La lettre de janvier 2015 à Obama : la dernière

, par  Jacqueline Roussie , popularité : 2%

Bonjour,

Nous arrivons au "happy end" d’une longue série de lettres à Obama qui aura duré 6 ans et dont c’est la dernière.
Je vous envoie cette lettre avec quelques jours d’avance car il me sera difficile de le faire la semaine prochaine.
Les cinq Cubains ont retrouvé leurs familles respectives, nous en sommes vraiment très heureux. Goliath n’a pas pu terrasser David !
Merci à toutes et tous, qui avez eu la patience de me lire si longtemps, de m’encourager, voire de faire suivre mes lettres à votre entourage, à vos adhérents.
Merci à tous ceux qui se sont battus pour arriver à ce beau résultat, particulièrement aux associations amies de Cuba, à Annie, Françoise, Maïte, Jacques, et tant d’autres.
Merci à Martine et à Bill qui ont traduit, Martine la première année, puis Bill les années suivantes, toutes ces lettres en anglais avec beaucoup de talent et de gentillesse.
Merci à Zoe qui a patiemment corrigé mes traductions en espagnol.
Merci à Eric dont les beaux timbres ont décoré les enveloppes des lettres envoyées aux autorités US.
Merci à Joël qui par ses peintures s’est solidarisé à la cause des Cinq.
Merci surtout aux Cinq qui ont été un extraordinaire exemple pour nous tous.

Avec toute mon amitié, et mes meilleurs vœux pour 2015.

Jacqueline Roussie


Le premier janvier 2015

Monsieur le Président Obama

The White House,
1600 Pennsylvania Avenue N.W.,
Washington DC 20500 USA

Monsieur le Président,

Comme des millions de personnes attachées à la liberté, j’ai eu une immense émotion en apprenant votre décision de rendre la liberté aux trois derniers des cinq cubains si injustement emprisonnés aux USA. Ce premier pas, ainsi que le rétablissement annoncé, des relations diplomatiques de votre pays avec Cuba, devrait ouvrir une nouvelle ère de respect mutuel entre vos deux pays.

Je ne doute pas que cette décision aura ajouté une touche de bonheur au sein même de votre famille pour ces fêtes de fin d’année.

Avec cette lettre, qui est la soixante quatorzième que je vous écris, je voudrais vous parler d’un autre cas douloureux, passé sous silence, lié aux relations entre Cuba et les États-Unis, celui d’Ana Belén Montes.

Ce cas aurait quelque chose à voir avec ce "mystérieux espion cubain" que les autorités cubaines ont libéré avec Alan Gross. Vous n’avez pas encore mentionné son nom, mais selon la revue Newsweek, cet homme est vraisemblablement Rolando Sarraff Trujillo qui, alors qu’il travaillait à la direction de l’Intelligence Cubaine, était au service de la CIA.
Ce Rolando Sarraff Trujillo serait à l’origine de l’arrestation des Cinq, et aussi de celle d’Ana Belén Montes.

Cette dernière a été arrêtée le 20 septembre 2001 à l’âge de 44 ans, pour activités d’espionnage au bénéfice de Cuba. Elle a été condamnée en octobre 2002 à 25 ans de réclusion. Elle a échappé de peu à la condamnation à mort. Elle est depuis dans une cellule d’isolement de la prison du Federal Medical Center, située dans les installations de la base aéronavale Fort Worth, au Texas. Elle est sans courrier, avec pour seules visites, celles de sa proche famille. Elle ne peut avoir de relations avec aucune détenue, ni téléphoner, ni recevoir de journaux, ni même regarder la télévision ; personne ne peut s’enquérir de sa santé. Elle n’existe qu’en tant que la prisonnière FMC 25037-016.

Avant son arrestation, elle était haut cadre à la DIA (Defense Intelligence Service), et donc connaissait tout en matière de politique hostile de son pays envers Cuba.

