Conférence « Les rendez vous de l’Histoire ». Région Centre de la CGT, Blois, 11 octobre 2013.

« La CGT et la guerre ! Et le pacifisme alors ! » Syndicalisme, pacifisme, internationalisme

, par  Jean-Pierre Page , popularité : 1%

Chers amis et camarades,

Je souhaite remercier l’institut d’Histoire Sociale Centre et son Président, notre camarade Robert Auvity, le Comité Régional de la région Centre de la CGT et mon ami Philippe Cordat, de me donner l’opportunité de participer à cette initiative et apporter une contribution qui, je l’espère, sera propice à votre réflexion comme à notre action pour la paix et la solidarité internationale !

Luttes pour la paix, actions contre les guerres coloniales et l’impérialisme, solidarité internationaliste constituent depuis sa naissance des engagements fondateurs de la CGT. On n’aura de cesse de rappeler que la CGT est aussi née contre la guerre et qu’elle s’est transformée à travers son combat internationaliste tout au long du 20ème siècle !

Ces principes ont toujours donné lieu dans la CGT, le mouvement syndical français et international, à des débats allant parfois jusqu’à la division et la scission. Ils furent depuis la naissance de la CGT, animés d’une part par les tenants d’une vision réformiste et de collaboration avec la bourgeoisie, et d’autre part par les partisans d’une conception de lutte des classes et de rupture avec le capitalisme. Rien ne fut jamais acquis d’avance, et nous le savons bien, rien n’est jamais définitivement tranché ! Pour autant, ce sont ces traits identitaires, ces débats, ces victoires et ces défaites qui ont forgé la CGT tout au long de son histoire, une histoire fondée sur les valeurs inséparables qui sont celles du mouvement ouvrier français et international. Pendant près d’un siècle, elles ont valu à la CGT un grand prestige international !

Celui-ci constitue un patrimoine dont nous sommes fiers mais dont devons être aussi comptables et cela d’autant que de nombreux militants et dirigeants de la CGT ont sacrifié leur vie pour un idéal de fraternité, de solidarité humaine, de coopération entre les travailleurs et les peuples dans un monde définitivement débarrassé des guerres !

On reconnaitra que cette vision que certains considèrent comme idéaliste voir obsolète, est en réalité plus actuelle et moderne que jamais, justement parce que nous sommes confrontés à la crise du capitalisme et à la domination impérialiste d’une minorité sur le reste de l’humanité !

Renoncer à ce combat serait renoncer à être nous mêmes !

Par conséquent, on ne saurait réfléchir à ce qui nous réunit aujourd’hui indépendamment de ce qui nous a forgé et nous rassemble, quand bien même les différences donnèrent lieu et donnent lieu encore à des débats passionnés et contradictoires ! Tant il est vrai que « celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ».

Je voudrai donc évoquer ici 3 sujets :

  • Le combat pour la paix et les principes de solidarité internationale, avant et après la première guerre mondiale.
  • Les luttes contre les guerres coloniales, l’OTAN et les ambitions impérialistes de suprématie mondiale.
  • De l’Europe aux menaces de guerre, la Syrie.

I - Le combat pour la paix et les principes de solidarité internationale, avant et après la première guerre mondiale !

C’est le 19 avril 1915 à Mort Mare en Meurthe et Moselle que furent fusillés pour l’exemple et sur ordre du Général Deletoile : le caporal Antoine Morange, les soldats Félix Beaudy et Henry Prébost parce qu’ils avaient refusé avec leur compagnie d’en finir avec une tranchée allemande, mais surtout parce qu’ils étaient adhérents et militants de la CGT ! [1]

Mais d’abord quelques dates en forme de repères :

Après la création de la 1ère Internationale ouvrière [2], le fameux « Prolétaires de tous les pays, unissez vous » [3], la défaite de la guerre de 1870 et les massacres de la Commune, les travailleurs se réorganisent, Friedrich Engels contribue à la fondation de la seconde Internationale en 1889. Avec la création de la CGT on assiste en 1895 à la conclusion d’un long processus, original, de débats intenses qui vont avec la fédéralisation permettre la création d’un Centre National interprofessionnel pour l’animation et la coordination des luttes. En 1906 a lieu le Congrès d’Amiens et la charte qui y est votée devient la référence théorique du syndicalisme français, celles des conception de lutte de classes et du syndicalisme révolutionnaire.

1912 : La CGT est la seule confédération syndicale existante en France, elle compte 700.000 adhérents sur un total de 7 millions de salariés. Le 24 novembre, elle tient un congrès extraordinaire sur le thème de l’action préventive contre la guerre.

1913 : Se constitue le Secrétariat syndical international auquel participe la CGT. Le 25 février, la CGT publie un manifeste antimilitariste.

1914 : La CGT compte alors environ 300.000 adhérents. Elle organise des manifestations syndicales contre la guerre le 27 juillet. Le 31 juillet, Jean Jaurès est assassiné [4]. Le 1er août c’est la mobilisation générale et le début de la guerre 14/18. Le 3 août, c’est la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Le 4 août, la CGT rallie l’Union sacrée. Lors du CCN de la CGT, tenu du 26 novembre au 5 décembre, seule une minorité se prononce contre la guerre. En septembre 1914, Léon Jouhaud, secrétaire général de la CGT, entre au Comité de Secours national, délégué à la Nation pour "soutenir le moral du pays et l’effort de guerre". Seule une minorité rassemblée autour de la Fédération des Métaux et du groupe de "La vie ouvrière" combat les orientations du groupe dirigeant.

1915 : Après la démission de Pierre Monatte le 3 janvier en protestation contre le ralliement de la CGT à l’Union Sacrée la guerre fait chuter les effectifs à 50.000 adhérents.

1917 : Dans l’année, on compte 696 grèves et 293.810 grévistes en France. Parallèlement, les effectifs remontent à 300.000. Les 6 et 7 novembre, c’est la rupture de l’Union sacrée. Au même moment éclate la Révolution d’Octobre en Russie. Dans les heures qui suivent le déclenchement de la révolution, Lénine fait approuver le fameux Décret sur la paix. Il annonce l’abolition de la diplomatie secrète et la proposition, à tous les pays en guerre, d’entamer des pourparlers « en vue d’une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions et sans indemnités ». Seule l’Allemagne accepte [5].

Après l’arrivée de Hitler au pouvoir, l’ISR, à la suite de l’Internationale communiste, change de tactique, et propose le 7 mars 1935 une conférence commune à la Fédération syndicale internationale pour le rétablissement de l’unité. Des discussions démarrent donc au niveau international, mais avant même qu’elles soient finalisées, des centrales rouges ont déjà intégré les rangs de la FSI, comme par exemple la Confédération générale du travail unitaire (CGT-U) en France.

Devant cette situation, l’ISR se dissout à la fin de 1937. Les syndicats rouges essayent alors de s’affilier à la FSI. Cette dernière envoie une délégation à Moscou en novembre 1937 pour discuter avec les syndicats soviétiques. Mais les accords de Munich, puis le Pacte germano-soviétique interrompent les contacts. Ils reprendront après l’invasion de l’Union soviétique par les troupes allemandes pour préparer la création de la Fédération syndicale mondiale.

