Entre la fête et la campagne Interrogations sur l’attitude des communistes pour les campagnes à venir

, par  Le Fraternel , popularité : 2%

1. Un débat à la fête

Samedi dernier, s’est tenu, à la fête de l’Humanité, un débat sur le stand du Pas-de-Calais, organisé par le réseau « Faire vivre et renforcer le PCF », sur le thème « Euro, inégalités, guerre et misère... L’urgence, c’est de sortir du capitalisme ! Ensemble construisons le projet et le parti nécessaires à ce combat ! ».

Introduit par H. Poly, puis présidé par M.-C. Burricand, le débat a été, en fait, une succession d’interventions qui ne m’ont pas beaucoup éclairé sur la façon d’appréhender les élections présidentielles et, en particulier, la campagne de Mélenchon et du Front de gauche. Aucun des intervenants n’a semblé l’apprécier, sur le plan politique au minimum mais, surtout, comme un des derniers intervenants l’a rappelé, il y a à son sujet autant de lignes que d’intervenants. Autrement dit, les uns vont boycotter sa campagne ; d’autres vont faire une campagne communiste ; certains encore acceptent le front unique, malgré les désaccords qu’ils expriment sur le contenu du Front de gauche ainsi que sur sa forme et les dangers que tous perçoivent quant à l’avenir du PCF.

Je suis donc sorti un peu déçu de ce débat et de la dispersion des points de vue qui s’y est manifestée. L’activité récente du réseau, ses prises de positions n’ont pas du tout été évoquées, alors que nous aurions pu parler de la manière d’avancer des propositions et de définir une ligne stratégique au regard de l’expérience acquise pendant la dernière période. M.-C. Burricand a tout de même évoqué l’alliance nouée entre le réseau et « les économistes » du PCF qui, malgré les désaccords qui s’expriment, mérite d’être travaillée ; je la rejoins sur ce point, tout en notant que l’approfondissement de la crise actuelle transforme petit à petit les propositions très pures et très abstraites d’une autre BCE, de la commission économique du PCF, en des vœux pieux de plus en plus vains. La question de la sortie de l’euro et de l’UE a été très évoquée ; H. Poly a néanmoins eu soin de préciser que la seule boussole qui devait guider notre action demeure l’intérêt des couches populaires et que la sortie du cadre européiste peut, aussi, se transformer en cauchemar pour les travailleurs. Pour ma part, je mesure la difficulté de la tâche d’une sortie de l’euro par la gauche, mais J. Nikonoff, par exemple, en a tracé, à grands traits les étapes essentielles dans de récentes publications ; et je ne reprends pas à mon compte les arguments de la direction de la CGT ni du PCF consistant à nous faire avaler que l’euro, tout compte fait, serait l’allié des travailleurs.

2. La campagne à venir

J’ai été dégouté par la désignation de Mélenchon comme candidat et, surtout, par la façon dont il l’a été, à la fois traduction de la capitulation de mon parti, le PCF, mais aussi de l’autoritarisme par lequel la direction du PCF a imposé cette mise à genoux.

Pour autant, j’ai de plus en plus de mal à m’imaginer l’arme au pied pendant le combat qui s’annonce face à la bourgeoise et à son président de candidat, face au PS qui s’y soumet, face à l’extrême-droite qui n’attend que le désespoir soit suffisamment répandu pour s’emparer du pouvoir.

Mais je ne veux pas, néanmoins, me retrouver côte à côte avec les membres de mon parti qui, alliés à sa direction, travaillent, via la candidature de Mélenchon, d’une part à effacer et diluer le PCF, d’autre part à combattre son opposition interne (tout en préservant l’opposant de service, bien utile à chaque fois que Laurent ou Buffet en ont besoin, à savoir le secrétaire de la section du 15e). Je suis en effet, dans ma section, entouré de légitimistes, voire de refondateurs revendiqués. Le PCF, pour la majorité d’entre eux, est fini, ou alors doit absolument fuir son histoire pour trouver une issue « de gauche » et retrouver une place dans le paysage politique français. Je ne développe pas plus, chacun connaissant ce qu’il en est.

Me voilà donc confronté à une contradiction de taille : respecter la pseudo-décision majoritaire et combattre nos adversaires communs, tout en ne soutenant pas, pendant cette campagne, le candidat à l’égo surdimensionné du Front de gauche (même si, bien sûr, je mettrai son bulletin de vote dans l’urne, faute de mieux). Autrement dit, il faut que je parvienne à ne pas me couper de ma section (ce qui est pourtant déjà quasiment le cas), tout en faisant entendre une voix critique et en ayant, de surcroît, un matériel qui convienne à ma démarche. C’est clairement la question de la dialectique dans la pratique politique qui est donc posée. Elle est d’autant plus difficile à résoudre qu’en plus des questions politiques, la difficulté des rapports humains se pose à son tour (faut-il préciser que, tout communistes qu’ils se revendiquent, certains se comportent comme de véritables salauds contre leurs contradicteurs, et d’autant plus qu’ils ont des responsabilités et que ceux qui osent la ramener n’en ont pas ou plus, ce qui est mon cas).

Je souhaiterais donc, dans la mesure du possible, saisir l’occasion des élections à venir pour faire avancer les idées communistes qui sont les miennes, sans pour autant sombrer, comme nombre de mes « camarades », dans une béatitude confinant à la bêtise et à la soumission devant la direction du PCF et son candidat. Or ceci suppose un cadre collectif, local ou en réseau, et c’est précisément le rôle que j’aurais voulu voir jouer par le réseau évoqué plus haut. Malheureusement, que ce soit dans ma section et sa composition idéologique, ou dans le réseau et sa difficulté à produire un mot d’ordre permettant à ses sympathisants de s’y retrouver (ce qui, in fine, pourrait constituer un socle faisant de la ligne défendue par ce réseau un discours et une stratégie candidates à la prise du pouvoir au sein même du PCF), je suis en difficulté pour mener à bien cette ambition qui est la mienne. Le risque est simple : soit finir par renoncer, et mener, banalement dirais-je, la campagne présidentielle et personnelle pour Mélenchon ; soit renoncer à toute campagne, et rester chez moi plutôt que de faire quoi que ce soit. Depuis quelques mois, c’est plutôt sur cette dernière pente que je me situe, par lassitude, par conflit avec ma direction de section, mais aussi en raison de l’absence de perspective alternative, en particulier au sein du PCF.

Les mois qui viennent me permettront-ils de sortir de cette mise en retrait volontaire, mais indispensable étant données les conditions dans lesquelles j’évolue en tant que militant ? J’aimerais y croire...

Jonathan, Paris 19ème

Mardi 20 septembre 2011

Source : son blog

PS : Quant à la primaire du PS, elle n’est que la traduction de l’évolution présidentialiste de ce parti en voie avancée de décomposition idéologique, et évidemment, je n’y participerai pas. Le taux de participation, s’il est élevé, serait analysé par les dirigeants socialistes comme un succès pour ce mode de désignation qui dépossède les militants de leurs prérogatives et ouvrirait la voie à une américanisation encore plus poussée du système politique français.

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