Toyota : surexploitation, mensonges et Montebourg

, par  Jean Jullien , popularité : 2%

Un article utile pour parler au concret de l’industrie, de l’emploi, des luttes de classes dans ses grandes multinationales...

On connaissait déjà la rationalisation et l’exploitation poussées à l’extrême chez Toyota. 

Ce document publicitaire laisse deviner l’impact du flux tendu sur les sous-traitants qui y sont énumérés.

Extrême ? Non, Toyota va encore plus loin.  

Dans leur édition du 7 mai, Les Echos réservent un double passage à la brosse à reluire sur la réussite insolente de « Toyota Valenciennes : une production optimisée au maximum »

On y découvre que le secret de cette réussite c’est :
- La suppression des emplois, la concentration de la main d’œuvre, l’accélération des cadences, la simplification du travail, l’augmentation de près d’une heure de la durée du travail, en fonction de la production (on note que la défiscalisation des heures supplémentaires ne les a pas supprimées bien évidemment). 
- L’allongement de la durée du travail est élastique et peut même avancer la prise de poste. Bonjour la vie de famille, et les problèmes d’horaires avec les enfants ! 

En grattant un peu les Echos, et en observant l’évolution annoncée des effectifs au fil du temps, on constate les mensonges flagrants de Toyota, l’hypocrisie à peine déguisée des Echos et des médias locaux concernant la suppression des emplois, mais aussi la position de classe de Montebourg, au service de la bourgeoisie : 


Une production optimisée au maximum

 

Dans son usine de Valenciennes, Toyota est passé de trois à deux équipes en produisant le même volume de voitures

C’est un travail efficace, mais sans tambour ni trompette... Alors que Renault et PSA s’adaptent à la crise en négociant des accords de compétitivité, Toyota préfère pour l’heure jouer sur l’optimisation de son organisation industrielle. Avec un résultat étonnant : depuis le début d’année, l’usine de Valenciennes produit le même volume de voitures en deux équipes qu’avec trois en 2012(*), soit 800 voitures par jour. Un exemple type de l’amélioration en continu à la japonaise. 

Sa méthode ? Un recours à quelques samedis travaillés et surtout une accélération de la vitesse de sa ligne de production. Le « takt time » , la durée séparant deux véhicules sur la ligne, est passé à 60 secondes, contre 90 secondes l’année dernière. En août prochain, le constructeur pense même passer à une cadence de 58 secondes, record de vitesse sur le site. « C’est une très bonne optimisation des lignes. Cela équivaut à 63 véhicules produits à l’heure, ce qui place l’usine dans le haut du panier », indique Denis Schemoul, analyste chez IHS. Pour réaliser cette prouesse, le constructeur a redéfini les tâches des opérateurs : ceux-ci sont plus nombreux autour de la ligne - l’équipe supprimée a été redéployée sur les deux autres -, mais leurs tâches ont été simplifiées pour gérer l’accélération de la ligne. 

Grâce à ses méthodes de production importées du Japon - redéploiement des équipe, recours à l’« overtime » -, Toyota a amélioré le rendement de ses chaînes de montage. Photo Philippe Huguen /AFP 

L’« over time »

Autre levier d’action, l’« over time ». Ce dispositif, prévu dans le contrat de travail de chaque salarié, permet à Toyota de demander aux opérateurs jusqu’à 55 minutes de travail à la fin de chaque équipe, si l’objectif de volume du jour n’est pas atteint. Un créneau payé en heures supplémentaires, qui apporte une flexibilité importante. Pour preuve, le site Sevelnord de PSA a ainsi mis en place ce système lors de ses négociations bouclées l’été dernier, en se donnant la possibilité de prolonger le travail d’une équipe de 21 minutes maximum. Chez Toyota, l’« over time » est utilisé fréquemment depuis le début d’année, et pourrait même changer d’horaires, passant à 5 heures du matin pour l’équipe du matin, ce qui permet d’accroître le temps de travail 