Mais revenons quelques années en arrière : le 12 octobre 1925 éclate la guerre du Rif. La troupe est massivement mobilisé contre le révolutionnaire Marocain Abdel Krim et les forces qui le soutiennent, comme l’Internationale communiste. C’est à mes yeux un événement fondateur, le premier grand engagement internationaliste pour la toute jeune CGT-U et le tout aussi jeune PCF. La différence avec la CGT et le PS est alors sensible !

Car dans la tradition d’avant 1914, la CGT accepte le fait colonial, ayant seulement la volonté d’y introduire davantage de justice et d’humanité. La CGT-U, elle, renverse totalement ce discours. Avec la révolution bolchevik, la constitution de l’Internationale communiste et de l’Internationale syndicale rouge (ISR), une nouvelle orientation est mise en avant : la défense de l’indépendance nationale des pays dépendants, la communauté de combat entre colonisés et prolétaires – celle-ci est censée s’imposer.

Toutefois, l’internationalisme ne se décrète pas ! Pas plus qu’il ne saurait être une pétition morale, il n’a de sens que dans la mesure où il contribue aux luttes et donc au rapport des forces à l’échelle nationale et mondiale, c’est à quoi veut s’employer la CGT-U.

Dans les années qui suivent la fin de la 1ère guerre mondiale, on ne peut encore parler de rupture radicale, mais le mouvement est engagé. On peut lire de nombreux articles dans la Vie Ouvrière. Un groupe de jeunes militants, dont certains issus des colonies, prend au sérieux les nouveaux principes [6].

Mais revenons-en à 1925 et la guerre du Rif en France ; une campagne d’une violence inouïe se met en place pour expliquer que, plus que les intérêts français, c’est la « civilisation occidentale » qui est menacée. Abd El-Krim, soutenu par son peuple et par l’Internationale communiste, est présenté comme l’enfant monstrueux de deux fanatismes : l’islam et le communisme. Les Rifains sont surnommés par une certaine presse les « Boches de l’Afrique ». Les hommes politiques de tous bords se livrent à des effets de manche. Les journaux rivalisent dans les descriptions des atrocités de ces « indigènes » retournés à l’état sauvage. Vous voyez, les médias d’aujourd’hui n’ont rien à envier à ceux d’hier !

Mais la CGT-U, le PCF et des intellectuels prestigieux rassemblés autour de Barbusse et des surréalistes comme Aragon se mobilisent au sein d’un Comité d’action contre la guerre du Rif. Ils affirment avec force un principe anticolonialiste sans ambiguïté : « Nous proclamons une fois de plus le droit des peuples, de tous les peuples, à disposer d’eux-mêmes » [7].

Un mot d’ordre de grève générale est lancé pour le 12 octobre 1925. C’est une première et une traduction concrète du principe "d’internationalisme prolétarien" ! Il y aura des centaines d’arrestations, de lourdes peines de prison, et même un mort lors de la manifestation parisienne. Gaston Monmousseau, directeur de la Vie ouvrière parlera de 1 million de grévistes et de centaines de milliers d’autres sous d’autres formes !

La lecture des textes de la CGT, en tout cas, ne laisse aucun doute sur l’hostilité farouche que nourrissaient ses dirigeants – et sans doute nombre de ses adhérents – à l’égard de la CGT-U en général et de la grève en particulier [8].

Malgré ces obstacles et pourtant dans un climat particulièrement défavorable, les organisations de la CGT-U ont visé très haut : faire la démonstration que l’internationalisme pouvait passer – ou plutôt commençait à passer – dans les actes. Les grévistes d’octobre 1925 étaient en tout état de cause minoritaires, mais ils ont marqué de leur empreinte l’histoire sociale et politique française.

Avec la réunification de la CGT en 1936 et l’avènement du Front Populaire, la CGT va inscrire dans le préambule de ses statuts : les principes fondateurs du syndicalisme démocratique, de masse et de classe. Comme on le sait la CGT, prend une place décisive dans les grèves et les occupations d’usine. En 1937 elle compte 5 millions d’adhérents !

Le 18 juillet 1936, alors que l’euphorie consécutive à l’Accord de Matignon commence à retomber, la guerre civile espagnole éclate. Elle va passionner la vie politique française et commencer à diviser le rassemblement populaire. De nombreuses similitudes vont contribuer à faire de ce conflit extérieur une affaire française. Géographiquement proche, l’Espagne est surtout une jeune République fragile, née en avril 1931 et gouvernée depuis février 1936 par une coalition de Frente Popular. La guerre civile en Espagne va devenir un des autres actes fondateurs de l’internationalisme de la CGT.

Elle se dresse immédiatement contre le coup d’État franquiste et affirme dans une déclaration solennelle son soutien au peuple espagnol : « La CGT française adresse au peuple espagnol et à l’UGT l’expression de son admiration fraternelle pour sa lutte contre la réaction et le fascisme » [9].

La lutte des républicains espagnols est présentée comme une lutte universelle contre le fascisme, et la CGT met l’accent sur les conséquences d’une éventuelle victoire franquiste.

Dès la ratification de la non-intervention par les principales puissances, le Bureau de la CGT se prononce contre [10]. La CGT va alors s’engager pour tenter d’obtenir une réorientation de la politique gouvernementale française, dirigée par le PS et Léon Blum.

De son côté la FSI réclame la réouverture de la frontière espagnole pour le passage du matériel de guerre principalement soviétique. Elle demande également que le droit du gouvernement espagnol de s’acheter des armes lui soit légalement reconnu. La démarche est vaine et, le 1er avril 1939, la République espagnole est vaincue. Aux yeux de la CGT, la non-intervention est la principale responsable de cette défaite.

Contre le gouvernement de la non intervention le soutien des militants et des syndicats CGT ne se sera jamais démentis  [11]. Elle va aller du secours aux enfants d’Espagne, à la fourniture des armes jusqu’au héroïques brigades internationales [12].

Les évènements d’Espagne vont accélérer la montée du fascisme et la guerre. La bourgeoisie est partout à la contre offensive et la riposte en France se développe dans de mauvaises conditions du fait des atermoiements des dirigeants confédéraux de la CGT.

L’anticommunisme est entretenu et les communistes vont être exclus du bureau confédéral de la CGT et de la commission administrative. Plus de 600 syndicats seront dissous.

Sous la direction de Benoit Frachon, les militants exclus et ceux qui ne sont pas arrêtés, internés deviendront les futurs cadres de la résistance armée. On sait ici ce que furent les sacrifices de nos prédécesseurs, le courage héroïque de certains qui, au plus fort du drame de la guerre, entendaient renouer la chaîne de fraternité entre les ouvriers de France et d’Allemagne [13].

Ce qu’il faut évidemment retenir de cette période qui a si profondément marqué notre histoire, c’est que le combat de classe contre le fascisme et pour l’indépendance nationale doit reposer sur la justice sociale. Ce n’est pas sans raisons que dans la clandestinité et à la tête des combats de la résistance, Benoit Frachon appelait « à ne pas oublier de se battre pour les revendications » ! C’est donc fort logiquement que les premiers grands mouvements de masse contre l’occupant et la collaboration s’appuient sur les revendications. En 1941, la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais sera le déclencheur  [14].

