Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme

Algérie : dissensions au sein du régime Ce sont les masses populaires qui peuvent sauver le pays de la catastrophe et des plans impérialistes

, par  William Sportisse , popularité : 2%

Des querelles se sont exprimées avec rage au sein des hautes sphères de décision du pays depuis que le premier responsable du FLN, notoirement classé dans la catégorie des gangsters d’État par son implication dans le détournement de 32 milliards de dinars, s’est publiquement attaqué aux chefs des services de sécurité. Les critiques portées au rôle de ces derniers dans le verrouillage de la vie politique n’apprennent rien au peuple et à ses forces démocratiques et progressistes. Leur rôle dans les pratiques anti-démocratiques du régime tout entier, et non d’un seul de ses segments, est de notoriété publique.

Les travailleurs savent par exemple que les responsables du syndicat du pouvoir, l’UGTA, depuis l’Union communale jusqu’à son sommet, ne peuvent être désignés à ces fonctions sans l’aval des services de sécurité pour quadriller, surveiller, brimer, étouffer le mouvement ouvrier, l’empêcher de se constituer en mouvement de classe indépendant qui lutte pour l’abolition du capitalisme, l’instauration d’un pouvoir socialiste révolutionnaire authentique. Ce diktat a été imposé officiellement au début des années 1980 lorsque l’aile réactionnaire du régime a pris le contrôle du pouvoir et institué le fameux article 120 qui interdisait aux non-membres du FLN d’être élus dans une organisation de masse. Cet article avait donné le signal à une vaste chasse aux sorcières dans le syndicat UGTA, l’Union nationale de la Jeunesse, et l’Union des Femmes, pour évincer par la force les éléments démocratiquement élus et étiquetés comme "pagsistes", pendant que le régime et ses appareils sécuritaires encourageaient les intégristes à occuper les mosquées et les campus universitaires.

Après l’explosion d’octobre 1988 et l’abolition du régime du parti unique, le procédé est devenu plus subtile. Il s’est maintenu par d’autres voies, notamment par la création et l’infiltration d’une multitude de partis ou d’organisations syndicales pseudo autonomes. Le régime s’est efforcé d’utiliser ces organisations pour canaliser l’expression du mécontentement vers des voies corporatistes et des solutions inoffensives, qui ne remettent pas en cause l’orientation ouvertement prise vers le capitalisme sous l’emblème trompeur des "réformes". Malgré les secousses violentes que le pays a connues ces 25 dernières années, le régime a réussi à consolider ses positions vis-à-vis des masses populaires. Ce régime exprime les intérêts communs de toutes les fractions de la bourgeoisie, nouvelle ou ancienne, issue des appareils d’État ou d’"en bas" grâce à la spéculation sur les prix et l’exploitation des travailleurs, moderniste ou religieuse, industrielle ou commerciale, groupes pro-français ou pro-américains, etc. Les appareils d’État, civils ou militaires, portent tous désormais l’empreinte profonde de ces nouvelles réalités de classe.

Cela n’empêche pas l’explosion sur la place publique de dissensions, soit à travers la révélation de grosses affaires de corruption qui ont touché l’entourage du Chef de l’État, soit à travers cette attaque du secrétaire-général du FLN et les répliques que lui ont données des personnalités civiles ou militaires ainsi que de nombreux éditorialistes par le biais des médias privés. Personne ne prendra au sérieux l’appel de ce dernier à mettre fin à l’emprise du DRS pour favoriser l’émergence d’un "État civil". Cet appel démagogique couvre simplement la tentative d’une fraction du régime d’instaurer sa dictature aux dépens des autres, d’en finir avec les solutions "consensuelles" qui ont profité jusqu’à ces dernières années à l’ensemble des couches privilégiées exploiteuses et affairistes et de leur représentants dans les diverses instances de l’État.

Les travailleurs, les jeunes issus des couches sociales du peuple n’ont pas à choisir entre l’une ou l’autre des multiples fractions qui se disputent l’hégémonie dans l’exercice du pouvoir, en particulier le contrôle du robinet des recettes pétrolières, et qui peuvent momentanément "calmer le jeu" entre elles.

Ce que notre parti avait écrit en septembre 2013 dans son organe "Le Lien" reste d’actualité :

"Des luttes à couteaux tirés opposent différents groupes du pouvoir à la veille de la prochaine élection présidentielle. La maladie et l’impotence du chef de l’État ont intensifié les intrigues sans principes.
( …)
Les luttes au sein des appareils d’État ne changent pas la nature sociale fondamentale du régime.