Ces aménagements sont de plus en plus critiqués par les syndicats « Le résultat pour les opérateurs c’est que le rythme devient de plus en plus exigeant, les conditions de travail se dégradent, et la vie des salariés est bousculée à cause de l’over time’ » , juge Thomas Mercier délégué syndical CFDT. Du côté direction, on souligne que ces organisations permettent surtout de maintenir l’emploi dans un contexte difficile. Car de fait, le modèle économique de Toyota en France est naturellement serré, vu sa spécialisation dans les petites voitures à faibles marges. Pour preuve, la nouvelle Clio de Renault est produite à 73 % en Turquie, tandis que PSA vient de fermer Aulnay, spécialiste sur la C3. 

Pour maintenir sa compétitivité Toyota peut compter sur des avantages traditionnels : une usine moderne, centrée sur un seul produit, très compacte, et maîtrisant les méthodes japonaises. Mais en pleine crise, il pourrait en demander plus à ses salariés... — M. A. 


En fait ces méthodes ne sont pas un scoop, en 2006 Lutte Ouvrière signalait la volonté d’appliquer l’« over time » chez Toyota. 

Licenciements des intérimaires

(*) Les Echos précisent dans le second article "Toyota Valenciennes : l’usine qui résiste à la crise" : 

[…] En ce début d’année, les choses se corsent pourtant, sur fond de dégringolade du marché européen. La marque Toyota n’est pas épargnée, avec une baisse de ses ventes de 16,3% au premier trimestre en l’Europe. A Valenciennes, malgré la production de la Yaris « américaine », Toyota table sur une production de 202.000 unités en 2013, soit un niveau quasi stable comparé à 2012. Par conséquent, l’équipe de nuit a été supprimée, entraînant une refonte de l’organisation industrielle (lire ci-dessous), et les effectifs intérimaires ont baissé de 500 personnes. « Nous n’avons pas touché aux CDI. Alors que nombre de constructeurs ont fermé des usines ou lancé des plans de restructuration, Toyota préserve l’emploi », indique Alain Van Vyve, directeur adjoint chez Toyota à Valenciennes. […] 

Cette précision contredit ainsi l’article précédent « l’équipe supprimée a été redéployée sur les deux autres » , puisqu’il s’avère que 500 emplois ont été supprimés 

Le blog auto critique du NPA signalait le 6 septembre 2011 que les intérimaires représentaient le quart des effectifs : 

Le quart des effectifs de Toyota Onnaing dans le Nord sera en intérim 

L’usine de Toyota située à Onnaing prés de Valenciennes tourne à plein Et la direction vient d’annoncer le recrutement de 800 intérimaires sur des contrats de dix huit mois. 

Une troisième équipe de production va être mise en place à partir de janvier 2012 pour la fabrication de la Yaris qui se vend bien en Europe 

Aujourd’hui 3550 salariés travaillent sur le site d’Onnaing. : cela veut dire que le recrutement d’intérimaires prévu représente le quart de l’effectif total de l’usine 

Toyota est maintenant le premier constructeur automobile mondial et est un modèle de production imité par tous ses concurrents. L’intérim, voilà donc la recette de Toyota. 

NB : Le site Toyota comptait 4 300 salariés en janvier 2012 : 

(on devine qu’il n’y a pas 4300 salariés sur la photo, même en tenant compte des trois équipes, ceux qui applaudissent avec des bleus tout propres et des jeans sont essentiellement les cadres, les employés, les techniciens et une triplette de mécanos de maintenance)

Les intérimaires subissaient six mois plus tard les premiers licenciements suivant l’article de La Tribune du 22 juin 2012 : à propos du lancement de la Yaris : 

600 intérimaires de moins 

« LT. Cette baisse globale de vos prévisions de vente aura-t-elle un impact sur vos effectifs de production ? 

