Socialisme et marché, en général et à la mode chinoise (I) Introduction et Première partie : Socialisme et marché

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 2%

Un spectre hante le socialisme, le spectre du marché. Ce dernier n’est-il pas l’antichambre du capitalisme et donc le contraire du socialisme ? Comment les Chinois, avec leur marché, peuvent-ils prétendre construire une société socialiste ? Bien sûr, il y a eu Lénine et sa NEP. Mais c’était, en 1921, reculer pour mieux sauter. Un pas en arrière, et deux pas en avant. Certains marxistes en France, et non des moindres (je pense à Paul Boccara) ne nous ont-ils pas enseigné que, dans la présente situation de crise du capitalisme, on devrait commencer à dépasser le marché ? Le projet de Sécurité-Emploi-Formation est tout droit issu de cette conviction. Pourquoi, dans ces conditions, vouloir associer le marché au socialisme ?

Bref, quelle peut-être aujourd’hui la liaison entre socialisme et marché ? D’une part, cette liaison a-t-elle seulement valeur d’une amourette ? D’une liaison passagère, circonstanciée ? Ou doit-elle prendre place dans la durée ? D’autre part, quelle illustration en donne la Chine ? Quelles leçons les marxistes et les communistes, en France, peuvent-ils déduire de son exemple ?

Pour tenter de répondre à ces questions, je vais traiter les deux parties suivantes :

  • Le rapport entre socialisme et marché en général. Pourquoi le socialisme qui est en train de prendre forme dans le monde, et tendra à y devenir dominant, sera-t-il marchand ?
  • La Chine contemporaine et son « économie de marché socialiste ». Que peut apprendre l’examen de l’exemple chinois et la réflexion sur le concept dont elle a assuré la promotion ?

Je dispose, en l’endroit où je me trouve, d’une documentation très réduite. Je signale cependant 2 livres à la rédaction desquels j’ai directement participé et qui ont trait aux sujets abordés dans ce texte. Le premier a été publié à la suite d’un séminaire, tenu sous l’égide de la Fondation Gabriel Péri, en 2006-2007 (Marchés et Démocratie, 2007, Presses de la FGP) [1]. J’en avais assuré le suivi et la direction avec Bernard Frederick, alors rédacteur en chef de la revue Nouvelles Fondations. Le deuxième est mon plus récent ouvrage à ce jour. Il porte sur l’économie chinoise contemporaine : Les trajectoires chinoises de modernisation et de développement, De l’empire agro-militaire à l’Etat-nation et au Socialisme (Delga, 2018).

Socialisme et marché

Dans cette partie, je vais développer 3 sous-parties.

Dans la première, j’indique que, dans le cadre de la théorie de Marx, le rapport entre socialisme et marché a d’abord été une question pratique avant de devenir un sujet théorique.

Dans la deuxième, je fais état de la forme économique ayant prévalu au sein de l’Union soviétique, après 1928, à savoir la négation du marché. Mais l’utilité de ce dernier au sein d’une économie socialiste fut redécouvert, en Union soviétique, dès la fin des année 1950. Il le fut en Chine un peu plus tard et dans un autre contexte. Le concept d’économie de marché socialiste a été officialisé dans ce pays en 1992. Il a été mis en pratique en 1998.

Dans la troisième sous-partie, je cherche à répertorier les raisons pour lesquelles la présence du marché dans une structure de type socialiste peut être aujourd’hui considérée comme rationnelle, malgré l’opprobre dont elle fut l’objet dans le cadre théorique marxiste initial.

1) - Dans la pensée marxiste, le rapport entre socialisme et marché a d’abord été une question pratique.

Dans les écrits de Marx, le marché n’a pas bonne presse et le capitalisme, comme l’a rappelé Lénine, est le plus marchand de tous les systèmes économiques ayant existé jusqu’à ce jour puisque la force de travail y est une marchandise. Jacques Bidet a engagé un travail selon moi tout à fait intéressant à ce propos (Jacques Bidet, Théorie de la Modernité, suivi de Marx et le Marché, PUF, 1990).

A ma connaissance, lorsque Engels ou Marx ont traité de cette phase transitoire appelée socialisme, ils ne se sont pas posés la question de savoir quel pouvait y être le rôle du marché. Ils ont été surtout intéressés par la dictature du prolétariat, dont ils ont souligné le caractère primordial pour assurer la transition vers le communisme. Pour ces fondateurs de la théorie révolutionnaire, le marché était identifié à l’économie des pays de l’Europe occidentale et donc au capitalisme.

