Quinzième anniversaire de l’agression de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie

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Il y a quinze ans, le 23 mars 1999, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, en violation de la charte des Nations Unis (puisque aucune résolution du conseil de sécurité ne l’y autorisait) lançait une campagne de bombardements sur la République fédérale de Yougoslavie, campagne qui, selon le ministre Hubert Védrine à l’époque, ne devait durer que quelques jours, et qui en fait dura plus de deux mois.

Officiellement il s’agissait de protéger les albanophones du Kosovo de la répression militaire de l’armée yougoslave. Toute une imagerie souvent fantasmagorique à base de charniers et de "génocides" fut mobilisée, héritée de la guerre civile de Bosnie, notamment un pseudo-massacre de civils en janvier 1999 à Racak (qui en fait ne fut qu’un affrontement entre l’armée régulière yougoslave et le groupe maoïste Armée de libération du Kosovo – UCK – mais nos médias "omirent" à l’époque de présenter la vérité factuelle). Slobodan Milosevic, qui avait été un temps l’ami de l’Amérique (comme Saddam Hussein en son temps), était devenu aux yeux de la presse le nouvel Hitler (au mépris d’ailleurs de la glorieuse image de résistance antinazie que le peuple serbe avait bravement méritée lors de la précédente guerre mondiale).

Lors des négociations de Rambouillet qui avaient précédé le bombardement – à la demande expresse de l’administration Clinton – la délégation yougoslave avait proposé d’accorder l’autonomie au Kosovo, et le maintien d’une mission de l’OSCE (déjà sur place) pour garantir la paix. Mais cela n’avait pas suffi, et Madeleine Albright, qui voulait à tout prix la guerre, avait imposé une "annexe B" humiliante pour la Yougoslavie, qui octroyait un droit de passage et de séjour des troupes de l’OTAN sur l’ensemble de son territoire. Après le retrait de la délégation yougoslave, le prétexte était trouvé pour lancer le bombardement.

Comme la mode de l’époque était au "zéro morts", nos bombardiers tirèrent de haut. Et manquèrent souvent leurs cibles. On évoqua le chiffre de 2.000 civils serbes tués en deux mois, sans compter les dommages aux infrastructures économiques : car s’il s’agissait officiellement de viser les casernes, bien peu de chars d’assaut furent au total détruits (13 seulement selon le Times du 26 juin 1999). En revanche les ponts, les usines, les réseaux d’adduction d’eau furent largement détruits. Face à une armée yougoslave entraînée depuis l’époque de Tito à se dissimuler sous terre, l’état-major de l’OTAN devait afficher toujours plus de cibles pour justifier son action. Toute infrastructure civile dont un régiment pourrait profiter fit donc l’affaire. Nous avons ainsi offert à la population des grandes villes serbes, déjà très appauvrie par l’embargo, des semaines de cauchemar sans approvisionnement d’essence, souvent sans électricité, sans eau, qui éprouva durement les plus faibles et notamment les hôpitaux.

Le bilan de 2.000 morts, n’inclut pas les effets indirects de notre action : la pollution provoquée par le bombardement du complexe chimique de Pancevo (car bombarder des stocks d’acide et d’ammoniaque en même temps ne posa aucun état d’âme, même aux ministres écologistes des gouvernements français et allemand) ou encore par les particules radioactives des fuselages des missiles Tomahawk désormais disséminées dans le sol yougoslave. Aujourd’hui on meurt beaucoup du cancer en Serbie, mais qui en parle ? Il faut y ajouter aussi les morts albanais, car, loin d’apaiser les tensions entre les militaires serbes et la guérilla de l’UCK au Kosovo, nos bombes ne firent qu’attiser les haines, et encourager encore plus les exactions. Au passif de cette intervention militaire, n’omettons pas non plus de mentionner les centaines de Serbes, de Roms, et de ressortissants d’autres minorités massacrés ou chassés au Kosovo par les sbires de l’UCK en juin 1999 quand Milosevic accepta finalement de retirer ses troupes.

Le bilan fut particulièrement désastreux aussi pour l’équilibre international. Pour la première fois l’OTAN avait excédé ses statuts en devenant non plus un organe militaire de protection de ses membres, mais un outil d’attaque en direction de la Russie et de tout ce qui résisterait aux visées hégémoniques des États-Unis (qui d’ailleurs installèrent au Kosovo, Camp Bondsteel, leur plus grande base militaire de l’après-guerre). Le droit des Nations-Unies avait été foulé au pied, ouvrant la voie à une sorte de loi de la jungle dont George W. Bush allait faire son credo après le 11 septembre 2001. Et la logique de la force allait dominer les relations internationales pour un nouvelle décennie, ni Moscou (humiliée par le droit d’ingérence que les occidentaux s’octroyaient en Serbie) ni Pékin (dont l’ambassade à Belgrade avait été bombardée) ne pouvant plus prendre au sérieux le mot d’ordre d’une globalisation pacifique dans un « village-monde fraternel » auquel certains esprits rêveurs avaient pu un instant croire avec la chute de l’URSS.

L’assassin oubliant facilement son crime, le quinzième anniversaire de l’attaque de la Serbie par les forces de l’OTAN n’a guère été commémoré en France. Ne participons pas à cette amnésie collective.

Frédéric Delorca

Auteur de L’ingérence de l’OTAN en Serbie - Aux origines du renouveau de l’anti-impérialisme en France, Éditions du Cygne décembre 2013.

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