On pourrait évoquer également bien d’autres exemples, en particulier celui des militants de chez Renault dont le patron/collaborateur :

Louis Renault [15] participait à l’effort de guerre allemande. Plus de 70 ans après, sa famille entend de nouveau obtenir réhabilitation et réparation. Il faut se féliciter que la mobilisation et la campagne impulsés par les militants de la CGT et anciens dirigeants de notre syndicat CGT de Billancourt a rendu vain cet affront aux combattants de la résistance fusillés au Mont Valérien, ces travailleurs de chez Renault, ces syndicalistes qui furent de tous les combats "pour le pain et la liberté".

En 1943, l’unité syndicale se reconstitue. La CGT est alors partie prenante du CNR où siègent plusieurs de ses dirigeants. La CGT va contribuer à y inscrire les engagements sociaux, économiques et culturels qui deviendront les piliers du redressement de la nation, après la trahison de la France par les industriels et les collaborateurs. La grève générale insurrectionnelle, avec occupation contre l’occupant nazi et le régime de Vichy, dont le signal sera donné par les cheminots de Vitry-sur-Seine et la CGT, le 10 août 1944, deviendra une des plus belles pages de l’histoire ouvrière internationale.

Aujourd’hui, face à une politique toute dévouée aux intérêts du Capital au plan national et international, ces objectifs du CNR non seulement gardent toute leur pertinence, mais impliquent de les revendiquer comme autant d’objectifs de lutte syndicale !

Après la Libération et la réunification, la CGT compte 6 millions d’adhérents et d’importants succès vont être obtenus.

« Seule la classe ouvrière sera restée dans sa masse fidèle à la patrie profanée » devait rappeler François Mauriac  [16].

Entre temps, sur les décombres du fascisme, a été créée la FSM en octobre 1945 à Paris, et Louis Saillant, secrétaire de la CGT, en est devenu le secrétaire général.

Lors de l’annonce du Plan Marshall, le 5 juin 1947, les organisations de la FSM se partagent entre ceux qui le refusent catégoriquement (syndicats soviétiques, la CGT, la CGIL) et ceux qui l’acceptent (syndicats nord-américains, britanniques, scandinaves). En mars 1948, l’AFL [17] convoque à Londres une conférence des organisations syndicales partisanes du Plan Marshall, qu’elles soient ou non membres de la FSM. De fait l’unité a vécu. En janvier 1949, le TUC (Trade Union Congress) britannique demande la suspension des activités de la FSM compte tenu de la situation. En décembre 1949, ils fondent la Confédération internationale des syndicats libres avec l’implication directe du gouvernement américain et celle de la CIA. La CISL se transformera beaucoup plus tard en Confédération Syndicale internationale à laquelle la CGT après son affiliation à la CES décidera d’adhérer en 2006.

Au niveau national, plusieurs confédérations syndicales connaîtront des scissions ; c’est le cas de la CGT où les opposants, par anticommunisme, vont former la Confédération générale du travail - Force ouvrière ou encore en Italie avec la scission en 1948 de la CGIL.

L’année 1947 est une des plus difficiles de l’après guerre !

La pénurie alimentaire se conjugue avec la hausse des prix. Le gouvernement est de plus en plus sensible à la pression des USA qui veulent, au moyen du plan Marshall, renforcer leur hégémonie sur les pays européens affaiblis par la guerre.

La scission perpétrée dans la CGT puis dans la FSM signifie bientôt l’entrée dans une nouvelle phase de lutte des classes en France et dans le monde. Les risques d’une 3ème guerre mondiale sont alors considérables en particulier avec le conflit en Corée et l’affaire de Suez. En France, la bourgeoisie entend rétablir pleinement son hégémonie pour mettre en cause les acquis sociaux et démocratiques du programme du CNR, en collusion avec les forces réformistes dont elle a cherché par la scission de la CGT à élargir l’espace, tout en diminuant l’influence du syndicalisme de classe. Au plan international, les USA, rompant l’unité antifasciste, s’engagent dans la politique de guerre froide [18].

II - Les luttes contre les guerres coloniales, l’OTAN et les ambitions impérialistes de suprématie mondiale.

À ce stade, je veux souligner la cohérence du combat de la CGT, forgé dans celui de la résistance à l’envahisseur. Depuis la grande Révolution Française et les Lumières le patrimoine national s’est enrichit à travers la conscience du peuple de l’idée de Nation, celui de souveraineté populaire. On retrouve là le lointain héritage de Valmy qui faisait dire si bien à Goethe présent à la bataille, et plein de lucidité -  : « De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l’histoire du monde  ». Il ne s’y était pas trompé, Valmy, fut aussi le début d’une longue et périlleuse marche pour la liberté des peuples…

Mais Valmy est avant tout une victoire symbolique de la Nation. On est ainsi passé de l’éveil de la Nation Française, à celui du passage à sa maturité. La Nation prend tout son sens. Le peuple a pris largement part à la bataille, non plus pour un Roi tuteur, mais pour lui-même, pour sa liberté pour l’égalité et la fraternité entre les peuples. 

 

Valmy, ce n’est pas simplement la première victoire de la République, c’est sa naissance. Et plus tard cela aura une influence considérable dans les combats contre l’occupant, puis contre la constitution du marché unique européen et la vassalisation de l’Europe à l’Empire, jusqu’au soutien aux luttes de libération nationale. L’internationalisme est aussi fondé sur ces principes, car si défendre souveraineté nationale et souveraineté populaire ne font qu’un et si nous revendiquons ce droit pour nous mêmes alors nous devons le reconnaitre pour tous les autres peuples, et c’est ensemble que nous devons le défendre !

 

Ainsi de Valmy, à la Commune de Paris, des mutineries de 1917 qu’évoque la chanson de Craonne à la fraternisation avec les travailleurs et les soldats allemands de la Ruhr, de la solidarité aux insurgés du Rif , au combat internationaliste aux côtés des républicains espagnols, du “vive le PC Allemand” de Timbaud, jusqu’aux combats contre le plan Marshall, les guerres coloniales, le traité de Maastricht, et les guerres impérialistes on retrouve un fil continu dans l’engagement de la CGT. Celui ci demeure le combat pour l’indépendance nationale, celui de la souveraineté, du refus de l’ingérence étrangère et celui de la justice sociale. Tout cela forme un tout qu’on ne saurait découper en tranches ! Cette position de classe qui faisait dire à Jaurès, « que si le capitalisme porte en lui la guerre comme l’orage porte la nuée », lui faisait ajouter, « nous ne sortirons de l’iniquité qu’en sortant du capitalisme !  » [19]

Avec la fin de la seconde guerre mondiale l’impérialisme va s’adapter à la situation nouvelle, au rapport des forces issues de la victoire sur le fascisme : le camp socialiste s’est renforcé en particulier avec l’avènement de la République Populaire de Chine, dans les pays capitalistes développés les travailleurs sont à l’offensive en particulier en France et en Italie, le Mouvement de libération nationale se développe. Après la défaite de Dien Bien Phu, et le désastre de l’affaire de Suez le colonialisme Français est partout en accusation et menacé. [20] En Indochine, à Madagascar, au Cameroun, en Algérie le bilan est accablant et terriblement accusateur ! [21]

On pourrait continuer ainsi y compris jusqu’à la Yougoslavie, l’Irak, la Lybie, le Mali et si ils en avaient pas été empêché : la Syrie !

