La jeunesse et le bâton !

, par  Guillaume Sayon , popularité : 8%
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Il y a des images qui marquent. Elles marquent parce qu’elles provoquent quelque chose d’intense en nous. De la stupeur, de la colère, de la peur… Je dois ici avouer que quelques images ces derniers jours ont eu cet effet sur moi. Voir les forces de l’ordre s’abattre brutalement, froidement, sans un geste de retenue, sur de jeunes étudiants ou lycéens, cette génération sacrifiée au pire, vendue à la télévision et sa publicité pourrie, vendue à la précarité et aux rêves de cendres. Des images qui illustrent une violence légale, ce qui la rend encore plus insupportable, encore plus violente. Elle est effrayante cette violence. Qu’un gouvernement puisse répondre à sa jeunesse terrorisée par l’avenir qu’elle n’aura droit qu’à la matraque si elle ne marche pas droit, si elle ne s’affale pas sur la moquette miteuse de la bourgeoisie gavée jusqu’à écœurement pour se rendre aussi servile qu’un chien, cela n’est tout simplement pas acceptable. Ce président, ce gouvernement, cette majorité, ce système ont perdu toute légitimité en ayant fait couler le sang d’étudiants sur le bitume d’une saine et légitime révolte.Certains fins esprits me diront non sans raison que cette légitimité s’est envolée depuis longtemps déjà. Depuis le massacre de notre industrie et son chômage de masse, depuis le rêve européen devenu cauchemar, depuis que les restos du cœur n’arrivent plus à nourrir toutes les familles qui tapent, par désespoir et dernier recours, à leurs portes.

Je repensais aux scènes de rue du mai 68 de Bertolucci en voyant tous ces jeunes déterminés qui foulent les pavés. Je repensais aux manifs que j’enchaînais il y a dix ans contre le CPE. Elle est si belle cette jeunesse là. On la moquait il y a encore peu, on lui prêtait de nombreux qualificatifs fortement hostiles. Bête, déconnectée, pas intéressée, par rien… Pourtant, elle est inventive et elle continue de rêver. Sans doute rêvait-elle en silence tout ce temps. Car oui, depuis quelques années nous la cherchions cette jeunesse. Elle demeurait bien trop sage alors que les nuages s’amoncelaient dangereusement. Mais le volcan a fini par imploser. Sarkozy avait bien fait monter la pression il faut dire. Cependant, qu’un gouvernement de gauche puisse venir le surclasser dans les pires déclarations de guerre sociale devait devenir l’étincelle qui embrase tout. Car les médias en parlent peu finalement et on comprend pourquoi, mais dans les AG, dans les prises de parole, dans les écrits, dans les revendications, on ne conteste pas simplement la loi travail. Non, on va plus loin que ça. On demande de pouvoir vivre. On demande de changer le monde. Il ne s’agit pas, dans l’esprit de ces jeunes, d’utopies. Beaucoup comprennent et savent que changer le monde, c’est tout sauf impossible. C’est dur, c’est même compliqué mais certainement pas impossible. Changer le monde cela demande de l’engagement. Et de l’engagement, ils et elles en ont à revendre !

Alors, comme un vieux schéma usé mais qui semble être le seul que l’histoire digère, la tension monte et ce gouvernement, les intérêts qu’il sert, se sentent acculés. On tente de diviser ce lien sulfureux qui se noue entre la jeunesse et les travailleurs. On se propose à la surprise générale de lâcher une broutille aux fonctionnaires pour acheter la paix sociale. S’ils voulaient que ça marche, déjà aurait-il fallu se rendre un peu plus généreux. Les fonctionnaires ne sont pas des mendiants. Cela en dit long sur ce que ces gens pensent de nous réellement. Après tout, ne lâche t-on pas au milieu d’un rire gras dans ces assemblées feutrées que la multitude est composée de sans-dents ? On infiltre les cortèges en tenues civiles et on provoque des violences pour offrir aux médias de belles images qui tourneront en boucle sur les chaînes d’information dans le but d’effrayer le bon citoyen en train de couper son steak allemand bourré d’antibiotiques devant sa télévision. Cette télévision de propagande que les jeunes ont déserté depuis longtemps. La jeunesse elle mène la lutte virtuellement sur les réseau sociaux, elle se partage l’information militante, des médias éthiques car indépendants. Elle crée des choses incroyables sur Youtube, des inconnus deviennent de jeunes et apprentis cinéastes talentueux. Tout doucement, les nouvelles générations s’extirpent de ce système pourri et bâtissent tous les jours des expériences alternatives. Nous sommes trop bornés et fermés pour le voir. Je suis pour tout dire, heureux et curieux de découvrir tout cela. Beaucoup de choses, de conceptions, de croyances, de pratiques sont bouleversées.

Bien évidemment tout n’est pas parfait et sans doute, souvent, manque t-il d’épaisseur idéologique à tout cela. Mais il y a des raisons d’avoir confiance, elles sont nombreuses et elles redonnent beaucoup de sens à nos batailles. Je pense que nous sommes au début d’un cycle nouveau ; que sans le savoir, nous assistons à l’écriture des premières pages d’une nouvelle aventure nommée socialisme.

G.S

Voir en ligne : Blog de guillaume Sayon

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