Machreq. C’est Lenine qui révéla les Accords secrets Sikes-Picot

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"Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir" disait Aimé Césaire. Il est toujours frappant de réaliser à quel point des questions actuelles ne peuvent se comprendre vraiment qu’en les situant dans une histoire longue, non pas parce qu’elles n’en seraient que les conséquences, mais parce que les forces et les motivations de ceux qui en ont posé les bases éclairent les forces et les motivations de ceux qui agissent aujourd’hui.

Ainsi, du conflit "religieux’ au moyen-orient, de la Syrie à la Palestine...

Le roman historique de Gilbert Sinoué ’le souffle du jasmin", nous raconte l’histoire de la naissance des conflits actuels entre la première guerre mondiale avec la déclaration de Balfour en 1917 dans laquelle l’Angleterre reconnaissait un foyer Juif en Palestine et le partage nécolonial du moyen-orient organisé par l’accord Sikes-Picot, jusqu’au coup de Suez où la France se retrouve écartée, les USA devenant le vrai maitre du jeu au moyen-orient à partir de leur place en Arabie...

Ce sont bien le contrôle du pétrole, des routes de l’énergie et notamment du canal de Suez qui motivent la France et l’Angleterre dans le partage territorial comme dans la création de ce qui deviendra Israel. Comme le fait dire le romancier à un diplomate Français en 1920

« Ni l’Angleterre ni la France ne peuvent laisser des régions stratégiques aux mains de roitelets sans expérience et sans armée. La route des Indes est cruciale pour les anglais, le canal de Suez et notre influence dans la région exige notre présence. De plus, la Perse, l’Irak, la péninsule Arabique sont riches en pétroles dont la civilisation moderne a des besoins croissants.. »

Ce n’est pas la Shoah qui a conduit à la création de l’état d’Israel, comme ce ne sont pas les divisions religieuses entre chiites et sunnites qui ont justifiés les guerres Iran-Irak ou l’actuelle guerre de Syrie, mais bien la domination organisée par les grandes puissances des sources énergétiques...

Et ce n’est pas un hasard si c’est Lénine qui dévoile l’accord Sikes-Picot en 1916... La seule réponse aux guerres du (re)partage permanent du monde, c’est l’affrontement dans chaque pays contre ceux qui décident des guerres, contre le capitalisme...

Ci-dessous le texte de Danielle Bleitrach nous rappelant la publication par Lénine de ces accords, suivie de la présentation de ces accords par Alain Gresh...

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C’est le gouvernement de Lenine qui révéla les Accords secrets Sikes-Picot dont il fit publier le texte intégral dans la Pravda. Conclu le 16 mai 1916 en pleine Première guerre mondiale, ce traité partageait entre les Occidentaux les territoires arabes de l’Empire Ottoman.

Cette publication intervient quelques semaines après le succès de la Révolution d’octobre. Les soviets ratifient, le 26 octobre 1917, un Décret de paix qui stipule notamment :

« Le gouvernement abolit la diplomatie secrète et exprime de son côté la ferme intention de mener les pourparlers en pleine franchise, devant le peuple entier ; il procède immédiatement à la publication complète des traités secrets » .

La bataille faisait rage sur tous les fronts, les morts se comptaient déjà par millions. En publiant les traités secrets, les Bolchéviques qui venait de prendre le pouvoir et voulaient la paix immédiate, entendaient révéler à l’opinion mondiale les motivations profondes de l’affrontement entre impérialismes en concurrence pour le partage du monde. Ces traités montraient à l’opinion des pays belligérants les vrai buts de l’hécatombe : les soldats mouraient pour des objectifs qui leur étaient étrangers.

Lénine fait donc publier ces traités le 13 novembre 1917 dans la Pravda. Ils seront repris dans le Manchester Guardian et dans The New Europe.

L’accord Sykes-Picot, ainsi divulgué par le pouvoir Bolchévique, viole outrageusement la promesse faite aux Arabes de leur offrir une indépendance complète en contrepartie de leur aide contre les Turcs, promesse dont le « colonel » Thomas Edward Lawrence, dit« Lawrence d’Arabie » s’était porté garant auprès du chérif de La Mecque, Hussein, et de son fils Fayçal.

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Selon cet accord, le Moyen-Orient est découpé, malgré les promesses d’indépendance faites aux Arabes, en 5 zones :
- 1-zone bleue française, d’administration directe formée du Liban actuel et de la Cilicie ;
- 2-zone arabe A, d’influence française comportant le nord de la Syrie actuelle et la province de Mossoul ;
- 3-zone rouge britannique, d’administration directe formée du Koweït actuel et de la Mésopotamie ;
- 4-zone arabe B, d’influence britannique, comprenant le sud de la Syrie actuelle, la Jordanie actuelle et la future Palestine mandataire ;
- 5-zone brune, d’administration internationale comprenant Saint-Jean-d’Acre, Haïfa et Jérusalem. La Grande-Bretagne obtiendra le contrôle des ports d’Haïfa et d’Acre.

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A la fin de guerre, cet accord sera entériné et légalisé, avec un mandat en bonne et due forme de la Société des Nation (SDN) ; l’ONU de l’époque. A la France, on donne le contrôle du Liban et de la Syrie ; à la Grande-Bretagne l’Irak (agrandi de Kirkouk cédé par les Français en échange d’une participation aux bénéfices pétroliers de la région), la Transjordanie et la Palestine.


extraits du chapitre 2 du livre de Alain Gresh : Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007).

Le conflit se noue (1917-1939)

Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans – le turc –, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.

La lettre de Balfour est adressée à lord Walter Rothschild, un des
représentants du judaïsme britannique, proche des sionistes. Qu’est-ce que le sionisme ? J’y reviendrai dans le prochain chapitre. Bornons-nous pour l’instant à dire que ce mouvement réclame « la renaissance nationale du peuple juif » et son « retour » sur la terre de Palestine. La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. »

La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate.

Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du canal de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte.

Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence.

Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut-être, à la majorité…

Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique.

Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes.

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