La CGT en toute indépendance va s’opposer à toutes ces guerres et mobilisés en permanence les travailleurs contre les politiques mises en oeuvre par les différents gouvernements ! La CGT est la seule organisation syndicale qui cohérente avec ses combats antérieurs va contribuer par une solidarité sans faille avec les peuples en lutte à leur indépendance et leur émancipation de la tutelle coloniale. Il y a là un enseignement majeur : le combat internationaliste pour être efficace et conséquent doit être orienté dans l’action contre l’impérialisme de son propre pays. Symbolique de cette affirmation fut le combat extraordinaire des dockers Marseillais, de Port de Bouc, de Brest ou de la Rochelle la Palice qui refusèrent en 1950 de charger le matériel de guerre pour l’Indochine. Cette épopée dont André Stil parle si bien dans son livre « Le premier choc » précèdera [22] le film longtemps interdit « Le Rendez vous des quais » [23] de Paul Carpita ! Tout aussi significatif furent les combats pour la paix en Algérie jusqu’au martyrs de Charonne et au sacrifice de tant de militants combattants pour l’indépendance, je pense à notre ami Henri Alleg, [24] celui qui dénonça dans « la Question » l’usage de la torture !

Le soutien au Mouvement de libération nationale et pour la paix fut ainsi un engagement de principe de la CGT, mais par dessus tout un engagement concret pris en charge par les syndicats CGT dans les entreprises. Comment ne pas se souvenir de nos campagnes contre l’agression américaine au Vietnam, au Laos, au Cambodge, contre la répression de masse en Indonésie, de notre engagement aux côtés des combattants contre le système d’Apartheid en Afrique Australe, ou avec nos frères Palestiniens., Syriens et Libanais, ou encore pour dénoncer les dictatures en Amérique Latine comme au Chili et également on l’oublie trop souvent avec les démocrates victimes du Maccarthisme comme les Rosenberg, ou encore avec nos frères syndicalistes en Amérique du Nord.

Combien de syndicalistes et futurs hommes politiques Africains ont ainsi été formés dans les écoles de la CGT dans leurs pays dans la clandestinité ou encore en France. Je pense à Ahmed Sekou Touré premier président de la Guinée indépendante et qui eu le courage de dire Non au Général de Gaulle.

Ainsi le combat pour la paix devint inséparable de la solidarité internationaliste, de la recherche de la coopération, de la compréhension et de l’amitié entre les peuples !

Je le répète rien de tout cela n’aurait été possible sans une orientation claire, des principes partagés et pris en charge par les syndicats CGT d’entreprise, les Fédérations, les Régions et UD, les UL. Ce sont là les raisons principales qui firent de la CGT une organisation respectée y compris par ses adversaires et une confédération syndicale incontournable au plan international !

Pour la CGT comme pour les organisations adhérentes à la FSM de cette époque, l’action pour la paix, l’internationalisme doit être conçue comme un engagement de lutte à part entière. L’Appel de Stockholm en 1949 à l’initiative de Joliot Curie et du Mouvement mondial des partisans de la paix contre l’armement nucléaire à laquelle la CGT contribua se couvrira de millions de signatures.

Le développement des relations à la base entre travailleurs du monde était vu comme un outil de compréhension entre les peuples et les pays. Plus cette compréhension était profonde et plus étroit étaient les rapports directs entre ouvriers et syndicats. Par conséquent plus faibles étaient les risques de voir se reproduire des catastrophes, de nouvelles guerres comme on l’avait vu avec les bombardement d’Hiroshima et Nagazaki. Dénonciation à laquelle la CGT s’honorait de contribuer en participant chaque année aux rassemblements pacifistes aux côtés des syndicalistes et pacifistes Japonais, ou encore en participant aux Marches pour la paix en Allemagne, ou encore en mobilisant les travailleurs et l’opinion contre les essais nucléaires Français en militant à Murora aux côtés des syndicalistes Polynésiens mais aussi d’Australie et de Nouvelle Zélande.

Bien évidemment cette conception se heurta de front à la politique de réarmement du gouvernement français, aux bases américaines en Europe, au renforcement de la puissance de l’OTAN, mis en place pour hier faire pièce à la place occupée par le camp socialiste et aujourd’hui dans un but de pillage et de domination impérialiste sur l’humanité toute entière !

Comme j’ai voulu le montrer ces combats n’ont de sens et ne sauraient être utiles que si ils sont en premier lieu orientés pour ce qui nous concerne contre les choix, les politiques, et les pratiques impérialistes du gouvernement Français.

Pour la CGT son engagement en faveur de la Paix doit poursuivre à mes yeux au moins 4 objectifs :

1- la lutte contre la course aux armements à laquelle se livre de nombreux pays en dénonçant le gaspillage des sommes d’argent considérables utilisées pour le budget militaire et qui pourraient être, selon elle, réinvesties afin de répondre aux besoins de développement et de justice sociale de l’humanité toute entière. Les dépenses d’armement se sont élevées pour 2010 à 1230 milliards d’euros. [25] Le marché mondial des armes a augmenté de 30% en 4 ans et pourrait doubler d’ici 2020. La France est le 3ème exportateur mondial. Alors que dans le même temps la demande alimentaire n’a cessé de croitre dans le monde et que l’eau est devenu un enjeu planétaire en particulier du fait du changement climatique qui accroit la sècheresse.

2- la lutte contre la prolifération des armes nucléaires afin d’arriver à terme à leur disparition tout comme pour ce qui concerne les armes chimiques dont on connaît l’usage qu’en firent les Etats Unis en Yougoslavie, et en Irak avec les défoliants et les bombes à uranium appauvrie, au Vietnam avec l’usage de l’agent orange dont on subit toujours les conséquences. De 1967 à 1973 les USA déversèrent 80 millions de litres d’un puissant herbicide : l’agent orange, qui provoqua des centaines de milliers de victimes et encore aujourd’hui 40 ans après, rompant toute la chaine alimentaire ! [26] Si l’exiger cela de la Syrie est une bonne chose, il faut être cohérent et démanteler les productions d’armes chimiques des pays riches à commencer par les USA, la France !

3- la résolution pacifique des conflits par la négociation. Ainsi par exemple posé le problème du désarmement de la région du Proche Orient implique de le poser de façon non sélective. Par exemple dénucléariser Israël est devenue une exigence !

4- la reconnaissance des doits souverains des peuples à disposer d’eux mêmes comme le proclame la Charte des Nations Unies. Alors qu’en réalité prévaut l’unilatéralisme dans les relations internationales, il faut y substituer le multilatéralisme ! L’ingérence des pays capitalistes à la recherche de nouveaux pillages des richesses est systématique afin d’accroitre leurs zones d’influence, permettant ainsi une véritable recolonisation présentés au nom des droits de l’homme comme le montre l’usage qui est fait de ce nouveau concept de « responsabilité à protéger  » ou R2P et qui a succédé à « l’ingérence humanitaire  » cher à Bernard Kouchner.

Quant à L’OTAN c’est un outil central de l’impérialisme étasunien contemporain qui continue à s’abriter derrière des valeurs énoncées dans le Traité de Washington [27] et qui n’a pas un adversaire mais qui considère comme adversaire toute tentative d’émancipation politique, toute recherche de développement national autonome, toute aspiration à échapper au talon de fer des firmes transnationales et des distributeurs des dollars de l’assujettissement.