D’une part, les travaux archéologiques montrant que le marché était une forme économique ayant précédé toutes les autres formes sont récents. Ils ne les ont pas connus. D’autre part, ils n’avaient pas encore pris l’exacte mesure de ce que signifie le sous-développement économique et mental. Lorsqu’ils rédigèrent leur « ABC du communisme », entre mars et juin 1919, Préobrajensky et Boukharine annoncèrent la fin de ces catégories que sont le marché et la monnaie. Leur réflexion sur le bas niveau des forces productives de leur pays en était encore à un stade élémentaire.

En réalité, en tête de cette partie, j’aurais dû au moins écrire : « Socialisme, marché, monnaie, entreprises ». Car le marché des biens et des services, la monnaie, le marché de la monnaie, les entreprises, forment un tout. Cette totalité est le socle de rapports économiques marchands développés. Ce que l’on appelle marché est d’avantage que le simple échange de marchandises. C’est un ensemble de formes économiques liées et situées, certes, à la base du capitalisme, mais aussi à la base du développement économique. A ces formes économiques sont associées des catégories sociologiques dont certaines son antirévolutionnaires. C’est l’un des problèmes que soulève la liaison entre marché et socialisme.

Toutefois, bien que la théorie marxiste n’ait pas pris en compte en ses débuts le fait du sous-développement, l’expérience a montré qu’il était impossible de construire le socialisme sur la base d’une économie ne produisant que des cailloux. Car ces derniers ne nourrissent guère les populations même si on peut les manger plusieurs fois et même si on peut les produire de façon planifiée. En mars 1921, considérant l’impasse dans laquelle l’économie de la Russie soviétique était engagée, Lénine rédigea un rapport dans lequel il préconisa la mise en place d’une nouvelle politique économique (NEP). Ce rapport, qui reprenait certaines des thèses de Trotski à l’époque, fut adopté. Tout cela est bien connu. Aux yeux de Lénine, c’était une régression, mais c’était une régression nécessaire. Il s’agissait de laisser libre cours à certains développements marchands, à la campagne comme à la ville, et de faire en sorte que l’initiative privée assure un approvisionnement suffisant de la population en biens agricoles et artisanaux. Ce « retour en arrière » a engendré d’évidents effets positifs. En 1928, la situation économique de la Russie soviétique était rétablie.

Il en fut de même dans la Chine populaire de la fin des années 1950. Mao Zedong avait fortement sous-estimé le poids que le sous-développement de son pays faisait peser sur le socialisme chinois et sur la rapidité de sa progression vers le communisme. L’échec du grand bond en avant, et la famine qui marqua cet échec, conduisirent les leaders de son équipe à préconiser un premier retour au marché. Après la mort de Mao, l’introduction franche et large du marché dans le fonctionnement de l’économie chinoise fut progressivement acceptée. La politique de réforme et d’ouverture adoptée en 1978 par le PCC fut traduite en 1992 à l’aide du concept d’économie de marché socialiste. J’ai montré, dans mon livre sur la Chine, le temps qu’il a fallu pour aboutir à ce résultat politique (chapitre 7).

Ma conclusion de cette première sous-partie est que la pratique a imposé la présence du marché dans 2 grandes expérimentations du socialisme, celle de l’Union soviétique et celle de la Chine populaire, quand bien même la théorie ne lui avait accordé aucune place dans ce contexte. C’est après cette mise en pratique qu’Oskar Lange théorisa en termes généraux la relation que la gravité de la situation avait imposée en Union soviétique. Mais, d’une part, il le fit avec les outils académiques dont il disposait (le modèle walrassien) et pas vraiment sur la base d’une maitrise approfondie de la problématique de Marx. D’autre part, en Russie soviétique, sous la conduite de Staline, la relation entre socialisme et marché évoluait profondément, comme je me propose de le dire dans la sous-partie suivante.

2) - Le rapport entre socialisme et marché en Union soviétique après 1924.

Cette sous-partie vise à rappeler que la période au cours de laquelle Staline assura la direction de l’URSS, de 1924 à sa mort, en 1953, fut, après la récupération économique permise par la NEP marchande, une période de retour à la thèse selon laquelle le marché était antinomique du socialisme. Cette thèse a produit, elle aussi, dans les circonstances de l’époque, des effets bénéfiques. Elle a permis à l’URSS de mettre en place une industrie de guerre, lui ayant permis à son tour de résister à l’impérialisme germanique, de contribuer efficacement à sa destruction militaire.

