Pierre Mauroy, l’Union de la gauche, le tournant, l’immigration...

, par  Xuan , popularité : 3%

Dans la quasi-unanimité des louanges qui accompagnent la mort de Pierre Mauroy, une analyse, illustrée de citations, du parcours politique de celui qui reste un des fossoyeurs de la stratégie "Programme commun" de la gauche des années 70/80... je suis un cocu de cette histoire là... je me souviens encore, jeune communiste de 18 ans, d’avoir fait signer des pétitions sur le marché de mon village Souppes-sur-Loing pour que le PS s’engage sur le PCG... et François Mitterrand, au Congrès de l’Internationale Socialiste à Vienne, en Autriche, répondant aux questions désapprobatrices des responsables de l’IS disant "j’ai signé le PCG pour prendre 3 millions de voix au PCF"... Il est plus que temps de reprendre nos voix, par un vrai programme de rupture avec le libéralisme, et de reprise en main du destin de notre peuple par la nationalisation des principaux moyens de production et d’échanges au service d’un projet de société émancipateur... Cela passe par un retour du PCF à son identité historique de parti révolutionnaire, organisé d’abord là ou le combat de classe peut se mener au plus près, dans l’entreprise.

Serge

Ajoutons cette citation qui, curieusement, a été presqu’oubliée, alors qu’elle est pourtant symbolique de l’utilisation de l’immigration et du racisme pour imposer l’austérité... Pour faire passer ce "tournant de la rigueur" en 1983 et devant les luttes des travailleurs de l’automobile, c’est ce même Pierre Mauroy qui déclare en Janvier 1983, quelques mois avant des élections municipales qui verront le succès électoral du FN à Dreux et lanceront la réhabilitation d’un parti d’extrême-droite en France, que les grévistes de Renault « sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises ».

Le texte ci-dessous est bien sûr discutable pour son appréciation unilatérale du rôle des communistes, mais il nous oblige à réfléchir sur l’impasse dans laquelle nous a enfermé le programme commun et une stratégie d’alliance électorale et de sommet.

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La planche pourrie

Tous les médias honorent Pierre Mauroy :

Alain Juppé : « Pierre Mauroy a su conjuguer ses fonctions nationales à une action reconnue dans sa ville de Lille, qu’il a marqué à jamais de son empreinte ».

« Changer la société, écrivait-il, c’est refuser l’illusion de la révolution. » Cite Le Point.

Jean François Copé : « Même si je ne partageais pas ses idées, son parcours m’a toujours inspiré beaucoup de respect. C’était un homme issu de la méritocratie républicaine »
.
Et Steeve Briois « tient à rendre hommage, au nom du Front National, à un acteur politique majeur de la Vème République ».

Une telle unanimité aurait déjà de quoi alerter le plus naïf des arpètes.

Jack Ralite l’un des quatre ministres révisionnistes des gouvernements Mauroy de 1981 à 1984 n’est pas de reste :

"Cela reste un bon souvenir. A partir de 1983, les choses n’ont pas tourné comme nous le souhaitions mais travailler avec lui fut agréable. Il y avait une grande bonté en lui et cette fierté d’être le premier Premier ministre d’un gouvernement de toute la gauche. Il en respectait toutes les composantes, il prenait le temps de débattre, il n’adoptait jamais une posture de commandement, c’est la conviction qui devait l’emporter. C’est une figure de la justice sociale qui disparaît. Le souvenir du tournant de 1983 restait douloureux chez lui, de par ses origines et son sens de la solidarité. Je n’oublie pas qu’il a rappelé à Jospin en 2002 que ’le mot ouvrier n’était pas un gros mot’."

On appréciera au passage le bilan du tournant de 83 : le bon souvenir serait devenu douloureux pour Mauroy dit-il. On y croit, et pour les salariés ?

Quand au respect de toutes les composantes, Ralite nous prend pour des jambons. Nous allons voir ce qu’il en est.

L’Humanité se souvient surtout que des ministres communistes appartenaient au même gouvernement et n’oublie aucune des réformes populaires, sauf au passage quelques licenciements, et glisse sur sa responsabilité dans le tournant de la rigueur, qui est attribué à... Fabius : 1981-1984 : Pierre Mauroy à l’épreuve du pouvoir.

Le « tournant de la rigueur »

Ces réformes, comme les nationalisations qui ont servi à renflouer les grandes entreprises avant de les re-privatiser, ou bien les réductions d’horaires immédiatement récupérées par des hausses de productivité ont été un maigre bénéfice pour les salariés.

