Leonarda, Bosch, l’Europe et les bonnets rouges...

, par  pam , popularité : 8%

Pour contribuer aux débats des 6èmes rencontres internationalistes de Vénissieux, une analyse de deux situations concrètes que notre ville connait bien, celle de l’insupportable errance des roms chassés d’un camp à l’autre, et celle de la toute aussi insupportable attente des travailleurs de Bosch, dont l‘usine historique de la ville est une nouvelle fois mise en cause par les dirigeants du groupe.

Ces deux exemples confirment que nous avions raison en 2008 de prendre l’initiative d’une première rencontre Vénissiane sur les questions internationales. Il est impossible de résister au capitalisme en France sans comprendre que d’autres résistent ailleurs, face à un système qui fait de la mise en concurrence locale comme mondiale l’instrument de sa domination contre les peuples, jusqu’à leur écrasement quand c’est nécessaire au maintien des revenus indécents des plus riches.

L’exemple Léonarda

Premier exemple : Tous les médias et dirigeants politiques discourent sur la réponse à apporter à cette jeune Leonarda, devenue le symbole d’une urgence sociale. Les politiques devraient y répondre par une décision plus ou moins humaine et plus ou moins juste. Comme si la situation intolérable des familles roms était un problème d’équilibre entre justice et humanité. Le cas de la famille de Leonarda, d’origine Kosovarde, est symptomatique. Si des milliers de familles parmi les plus pauvres de cette région européenne partent en exil à la recherche de lieux de survie, c’est d’abord et avant tout que leur pays a été explosé par ce capitalisme sauvage qui a déferlé sur l’Europe de l’Est après la chute du mur, et ensuite par la guerre que nous avons mené pour faire éclater l’ex Yougoslavie. Il faut lire le livre témoignage de Robert Décombes, la guerre humanitaire pour le Kosovo. Ce journaliste de l’Humanité, envoyé spécial en Yougoslavie pendant des années, fin connaisseur de la région, témoigne des conditions dans lesquelles les USA et l’UE ont imposé le retrait des forces de police d’un état indépendant dans une de ses régions, sous des prétextes humanitaires masquant le soutien à un nouveau pouvoir corrompu et mafieux au service des intérêts occidentaux. Cette action internationale a ouvert la voie aux nouvelles guerres impérialistes en Afghanistan, en Irak, et aujourd’hui en Syrie, qui sont toutes faites au nom de la justice et font exploser les injustices, au nom des droits de l’homme tout en retournant aux pires heures coloniales, jusqu’à la torture en Irak et aux horreurs criminelles de nos alliés en Syrie.

En quelque sorte, dans l’affaire Leonarda, ce sont les pyromanes qui se présentent comme secouristes, et qui nous imposent un débat pour savoir qui ou combien de ces exilés auront droit à notre charité ! Or, il n’y a aucune solution pour Leonarda, pour les autres, et pour les travailleurs de France, du Kosovo, de Roumanie et de toute l’Europe, sans remettre en cause cette concurrence généralisée qu’organise l’Union Européenne. Il est intolérable de laisser des familles à la rue, de les chasser d’un bidonville pour les laisser en reconstruire un autre, mais il est intolérable de laisser la misère et la précarité envoyer des familles sur les routes de l’exil, il est intolérable de justifier une émigration imposée par l’échec économique de la mondialisation capitaliste, notamment en Europe, il est intolérable d’organiser ainsi en France la concurrence entre les familles populaires, d’imposer aux villes populaires ces bidonvilles qui pourrissent un quartier, fragilisent les équilibres sociaux toujours difficiles. Ceux qui justifient ces exils de la guerre et de la pauvreté et proposent de l’organiser participent de cette loi de la concurrence qui est la même qui justifie les mesures liberticides, répressives, inhumaines du contrôle de ces migrations.