Les facteurs explicatifs du retour, en 1928 et après, aux idées qui avaient eu cours en URSS dans les années 1918-1920 relativement au marché sont, me semble-t-il, les suivantes :

  • La compréhension réduite que les bolcheviques, dans leur majorité, avaient alors du marxisme et de ses enseignements concernant le socialisme. Je renvoie ici aux écrits de l’époque, par exemple, de Préobrajensky sur La Nouvelle Economique, comme à ceux de Trotski, de Boukharine. Certes, il y a eu des débats entre eux et leurs positions n’étaient pas identiques de l’un à l’autre. Mais je crois qu’ils considéraient tous que le marché était une régression.
  • Le climat contre-révolutionnaire du moment dans le monde capitaliste et les tentatives concrètes, militaires, de la part des pays capitalistes développés, d’organiser après 1917, une contre-révolution mondiale anti-bolchevique.
  • La compréhension de plus en plus claire, en URSS même, du danger que représentait l’Allemagne nazie (et son allié japonais) pour l’URSS et la paix dans le monde. Après le procès de Dimitrov, en 1933, les bolcheviques, les dirigeants du Komintern, anticipèrent le futur proche. Ils comprirent ce qui allait se passer. Ils surent qu’à défaut d’intervenir militairement en URSS, les gouvernements des pays capitalistes développés allaient lâcher la meute nazie et la meute shintoiste contre cette dernière.

Ces divers facteurs n’ont pas joué en faveur de l’implantation raisonnée tant du marché que du plan en Union soviétique. Le marché fut au contraire considéré comme étant d’une part, susceptible de favoriser l’éclosion de forces sociales contre-révolutionnaires, et d’autre part, inapte à engendrer à toute allure, et dans l’isolement mondial, la mise en place d’une économie de défense nationale puissante. Il s’en suivit que la méthode du plan centralisé fut survalorisée. Un autre problème théorique fut d’ailleurs soulevé à cette époque, en liaison avec celui du rapport entre socialisme et marché : le socialisme pouvait-il exister dans un seul pays ou n’avait-il d’autre issue que la révolution mondiale ?

Lorsque, en 1928, la situation économique semblait rétablie en URSS, Staline et son équipe lancèrent la première grande opération de planification centralisée, laquelle fut résumée à l’aide de 2 concepts : collectivisation accélérée des activités agricoles, super-industrialisation. Mon opinion est que, dans le contexte politique et militaire de l’époque, c’est grâce à cette intervention initiale et ce qui a suivi, que l’Armée rouge a disposé des moyens techniques de sa victoire contre l’armée du 3ème Reich. Chacun connaît le roman qu’écrivit Nicolaï Ostrovski sur cette époque héroïque (Et l’Acier Fut Trempé, 1934). Je ne fais aucunement l’impasse sur les conséquences que cette énorme pression a pu engendrer en URSS même. Mais je pense que, malgré cela, le socialisme soviétique s’est affirmé et l’Armée rouge a foutu la pilée aux nazis de l’époque.

Le principal problème soulevé par la planification centrale inaugurée en 1928, en URSS, n’est pas, à mon avis, celui de son existence pendant les 20 ans qui suivirent 1928 (jusque vers 1950). Le principal problème, selon moi, fut celui du maintien de cette structure après la 2ème guerre mondiale et l’absence d’analyse critique solide de cette structure, notamment par le Parti communiste français.

Dans la patrie du socialisme avait été mis en place un système de production donnant la priorité absolue à l’armement et ce qui tourne autour. Cette économie duale planifiée a été maintenue. Elle a entraîné la distorsion complète du système productif soviétique. Elle a notamment conduit à négliger la production des biens de consommation finale. Le socialisme de type soviétique est fondamentalement mort de cette incapacité. Les peuples des pays concernés en ont eu marre d’un régime qui ne leur apportait pas un bien-être jugé suffisant et comparable à celui qui accompagnait la quotidienneté occidentale. Lorsque le système a implosé autour des années 1990, ils ont massivement laissé faire.

Après la mort de Mao Zedong, les dirigeants chinois ont été très attentifs à cet aspect de la vie dans leur société. On ne construit pas le socialisme uniquement pour faire la nique aux Américains et pour aller les premiers dans la lune. Le socialisme a pour justification basique l’amélioraton durable, planifiée, du bien-être matériel des masses.