Mais le « tournant de la rigueur » a marqué pour plusieurs dizaines d’années la fin des hausses de salaire et l’inflexion du ratio salaires / profits. Mauroy, qui n’avait de rouge que le bout de son pif, est entièrement responsable du « tournant de la rigueur » confié par lui à Delors, ce que Hollande n’a pas oublié de rappeler : « Pierre Mauroy, c’était aussi l’homme des restructurations industrielles, ce qu’on avait appelé un moment la rigueur » .
Devant la menace de faillite économique - déficits publics et poursuite de l’inflation -, il « a été décisif dans le fait de convaincre (François) Mitterrand qu’il ne fallait pas sortir du système monétaire européen et casser l’Europe pour faire le socialisme dans un seul pays. Mitterrand y avait un peu pensé », indique Michel Rocard.

Tandis que l’indexation des salaires sur les prix est supprimée, le franc est dévalué trois fois en 1981, 1982 et 1983.

Double langage sur les restructurations

On lit dans l’Unité du 23 mars 1979 qu’au cours de son intervention à l’Assemblée nationale dans le débat de censure, Pierre Mauroy s’est adressé au Premier ministre Raymond Barre pour dénoncer l’attitude du Pouvoir sur le problème de la sidérurgie et dans les incidents qui s’étaient produits à Denain :

« Quant à la sidérurgie, vous avez beau jeu de mettre en avant, pour justifier les licenciements à Denain, la faiblesse de la rentabilité de notre appareil de production, comparé à celui de nos voisins. L’approche des socialistes est moins conjoncturelle. La question que nous posons est de savoir si cette différence de rentabilité, au demeurant minime, justifie le sacrifice pur et simple de l’entreprise. La réalité, c’est que dans cette période de crise, vous n’osez pas courir le risque d’une expansion à venir. L’analyse que nous faisons de la situation de l’industrie sidérurgique implique la mise en œuvre de la transformation de l’appareil de production, l’adoption de nouvelles structures industrielles et l’intensification de la recherche. Au moment où vous laissez entendre la fermeture de Denain et peut-être de Longwy, nous vous affirmons, monsieur le Premier ministre, que Longwy et Denain peuvent vivre, et nous formulons un certain nombre de propositions concrètes. Devant cette assemblée, je prends même le risque d’un pari que j’ai déjà fait devant vous, monsieur le Premier ministre, et devant le président de la République. Vous allez licencier des milliers et des milliers de travailleurs à Denain et à Longwy. Vous ne croyez pas à l’expansion. Nous, nous y croyons davantage. Un jour viendra où il faudra pousser les feux à Dunkerque, faire des investissements à Fos et recourir sans doute à une main-d’œuvre qui n’est pas sur place actuellement. Telle est la situation de la sidérurgie. Quel paradoxe que cette hargne à licencier pour rentabiliser, au moment où le chômage apparaît comme le pire des gaspillages sociaux ! Vous ignorez les faillites industrielles jusqu’au moment où la colère des travailleurs tend la situation jusqu’à la rendre dramatique. A ce moment-là, vous tentez de faire peser la suspicion sur l’attitude des chômeurs qui manifestent pour la défense de leur emploi, ou sur des organisations syndicales, voire des formations politiques dont vous n’osez même pas dire le non. Avec le bureau du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, je veux ici, solennellement, m’inscrire en faux contre des affirmations qui veulent rendre les ouvriers sidérurgistes responsables des incidents qui se sont déroulés dans le Valenciennois, et plus particulièrement à Denain. Je veux aussi dénoncer les brutalités qui se sont exercées sur les élus locaux, les parlementaires et les responsables syndicaux. Les socialistes récusent les explications fournies par les pouvoirs publics, ainsi que les déclarations officielles qui ont pu être faites. C’est l’arrivée et l’intervention des forces de police qui sont à l’origine de l’explosion de violence, et nous demandons, avec le bureau du conseil régional, que soient situés les véritables auteurs de ces débordements injustifiables, qui n’ont d’autre objectif que de jeter le discrédit sur des milliers de travailleurs en lutte pour leur droit au travail, et que soient prises à l’égard de tous les responsables de ces graves incidents les mesures qui s’imposent. »

Après les paroles, les actes :

Dès le mois de juin 1982, l’État annonce 12.000 suppressions d’emplois. Pierre Mauroy vient à Pont-à-Mousson le 5 décembre 1982 et s’oppose à 1.500 manifestants qui brûlent des pneus sous les fenêtres des Prémontrés. « Nous ne sommes malheureusement pas des magiciens », avouait-il dans les colonnes du Républicain Lorrain, la veille de son déplacement.