Les travailleurs, les familles des quartiers populaires le savent d’expérience, et le disent dans leur immense majorité, justifier l’installation de tous les exilés en France, c’est justifier notre politique économique diplomatique et militaire qui les jette sur les chemins de l’exode. Il faut au contraire mettre en cause radicalement ces politiques et affirmer avec tous ceux qui n’en peuvent plus le droit à vivre dans son pays. Ce n’est qu’une fois ce droit acquis, que le droit à se déplacer, à s’installer ailleurs, prend du sens. Ce n’est qu’une fois qu’on a fait cesser cette guerre économique et militaire qui détruit des pays qu’on peut parler de coopérations, d’échanges, de partages, de migrations.

L’exemple Bosch

Le deuxième exemple est très différent mais tout aussi instructif. Un site industriel historique de la ville, qui faisait travailler plus de 1000 salariés il y a 20 ans, et seulement 400 après les différentes restructurations de 2005 et 2010, est complètement mis en cause par le groupe Bosch qui poursuit sa stratégie de fermeture en France, et d’investissement en Europe de l’Est.

Certains veulent nous enfermer dans un débat sur le soutien public au photovoltaïque pour sauver les emplois, sur la recherche d’un repreneur qui viendrait remplacer le groupe Bosch, alors que là aussi, il faut en venir au fonds de la stratégie du groupe Bosch, stratégie qui est au cœur de la construction européenne. Ceux qui continuent de présenter le « projet européen » comme un projet humaniste et pacifiste, un projet politique, savent parfaitement qu’ils mentent, que le processus de construction européenne qui a créé l’Union Européenne est d’abord la construction capitaliste d’un grand marché du travail dont le premier objectif et la première réalité vécue est celle de la mise en concurrence des travailleurs pour faire baisser les salaires, le plus massivement possible. Et ce n’est pas un hasard si les grands groupes allemands sont à la pointe de cette guerre économique, avec des millions de travailleurs allemands payés la moitié du SMIC français, et des millions de travailleurs sous-payés dans cette Europe de l’Est redevenue l’empire économique allemand. Seule l’Allemagne est sortie gagnante de la mise en place de l’Euro, qu’il faut bien appeler par son nom, l’Euro-Mark. Les balances commerciales de tous les autres pays de la zone Euro ont plongé dans le rouge pendant que l’Allemagne accumulait les excédents… contre ses voisins !

Ainsi, la construction européenne est d’abord et avant tout celle de l’aggravation des inégalités, et la destruction des emplois chez Bosch est directement lié à ce qu’il faut bien appeler la recolonisation de l’Europe de l’Est qui détruit le tissu social de ces pays et génère cette émigration massive qui fait pression ensuite sur les travailleurs de l’Europe de l’Ouest pour leur faire accepter l’austérité et la remise en cause de leurs droits sociaux.

Non seulement il faut exiger du groupe Bosch qu’il assume ses responsabilités sur le site de Vénissieux, sur tous les sites de France, ou qu’il rende les milliards de profits accumulés par les travailleurs de ces sites depuis des décennies, mais aussi qu’il finance des conditions d’accueil dignes des familles immigrés d’Europe de l’Est, leur formation pour leur permettre d’imposer leur droit à vivre dans leur pays, à contribuer à son développement, à son indépendance.

Oui, les bonnets rouges ont raison : l’heure est aux révolutions !

La faillite politique et économique du gouvernement PS-EELV de François Hollande pousse la France à se secouer enfin des petits arrangements institutionnels et politiciens qui font une alternance mortifère depuis le premier plan de rigueur de François Mitterrand. Le Front national est aux aguets, il peut rafler la mise. Mais les luttes sociales peuvent tout bousculer, tout remettre en cause. Avec les Fralib, avec les bonnets rouge bretons, avec les Bosch, Alcatel, Peugeot, avec les familles populaires, avec les réfugiés de l’Union Européenne et de nos guerres, nous devons faire vivre au concret notre vrai mot d’ordre, notre mot d’ordre principal, celui qui nous aide à garder le cap dans les tempêtes qui s’annoncent :

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

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    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

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    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).