennadha. Le communiste Hamma Hammami, autre leader du Front populaire, estime que « l’assassinat a été organisé et perpétré par des spécialistes ». Il met en cause « l’indulgence coupable du gouvernement et de certains hommes politiques à l’égard des appels à la violence ». Il a aussi déclaré que « le sang de Chokri Belaïd unit les tunisiens » et appelle à une grève générale le jour des obsèques de Chocri Belaïd.

Nous publions un portrait de l’homme politique assassiné, article écrit dans African Manager.


Chokri Belaïd, secrétaire général du Mouvement des Patriotes Démocrates (MPD, Watad) et leader du Front populaire, assassiné ce mercredi 6 février 2013 par plusieurs balles alors qu’il quittait son domicile, à Tunis, est né en 1964 à Jbel Jeloud, dans la banlieue-sud de la capitale.

Il a intégré le Mouvement des Patriotes Démocrates, au début des années 1980, alors qu’il suivait des études à l’université de Tunis. Après avoir terminé ses études supérieures à Baghdad, en Irak, il rejoint le Barreau de Tunis, en 2004, pour se distinguer dans les batailles politiques et les procès d’opinion sous Ben Ali.

La Révolution tunisienne du 14 Janvier2011 a révélé au grand public ses talents de tribun, de politicien, et surtout de rassembleur d’un courant qui a vécu une hibernation et un état de désunion durant les années de plomb de Ben Ali.

Il a animé le Front du 14 janvier, rassemblement des forces politiques radicales qui a constitué le noyau de la Haute Instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution, de la Réforme Politique et de la Transition Démocratique, et a émergé au sein du Mouvement des Patriotes Démocrates pour en devenir le secrétaire général.

Le Mouvement des Patriotes Démocrates est à cheval entre le marxisme-léninisme, et le nationalisme arabe. Issu, il y a 30 ans, du mouvement "Echououla" (la flamme) constitué, au début des années 1970, de groupuscules marxistes, et épargné par la répression jusqu’à 1978, date de la publication d’un journal clandestin "Echaab Essirriah". Depuis cette date, la mouvance opère tour à tour dans la clandestinité et la semi-clandestinité dans les milieux estudiantin et syndicaux.

Cette mouvance marxiste et panarabe se distingue par l’appel à une "révolution nationale démocrate" se basant sur une analyse de la société qui repose sur la lutte des classes, opposant une classe opprimée (ouvriers, petits agriculteurs, chômeurs, fonctionnaires, artisans et "capitalistes patriotes") à une classe qui a les moyens de production et cherche à pérenniser l’ordre établi et sauvegarder les mêmes conditions de production, en référence à ce qui est appelé, dans le jargon des Patriotes Démocrates, de capitalistes parasitaires et de grands propriétaires terriens.

En matière institutionnelle, Al Watad prône un régime semi parlementaire.

Le mouvement qui a obtenu son visa légal le 12 mars 2011, a engagé un processus d’unification de ce qui est convenu d’appeler la famille des Patriotes Démocrates "Watad" constituée de petits cercles de réflexion et de cellules d’actions disséminées dans le mouvement associatif sur tout le territoire tunisien, et qui ont été très efficaces pendant la révolution. Ces efforts entamés, dès avant les élections d’octobre 2011, se sont accélérés après les résultats électoraux jugés décevants pour la Gauche et les forces démocratiques. Les "Watad" n’ont eu qu’un seul député Mongi Rahoui, issu de la circonscription de Jendouba, dans la Constituante.

La famille des Patriotes Démocrates "Watad" a raté tout de même son union globale, car la mouvance de Abderrazak Hammami, l’autre leader des "Watad" a préféré faire cavalier seul et organiser son propre congrès, les 22 et 23 décembre 2012, pour se rapprocher de Mohammad Kilani, leader du Parti socialiste et avancer à petits pas vers le nouveau pôle centriste Nidaa Tounés – El Joumhouri – El Masar ; alors que Chokri Belaïd qui a clôturé le congrès unificateur de sa formation, dès le 3 Septembre 2012, a rejoint, dès août 2012, le Front populaire de l’autre marxiste-léniniste, Hamma Hammami.


Ici en compagnie de Hamma Hammami

Le Front populaire œuvre, d’après ses dirigeants, à réaliser les objectifs de la révolution et constitue un troisième pôle concurrent à la Troïka au pouvoir (Ennahdha, Ettakattol, le CPR) et au pôle centriste qui regroupe Nidaa Tounès, El-Joumhouri, Al-Massar et peut-être prochainement le parti du travail Patriote Démocrate de Abderrazak Hammami et le Parti socialiste de Mohammad Kilani.

Chokri Belaïd est connu par ses rapports très étroits avec les syndicalistes de l’UGTT, notamment son compagnon de lutte Abid Briki, le très controversé porte-parole de l’UGTT durant la Révolution. Après son départ de la centrale syndicale à l’issue du congrès de Tabarka, en décembre 2011, Briki a été remplacé dans le même poste au sein de l’UGTT par un autre "Watad", Sami Tahri, ce qui prouve que la mouvance est fortement implantée dans le syndicat.

Le combat de Chokri Belaïd depuis son jeune âge, à l’université, au barreau, ou sur la scène politique, a illustré l’apport et le rôle de premier plan joué par la gauche tunisienne, depuis 4 décennies, dans les luttes qui ont mené à la Révolution.

Aboussaoud Hmidi, African Manager, le 06 février 2013

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