Les Etats-Unis ne représentent que les intérêts de leur Complexe militaro-industriel » comme l’a fort bien déclaré le Président Dwight Eisenhower, qui devait bien savoir de quoi il parlait.” [28]

La question qui est posée est celle de la capacité de cette énorme puissance militaire qu’est devenu l’OTAN à se maintenir alors qu’elle a de moins en moins les moyens financiers de ces appétits de pouvoir mondial

Les troupes russes retirées d’Allemagne et des pays de l’Est, le pacte de Varsovie disparu, l’URSS dissoute, l’OTAN continue se renforce et s’étend.

Confirmée comme un outil de l’hégémonisme étasunien [29] L’OTAN peut changer d’adversaire mais pas de raison d’être : dominer. Elle et ses membres ont suffisamment piétinés les valeurs dont elles se réclament pour ne pas être pris au sérieux. L’OTAN peut effrayer, peut même terroriser les autres Etats par l’énormité de ses moyens militaires. Cependant à bien observer la réussite de ces interventions « postcommunistes » on tire deux leçons :

°L’OTAN ne s’attaque qu’à des adversaires militairement très faibles : Yougoslavie, Afghanistan, Lybie…

  • Pourtant l’OTAN ne gagne pas en Afghanistan c’est le moins qu’on puisse dire avec les Talibans contrôlant la presque totalité du pays.

°Enfin et surtout du point de vue géopolitique global, l’hégémonisme étasunien et l’OTAN sont contestés ! Des alliances anti hégémoniques se constituent c’est une donnée nouvelle qui change les choses et va dorénavant dans le sens d’une réorganisation multipolaire du monde.

  • En Amérique Latine : par la création récente de l’UNASUR outil de coordination des politiques militaires des Etats latino- américains qui sans être une alliance ouvre la voie à une autonomie stratégique du continent ;
  • En Eurasie : par la création de l’Organisation de Coopération de Shanghai qui permet la coordination stratégique des deux plus grandes puissances du continent : Chine et Russie avec comme associés/observateurs : l’Inde, le Pakistan, l’Iran. [30]

Par ailleurs l’OTAN comme les Etats Unis sous-traitent de plus en plus tout ou partie de leur activités. Comme l’a révélé l’affaire Snowden,celle de Wikileaks, ou du soldat Manning pas moins de 16 agence de renseignements fonctionnent aux Etats Unis employant 107 000 personnes dont 22000 contractuels pour un budget de 52 milliards de $ auquel il faut rajouter les 23 milliards du Pentagone ! Les entreprises de sécurité représentent à elles seules près de 200.OOO personnes principalement en Irak et Afghanistan qui coutent plus d’1 milliard de $ au budget fédéral des Etats Unis. [31]

La capacité militaire tactique des Etats-Unis et de l’OTAN est énorme et leurs capacités de destruction formidables mais stratégiquement les pays de cette alliance vieillie ne représentent que les tenants d’un système de domination néocolonial en déclin qui n’est plus porté que par les couches dirigeantes de pays ne rassemblant qu’un peu plus de 10 % de la population du globe et qui ne conserve plus comme monopole que celui de la menace de mort et du chantage économique et financier. Toutes les autres capacités : scientifiques, techniques, industrielles intellectuelles, artistiques étant désormais réparties dans le reste du monde, c’est-à-dire la très grande majorité, de l’humanité vivante.

III De l’Europe aux menaces de guerre, la Syrie !

Il n’est pas de domaine où « l’Europe » ne soit synonyme de régression. On nous avait annoncé surtout après la disparation de l’Union Soviétique que l’Europe allait définitivement connaître la paix et le plein emploi. Or nous avons eu la guerre en Yougoslavie, et les tensions se poursuivent : à Chypre entre Grecques et Turques, dans les Balkans entre Grecques et Macédoniens, entre Wallons et Flamands en Belgique, entre le Sud et le Nord de l’Italie et même entre Anglais et Ecossais. D’une façon plus générale entre le nord et le sud de l’Europe. La tragédie de Lampedusa n’est il pas là pour nous le rappeler, et cela sans parler de la montée du racisme, de l’intolérance et de la haine que cela soit à l’égard des Roms ou d’autres peuples.

 

Le premier ministre luxembourgeois, le très libéral Jean-Claude Junker, qui était encore il y a peu le président de l’eurogroupe, a déclaré au mois de mars « Les démons qui ont conduit à l’explosion de la Première Guerre mondiale sont peut-être endormis, mais ils n’ont pas disparu et je pense que les tensions que nous connaissons aujourd’hui rappellent celles qui prévalaient en 1913. » [32]

Sur le plan économique, c’est un véritable fiasco, la récession est partout à l’ordre du jour et la vassalisation économico-financière vis-à-vis de notre suzerain, pardon ! partenaire principal, nous entraîne chaque jour un peut plus vers de nouvelles catastrophes dont les peuples européens payent l’addition !

Sur le plan social, l’Europe de l’emploi avec 27 millions de chômeurs est devenue une farce, certes tragique, il n’ y a guère que la CES pour encore justifier l’injustifiable et se déclarer prête à négocier plus de libéralisation et de précarité ! Sur le plan politique, après l’échec de Lisbonne et après le référendum irlandais et il y a fort à penser que si l’on généralisait ce principe démocratique de consultation des citoyens, l’Union européenne et l’euro trembleraient sur leurs bases comme nous l’avons vu après le succès acquis contre le projet de Constitution Européenne qui donna lieu à un débat important et contradictoire dans la CGT ! Avec les prochaines élections Européennes, on vérifiera ce que représente l’Europe. Bon sujet de réflexion, d’autant comme je l’ai lu que ces élections sont devenus la priorité des activités prochaines de la CES ! C’est un point d’ailleurs que le rapport Cohen-Tanugi intitulé ’Euro monde 2015’, rien que ça, préconise de modifier dans les constitutions nationales, parce que souligne l’auteur : ’On ne peut plus faire de referendums nationaux’  ! Il suffisait d’y penser !

 

Sur le plan de la sécurité, jamais l’Europe depuis la deuxième guerre mondiale ne s’est trouvé confrontée à autant des risques de conflits ! Au point dit-on que Bruxelles voudrait voir se calmer le jeu entre Russes et Etats-uniens au sujet du bouclier de défense anti-missiles. [33]

Le nouveau concept stratégique de l’UE est en préparation et sera en discussion au Conseil en décembre 2013. Celui ci est assez remarquable !

Le manque total d’une vision globale est frappant mais les visées en sont éclatantes, que peut on y voir ?

  • Aucune précision à savoir quels buts à poursuivre et par quels objectifs les réaliser ;
  • Pratiquement aucune mention ‘est faite au sujet de la « diplomatie européenne » qui, cependant, devrait jouer le rôle prioritaire dans le développement de la politique commune de sécurité par la réalisation des buts assignés par le concept stratégique ;
  • Tout le document suppose implicitement une totale dépendance, un encadrement à travers les structures hypothétiques futures de l’OTAN alors que cette dernière se trouve en transformation fondamentale ; [34]
    • Washington met de plus en plus l’accent sur ses forces navales qui ne dépendent d’aucun « alliés encombrants  ».
  • Toute la réflexion est axée sur la volonté d’accroitre la capacité d’interventions militaires de l’UE, en coordination avec les pays membres et, implicitement, avec les Etats-Unis d’Amérique qui en partie se dégageraient de l’Europe. Or rien ne prouve cette croyance, sauf le discours de Washington. Certes, celui-ci est désireux de disposer des armées mercenaires européennes financées par les Européens : réduire son propre budget surdimensionné et augmenter l’effort budgétaire européen, malgré les restrictions budgétaires en continue en Europe.

