En cartes et en chiffres
RDA : 30 ans après, le bilan globalement négatif de la chute du mur de Berlin par Jean-Baptiste Clément

, par  Georges Gastaud , popularité : 2%

Ce 9 novembre 2019 c’est la date anniversaire de l’ouverture du mur de Berlin. Il y a 30 ans. L’occasion à l’opposé de la propagande capitaliste de faire le bilan de la chute du mur de Berlin et de l’annexion de la RDA par la RFA. Le bilan chiffré, factuel, objectif et incontestable des statistiques.

Manifestation en Allemagne contre les lois antisociales Hartz IV

Un bilan globalement négatif pour les Est allemand et qui n’est pas une surprise, il y a 5 ans déjà nous montrions ce qu’il en était pour les 25 ans de la fin de la RDA (cliquez pour lire ici).

D’après les sondages menés cette année, notamment ceux publiés dans la presse allemande et censurés ici en France, moins de 40 % des Allemands de l’Est considèrent aujourd’hui la réunification comme un succès, un taux qui n’atteint pas 20 % chez les moins de 40 ans. Plus de la moitié des habitants des Länders Est-allemands jugent que le fonctionnement démocratique de l’Allemagne capitaliste est insatisfaisant.

La RDA annexée, sous domination du pouvoir Ouest allemand

Alors qu’un consortium contrôlé par la RFA – le Treuhand – a pillé l’industrie Est Allemande, 30 ans après, les länder d’ex RDA sont entièrement sous domination économique du Capital de l’Ouest. Une image symbolique, seules 37 des 500 plus grandes entreprises du pays ont leur siège à l’Est.

Raj Kollmorgen, professeur de sociologie à l’université de Zittau-Görlitz (Saxe), auteur de travaux de ­référence sur la question observe pour le journal Le Monde :

« Alors que les Allemands de l’Est – définis ici comme les personnes nées et/ou ayant grandi jusqu’à l’âge adulte dans les nouveaux Länder – représentent environ 17 % de la population totale, ils ne sont que 3 % dans les conseils d’administration des trente plus grandes entreprises allemandes et 2 % dans la haute magistrature, tandis qu’aucun d’entre eux n’est représenté parmi les quelque 80 présidents ou recteurs d’université du pays ».

Le bilan en chiffres 30 ans après la chute du mur

La chute du mur c’est le chômage :

En quelques semaines les Est-allemands sont frappés par la suppression de 3,5 millions d’emplois sur les 10 millions d’emplois de la RDA. 35% des Ossies sont jetés à la porte et dans la misère.

3,7 millions de Ossies sont jetés sur les routes, obligés d’aller chercher à gagner leurs vies à l’Ouest. 30 ans plus tard, le solde migratoire est de 1,2 millions d’Ossies qui ont du émigrer de la RDA. Et ce n’est pas le socialisme qui les poussent sur les routes, des années après la fin de la RDA et le rétablissement en quelques mois du capitalisme, et à franchir un mur qui n’existe pas !

30 ans plus tard, le taux de chômage est toujours 50% plus élevés à l’Est qu’à l’Ouest !

Comparaison des taux de chômage Est / Ouest en 2018

Et que l’on ne disent pas que c’est parce que les travailleurs de RDA étaient mal formés et moins productifs. Car le taux de chômage des jeunes Est-allemand de moins de 25 ans, nés des années après la chute du mur est supérieur à celui des ouest allemands, et ces jeunes allemands de l’Est n’ont jamais connus la RDA…

30 ans après, la pauvreté pour l’Est, la richesse pour l’Ouest.

Il y a 30 ans, la chute du mur devait apporter la richesse à une RDA censée être pauvre. Le résultat c’est que 30 ans après, les Länders de l’Est sont toujours 25% moins riches que ceux de l’Ouest comme le montre cette carte du PIB par habitant ainsi que celle des revenus :

Le revenu par habitant en Allemagne de l’Ouest est généralement supérieur à 22.000 € par an, contre généralement moins de 19.000 € à l’Est. 16% d’écart après 30 ans !

En 1991, l’écart de revenu annuel moyen entre l’Est et l’Ouest était de 4432 €, en 2016, il était de 3623€. Démontrant que la chute du mur n’a pas conduit à réduire l’écart de revenu entre allemands de l’Est et de l’Ouest. Et ce alors que l’Allemagne de l’Est n’a plus depuis des décennies une économie socialiste.

