Revue Unir les commnistes nr 3

« l’euro, c’est le truc qui nous a fait le plus de mal » Deniz (Bonduelle) :

, par  Deniz Yagmur , popularité : 4%

Nous poursuivons la mise en ligne des entretiens du nr 3 de la revue Unir les Communistes dans le cadre de l’enquête "la parole au monde dutravail".

Deniz a 42 ans. Elle a deux enfants et travaille chez Bonduelle. Syndiquée CGT, elle est déléguée du personnel et habite Vénissieux. Elle préfère garder l’anonymat. Un témoignage plein de combativité mais aussi de questions pour les communistes !

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Depuis quand travailles-tu à Bonduelle ?

J’ai commencé en 2002 en intérim comme coupeuse. Il m’a fallu 18 mois pour obtenir un CDI.
Ce CDI était absolument nécessaire pour ma famille, car il conditionnait la venue de mon mari depuis la Turquie en France dans le cadre du regroupement familial.
Je suis d’origine turque mais j’ai la nationalité française et je suis inscrite sur les listes électorales.

Est-ce que tu peux me décrire un peu ton entreprise et ton travail ?

Bonduelle a trois usines en France et d’autres à l’étranger.
Les conditions de travail sont difficiles : les gestes sont très répétitifs, il faut travailler dans le froid et l’humidité jusqu’à ne plus sentir ses mains et ses pieds, en deux ou trois huit selon la saison. Avec les machines à couper, les pièces tranchantes et lourdes difficiles à déplacer et nettoyer, l’accident n’est jamais loin.

Depuis 7 ans, une nouvelle direction « dure » a été mise en place, décidée à réduire le personnel qui est passé de 300 à 150 personnes. Cet objectif à entraîné l’aggravation des conditions de travail déjà difficiles : augmentation des cadences, fusion des lignes donc augmentation des gestes de travail... La polyvalence est le prétexte pour faire travailler plus et plus vite et ne pas reconnaître les compétences et les responsabilités, notamment celles des chefs d’équipe, poste que j’ai longtemps occupé.

Quand t’es-tu engagée plus précisément à la CGT ?

C’est d’abord au travers des conditions et de la reconnaissance du travail que s’est forgé mon engagement dans une entreprise où le seul syndicat existant était la CGT.

Je me suis confrontée directement à la direction lorsque j’ai eu mon accident du travail.
Je suis tombée parce qu’il manquait une grille au sol. J’ai eu un arrêt de travail d’un an et le médecin du travail m’a interdit de couper. Il me fallait un poste adapté. Durant toute cette période, j’ai fait l’objet de pressions fortes de la direction pour me convaincre que je n’avais plus ma place à l’usine. Au final, ils voulaient me licencier sous prétexte qu’il n’y avait pas de possibilités de poste adapté. La CGT s’est battue avec moi pour obliger la direction à me proposer un poste adapté.

Comment es-tu devenue déléguée syndicale et comment apprécies tu la bataille syndicale dans ton entreprise ?

C’est la précédente déléguée qui m’a proposée et mes collègues étaient d’accord. Aujourd’hui, je suis élue au Comité d’entreprise. Avec la CGT, nous avons battu les candidats choisis par la direction au Comité d’Entreprise et au CHSCT. Nous sommes une vingtaine de syndiqués, très unis et nous avons la confiance des salariés. Sur les conditions de travail, on ne laisse rien passer ! Dès qu’on intervient, les chefs de poste relâchent la pression. Nous avons organisé un droit de retrait par rapport à une nouvelle machine impossible à utiliser parce que trop dangereuse et nous avons obtenu la désignation d’un expert extérieur à l’entreprise pour évaluer les conditions de travail. Avec la CGT, nous nous sentons plus forts dans l’entreprise.

Quelles sont les difficultés et les obstacles à l’unité des salariés ?

Le durcissement de la direction a facilité la prise de conscience mais aussi l’isolement et la peur. Dans mon usine de Genas, il y a beaucoup de salariés étrangers ou d’origine étrangère mais cela n’est pas vraiment source de division. Par contre, lorsque des salariés ne parlent pas le français, c’est compliqué.

La division, c’est surtout la direction qui l’entretient, en essayant de dresser les salariés contre leurs représentants, il faut être attentif.

Et la politique dans tout cela ?

Dans la boîte cela parle boulot, pas politique. Les salariés ne sont pas assez informés de la situation générale. Je suis d’accord avec toi quand tu dis que le monde du travail a besoin d’une force politique qui soit la sienne. Aujourd’hui, c’est tout bénef pour le patron. Je serai prête à me battre pour une force de ce type.

Le PCF, comment le vois-tu ?

Finalement, je ne connais pas trop le PCF. J’aime Vénissieux parce que c’est un mélange de tous, même si cela n’est pas toujours facile. Les communistes et la mairie m’ont aidée pour résoudre les problèmes de squatt et de trafic qui rendaient la vie de mon allée impossible.
Les jeunes qui font des conneries, cela me fait mal au cœur. Il faut un plus gros effort pour les jeunes, la réinsertion. La solution passe par le travail et l’éducation...

Aux élections municipales, j’ai voté pour la liste conduite par Michèle Picard. C’était les plus sérieux et ils ont un bon bilan mais je ne suis pas convaincue à 100 %. Il ne faut pas qu’ils s’endorment sur leurs acquis. Il y a besoin de choses nouvelles dans la ville et les élus doivent être encore plus proches des habitants.

Comment vois tu la situation politique nationale et l’Union européenne ?

Je ne suis pas passionnée par l’Union européenne. De toutes façons, c’est le même système partout, c’est l’ouvrier qui fait les frais de la mise en concurrence, les riches sont tranquilles.
Ce sont ceux qui travaillent qui paient pour les riches et les pauvres, pourquoi les riches ne seraient pas taxés ?

L’euro, c’est le truc qui nous a fait le plus de mal, c’est plus difficile de vivre depuis l’euro. Il faut s’en débarrasser.

On revient en arrière. Ce gouvernement remet tout en cause. Il touche aux allocations familiales, c’est la première fois que la famille est touchée. C’est sûr qu’il faudrait changer de système.

Avec la CGT, je me sens plus forte par rapport aux difficultés de la vie, moins isolée. Je commence à m’intéresser à la politique mais je ne suis pas encore prête à m’engager.

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