A propos des interventions souhaitées « hors-zone  », l’extension de ce territoire apparaît sans fin ni de limité. Le document évoque simplement les « voisinages des voisinages  » qui risque s’étendre au monde entier.

Tout le document réfléchit en termes militaires et du point de vue des entreprises privées du secteur de défense et de sécurité, entreprises non sécurisées face à l’espionnage militaire ou économique. [35]

Le document insiste sur les « nouveaux acteurs  », sans les identifier, dans le monde. Fait-il allusions à la privatisation de la guerre par certaines firmes de sécurité ou aux agissements meurtriers de certaines multinationales ? On ne le sait pas.

Evidemment, pas de réponse à la question de savoir que faire de la dépendance de l’UE de quelques multinationales de défense et de sécurité ou encore pétrolières. Or, on le sait, elles sont peu nombreuses selon les secteurs et forment des redoutables oligopoles. Aussi peu concurrentielle que possible, elles dictent leurs technologies, fixent leurs productions et imposent leurs prix. L’industrie des drones à usage militaire l’illustre cela parfaitement.

Pourtant les secteurs industriels liés à la défense et à la sécurité collectives constituent des « biens publics  ». En tant que tels, il convient dans une démocratie de les soumettre à la nationalisation ou du moins au contrôle public, stricte et transparent.

Enfin rien sur les projets de la Commission qui concernent la formation continue en vue d’une citoyenneté responsable en matière de défense et de sécurité. Or, l’enjeu est de former les citoyens européens à une défense civile, aussi peu violente que possible, et à une volonté solidaire lucidement et constamment évaluée.

Cette énumération, je pourrais la poursuivre en évoquant les perspectives d’accélération de l’intégration économique transatlantique [36] ! « L’Europe  » est un fiasco et vouloir la reformer, la réorienter, ou la reconstruire au nom d’une hypothétique Europe sociale, ou une Europe refondée est un leurre et donc un danger, à commencer pour les peuples d’Europe eux-mêmes.

L’Europe est à l’image de la crise du système capitaliste dont elle est issue, et il ne pouvait en être autrement, technocratique ou pas ! C’est la nature même de la chose qui produit de tels effets ! À mes yeux il n’y a donc pas d’arrangements possibles, sauf à vouloir choisir le pire !

Cela appelle des décisions politiques conformes à ce que les peuples attendent, et franchement, aujourd’hui ce n’est pas du côté de l’Union européenne qu’ils attendent une réponse à leurs problèmes et à leurs interrogations sur l’avenir. À y regarder de plus près, ce serait même plutôt l’inverse !

Je veux évoquer maintenant ce qui touchent au conflit le plus récent : la situation en Syrie et aux responsabilités du Syndicalisme.

Comme pour bien d’autres sujets si on veut agir sur les conséquences il faut faire le choix de s’attaquer en premier lieu aux causes !

Il est clair que les enjeux géo stratégiques de cette région véritable poudrière avec de plus Israël disposant de l’arme nucléaire sont au cœur de cette guerre. Comme ce fut le cas pour la Yougoslavie, [37] l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Soudan les préoccupations économiques ne sont pas loin. En effet, la région dispose près de la moitié des réserves pétrolières et gazières, à quoi il faut ajouter un sujet capital le contrôle des corridors maritimes et terrestres, ce qui explique en partie pour quoi Obama, mais aussi la Chine, la Russie entendent renforcer sensiblement leurs moyens maritimes. La Chine veut ainsi ressusciter l’ancienne « route de la soie » [38] ! Enfin les forces de l’intégrisme radical et terroriste encouragé et manipulé en sous main par les Etats Unis et les occidentaux dont la France ne sont pas sans menacer de déstabilisation les frontières de la Russie ou celle encore de la Chine. Le chaos constitue un moyen que l’impérialisme entend utiliser simultanément avec le « soft power  » et le « hard power  » théoriser par Joseph Nye. [39]

A ce stade on invoque régulièrement l’action de l’ONU comme si celle ci constituait une autorité indépendante disposant de moyens lui permettant de résoudre les conflits. Comme je viens de le lire dans une revue d’histoire du Mouvement Sndical, certains le font même avec un certain angélisme, au point de t’utiliser l’ONU comme si c’était la solution miracle aux problèmes du monde ! Si cela était le cas cela se verrait. En fait l’ONU dans son fonctionnement comme dans son orientation est le reflet du rapport des forces internationales, quant à ses moyens ils sont en particulier s’agissant des droits de l’homme totalement dépendant des contributeurs occidentaux au premier rang desquels les USA.

Si on prend le seul cas du « Haut Commissariat aux droits de l’homme à Genève on découvrira que plus de 80% de postes sont des emplois précaires financés en dehors du budget général de l’ONU par les Fonds volontaires, c’est à dire principalement par les pays occidentaux et surtout les USA.

Il ne faut donc pas s’étonner de l’adoption sans discussion d’ailleurs et encore moins sans vote du concept de « responsabilité à protéger  » (R2P), véritable tarte à la crème pour camoufler les pires exactions de l’impérialisme. Ce concept fait suite au « droit d’ingérence humanitaire » auquel une partie importante de la gauche européenne [40] s’est rallier ou encore des principales ONG qui y adhèrent sans nuances, comme on le voit pour la Syrie après l’avoir vu pour la Libye ! [41]

Mais revenons en à la Syrie ; les États-Unis, la France en particulier justifient l’intervention militaire en Syrie sur des bases humanitaires. Les violations des droits de l’Homme seraient la raison de la guerre. Pourtant, une intervention militaire ne constitue pas un remède, dans ce cas, bien au contraire. Au Kosovo et en Libye, le nombre de réfugiés et de victimes s’est considérablement accru, après l’intervention. Ensuite, depuis des lustres, les États-Unis sont sourds aux souffrances des Palestiniens et ils aident des pays comme l’Arabie saoudite et Bahreïn à opprimer de façon sanglante leur propre population. Cette guerre ne tourne pas donc autour des droits de l’Homme, mais bien d’intérêts géostratégiques.

La Syrie s’inscrit dans la stratégie à long terme des États-Unis dans la région. Selon Obama, les États-Unis doivent être un « Primus inter pares  », le premier parmi des égaux pour la forme. [42] Cette vision est soutenue par des groupes de réflexion de l’élite mondiale comme la Trilatérale ou le groupe de Bilderberg, et des fondations comme le National Endowment for Democracy.

