Convergence des luttes...

UNILEVER frappé au coeur de sa logistique...

, par  Gilbert Remond , popularité : 3%

Le 28 juin les travailleurs de FRALIB appelaient à une "convergence des luttes" pour fêter leur 1000ème jour de bagarre avec la multinationale UNILEVER pour le maintien de l’emploi au pays et l’appropriation de leur outil de travail. Des délégations de nombreuses entreprises entrées elles aussi en résistance contre la volonté des hommes du capital qui cherche à fermer tout ou partie de leurs établissements pour satisfaire leurs exigences de profit, étaient présentes à cette journée. Parmi elles, nous pouvions distinguer des salariés d’ARCELOR, de la FILPA, de Danone, de SANOFI, de Ford, de KEM one, d’Air France, de Bonduelle, de Kronembourg, de Yoplait etc.....

L’initiative s’inscrivait donc dans une demande de coordination qui avait déjà été fortement exprimée a l’occasion du dernier congrès de la CGT pour que les luttes puissent s’établir avec cohérence, combativité, qu’elles soient rassemblées, c’est-à-dire qu’elles permettent l’unité des salariés qui doivent pouvoir se retrouver dans leur diversité pour défendre avec efficacité les emplois et le potentiel industriel national. Cet appel se voulait conforme aux traditions de la CGT, de combat pour la libération de tous les travailleurs.

A l’issue de la journée ces salariés et leurs syndicats d’entreprises appelaient donc à élever les luttes et à coordonner les résistances, à les mener avec détermination, pour ouvrir des perspectives sociales, politiques et démocratiques transformatrices. Conscients que ce processus devra engager des mobilisations massives, ils reprenaient à leur compte une déclaration de Karl Marx en l’adaptant aux circonstances du pays, dans ces temps d’aujourd’hui, qui ont transformé toute la donne politique en bras exécutif du capital et où droite et gauche se succèdent au pouvoir sans que rien ne change. Conscients donc qu’il n’avaient plus rien à attendre de tous ces agents et de leurs bons offices, ils reprenaient ensemble, à partir de l’énoncé de Marx, ce mot d’ordre acclimaté aux nouveaux temps d’orage qui se déversent sur le peuple et la classe ouvrière, "la satisfaction des revendications des travailleurs et leur émancipation seront l’œuvre des travailleurs eux-même".

C’est en conformité avec ce serment et parce que comme l’expliquait Olivier Leberquier, les travailleurs de FRALIB refusent de livrer la clef de leur entreprise et de se rendre comme les bourgeois de Calais la corde au cou, qu’ils décidaient en coordination avec la fédération de l’agro-alimentaire et donc de délégations venues de toute la France, de reprendre l’offensive en portant leurs revendications avec force et détermination, là où UNILEVER ne les attendait pas et où il doit comprendre qu’il peut avoir gros à perdre s’il persiste dans son refus de reconnaitre à ceux qu’il a durement agressé, la sécurité d’un travail régulièrement rémunéré, qui dans les conditions du projet de scoop, passe par le retour de la marque Thé Éléphant en Provence et l’assurance de volumes de production accordés pour reprendre l’activité.

Il s’agissait aussi de rappeler au président de la République ses promesses de campagne. Celles qu’il avait fait en cette époque où tout peut être dit pour assurer le plein dans l’urne de voix ouvrières et dont les spectres longtemps après, deviennent la hantise des cabinets ministériels peu enclins à leur accorder le crédit promis hier, et dont le seul souci qui vaille est de tout faire pour les effacer. Le rappeler à l’ordre pour qu’il assume ses responsabilités dans la mise en œuvre du projet qu’en son temps il approuvait, comme le prouve la photo témoin imprimée sur l’une des banderoles tendues où l’on voit le président tout sourire présenter aux photographes qui l’accompagnaient pour sa communication, le tee-shirt devenu célèbre "UNILEVER tue l’emploi". Pour qu’il les honore et les concrétise, comme les travailleurs de Gemenos le lui avaient déjà demandé en septembre. Rappelons qu’un an après le 6 mai, les salariés de l’entreprise qui ont choisi de défendre leur emploi ne sont toujours pas réembauchés et ce, malgré des décisions judiciaires favorables, qu’ils sont depuis fin mars sans ressources, puisque UNILEVER malgré l’arrêt du 28 février 2013 prononcé par la cour d’arrêt d’Aix en Provence qui conclue à la nullité des licenciements, a décidé leur maintien.