Le 29 mars 1984, le gouvernement Mauroy - comportant toujours quatre ministres communistes - révisait le plan Acier et annonçait la suppression de 21.000 emplois supplémentaires. Les aciéries de Pompey étaient rayées de la carte et celles de Neuves-Maisons aux trois-quarts liquidées. Le tiers des 6.000 emplois de Gandrange étaient condamnés. Ce plan sonnait enfin le glas de la sidérurgie à Longwy.

25.000 à 30.000 emplois sont supprimés à Usinor et Sacilor, qui à l’époque comptent 90.000 salariés, soit 30% de l’effectif. Des dizaines de milliers de sidérurgistes manifestent à Paris le 13 avril 1984 aux cris de « Mitterrand trahison ! ».

S’ils annoncèrent en Lorraine qu’ils n’accepteraient jamais le plan Acier, les dirigeants révisionnistes votèrent en mai au Parlement la confiance au gouvernement Mauroy.

Mauroy s’acoquine avec le syndicaliste jaune Jacques Chérèque, pour qui « Il faut retirer les hauts fourneaux de la tête des sidérurgistes lorrains », et qui sabote l’unité d’action avec la CGT de la métallurgie pour accepter les suppressions d’emplois dans la sidérurgie. Pour le remercier de ses bons offices, Mauroy le nomme préfet à la réindustrialisation.

Là encore on promet monts et merveilles, mais en définitive, en 1984, le train universel prévu à Gandrange pour un devis de 1,8 milliards de francs n’a pas été réalisé. Il a été également décidé de fermer le train de laminage de Sacilor à Rombas situé lui aussi en Moselle et on a également fermé le site de Fos-sur-mer, pourtant le plus moderne. Cerise sur le gâteau le laminoir de Trith-Saint-Léger n’a quand même pas été sauvé puisqu’il a été fermé l’année suivante en 1985.

Pour plus de détails, voir l’article de Matièrevolution Les licenciements massifs dans la sidérurgie lorraine.

Chronique d’une mort annoncée

En 1961, il est élu secrétaire général de la fédération du Nord, la plus importante du parti, mais n’a pas claqué la porte de la SFIO pendant la guerre d’Algérie et sous le gouvernement Guy Mollet, dont il devient le dauphin en janvier 1966.

Au Congrès d’Epinay en 1971, Mauroy déclare

« Le pays repousse la révolution dans le désordre et la confusion. Ce qu’il souhaite en tous les cas la gauche, c’est la seule révolution qu’il admette, c’est la révolution dans la clarté et la sécurité c’est-à-dire sans la violence.

Camarades l’essentiel de notre position peut s’exprimer ainsi : La gauche a besoin du concours du parti communiste, et après évolution, de la participation du parti communiste pour battre la droite et la réaction et pour pouvoir avoir en France un gouvernement de gauche. Ça c’est le premier point, le premier élément. Mais de la même façon camarades, une gauche dominée par le parti communiste n’a aucune chance d’accéder au pouvoir, une gauche dominée par le parti communiste serait le plus beau cadeau que nous pourrions faire à l’UNR. »

Dès lors il est acquis que l’Union de la Gauche est un marché de dupes, mais il n’est pire sourd qui ne veut entendre, Marchais persiste et aujourd’hui encore le parti révisionniste est dans le déni.

Lors du Congrès de Metz de 1979, Pierre Mauroy sera aux côtés de Michel Rocard, contre François Mitterrand, pour défendre une position sociale-démocrate et refuser la « rupture avec le capitalisme ». « La radicalisation atteignait son paroxysme. Nous étions là pour tempérer ».

Les espoirs entretenus autour du Programme Commun étaient ainsi condamnés avant même sa mise en œuvre.

En 1992 c’est la consécration : il préside l’Internationale socialiste.

Mauroy signera sa fin de parcours dans l’opprobre comme bon nombre de notables bourgeois. Le 20 juin 2008, 11 ans après le début de la procédure, il est mis en examen pour détournement de fonds publics pour un emploi fictif attribué à Lyne Cohen-Solal au sein de la communauté urbaine de Lille (CUDL) en 1992, et condamné le 4 février 2011 à 20.000 euros d’amende avec sursis pour abus de confiance, ainsi que son directeur de cabinet Bernard Masset.

La « trahison » des socialistes ne date pas d’aujourd’hui, elle n’est que le prolongement d’une ligne réactionnaire, inaugurée par les sociaux démocrates en votant les crédits de la boucherie impérialiste de 1914. Regarder la réalité en face évite de renouveler les erreurs, quand il s’agit encore d’erreurs.

L’obstination de la direction révisionniste à repeindre en rose la façade des socialos démontre qu’elle poursuit toujours l’objectif de s’unir avec eux et que les critiques envers Hollande ne l’empêchent pas de rester « entre amis ».

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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).