Dans cette partie de bras de fer qui se joue au niveau mondial la croissance économique qui caractérise la Chine et l’Inde contraste avec la crise aiguë qui touche l’Occident, ces deux pays qui représentent un tiers de l’humanité semblent et peuvent prétendre jouer un rôle central dans le monde. [43] Bien que les deux pays soient encore très loin de la puissance militaire américaine, leur indépendance politique peut à terme constituer un risque pour la position dominante des USA dans le monde. Mais les deux pays sont également vulnérables : pour leur croissance, ils ont besoin d’énormes quantités de pétrole et de gaz, qu’ils se procurent souvent dans le Moyen-Orient. [44]

Ce n’est pas un hasard si, en 2004, les États-Unis ont publié un plan en vue d’un « Nouveau Moyen-Orient  », ayant pour but de placer la région sous leur contrôle via des réformes politiques et économiques. En cas de conflit ouvert, les États-Unis espèrent pouvoir ainsi fermer le robinet à pétrole et à gaz en direction de la Chine ou de l’Inde. Mais le principal obstacle à leur hégémonie totale dans le Moyen-Orient est l’indépendance politique et économique relative de certains pays, comme la Syrie. [45]

Wesley Clarke, ancien général quatre étoiles américain et commandant de l’Otan, raconte comment, en 2001 déjà, il avait pu lire un document secret des autorités américaines expliquant, « comment nous allons anéantir sept pays en cinq ans, à commencer par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan et, enfin, l’Iran. »

De même, les révoltes arabes et la crise économique ont accru pour les États-Unis la difficulté de contrôler tout comme ils l’entendaient. N’empêche, entre-temps, le Soudan qui regorge de pétrole s’est scindé en deux pays, l’Irak et la Libye ont été anéantis à coups de bombes et un embargo économique étrangle l’Iran, la destruction et le pillage de la Syrie se poursuit, jusqu’au déménagement d’entreprises syriennes de l’autre côté de la frontière avec la Turquie.

Tout cela n’est pas nouveau et les États-Unis sapent la stabilité des pays indépendants de diverses manières : sanction, guerre, coups d’État, soutien à l’opposition voire déstabilisation interne via des groupes terroristes, via des coups d’État, [46] voir l’action d’ONG et de ce que l’on a coutume le rôle de la « société civile » autre concept à la mode dont on nous rabat les oreilles ! Cette « société civile » dont on ambitionne qu’elle se substitue aux états, aux gouvernements, au concept de Nation et qui figure comme tel dans la réforme des Nations Unies. Comme on le voit actuellement en Amérique Latine au Venezuela tout particulièrement après l’avoir vue en Yougoslavie, en Ukraine, en Géorgie, au Kirghizstan, en Libye, en Syrie, en Egypte.

Ainsi en Syrie, les Etats-Unis, la France se servent de la « Coalition » comme le « représentant légitime du peuple syrien  » tout en accordant une aide matérielle et militaire à la rébellion armée et aux émules d’Al Quaida. Ceci a jeté de l’huile sur le feu et a marginalisé ceux qui voulaient une démocratisation dans le cadre d’une issue négociée.

A long terme, la seule solution réside dans une solution politique des Syriens, par eux-mêmes et pour eux-mêmes.

Ce sont les Syriens, et non les forces étrangères, qui doivent décider à quoi doit ressembler le système politique syrien et la place que doivent y occuper les autorités actuelles.

Pourtant, cette escalade ne semble pas suffisante pour les États-Unis et la France. Plusieurs rapports mentionnaient d’ailleurs que, ces derniers temps, Assad semblait avoir de plus en plus le dessus. C’est pourquoi les États-Unis ont-ils déposé sur la table l’option de la guerre ouverte et monter avec la France cette affaires des armes chimiques qui depuis a fait long feu après les fermes initiatives de la Russie, [47] qui ont complètement changé la donne, et isolé totalement la France ridiculisé par l’amateurisme de son gouvernement. Car comme vous l’avez constaté qui parle aujourd’hui de ce bombardement à l’arme chimique dans la banlieue de Damas, plus aucun média ! Sans doute parce que les preuves s’accumulent sur le fait que cette action était en fait montée par les rebelles pour en faire porter la responsabilité au gouvernement Syrien.

Celui-ci reçoit le soutien économique et militaire de l’Iran et de la Russie. Les deux pays ont leurs propres raisons pour soutenir le gouvernement syrien. Toutefois, indépendamment de leurs motivations propres, ils jouent un rôle fondamentalement différent de celui des États-Unis. Même s’ils visent leurs propres intérêts aussi, ils s’érigent en défenseurs de la souveraineté syrienne et ils mettent un frein à la destruction de l’État syrien par l’impérialisme américain. Par ailleurs l’Iran a parfaitement compris que cette guerre à laquelle participe directement et entre autre l’Arabie Saoudite et le Qatar, est en fait dirigé contre Téhéran.

Quant à Israël elle reçoit des États-Unis des milliards de dollars d’aide économique et militaire afin de garantir sa survie et l’influence des USA dans la région. Les décisions fondamentales pour les Syriens devront en dernière analyse prises à Damas, et non à Washington.

Le fait que l’opinion publique européenne, américaine et internationale est en grande partie hostile à la guerre a joué un rôle essentiel dans cette évolution. Mais la mobilisation ne saurait fléchir et le mouvement syndical se doit d’y contribuer concrètement en développant ses initiatives propres.

IV Conclusion

En conclusion les sujets que j’ai souhaité évoquer renvoient à une réflexion essentielle pour le mouvement syndical en général et la CGT en particulier : à savoir comment agir efficacement pour la paix et la solidarité internationale !

Le cas de la Syrie est de ce point de vue exemplaire pour ceux qui considèrent avec une fausse naïveté que c’est c’est Bachar el Assad le responsable de cette situation, comme l’était avant lui Sadam Hussein, Khadafi, ou Milosevic ! Quand en fait le problème n’est pas d’être pour ou contre Bachar El Assad mais de comprendre et donc expliquer les tenants et les aboutissants, en contribuant à élever la conscience des travailleurs quant aux enjeux véritables. C’est là une responsabilité essentielle du Mouvement syndical. Nous avons à le faire sans exclusive ni a priori ! [48]

Il faut avoir les yeux grands ouverts, être lucides ! Les djihadistes comme hier les mafieux albanais qui ont fait main basse sur le Kososvo ne sont pas de gentils rebelles comme ceux qui défendaient les Albanais persécutés par le nationalisme Serbe. On ne saurait se taire sur le fait que les USA, la France et la GB qui ne sont pas des états philanthropiques, ont une ambition dans cette région dont dépend le renforcement d’Israël comme puissance régionale au détriment des droits des peules arabe et en particulier du peuple Palestinien ! L’objectif je l’ai déjà dit est de redessiner la carte du Proche Orient pour le compte des multinationales, des institutions financières ou des monarchies réactionnaires du Golfe Arabe. Il est aussi de Contenir la Chine et la Russie, l’Iran qui sont des préoccupations constantes pour Washington. [49] C’est pourquoi comme l’a souligné le père Miguel d’Escotto ancien Ministre des Affaires étrangères du Nicaragua :

« Notre survie dépendra du degré de détermination que nous engageons pour la défense de la vie et de la vitesse avec laquelle nous remplissons notre devoir urgent visant à créer une Organisation mondiale indépendante de l’Empire, et capable de lutter efficacement contre les différentes crises convergentes qui nous assaillent, et par dessus tout, contre l’Origine principale, c’est-à-dire les Etats-Unis, qui sont possédés par le démon de la Full Spectrum Dominance, du contrôle total et absolu de la planète Terre. » [50]

Par conséquent le mouvement syndical a la responsabilité d’expliquer pour mieux mobiliser le monde du travail en faveur de la paix et de la solidarité internationale en travaillant sur le contenu de ces arguments.