FP Nous produisons aujourd’hui 1014 véhicules par jour et allons baisser notre cadence journalière à 783 véhicules à partir du 1er juillet. L’ensemble de nos lignes vont être affectées par ce ralentissement de production aussi allons nous pouvoir conserver nos trois équipes. Aujourd’hui nous employons 4300 salariés dont 1300 intérimaires. Nous allons devoir faire appel à 600 intérimaires de moins. Si les ventes de notre modèle hybride répondent à nos attentes, nous pourrons continuer à maintenir nos trois équipes en postes. » […] 

On mesure alors la duplicité du PDG de Toyota France, Pascal Ruch, sur France Info, dans sa déclaration reprise par la La Voix du Nord le 6/10/2012 : 

Aujourd’hui, notre ambition est avant tout de préserver les emplois, de pérenniser les emplois, et puis de voir si à terme on pourra embaucher encore davantage de personnes’ sur le site de Valenciennes, a indiqué M. Ruch, en soulignant le ’contexte compliqué (...) du marché français, mais également européen. 

En résumé : 1100 suppressions de postes en moins de deux ans et la surexploitation en prime !

Montebourg fait le canard sur les suppressions de poste, salue l’exploitation des ouvriers et appelle à l’Union sacrée pour sauver les profits.

Le 24 juillet 2012 Libération écrivait : 

« Quelles garanties pour l’emploi ? 

Montebourg a prévenu que l’Etat exigera des « contreparties ». En 2009, Sarkozy avait obtenu, en échange du prêt consenti aux constructeurs, qu’ils s’engagent temporairement à ne pas fermer d’usine en France. Vu la santé fragile de Renault et, surtout, de PSA, la négociation risque d’être plus difficile. Ce point est crucial pour la crédibilité du gouvernement : vu l’ampleur de la casse sociale chez PSA, l’opinion comprendrait mal que l’Etat déverse des aides publiques sans obtenir un minimum de garanties sur l’emploi. 

On appréciera tout particulièrement les déclarations élogieuses de Montebourg venu serrer quelques pinces sur le site d’Onnaing le 8 octobre 2012 : 

« Toyota Onnaing, la preuve que l’industrie française est forte et qu’elle a un grand avenir » « Toyota entreprise d’automobiles japonaise a investi en France 1 milliard d’euros en dix ans, c’est donc un signe de confiance dans notre base industrielle française. Et aujourd’hui, les véhicules qui sortent de cette usine sont des véhicules Made in France » 

Au passage cet ahuri trouve le moyen de demander aux ouvriers s’ils sont contents devant le singe et les chefaillons. 

En revanche il n’a pas tiqué aux provocations de Didier Leroy, président de Toyota Europe : ’quand on est sur un système comme le système français, tout ce qui allègera le coût du travail, de toute façon améliorera la compétitivité’ 

Le même jour, en faisant la tournée des popotes dans la région, Montebourg annonçait la diminution des cotisations sociales, c’est-à-dire des salaires, et l’Union Sacrée des patrons et des ouvriers. 

Sur une des vidéos on le voit déclarer à la Française de Mécanique : « la bataille pour la compétitivité passe par l’union des hommes est des femmes au travail. Chaque personne sur les chaînes de production participe à l’amélioration de la performance »… « ces jeunes qui font l’apprentissage d’un beau métier, … ont peut-être rêvé d’ailleurs d’être ici » 

Mais la classe ouvrière ne rêve pas.

On lisait le lendemain dans la Voix du Nord : 

Éric Pecqueur, responsable CGT, assurait, lui, dans un communiqué avoir interpellé le ministre : « Même si le cirque Montebourg est de passage dans la région aujourd’hui, je tiens à vous dire que les ouvriers n’ont pas besoin d’un clown monsieur le ministre (...). Votre gouvernement ne fait rien pour obliger les patrons à garder les intérimaires, il ne fait rien pour obliger les patrons à augmenter les salaires (...).  »

Voir en ligne : source sur internet

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    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).