Mais le fait nouveau est que les arbitrages traditionnellement effectués dans la tranquillité au sein des cercles fermés du régime à la veille d’échéances politique importantes semblent de moins en moins possibles. Car les différents clans bourgeois-mafieux en lutte les uns contre les autres disposent tous de réseaux d’influence à l’intérieur du pays, journaux, partis, police, armée, justice, administration. Ces réseaux se sont solidement tissés autour d’affaires lucratives montées à la faveur de la libération de l’économie et du passage déclaré au capitalisme. Ils ont aussi des appuis importants à l’extérieur, en raison des liens qu’ils ont établis avec les États impérialistes et les monarchies du Golfe ces dernières décennies. Ils se neutralisent réciproquement. Les uns ne peuvent vaincre les autres en comptant uniquement sur leurs leviers d’action étatiques militaires et sécuritaires. Aussi les conflits internes ont-ils tendance à déborder des champs opaques et fermés, jusque-là maîtrisés de façon "consensuelle" par les fameux cercles de "décideurs".

Ces conflits sont dans leur nature secondaires par rapport à la contradiction de classe qui oppose objectivement la grande masse du peuple, ouvriers, travailleurs salariés des services et de la fonction publique, fellah, cadres honnêtes, intellectuels dévoués aux intérêts des masses laborieuses, couches sociales intermédiaires vivant du fruit de leur travail, à une minorité bourgeoise et à l’impérialisme."

L’exacerbation des luttes et querelles internes tend à mettre gravement en danger la sécurité du pays. Elle se produit au moment où diverses stratégies sont mises en action selon divers scénarios par les États impérialistes pour s’emparer des richesses du pays. Des appels du pied sont lancés par les diverses fractions du régime à tel ou tel de leurs appuis extérieurs en France, aux USA et dans les pays du Golfe pour faire pencher la balance de leur côté. Les États impérialistes attisent de leur côté les dissensions, jouent sur le mécontentement interne, pour arracher à l’une ou l’autre de ces fractions le maximum de concessions qui devraient un jour ou l’autre se traduire par leur domination totale sur le pays ou tout simplement par la prise en main directe du Sahara pétrolier.

Des rumeurs, fondées ou non, font état de "restructurations" au sein de l’armée qui conduisent objectivement à affaiblir dangereusement ses capacités de coordination face à l’encerclement de l’Algérie effectué après l’intervention impérialiste en Libye et au Mali sans compter le contrôle exercé depuis longtemps par l’impérialisme français sur le Niger.

Face à ces dangers, c’est aux travailleurs, aux forces populaires anti-impérialistes qu’il revient de jouer un rôle de premier plan pour déjouer les plans d’ingérence et de leurs collaborateurs internes.

Les diverses couches de la bourgeoisie, les partisans du capitalisme ont conduit le pays vers l’abîme. Des régions entières du pays, notamment celles du sud, ne connaissent que chômage et désolation. Les capitalistes ne vont que dans les grandes villes, là où le taux de profit est le plus élevé. Cette situation est le fruit pourri de l’abandon d’une politique non-capitaliste de développement, de casse des entreprises publiques qui commençaient à assurer l’équilibre régional. Les dangers qui pèsent sur l’unité territoriale du pays sont la conséquence des choix anti-nationaux. Les premières mesures ont été prises dans cette voie dès les années 1980 et ont été aggravées par les "réformes" des années 1990. Les diverses couches de la bourgeoisie ne défendent pas et ne peuvent défendre les intérêts généraux du pays, étant donné leurs intérêts de classe. Elle cherchent l’arrangement qui protège le mieux leurs intérêts de classe mesquins avec les puissances impérialistes.

Leurs représentants politiques dans l’État empêchent les masses populaires de s’organiser et de se mobiliser. Ils ont verrouillé la vie politique derrière une démocratie de façade. La lutte pour mettre en échec ces dangers est inséparable de la lutte pour arracher les libertés d’organisation, de réunion et d’expression. Elle est indissociable de la lutte contre la capitalisme.