S’il est vrai que l’Allemagne de l’Est était moins riche que la RDA, il est tout à fait faux de dire que la cause en était le système économique et politique socialiste. En 1945 au sortir de la guerre, l’URSS hérite d’une zone d’occupation ne comprenant que le tiers de l’industrie allemande, dont 45% est détruite. Les zones d’occupation US, française et britannique, concentrent elles 70% de l’industrie dont seulement 25% a été démolie. La RDA devra se construire avec seulement 23% de l’industrie allemande en état de fonctionner, tandis que la RFA dispose de 73% de l’appareil productif. A leurs créations, la RFA est donc plus de 3 fois plus riche que la RDA.

Education, l’Est défavorisé

En RDA l’éducation était gratuite pour tous, y compris l’enseignement supérieur. Dans l’enseignement supérieur, 60% des étudiants provenaient de familles d’ouvrier ou de paysans. A comparer au seulement 12% d’ouvriers qui accèdent à l’enseignement supérieurs en France, contre 33% des enfants de cadres. De 75% de main d’œuvre non qualifié en 1945, le système éducatif de la RDA réussit à diminuer à 12% la proportion de travailleurs non qualifiés en 1988. En 1989, 23% de la population Est-allemande est diplômée de l’enseignement supérieur, contre 12% en Allemagne de l’Ouest d’après les chiffres de l’OCDE. Ce taux n’atteint que 25% en l’an 2000 !

En 2017, des années après la chute du mur dans la majorité des régions de l’ex RDA le taux de jeunes sortants sans diplômes du système scolaire était jusqu’à deux fois supérieur, à celui de l’ouest de l’Allemagne :

La RDA, le socialisme, favorable aux femmes, un héritage qui perdure à l’Est

A la différence du gouvernement ouest-allemand, le gouvernement socialiste de l’Est mit tout en œuvre pour l’égalité homme femme et notamment pour que les femmes travaillent à temps plein : système public d’accueil des jeunes enfants, Babyjahr, une année de congé parental rémunéré etc…

Le taux d’activité des femmes atteint presque 86,5% en RDA dès 1975. En 1996, il n’était toujours que de 66% en Allemagne de l’Ouest (contre 90% à l’Est), avec seulement 22% des femmes travaillant à plein temps, contre 63% en ex RDA. La réunification a eu pour effet de faire chuter ce taux de 15% en quelques années, avec moins de 54% de femmes travaillant à plein temps en 2011 à l’Est.

Héritage de la RDA socialiste, à l’Est, la proportion d’enfants de moins de deux ans gardés en crèche est 3 fois plus élevée en RDA, en 2018.

La chute du mur a été un choc violent pour les femmes. Très visible dans les statistiques de la natalité. Brutalement frappée par le rétablissement du capitalisme, les femmes Est Allemandes ont cessé de faire des enfants. Nettement supérieur à celui de l’Ouest en 1980, le taux de fécondité des allemandes de l’Est a chuté à moins de la moitié de celui de l’Ouest. Il faudra 10 ans pour qu’il rejoigne celui de l’Ouest. 30 ans plus tard, il n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la chute du mur de Berlin.

En 2017, le taux de natalité est cependant quasiment moitié moins élevés en ex RDA qu’en ex RFA. Résultat de l’émigration massive des jeunes, et de l’effondrement du taux de natalité de la décennie noire de la réunification.

Population : migration, vieillissement et dépeuplement.

On a longtemps fait croire que la migration Est-Ouest était un mouvement de fuite du socialisme. 30 ans après la chute du mur, force est pourtant de constater que l’Est de l’Allemagne continue de se dépeupler, à l’exception de la région capitale, au profit du sud de l’Allemagne. En témoigne la carte suivante montrant l’évolution de la population pour 1000 habitants dans chacun des Länders allemands en 2017.

Les bilans et projections de la statistiques allemande montrent le résultat catastrophique, 30 ans après, de la chute du mur pour l’Allemagne de l’Ouest. Alors que la RDA avait une démographie plus active que la RFA, la chute du mur provoque un effondrement de la démographie, dont les Länders de RDA ne se sont pas remis.

Ex RDA :Une Allemagne de gauche, résolument de gauche et athée

Enseignement du bilan, c’est que 30 ans après la chute du mur, l’Allemagne de l’Est reste la partie la plus à gauche de l’Allemagne, ainsi que celle où la religion est la plus absente. En témoigne la carte du vote Die Linke en 2017, ainsi que la carte de la proportion de la population athée, que nous publions ci dessous.

Rappelons que lors des dernières élections régionales, en Thuringe, c’est Die Linke qui l’a emporté avec plus de 30% des voix, loin devant la droite extrême.

Vote Die Linke :

Carte de la part de la population athée – 2014 :

JBC pour www.initiative-communiste.fr

Les sources des chiffres

L’ensemble des cartes et leurs chiffres ont été produits avec les chiffres officiels de la statistiques de RFA :

Voir en ligne : sur initiative communiste

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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).