Rapport du groupe de travail sur le socialisme

, par  Herve Poly , popularité : 43%

Conseil national du 10 janvier 2026

Je veux commencer par rappeler précisément le cadre dans lequel s’inscrit notre travail.
Le 39ᵉ Congrès, puis la conférence nationale de 2025, ont mandaté une réflexion stratégique visant à redéfinir le chemin vers une société communiste au XXIᵉ siècle.
Ce mandat répond à un vide doctrinal créé par l’abandon progressif des concepts d’étapes et de transition depuis les années 1990.
Notre objectif est clair : armer les Conseil national du 10 janvier 2026 communistes pour penser la transformation révolutionnaire dans les conditions matérielles actuelles.

Méthode et composition du groupe
J’ai eu la responsabilité d’animer un groupe de travail composé de camarades aux approches diverses. Je tiens à remercier pour leur participation Léna Raud, Marie-Jeanne Gobert, Clara Gimenez, Shirley Wirden, Leïla Moussavian, Guillaume Roubaud Quashie, Christian Picquet, Stéphane Bonnery et Denis Durand.
Cette diversité ne nous a pas divisés ; elle a permis un débat contradictoire, sérieux, argumenté et utile, ce qui est conforme à la meilleure tradition de notre parti.

La feuille de route initiale : une base matérialiste assumée
Avant d’aborder les débats, je veux situer la feuille de route qui a servi de socle. Elle repose sur une approche strictement matérialiste, qui articule trois niveaux d’analyse :
1. Les conditions matérielles du mode de production

• La révolution informationnelle,
• La suraccumulation du capital,
• La financiarisation,
• Les mutations du travail et du salariat.
2. Les forces sociales réellement existantes

• Les classes sociales recomposées,
• Le salariat socialisé,
• La place des monopoles,
• Les stratégies de captation de la valeur.

3. Les formes institutionnelles de la transition

• Les socialisations d’entreprises,
• La planification démocratique,
• L’État comme instrument de transfert de pouvoirs,
• L’intervention populaire structurée.

Cette méthode permet de partir du réel, d’éviter l’idéalisme, et de définir le socialisme comme développement des forces productives en vue du développement humain, ce qui est au cœur du marxisme.

Ce que les débats ont confirmé de cette feuille de route

Nos échanges ont consolidé plusieurs points d’analyse. D’abord, un accord unanime sur la nature de la crise actuelle : crise systémique de suraccumulation depuis les années 1970, où la révolution informationnelle devient non pas un vecteur d’émancipation mais un moyen de renforcer les monopoles, de créer de la rente, et de capter le travail cognitif et social.
Cela modifie le terrain de la lutte de classes, comme la machine-outil l’a fait au XIXᵉ siècle. Ce point fait consensus.
Sur le contexte international, un accord également sur le basculement vers une multipolarité qui ouvre des espaces politiques, sans offrir pour autant un modèle de référence. Les BRICS sont un appui objectif, pas un horizon subjectif.
Nous avons convergé sur le fait qu’il existe aujourd’hui un décalage entre les forces matérielles disponibles et la conscience de classe, marquée par un recul idéologique, une fragmentation du salariat et une offensive idéologique du capital. Ce constat légitime la nécessité d’un travail stratégique du parti.

Les sujets qui ont structuré le débat

Trois sujets principaux ont structuré nos échanges internes :

L’usage du mot « socialisme »
C’est le point de clivage le plus visible.
Les camarades favorables à sa réintroduction le définissent comme la phase de transition entre le capitalisme et le communisme, combinant socialisations, services publics, planification démocratique et usage progressiste de la révolution informationnelle. Ils rappellent que la direction nationale par la voix de son secrétaire
national a déjà évoqué un « socialisme à la française », ce qui rend urgent d’en clarifier le contenu.

Les camarades opposés à cette réutilisation mettent en avant le risque de confusion avec le Parti socialiste, le danger d’une restauration nostalgique, et la nécessité de clarté politique. Leurs arguments soulignent que les mots ne sont jamais neutres et doivent servir la distinction.

La relation entre processus et objectifs

Deux écueils ont été identifiés :
• La théorie du « communisme déjà-là », qui efface la rupture ;
• La rigidité des « étapes » figées, qui démobilise.
Stéphane Bonnéry a proposé de penser des paliers de libération, conciliant processus et objectif final, afin de recréer de l’espérance et de l’intelligibilité.

Le rôle de l’État dans la transition

Sur ce point, aucun camarade ne défend l’étatisme. Le consensus se dessine autour d’une démocratie jusqu’au bout, articulant :
• La socialisation par une appropriation publique et sociale
• La planification,
• L’intervention populaire,
• La conquête de pouvoirs par les travailleurs.
L’État n’est pas le substitut de la société, mais l’instrument du transfert de pouvoirs.

Les divergences identifiées
Les divergences sont claires et assumables.
Elles portent sur :
• Le sens et l’usage du mot « socialisme »,
• La priorité entre communication externe et clarification interne,
• Le statut de l’État dans le processus révolutionnaire.
Ces divergences ne sont pas théoriques au sens abstrait ; elles engagent la question stratégique : comment on gagne.

Les convergences majeures

Il existe toutefois des convergences significatives :

Un accord sur l’ambition révolutionnaire et le besoin de sortir du rôle de « super-syndicat » ; un accord sur la crise de civilisation : économique, écologique, géopolitique,
subjective ; un accord sur le dépassement de l’étatisme du XXᵉ siècle et un accord sur le pivot de la transition révolutionnaire : les rapports de production, l’entreprise, le travail.
Tout le monde s’accorde sur les outils de la transition qui peuvent être caractérisés par ce triptyque : socialisation – planification – démocratie.

Cette base constitue le socle d’un texte d’orientation crédible pour le 40ᵉ Congrès.

Ma position sur le socialisme

Je veux maintenant expliciter ma conviction personnelle. Pour moi, le socialisme n’est pas un mot de nostalgie. C’est un concept opératoire dans la tradition marxiste, qui désigne à la fois la phase de transition, la transformation des rapports de production, la socialisation des secteurs stratégiques, la planification démocratique et la démocratie jusqu’au bout.
L’abandon du mot ouvre la voie à deux impasses :
• Le post-capitalisme idéaliste,
• Ou l’altermondialisme sans sujet.
J’assume donc le choix du socialisme, non pour restaurer un passé, mais pour nommer
la transition dans les conditions matérielles du XXIᵉ siècle.
Pour la suite, je propose que le parti ouvre dès maintenant un cycle de contributions :
Il faut que ce débat soit approprié, pas confisqué. C’est donc tout le parti qui doit contribuer à cette ambition que nous avons de nous inscrire dans le temps long du combat pour prendre le pouvoir
Ce débat n’est pas secondaire.
Il porte sur la question centrale : comment on transforme le réel .

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