La défense de l’unité territoriale du pays n’est pas seulement une affaire de renforcement de l’action des services de sécurité ou de l’unité de l’armée. Elle est étroitement liée à la relance d’une politique de développement avec la réhabilitation du secteur industriel et agricole public, seul instrument capable de réaliser une politique d’équilibre régional. Elle est liée au contrôle par un État démocratique populaire du commerce extérieur pour mettre fin à la dangereuse hémorragie des devises. Elle est liée à la lutte contre la corruption et les injustices sous l’égide d’un régime démocratique révolutionnaire des travailleurs et des masses populaires. Elle exige le renforcement des liens de solidarité avec les peuples et les travailleurs de la région et du monde pour contrer les ingérences impérialistes. C’est un tel régime qui peut créer une unité sans faille entre le peuple et l’armée, mettre fin à la tendance à laquelle poussent les couches sociales privilégiées pour transformer l’armée en une machine anti-populaire.

Les communistes appellent les travailleurs et les masses populaires à la plus grande vigilance pour ne pas servir de chair à canon au service de telle ou telle fraction du régime. Il les appelle à renforcer leur action organisée et unie dans leurs batailles de tous les jours.

A quelque semaines de l’élection présidentielle du 17 avril prochain, chacun sait que le verrouillage méthodique de la vie politique ne laisse actuellement aucune chance aux représentants des travailleurs de mener la bataille pour porter à la tête de l’État leurs forces représentatives. Il est impossible, si l’on ne s’inscrit pas dans les plans du régime, de tenir un meeting non avalisé par son administration, de créer un parti, de se réunir dans une salle, d’intervenir à la télévision d’État, de faire légaliser par un officier d’État-civil les signatures requises pour une candidature à l’élection présidentielle, etc.

Il n’y a pas d’autres solutions pour sortir de cette impasse, pour casser les blocages sans accumuler patiemment les forces nécessaires à un changement radical dans l’intérêt des travailleurs. Cela exige l’intensification et l’organisation des luttes sur tous les plans pour la défense des revendications des travailleurs et des jeunes : salaire et pouvoir d’achat, emploi productif et logement, droit de réunion et d’organisation à arracher sur le terrain, etc.

Le PADS rejette les faux clivages qui font le jeu des forces bourgeoises et impérialistes

La lutte unie doit rassembler tous ceux, civils ou militaires, et quelle que soit leur origine, arabe, mozabite, kabyle ou touareg, qui s’opposent aux forces qui sont en train de bâtir leurs richesses sur l’exploitation des travailleurs, l’affairisme et le pillage des biens de la nation. La vrai problème n’est pas la "primauté du civil sur le militaire" ou inversement. C’est celui de la primauté des intérêts des travailleurs et du pays sur ceux de la bourgeoisie et de l’impérialisme. Le régionalisme, que le développement non-capitaliste des années 1970 commençait à faire reculer, est nourri par tous ceux qui veulent diviser les travailleurs. La vraie ligne de clivage est celle qui oppose à cette minorité, alliée des États impérialistes, l’immense majorité du peuple laborieux qui ne possède que ses capacités manuelles ou intellectuelles pour vivre.

Que le chef de l’État se soit engagé pour un 4ème mandat, malgré son impotence, ne doit pas être considéré comme la question la plus importante par les masses populaires.

Les luttes à mener ne doivent pas conduire à faire le jeu de tel ou tel autre courant d’intrigants opposés à ce nouveau mandat. Engager les forces combatives du pays dans cette voie serait semer des illusions sur les objectifs de ceux qui prétendent être l’alternative alors que leur programme, quand ils en ont, est de maintenir le système économique et social actuel, affairiste et exploiteur, sous la direction de nouvelles figures.

L’objectif pour les forces populaires doit être de travailler à créer les conditions dans les luttes, sous toutes les formes, pour faire émerger un mouvement de masse et des forces dirigeantes capables de balayer le régime dans son ensemble en tant que régime des trafiquants et des exploiteurs des travailleurs, de le remplacer par un régime au service des classes laborieuses du pays.

Le Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, parti des communistes, appelle les éléments les plus conscients et les plus combatifs de la classe ouvrière, de la jeunesse, de la paysannerie pauvre, à le rejoindre pour renforcer son action et son influence afin de rassembler dans l’action les forces capables de mettre en échec les plans impérialistes et d’aller vers une société socialiste où les moyens de production qui seront propriété sociale et contrôlés démocratiquement par les travailleurs, seront mis au service des véritables créateurs de richesses du pays.

Il les appelle à se méfier de ceux que le régime met en avant à travers les médias publics ou privés, pour les tromper en les faisant passer pour les défenseurs de leurs intérêts.

PADS

27 février 2014

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