La tension Colombie – Venezuela dans le scénario mondial de montée des périls

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%

Après la décision du président Hugo Chavez de rompre les relations avec la Colombie à la suite des provocations du président Uribe colombien à l’OEA, le gouvernement du Venezuela a réclamé de manière urgente ce jeudi une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) à son président actuel l’équatorien Rafaél Correa pour dénoncer l’agression de Bogota. Le ministre des Affaires étrangères Vénézuélien Nicolas Maduro a déclaré « au vu de la présence de bases étrangères en territoire colombien, cette nouvelle agression dessine un scénario pour une escalade dangereuse ».

Dans le cadre de cet article, nous voudrions montrer en quoi cette nouvelle tension s’inscrit dans la configuration mondiale dessinée par Fidel Castro et sur laquelle il ne cesse d’alerter.

Deux poudrières installées par les Etats-Unis : l’Iran et la Corée du nord

Fidel Castro a souligné dans ces récentes interventions l’existence de deux lieux hautement périlleux et à partir desquels pouvait se déclencher un conflit nucléaire, il parlait de l’Iran où s’est rassemblée une armada composé de 10 navires étasuniens avec porte-avions et d’un navire israélien, bien décidée à inspecter les navires iraniens à partir du 8 août quand le temps prévu par la négociation des sanctions le permettrait. Par parenthèse retenez cette date et comparez là à celle de la passation des pouvoirs d’Uribe à Santos, et aux élections qui doivent avoir lieu en septembre au Venezuela.

L’autre lieu est la Corée du Nord. Et effectivement, l’actualité qu’il s’agisse de la rencontre entre Hillary Clinton, Robert Gates et leurs homologues sud-coréen pour établir de nouvelles sanctions contre la Corée du nord, comme de l’arrivée en Corée du Sud d’une autre armada étasunienne autour du porte-avion géant Georges Washington confirme l’analyse de Fidel Castro.

Il est frappant de constater que dans les deux cas nous avons le même scénario, les États-Unis ont un allié privilégié dans un cas Israël, dans l’autre la Corée du Sud mais aussi le Japon. Il faut noter que les États-Unis se sont employés à élargir leurs alliances en désignant un ennemi commode et vraisemblablement en multipliant les provocations jusqu’à organiser le naufrage de la corvette sud-coréenne ou à utiliser la rivalité chiite sunnite ou en exaspérant les craintes des satrapes arabes contre les peuples mobilisés autour de la Palestine.

Dans les deux cas, d’autres puissances nucléaires sont concernées, en l’occurrence, la Russie, le Pakistan et la Chine. Il est à noter que visiblement les dirigeants chinois font la même analyse, non seulement ils dénoncent les risques que font courir ces manœuvres bellicistes. Et ils sont doublement visés, si la déflagration a lieu dans le détroit d’Ormuz, c’est une grande partie de leur ressources énergétiques dont ils seront privés. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre la décision dont nous avons fait état en reprenant l’information du quotidien du peuple, à savoir la constitution d’énormes réserves pétrolières pour une centaine de jours.

Il faut également noter d’une manière cursive que toute la stratégie nord-américaine est d’utiliser son énorme puissance militaire, ses sept armées, pour tenir à la fois des alliés qui auraient tendance à s’émanciper comme le Japon ou la Turquie et pour contrôler les ressources minérales et énergétiques d’une planète où elles s’épuisent.

Les Etats-Unis détiennent trois leviers de puissance impériale :

- la puissance économique avec en particulier le dollar et le contrôle des mécanismes financiers. C’est peu dire que cette suprématie est menacée, s’il n’existe pas encore de monnaie concurrente partout se dessine la mise en place d’échanges régionaux en particulier sud-sud en monnaies locales fortes. Le fait que la Chine ait créé sa propre agence de notation est encore un signe comme le fait que le yuan soit désormais une monnaie d’échange régionale ou le rouble, en Amérique latine, il existe des prémisses avec le Sucre.

- le second levier est le système de propagande qu’ils contrôlent. 90 % des nouvelles dans le monde émanent des États-Unis et de l’Europe. Cela permet de transformer le monde en scène irréelle où l’on met en évidence et où on cache ce que l’on veut, diabolisant ceux que l’on veut détruire.

- le troisième levier est la formidable puissance militaire, à eux seuls les États-Unis possèdent plus d’armes que tous les autres pays réunis, et si l’on ajoute des alliés comme la Grande-Bretagne et la France qui détiennent la deuxième et troisième place c’est un formidable arsenal. Oui mais celui-ci est incapable de faire face à la révolte des peuples, les insurrections populaires les tiennent en échec. En outre ces formidables armées ont un besoin énorme d’énergie, de pétrole en particulier.

