Libération : les républicains espagnols, héros oubliés

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Au soir du 24 août 1944, les républicains espagnols, membres de la 2ème DB, sont les premiers à pénétrer dans Paris. Dans un roman graphique, le dessinateur Paco Roca rend hommage à l’histoire méconnue de ces soldats de la France libre.

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Le 25 août 1944, dans un discours passé à la postérité, le Général de Gaulle s’adresse aux Parisiens depuis l’Hôtel-de-Ville : « Paris, Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! Libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France ». Avec fierté, l’homme de l’Appel du 18 juin salue l’action de la résistance et des soldats français. Pourtant, ces militaires bleu-blanc-rouge ne sont pas les premiers à pénétrer dans la capitale encore occupée.

La veille, ce sont des membres d’une unité espagnole de la 2ème Division blindée du général Leclerc qui ont atteint avant tout le monde le centre de Paris. Vers 21h30, la 9ème compagnie du régiment de marche du Tchad, composée de républicains espagnols et appelée "la Nueve", est arrivée en éclaireuse à l’Hôtel-de-Ville. Pour le dessinateur Paco Roca, qui a consacré un roman graphique à l’histoire de ces soldats, cette omission du chef de la France Libre n’est pas si étonnante. « Comment De Gaulle aurait-il pu dire que les premiers à entrer dans Paris avaient été des communistes espagnols ? C’était tout simplement impensable. Ils finirent donc dans les oubliettes de l’histoire française », explique-t-il à France 24.

"Des combattants aguerris"

Dans sa bande dessinée intitulée "La Nueve", l’auteur retrace l’incroyable odyssée de ces hommes, des rives du port d’Alicante, dans le sud-est de l’Espagne, jusqu’aux routes de la Libération.

Beaucoup d’entre eux étaient des anarchistes qui avaient quitté leur pays lors de la Guerre civile. « Le sort des exilés espagnols m’a toujours intéressé. Près d’un demi-million de personnes ont traversé la frontière en direction de la France et environ 50.000 ont fui vers le nord de l’Afrique », raconte le dessinateur originaire de Valence. « J’ai découvert l’histoire de "La Nueve" par hasard, lorsque je me suis retrouvé à Paris en compagnie de deux anciens combattants de cette compagnie. Je me suis rendu compte qu’à travers "La Nueve", je pouvais raconter l’un de ces chemins de l’exil, l’un de ceux qui se concluait par une fin glorieuse ».

Mais avant de connaître la joie de la victoire, ces républicains espagnols subissent surtout la souffrance de l’exil. Avec la défaite française en juin 1940, le piège se referme sur ces étrangers.

Certains sont internés en France par le régime de Vichy, tandis que d’autres sont enrôlés de force dans des camps de travail en Afrique du Nord. Lors du débarquement anglo-américain en 1942, ces derniers ont enfin la possibilité de reprendre le combat en intégrant les Forces françaises libres. Ils choisissent sans hésiter de suivre l’armée de De Gaulle. « Il est probable qu’en d’autres circonstances, un conservateur militaire de carrière et des "rouges" eurent été idéologiquement aux antipodes. Mais au beau milieu de cette guerre mondiale, De Gaulle était un exemple de bravoure pour les républicains espagnols. Il incarnait en quelque sorte leur propre lutte contre le fascisme », souligne Paco Roca.

Un extrait de "La Nueve" : les Républicains espagnols faits prisonniers par le régime de Vichy

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"Mort aux cons"

Sous le commandement du capitaine français Raymond Dronne, qui a baptisé sa Jeep "Mort aux cons", les soldats de "La Nueve" s’entraînent au Maroc puis embarquent pour l’Angleterre. Début août 1944, ils posent enfin le pied en France avec le reste de la 2ème Division blindée. Après s’être battu à Alençon ou encore Écouché en Normandie, ils se rapprochent de Paris au volant de leurs véhicules blindés.

Le 24 août au soir, après avoir reçu le feu vert des forces alliées, le général Leclerc ordonne au capitaine Dronne de foncer dans la capitale. Selon Paco Roca, cet honneur n’était pas vraiment dû au hasard. La compagnie était l’une des seules à pouvoir rouler rapidement jusqu’à Paris : « L’un des éléments prépondérants d’une compagnie de blindés, c’est le carburant. Les Espagnols de "La Nueve" avaient, durant la campagne de Tunis, appris à économiser le carburant. Leurs combines étaient aussi bien connues au sein de la division. Ils livraient des prisonniers allemands aux soldats nord-américains contre du carburant ».

Un extrait de "La Nueve" : le capitaine Raymond Dronne prend le commandement de "La Nueve"
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Une marche commémorative

Après la Libération de la Ville lumière, ces hommes ne cessent pas le combat. En mai 1945, ils arrivent jusqu’au nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden : « Un lieu symbolique pour ces Espagnols qui avaient été vaincus par le fascisme et contraints à l’exil en abandonnant leurs vies ». Mais cette revanche se paye au prix du sang. En Allemagne, "La Nueve" déplore de nombreuses pertes. « À peine une vingtaine des membres fondateurs de l’unité terminèrent la guerre (sur environ 150 soldats, NDLR). Ce qui ne veut pas pour autant dire que tous les autres furent tués, puisque beaucoup furent tout simplement évacués en raison de graves blessures », précise Paco Roca.

Pour le dessinateur espagnol, même si le parcours de cette compagnie de choc fut héroïque, il se révéla surtout tragique. Une fois la guerre terminée, ces combattants tombèrent dans l’oubli et ne purent jamais accomplir leur véritable mission : « Leur objectif était de mettre fin au fascisme en Europe pour pouvoir ensuite se débarrasser de Franco, un scénario qu’ils ne parvinrent pas à dérouler jusqu’au bout. La majorité d’entre eux décédèrent durant leur exil, sans jamais pouvoir revenir dans leurs foyers ».

Soixante-dix ans après, cette faute de l’histoire est en partie réparée. En ce 24 août 2014, les hommes de "La Nueve" sont à l’honneur dans Paris. Une marche commémorative sur les traces de la 9ème compagnie va relier la porte d’Italie au quai Henri-IV, tandis qu’un hommage sera également rendu à l’Hôtel-de-Ville, en présence d’un des deux membres survivant, Rafael Gomez.

Voir en ligne : Article de Yann Buxeda, Stéphanie Trouillard sur France24

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