Elle a déclaré après avoir eu connaissance de sa sentence :

« 
…
Votre honneur, je suis devant vous aujourd’hui pour une activité à laquelle je me suis livrée parce que j’ai obéi à ma conscience plutôt qu’à la loi. Je crois que la politique de notre gouvernement vis-à-vis de Cuba est cruelle et injuste, profondément agressive, et je me suis sentie moralement dans l’obligation d’aider l’île à se défendre contre nos efforts de lui imposer nos valeurs et notre système politique. Nous avons fait preuve d’intolérance et de mépris à l’égard de Cuba depuis plus de 40 ans. Nous n’avons jamais respecté le droit pour Cuba de choisir sa propre voie vers ses propres idéaux d’égalité et de justice. Je ne comprends pas pourquoi nous devons continuer à dicter aux Cubains comment ils doivent choisir leurs dirigeants, qui peuvent ou ne peuvent pas être leurs dirigeants, et quelles sont les lois appropriées pour ce pays. Pourquoi ne pouvons-nous pas laisser Cuba poursuivre son propre chemin, comme l’ont fait les États-Unis depuis plus de deux cents ans. »

« Ma manière de réagir à notre politique Cubaine a peut-être été moralement condamnable. Peut-être que le droit pour Cuba d’exister libre de toute pression politique ou économique ne justifie pas les informations secrètes que j’ai transmises pour l’aider à se défendre. Je peux seulement dire que j’ai fait ce qui me paraissait être juste pour réparer une grave injustice. »

« Mon plus grand désir est de voir des relations amicales s’établir entre les États-Unis et Cuba. J’espère que mon cas contribuera d’une certaine manière à encourager notre gouvernement à abandonner sa politique hostile envers Cuba et à collaborer avec la Havane dans un esprit de tolérance, de respect mutuel, de compréhension... »

En fait à sa façon, Ana Belén Montes obéissant à sa conscience, a été précurseur des prémices des nouvelles relations entre Cuba et les États-Unis qui s’établissent aujourd’hui.

Cette femme qui mérite tout notre respect, si elle était à son tour libérée, mettrait un point final aux arrestations douloureuses liées à des décennies de politique scandaleuse de votre pays envers Cuba.

Ana Belén Montes graciée, monsieur le Président, nous donnerait la belle image de votre gouvernement prêt à abandonner sa politique hostile envers Cuba et à collaborer avec La Havane dans un esprit de tolérance, de respect mutuel, de compréhension.

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments humanistes les plus sincères.

Jacqueline Roussie
64360 Monein (France)

PS : Je vous joins les paroles de la chanson « Ana Belén Montés » écrite par le chanteur David Rovics.

Copies envoyées à : Mesdames Michelle Obama, Nancy Pelosi, Kathryn Ruemmler et à Messieurs Joe Biden, John F. Kerry, Rand Beers, Harry Reid, Eric Holder, Denis MacDonough, Neil Eggleston, Rick Scott, et Charles Rivkin, ambassadeur des États-Unis en France.

Chanson pour Ana Belen Montes


Le juge a dit : vingt-cinq ans
Puis il a tapé avec son marteau et opiné du chef
Vous avez mal agi, vous avez trahi notre confiance
Maintenant, nous vous tenons et vous avez perdu

A présent vous passerez des décennies derrière des barreaux d’acier ;
Vous pensiez pouvoir vous jouer de nous, mais là c’est du vrai
Vous donniez des secrets à l’ennemi
Vous allez maintenant vivre en prison sur la terre de la liberté

Mais ici sous ce soleil cubain
Je voudrais juste vous remercier pour tout ce que vous avez fait
Aujourd’hui je suis déchiré
Ana Belen Montes, vous êtes un espion comme je les aime

J’ai obéi à ma conscience plutôt qu’à la loi, avez-vous dit lors de votre procès secret
Vous n’avez rien gagné pour votre travail, votre fichier déclassifié le prouve
Des plans d’assassins des États-Unis vous avez averti les Cubains
Et fait d’autres bonnes actions dont ils ne nous parleront jamais

Mais ici sous ce soleil cubain
Je voudrais juste vous remercier pour tout ce que vous avez fait
Aujourd’hui je suis déchiré
Ana Belen Montes, vous êtes un espion comme je les aime

Haut placée dans les rangs du ministère de la défense, vous avez servi le bien commun
Travaillant seule, nuit et jour, vous n’avez fait que ce vous deviez
De tous les grands que j’ai connus, il y en a peu qui soient plus grands
Qu’une femme qui obéit à une loi supérieure, et que le juge appelle traître

Mais ici sous ce soleil cubain
Je voudrais juste vous remercier pour tout ce que vous avez fait
Aujourd’hui je suis déchiré
Ana Belen Montes, vous êtes un espion comme je les aime

David Rovics

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