Seules la lutte et la nationalisation de la SNCM empêcheront les sociétés maritimes "low cost" de prendre le pouvoir en Méditerranée

, par  communistes , popularité : 2%

En France les gouvernements changent, mais c’est la même politique au service du capital qui est menée. Les objectifs du gouvernement PS dans le secteur maritime sont dans la continuité des précédents gouvernements de droite : démanteler purement et simplement la SNCM, entreprise qui assure la Délégation de Service Public (DSP) de continuité territoriale [1], pour permettre à Corsica Ferries, entreprise low cost, d’avoir le monopole du transport -passagers et fret- à destination de la Corse. Corsica Ferries pourrait toucher de nouvelles subventions qui viendraient grossir les 180 Millions d’euros déjà perçus et lui permettrait de gonfler encore plus les dividendes versés aux actionnaires.

Les médias relayent les arguments des politiques : "la SNCM cumule des pertes abyssales". La SNCM gouffre financier ? Avant la privatisation (mai 2006) la société se portait bien, ses comptes étaient équilibrés et ses bénéfices s’élevaient à 15 millions d’euros. Les subventions versées en 2005 à la SNCM, au nom de l’Aide Sociale [2], étaient bien inférieures à celles de Corsica Ferries. Corsica Ferries a reçu près de 13 millions d’euros, la SNCM... moins de 2 millions.

Que s’est-il passé en 8 ans ?

La privatisation s’est effectuée dans des conditions opaques, sans qu’aucun appel d’offres n’ait été lancé. Villepin, 1er ministre, a choisi le fond d’investissement français Butler Capital Partners [3] et fait pression sur Veolia pour qu’elle entre au capital... En 2006 la SNCM est cédée à Butler (38% du capital), à Veolia (28%), l’État conserve 25% des parts et 9% sont "octroyés" aux salariés. Deux ans après, Butler vend ses parts à Veolia et empoche une plus-value de 60 Millions d’euros, cinq fois supérieure à sa mise de départ.

Quel était le marché passé entre le gouvernement et l’actionnaire majoritaire Veolia ? Veolia n’a fait aucun investissement. Quand la SNCM était une compagnie publique, sa flotte était renouvelée régulièrement. Depuis la privatisation, la flotte a été réduite et la compagnie a acquis un seul navire... d’occasion.

En 2014, la SNCM est détenue à 66% par Transdev [4], 25% par l’État et 9% par les salariés. Depuis la privatisation, les conflits et les luttes conduites par la CGT s’enchainent pour défendre la SNCM et bloquer les provocations de Veolia et de l’État, tant UMP que PS : vente d’un navire, menace de fermeture d’une ligne entre Nice et la Corse, menace de démantèlement de la compagnie, etc. Pour arriver en septembre 2013 à un "plan de développement" qui a reçu l’accord de Transdev, du ministre des transports F. Cuvillier au nom de l’État et de celui des syndicats. Ce plan prévoit la commande de 4 navires (indispensables pour le renouvellement de la DSP), dont deux en décembre 2013, une baisse de 25% de la masse salariale par la suppression de 700 salariés, une augmentation du temps de travail... un décret protégeant le pavillon français en régulant la concurrence étrangère entre la métropole et la Corse, ainsi que le dépôt d’une plainte à Bruxelles contre Corsica Ferries concernant l’aide versée à cette compagnie : en 2000 l’État a renfloué Corsica Ferries à hauteur de 150 millions d’euros.

Au 24 juin 2014, aucun navire n’a été commandé, aucun décret pris, aucune plainte déposée... Par contre les suppressions de postes et l’augmentation du temps de travail sont appliquées. Le gouvernement multiplie en public son soutien à la commande de nouveaux navires et manœuvre lors des Conseils de Surveillance pour laisser la majorité aux actionnaires de Transdev-Veolia, hostiles au plan de développement et favorable au placement de la SNCM sous redressement judiciaire, premier acte avant la liquidation. Hollande tente d’aller au bout de l’entreprise de démolition de la SNCM initiée par la droite. Les travailleurs en lutte l’en empêcheront, comme ils l’ont empêché par le passé.

Ce n’est pas la grève qui met la SNCM en danger. Valls, Cuvillier, les médias reprennent le leitmotiv du déficit structurel de la SNCM. Le déficit de 14 millions d’euros, par an depuis 2012, sur un chiffre d’affaire de 229 millions n’a rien de structurel. Il suffit que la Collectivité territoriale de Corse rembourse les 23 millions dus à la SNCM et que l’Office des Transports de la Corse verse les 19,5 millions de subventions au nom de la DSP (Délégation de Service Public), et enfin qu’elle reçoive les 60 millions de la part de l’assureur Axa pour l’accident du ferries Napoléon Bonaparte dont elle est bénéficiaire...

La solution de redressement judiciaire, la constitution d’une nouvelle société effacerait les amendes de Bruxelles [5], mais elle ferait perdre la DSP obtenue pour 10 ans (2014-2024). Corsica Ferries manœuvre pour en bénéficier, la subvention liée à la DSP s’élève à 104 millions d’euros par an... les actionnaires en rêvent !

Peugeot, Renault, Michelin, etc… délocalisent avec la bénédiction et l’aide du gouvernement pour baisser le "coût" du travail. Corsica Ferries fait mieux, il pratique la délocalisation à domicile. Les bateaux de Corsica Ferries naviguent sous pavillon italien et bénéficient ainsi d’avantages fiscaux importants qui lui permettent d’employer du personnel extra-communautaire travaillant 6 mois sans congés, rémunérés entre 600 et 800 euros par mois. De plus, Corsica Ferries bénéficie d’une exonération totale des cotisations sociales employeur et salarié. Source certaine d’enrichissement pour les actionnaires.

Voilà pourquoi luttent les travailleurs de la SNCM, avec le soutien des travailleurs des docks, de la douane, de la réparation navale, nous sommes tous concernés.

Seule la nationalisation, sans indemnités des actionnaires, de la SNCM et de toutes les entreprises de transports maritimes, aériens ferroviaires permettra une gestion démocratique des entreprises répondant aux besoins de tous.

Tiré du journal Communistes n°361, semaine du 21 au 27 juillet 2014.

[1La Délégation de Service Public : contrat conclu entre la Collectivité territoriale de Corse et la SNCM pour les lignes entre Marseille et 6 ports corses qui prévoit une subvention au titre du « service complémentaire » : obligation d’effectuer 23 rotations chaque semaine entre le Continent et la Corse. La Continuité Territoriale permet d’avoir des tarifs de transports aériens et maritimes comparables à ceux des transports terrestres.

[2L’Aide Sociale est attribuée à toutes les compagnies qui opèrent à partir de Toulon et Nice vers la Corse avec des conditions bien particulières : l’Aide Sociale est allouée à certains types de passagers dit "sociaux", les résidents en Corse, les familles nombreuses, les personnes âgées... Personne n’a jamais contrôlé le nombre de passagers "sociaux" transportés par Corsica Ferries !

[3Curieux choix : un fonds d’investissement a pour vocation de racheter et de revendre des sociétés en empochant des bénéfices au passage...

[4Transdev est une société française multinationale de transport public filiale de Veolia (dont les parts son passées de 66% à 40%) et de la Caisse des dépôts (60%).

[5A la suite d’une plainte de Corsica Ferries contre la SNCM, la Commission Européenne a ordonné le remboursement de 440 millions d’€ de subventions accordées précédemment avec l’aval de la Commission Européenne !

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