Pourquoi le Venezuela ?

Comme l’a souligné Fidel Castro, l’Amérique latine ne présente pas d’intérêt stratégique mondial seulement pour les États-Unis, mais cet intérêt est important puisqu’il s’agit des ressources indispensables pour mener leur guerre totale sur le reste du monde.

Et c’est en ce sens que le Venezuela est particulièrement visé parce que le gouvernement et le peuple qui détiennent ces ressources ne veulent pas les consacrer à la guerre impériale.

La Colombie et le Costa Rica sont les deux lieux essentiels à l’agression qui menace le Venezuela, un des pays ayant les plus fortes réserves en pétrole et autres richesses minérales. En effet à quelques encablures du Venezuela, le Costa Rica, un pays qui officiellement n’a pas d’armée est devenu une base avec là encore une formidable armada étasunienne en train de s’installer. Je signale pour mémoire que le Panama qui contrôle le passage vers le pacifique est en train de connaître des évènements sanglants, une révolte populaire et une répression féroce.

Mais c’est la Colombie où les États-Unis règnent en maître avec leur base qui menace le Venezuela. Le casus belli est recherché pour déclencher l’agression.

Le 30 octobre 2009, Bogota a signé un accord avec les États-Unis dans un acte encore tenu privé dans lequel il a offert sept bases militaires en territoire colombien « renouvelables » durant dix ans, qui sont censés combattre le narco-trafic dans la région. La base aérienne de Palanquero dans le centre de la Colombie permettra d’installer l’armée américaine qui y jouira de toutes facilités et d’une immunité totale, y compris pour mener des actions au Venezuela. Il faudrait encore souligner ce que représente le trafic de drogue pour les États-Unis. Comme le soulignait récemment Ali Rodriguez le ministre vénézuélien de l’énergie, pour qu’il y ait drogue, il faut un marché et le marché de la demande se situe bien aux États-unis et en Europe. Partout où va l’armée américaine, la drogue se développe, c’est le cas avec la base de Manta au Kirghistan qui est devenu le centre préoccupant de tous les trafics et de ce qui est désormais le pire des fléaux pour la Russie, pour l’Iran mais aussi contre lequel lutte la Chine.

Il n’y a pas de hasard, les marionnettes installées par les États-Unis sont toujours liées au trafic de drogue, c’est vrai en Asie centrale, ça l’est autant en Colombie et en Amérique latine. Partout une oligarchie compradore, c’est-à-dire qui livre le pays aux États-Unis pour conserver son pouvoir sur un peuple réduit en esclavage dans les campagnes, a la même vocation au trafic et entretient une armée de mercenaires très liée à ce trafic et totalement imbriquée dans l’armée régulière, elle-même soumise au États-unis. Uribe, le président encore pour quelques semaines en place en Colombie est bien connu pour ses liens étroits avec ce milieu, c’est un provocateur qui n’a pas craint de violer l’espace de Équateur (le futur président Santos étant le maître d’œuvre de l’opération).

Donc c’est dans un tel contexte, qui est à la fois celui de l’urgence pour les États-Unis si l’opération totale qu’ils préparent et que dénonce Fidel Castro est déjà programmée, comme il le dit, sur les ordinateurs du Pentagone, et dans celui plus particulier de l’Amérique latine où tous les coups sont dirigés vers le Venezuela, qu’il faut apprécier les tensions.

Il est à noter que le Venezuela comme à sa manière la Chine ont choisi de réclamer une réponse régionale à cette tentative préoccupante d’allumer partout le feu nucléaire et la guerre totale.

Je n’ai pas parlé de l’Europe. Nous sommes aux premières loges, totalement liés à cette stratégie pleine de périls, ne serait-ce que parce que nous sommes complètement intégrés aux États-Unis par le biais de l’OTAN et que l’Europe n’a plus de politique étrangère différente de celle des États-unis, même si la Russie tente de la solliciter pour qu’elle se différencie.

La Russie elle-même qui est menacée par les installations de missiles en Pologne autant que par l’agitation entretenue par les occidentaux dans le Caucase et par les effets de l’intervention en Afghanistan tente elle aussi de dégager une stratégie mais elle est elle-même prise dans ses propres contradictions face à une population qui se rebelle et dans laquelle les communistes qui poussent à une politique indépendante se renforcent.

Danielle Bleitrach

Voir en ligne : Article d’origine sur le blog de danielle

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