Deux ans après la mort de Staline, Liberman publie un premier article critique de la planification en cours. A son nom est associé celui de la liaison nécessaire entre plan et marché. D’autres auteurs se sont prononcés en ce sens, que ce soit en URSS ou dans les démocraties populaires d’Europe centrale. Les dirigeants soviétiques ont ensuite cherché à mettre en place un nouveau système économique, de nouvelles formes d’entreprises. Ils ont échoué. Sur cette histoire, de nombreux ouvrages et articles ont été rédigés. Personnellement, je renvoie aux travaux de Marie Lavigne dans les années 1970-1980. Elle dirigeait alors un groupe de recherche au sein de l’université de Paris 1. Ce qui était au cœur de la réflexion commune était, me semble-t-il, en même temps que de comprendre pourquoi et comment se déroulait la crise du système soviétique, de savoir comment introduire le marché dans une économie socialiste, quelle importance lui accorder, quel rôle lui donner dans le cadre de la planification. Le groupe en question avait bien sûr reçu Alec Nove, le menchevique de Sa Majesté.

3) - Pour quelles raisons le marché peut-il fonctionner dans une structure socialiste et comment ?

Le marché perdra sa raison d’être (l’échange d’équivalents monétaires) quand les lois économiques déterminant cette équivalence n’auront plus de sens. Le marché et ses périphériques ne sont pas des formes éternelles. Après le marché, il y aura des échanges mais guidés par d’autres principes que celui de l’équivalence des valeurs. Maurice Decaillot a beaucoup travaillé sur ce point en réfléchissant sur l’économie sociale. De lui, je cite un titre, de mémoire : L’Economie équitable, un nouveau projet de société, 2010, L’Harmattan. A mon avis, Maurice Decaillot fait partie de ces chercheurs marxistes, communistes, pour lesquels le marché doit être dès à présent dépassé. Mais il a développé ses idées en suivant d’autres chemins que ceux de Paul Boccara.

Selon moi, l’ampleur du marché sera fonction de l’état de la division du travail et donc du degré de socialisation des forces productives. Elle dépendra également de la capacité technique et politique des gouvernements, des producteurs et des consommateurs, ainsi que des institutions, à en assurer directement la maitrise pour satisfaire les besoins populaires ou, tout simplement, des besoins.

Je crois qu’aujourd’hui, existent deux grandes positions idéologiques extrêmes relativement aux rapports du socialisme et du marché. La première est celle selon laquelle tout devrait revenir au marché parce que le socialisme est abominable. La deuxième est celle selon laquelle le socialisme devrait abolir rapidement le marché car le marché est abominable.

Ce que je défends dans cette sous-partie (et dans cet article) est différent. Il me semble, d’une part, que la société socialiste, doit mettre hors marché tout un ensemble d’activités primordiales pour la société, ou doit mettre en œuvre à leur propos des formes de coexistence d’activités marchandes et non marchandes. Le marché serait donc, en partie, en voie d’extinction et de réduction.

Il me semble d’autre part, même si je n’ai aucune information particulière à ce propos, que la disparition complète du marché mettra du temps, beaucoup de temps, même à l’échelle de l’histoire.

Cela dit, la clé de compréhension de ce que je cherche à exprimer est l’existence d’une différence essentielle entre le marché capitaliste et le marché socialiste. C’est la compréhension de cette différence qui devrait, à mon avis, guider la réflexion sur l’évolution du rapport entre socialisme et marché.

D’abord, je prétends que le socialisme remplacera le capitalisme. Cela n’a rien d’une certitude et c’est pourtant une nécessité. Si cette exigence n’est pas satisfaite, l’humanité végétera et peut-être même périra.

Ensuite, je conçois le socialisme comme une phase précisément définie par 2 traits majeurs : 1) la rupture franche et nette avec le capitalisme, 2) une phase de transition vers le communisme. Le marché sera l’une des institutions de cette transition. Il devra témoigner, à son niveau, de ce qu’il est en rupture avec le capitalisme.

Enfin, comme cette transition prendra forme dans des pays caractérisés par des niveaux différents de forces productives, par des degrés distincts d’expérience sociale, par des histoires sociales marquées par des luttes spécifiques, le périmètre du marché ainsi que sa durée de vie varieront d’un pays à l’autre.