Le rendez-vous donné à trois heures du matin en un point donné des environs de Dijon permettait à chacun d’arriver au gré de ses convoyages et des itinéraires que la distance lui imposait. Une fois tout le monde rassemblé et le plan d’action exposé, un convoi d’une vingtaine de véhicules de tous gabarits se dirigeait vers un lieu resté secret jusqu’à la dernière minute, qui s’avérera être la plateforme "FM Logistique" de Fauverney d’où arrivent pour leur redistribution en France les produits UNILEVER, en particulier les thés conditionnés en Pologne et en Belgique qui jusque là l’étaient à Gemenos.

A quatre heure et demi, deux rangées de ces véhicules étaient garées en épi de part et d’autre d’une allée dont les grilles d’accès étaient fermées d’une chaine pendant qu’une demi douzaine de véhicules utilitaires chargés de gravier ou du matériel nécessaire à l’opération, formaient un front qui protégeait le total et rendait impossible le passage aux poids lourds venant de l’extérieur. Une centaine de manifestants revêtus des tee-shirts UNILEVER, ou pas, prenaient position dans le dispositif en déployant drapeaux et banderoles pour accueillir tantôt les salariés venus prendre leur poste de travail et leur expliquer les raison de leur présence, les buts de l’action, tantôt les poids lourd pour leur interdire l’entrée ou la sortie, tout en leur donnant les mêmes explications.

En effet, assistés de la secrétaire de l’UD CGT de la Côte d’Or et de syndiqués de la fédération de l’agro-alimentaire locale, les militants présents ont pu accueillir les salariés de l’entreprise et leur donner les explications sur la raison de leur présence sur le site ainsi que sur la véritable raison sociale de leur entreprise, de sa place dans le dispositif de distribution d’UNILEVER dont ils découvraient les liens qui l’unissaient a lui. La plupart ignoraient aussi l’existence et la situation des FRALIB. Ceux-ci pouvaient ainsi mesurer le travail d’information qui reste à faire et par là dans quelle réalité se débattent le plus grand nombre qui reste maintenu dans l’ignorance des enjeux qui cependant les concernent, voir subissent le chantage et la contrainte.

Travailler, travailler à n’importe quel prix, à n’importe quelle condition et se taire, ne rien savoir, ne rien comprendre, ne rien maitriser, voilà ce qu’exigent de leur salariés les nouveaux managers de l’industrie restructurée et modernisée qui, à l’instar du patron de cet établissement et de son contremaitre ne supportent pas que des syndicats puissent se mêler a leurs activités, dépêchant gendarmes et huissiers pour préserver leur conception du droit au travail. Les plaques hors département des véhicules révélaient les nombreux kilomètres que certains doivent faire pour venir travailler dans ces conditions peu engageantes, qu’il doivent cependant accepter pour vivre, mais aussi la dimension de plaque tournante de l’emplacement, qui se trouve en effet au carrefour de plusieurs autoroutes et donc de plusieurs directions, rappelant par là les antécédents constitutifs de l’agglomération dijonnaise qui développait son habitat et ses activités au moyen âge, sur le point de convergence des grande liaisons avec l’Est, le Centre, l’Ouest et le Sud méditerranéen. D’une manière plus proche, cette situation rappelle aussi que Dijon fut pour ces raisons il n’y a pas si longtemps un nœud ferroviaire important qui développait et abritait une des plus grandes gare de triage du réseau SNCF.

Libéralisations et privatisations aidant, la politique de flux tendu exigée par le capital a conduit vers cette adaptation des capacités logistiques. Elle a conduit à privilégier le tout poids lourd, plus souple et surtout utilisable de gré à gré à n’importe quelle heure, c’est-à-dire fonctionnant au rythme de l’entreprise et des mouvements qu’elle imprime aux marchandises pour réduire coût de transports et délais de mise sur le marché, ce qu’ils appellent la fluidité. D’ailleurs, si les véhicules du personnel étaient immatriculés dans les département limitrophes, les poids lourds qui se présentaient à l’établissement, eux l’étaient dans ceux qui bordent nos frontières avec l’étranger, mais aussi en Pologne ou en Espagne, révélant à la fois le dumping social auquel se livre des multinationales comme UNILEVER et les délocalisations qu’ils imposent à nos industries qui vont produire où la main d’œuvre est très avantageusement moins rémunérée.

Après avoir eu la presse écrite et la télévision, le barrage était levé à 11 heures, après une assemblée générale faite sur le tas pour dégager les aspects positifs de l’action dont les objectifs avaient été largement dépassés après sept heure de présence, alors que les renseignements généraux venaient établir le contact et que le nombre de véhicule de gendarmerie augmentait sensiblement. Après quoi l’ensemble des militants se retrouvait sur le lieu de rendez-vous du matin pour un barbecue avant de s’en retourner chacun chez soi conscient que la lutte continue et qu’elle donnera lieu à d’autres actions tant qu’UNILEVER refusera de permettre aux Fralibiens de mettre en œuvre leur projet et de travailler au pays.

Gilbert Rémond

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