« On pensait avoir un ennemi, on en a deux » (Edouard Pagni délégué CGT moulins Maurel)

, par  lepcf.fr , popularité : 2%

Un épisode de plus dans le combat des salariés des moulins Maurel et des Bouches-du-Rhône pour la défense de l’emploi et de l’outil industriel [1]. Pour l’instant le groupe Nutrixo [2], propriétaire du site, est déterminé non seulement à fermer mais aussi à bloquer toute possibilité de redémarrage des moulins Maurel. Pour autant les salariés et la CGT n’ont pas dit leur dernier mot.

Jeudi 3 octobre 2014, au petit matin, les forces de police de Valls et Cazeneuve sont venues en très grand nombre [3] faire une bien sale besogne pour le compte de Nutrixo : expulser les salariés en lutte depuis plus d’un an et qui occupaient le site depuis une semaine, prendre l’usine, démonter et charger dans un semi-remorque les deux plus grandes et performantes machines, charger les militants qui faisaient le gué dehors et partir en laissant le site sous la garde de milices privées, les mêmes que celles utilisées par la direction de Fralib…

L’intervention, à la légalité plus que douteuse au vu des différentes ordonnances du tribunal qui appelaient à la poursuite du dialogue, est d’autant plus scandaleuse que Nutrixo refuse de discuter avec le groupe qui s’est porté candidat à la reprise du site et l’a encore rappelé ce jeudi à la préfecture. Là encore la responsabilité des pouvoirs publics est écrasante : non seulement ils ne font rien pour forcer Nutrixo à négocier alors que l’état est actionnaire à 11% du groupe mais en plus avec l’épisode de jeudi dernier ils se rendent complices du démantèlement du site espérant sans doute décourager la trentaine de salariés qui se battent pour leur emploi.

Eh bien si l’abattement était le but recherché, patronat et gouvernement en seront pour leurs frais.
C’était sans compter la convergence des luttes initiée par la CGT dans le département sur les nombreux dossiers de défense d’emploi avec 17 autres organisations.
C’était sans compter également avec la solidarité entre les travailleurs qui ici n’est pas un vain mot ou un simple slogan.
C’était sans compter avec la détermination des salariés dont la vie de famille, l’avenir professionnel et la santé sont en jeu dans ce bras de fer travailleurs / patronat, gouvernement.

Ce samedi 4 octobre la CGT du département appelait à un rassemblement devant l’usine et tous répondaient présents.

Édouard, le délégué de l’entreprise, prenait la parole le premier et rappelait la force de cette stratégie : « En face ils ont peur quand ils nous voient au côté des camarades d’Air France, de la SNCM, de l’APHM, de LyonDell… Et nous on y va parce qu’on a besoin de routes, d’hôpitaux, d’éducation, d’emplois, de services publics et c’est ce qu’on leur dit quand on parle des moulins Maurel. On pensait avoir un ennemi, les patrons ; en fait on en a deux : les patrons et le gouvernement. ».

Et de détailler les éléments qui prouvent tout à la fois la mauvaise foi de Nutrixo, la complicité du gouvernement et la volonté commune des deux adversaires de faire sur le site une opération immobilière au détriment de l’emploi et des besoins de la population. Comment ne pas penser en entendant Edouard démontrer le mécanisme qui lie le patronat au gouvernement à cette phrase historique : « Le gouvernement moderne n’est qu’un comité administratif de la classe bourgeoise » comme l’écrivaient Marx et Engels dans le manifeste du Parti Communiste ...en 1848. Même si le contexte socio-économique de l’époque n’est pas comparable avec celui d’aujourd’hui, le gouvernement français actuel est bel et bien du côté des patrons qui broient la vie des travailleurs. Aujourd’hui encore l’affrontement capital/ travail n’a pas fondamentalement changé.

Eric Chenais du bureau départemental de la CGT et Julien Huck secrétaire Fédéral de la FNAF ont également pris la parole en faisant le lien entre le rassemblement devant l’usine et la journée nationale d’action à venir du 16 octobre.

Tous les 3, et plus particulièrement Édouard, répondant à l’envie qui traversait si fort l’assistance, que les grilles métalliques en furent toutes secouées et manquèrent de tomber, faisaient une promesse : « On reprendra notre usine » et les fralibs présents à qui cela rappelait des souvenirs, avec l’ensemble des manifestants, approuvaient avec force.

L’histoire n’est pas finie, les camarades en luttes des moulins Maurel et les militants qui les soutiennent ont bien montrés ce 4 octobre, qu’ils étaient déterminés à l’écrire en leur faveur.

Source : Rouge Midi

[1Rappel :
Pendant près de deux ans, la Grande Minoterie de la Méditerranée - plus connue sous le nom de Moulins Maurel - est restée dans l’attente d’un repreneur. Après de pseudo-concertations notamment avec la préfecture, la direction a annoncé la fermeture définitive du site de la Valentine. Une offre de reprise avait été déposée, mais elle ne prévoyait de garder qu’onze salariés sur les soixante du site de production de semoule. Dans un communiqué, la direction avait alors indiqué qu’elle allait "désormais pouvoir entreprendre un programme de revitalisation du bassin d’emploi".

En 2008, le groupe Nutrixo avait racheté cette usine fondée en 1860. En juillet 2012, la perte de son principal client, Panzani, avait prétexté l’annonce d’une fermeture un an plus tard. Les salariés avaient pensé un temps poursuivre l’activité en Scop mais ce projet n’a pas pu aboutir. Pour la CGT, la décision de fermeture était "prévisible" : "La destruction de ce site industriel a toujours été l’objectif principal du groupe Nutrixo (...) Le syndicat CGT et les représentants du personnel interpellent donc les pouvoirs publics pour qu’ils interviennent dans l’intérêt des salariés afin que des négociations commerciales s’ouvrent pour permettre la reprise industrielle."

En décembre 2013, Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, avait annulé à la dernière minute une visite à la minoterie. Situés à proximité de la zone d’activité commerciale de la Valentine, les 16.000 mètres carrés sur lesquels est installée cette usine doivent aiguiser l’appétit des promoteurs.

[2NutriXo, issu du regroupement des Grands Moulins de Paris, d’Euromill et d’Inter-Farine, est le co-leader de la meunerie en France et l’un des premiers acteurs du secteur en Europe. Le groupe a une double activité :
- La Meunerie avec les marques Francine, Campaillette, Ronde des Pains, Les Pains Campaillou, Copaline, Au Cœur des Pains, Les Tendres, Moulbie et Melix,
- La boulangerie-viennoiserie-pâtisserie avec BVP, fabrication de produits essentiellement surgelés, avec les marques Provencette, Délifrance et Appétit de France.

[3Difficile de dire combien ils étaient, mais on a bien dénombré plusieurs dizaines de fourgons de CRS

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