Il n’existe pas une seule forme de marché, comme le prétendent les capitalistes, mais deux. Il paraît clair que marché et socialisme iront de pair. Mais le marché du socialisme sera (devra être) différent de celui du capitalisme. Quand Fukuyama énonce que désormais, toutes les sociétés ont admis les bienfaits de la démocratie bourgeoise et du marché, il prend non seulement ses espérances pour des réalités, mais encore n’envisage implicitement que l’existence d’une seule forme de marché. En réalité, la littérature économique est remplie d’auteurs qui, comme Polanyi, ont réfléchi sur le marché en tant qu’articulation du marchand et du non marchand, ou de l’ordre républicain et de l’ordre marchand (Christian Barrère). L’aboutissement de ces théorisations, intéressantes mais incomplètes selon moi, est la claire distinction entre marché capitaliste et marché socialiste.

D’abord, la société socialiste fait peser sur le marché les contraintes correspondant à ses choix collectifs, que ce soit la politique de la défense nationale ou la lutte contre la pauvreté. Ensuite, le marché, parce qu’il est le marché, lui apporte l’information assurant que, compte-tenu de ces contraintes, les décisions qui furent prises centralement étaient opportunes ou ne l’étaient pas. Enfin, le fonctionnement du marché, son orientation globale et sectorielle sont encadrés par la dictature démocratique du peuple.

Dans une société capitaliste, pour masquer la domination que les capitalistes y exercent, le marché est un acte de foi. Tout est marchandise, ou le deviendra. Dans le périmètre du marché capitaliste, prennent place, par exemple, ces marchandises très particulières que sont la Terre, la Nature, le Temps, la Conscience des individus. Ses mécanismes de fonctionnement, ses institutions, en particulier les entreprises, doivent être totalement libres de faire ce que leurs propriétaires et gestionnaires décident, indépendamment les uns des autres. Dans l’idéologie capitaliste, le marché est à la fois une croyance absolue et un univers en permanente expansion.

On peut décliner de diverses manières les bienfaits relatifs du marché. Ses partisans ont notamment souligné que, au sein du socialisme, le marché était susceptible de prendre en compte les raretés, de traiter les ruptures multiples existant au sein des États ainsi que entre les États, d’établir, sous certaines conditions, des prix tendant vers l’optimalité, d’exercer un énorme calcul économique que les machines seraient incapables de réaliser aussi rapidement et aussi parfaitement que ne le fait le marché.

Ces aspects ne sont pas à négliger. Je ne crois pas, cependant, qu’ils soient les plus importants. Pour aller vite, et pour conclure cette partie, je dirai que le socialisme diversifié et développementaliste qui caractérisera le 21ème siècle sera marchand pour 2 grandes raisons.

La première raison sera une raison de fait. Tant que le marché sera la forme dominante du fonctionnement des États capitalistes, qui sont aussi les plus développés, les relations économiques entre tous les États et les entreprises au sein de ces États seront nécessairement marchandes. Le commerce international sera un commerce de marchandises et de capitaux. La deuxième grande raison sera de nature expérimentale. Le socialisme a été conçu selon le point de vue de l’Offre, de la Production, car c’est ce point de vue qui est déterminant de l’ensemble. Il convient aujourd’hui d’y adjoindre le point de vue de la Demande, de la consommation, lequel est complémentaire de cette détermination principale.

Le marché sera la forme expérimentale généralisée de l’articulation des rapports de production et des rapports de consommation caractéristiques des sociétés socialistes. C’est d’abord par l’intermédiaire du marché que, dans une société socialiste, la production des biens de consommation finale tendra à fonctionner comme une production mise au service de la population.

Cela étant, si, au 21ème siècle, le marché accompagne véritablement le développement tant à l’intérieur de chaque pays que dans les relations internationales, les volontés populaires devront s’y faire jour et s’y imposer. La dictature démocratique du peuple est une forme politique qui devrait prévaloir non seulement au sein des pays socialistes mais dans les relations marchandes internationales mêmes. Les institutions réglant ces relations devraient, à leur manière, et de plus en plus, être marquées par une sorte de dictature démocratique mondiale des peuples.

Fin de la 1ère partie
Pour la suite, voir la 2ème partie

[1Avec les contributions, dans l’ordre de la publication, de : Jean-Claude Delaunay (présentation du séminaire), Michèle Casanova, Jean-Luc Gréau, Bernard Frederick, Tony Andréani, Jean-Claude Delaunay, Maurice Decaillot, Jerôme Maucourant, Christian Barrère.

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