Quand je lis de la part de Bernadette Segol secrétaire générale de la CES « qu’a priori la CES n’es pas contre les interventions militaires si elles peuvent permettre le règlement d’un conflit » [51] . Outre le fait qu’on n’a jamais vu un pays du Sud agresser et bombarder un pays du Nord. Je voudrai rappeler que depuis la deuxième guerre mondiale et jusqu’en 2003 les USA ont bombardé 23 pays certains plusieurs fois comme la Chine (4 fois), l’Irak, la Corée mais encore le Panama, la Grenade, Cuba, l’Indonésie, la Libye, le Congo, l’Afghanistan, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, le Guatemala, le Pérou, le Salvador, le Nicaragua, le Soudan, la Yougoslavie et aimerait le faire en Syrie dans combien de pays cela a contribué à régler des conflits ! [52] Je vais vous le dire : aucun !

Cette position scandaleuse non sans connotation raciste, laisse entendre que les pays du 1/3 monde étant incapable de se diriger eux mêmes et de protéger leurs citoyens il est légitime de s’ingérer dans leurs propres affaires. C’est a peine plus sophistiqué mais beaucoup plus hypocrite que ce qu’on laissait entendre à l’époque de la guerre du Rif ! Une question alors se pose quant à cette position des dirigeants de la CES et de la CSI et avant de la CISL, est elle également celle de la CGT qui est affiliée à ces deux organisations ? Si ce n’est pas le cas quelle interpellation publique de Bernadette Segol envisageons nous ? A mes yeux c’est là aussi un problème d’indépendance syndicale.

Voila pourquoi si tout est négociable, une chose ne l’est pas ce sont nos principes, on ne négocie jamais ses principes, au risque de voir son identité s’affadir. Cela n’est pas contradictoire avec le besoin de changer, d’évoluer, de tenir compte de ce qui change autour de nous et de ce que nous contribuons à faire changer !

Dans une situation radicalement nouvelle tout montre que le mouvement syndical est confronté à des responsabilités inédites, et des enjeux tout à fait considérables en relation avec le devenir même de l’humanité.

Dans la mesure où il n’est pas en capacité, comme c’est le cas me semble-t-il, de monter au niveau requis sa riposte, son action, ses propositions toute idée de perspective, d’alternative est handicapé, a fortiori parce qu’il s’agit : du rôle et de la place des travailleurs dans tout processus de transformation. En fait si il en est ainsi c’est parce que le syndicalisme mais aussi les partis politiques issus du mouvement ouvrier sont confronté à une crise profonde, d’efficacité, de crédibilité, de représentation par rapport au monde du travail en général mais tout particulièrement des jeunes.

Nous vivons une situation par certains cotés, paradoxale : le syndicalisme international est en crise, et dans le même temps, jamais l’exigence de solidarité internationale, d’internationalisme, de paix n’a été si forte ! Cette situation contradictoire tient beaucoup au fait que les syndicats des pays riches qui ont dirigé et dirigent encore le mouvement syndical international sont, pour paraphraser Enrico Berlinguer, arrivés à un point d’épuisement de leur démarche et vision du syndicalisme.

Ce syndicalisme international est comme nous pouvons le constater et sans aucune exception est quasiment inaudible, assez déliquescent, marginalisant de ce fait les travailleurs et leurs intérêts. A contrario, on assiste depuis plusieurs années, en particulier en Amérique latine et en Asie, à des renouvellements et des résultats importants.

La dernière grève générale en Inde a mobilisé près de 60 millions de travailleurs. En Amérique Latine, le mouvement syndical occupe une place originale dans ce vaste mouvement populaire qui a permis non seulement des changements politiques, mais à travers ces derniers, la récupération et le contrôle des richesses nationales au service de la justice sociale ! Le mouvement syndical est ainsi au premier rang du combat pour l’indépendance et la souveraineté nationale ! Mais également pour un contrôle populaire à travers de véritables pouvoirs de décisions, et non des droits de contrôle institutionnel comme c’est souvent le cas dans les pays industrialisés et comme on le voit au niveau de l’Union Européenne. Ce sont en fait des hochets que l’on accorde aux travailleurs et à leurs syndicats.

Si certains, notamment dans le mouvement syndical européen, continuent avec arrogance à se considérer comme un modèle, ils devraient réfléchir avec humilité à leur bilan, et tirer les conséquences de leurs actes. [53]

S’agit-il d’humaniser la mondialisation, de la réguler dans le cadre de ce que les employeurs décident ? Ou, au contraire, s’agit-il de contester les choix du Capital, mettre en question la propriété et les pouvoirs de décision, du lieu de travail jusqu’au niveau de l’État ?

Il ne saurait y avoir de perspective pour le syndicalisme, a fortiori pour le syndicalisme de classe, sans s’en tenir à des règles et des principes, à des « fondamentaux » comme l’on dit !

Sans en toute circonstance une attitude résolue face au capital et aux projets impérialistes, sans une attitude fondée sur l’action coordonnée, articulée en permanence au plan professionnel et interprofessionnel, depuis l’entreprise jusqu’au niveau national et international. Aucune forme d’action ne saurait être privilégiée au détriment d’une autre. La négociation ne peut être que le résultat de l’action ! On ne saurait dissocier les objectifs les uns des autres quand c’est toute la politique du capital qu’il faut affronter ! Nous n’existons pas comme je l’ai lu « pour aider un gouvernement de gauche à faire ou à revenir à une politique de gauche  », mais pour contribuer aux luttes des travailleurs ! Comment espérer influer faire régresser les conflits et les tensions dans le monde, comment espérer voir les choses bouger dans les pays du Sud si nous n’agissons pas nous mêmes ici. La meilleure solidarité internationale c’est celle qui repose sur l’action chez nous !

En fait, nous sommes entrés dans une période de clarification, une période nouvelle où il faut choisir, où, finalement, tout le monde est au pied du mur. Il fut une époque où le syndicalisme pouvait justifier sa légitimité en négociant ’le grain à moudre’. Cette période est révolue, le Capital a, comme le disait Marx, tout noyé ’dans les eaux glacées du calcul égoïste ’. De deux choses l’une, ou l’on admet que le capitalisme est un horizon indépassable, et il faut le dire, ou sinon, il faut savoir en tirer les conséquences pour confronter la logique et les choix de ce système inhumain Renoncer à cela, serait se ranger du côté de l’idéologie dominante, et l’idéologie dominante comme disait encore une fois Marx, ’c’est l’idéologie de la classe dominante’.

Il s’agit de construire et multiplier les réseaux, les contre-pouvoirs face aux institutions supranationales, aux institutions financières, aux puissances hégémoniques qui s’arrogent le droit de décider pour le monde. Il s’agit de se donner les moyens d’un vaste débat tout autant sur la stratégie que sur les contours qui devraient être ceux d’une société capable de mettre l’ensemble des ressources productives du monde au service des besoins et des aspirations des travailleurs, et donc des habitants de la planète.

Ce qui est décisif et radical dans cette situation, c’est que l’internationalisme aujourd’hui ne saurait se réduire à une pétition de principe, comme on le voit souvent ! Il doit se concrétiser en termes d’engagements concrets, de comportements conséquents et, déjà, à partir des réalités nationales auxquelles nous sommes confrontés. Pour le dire clairement, il s’agit de se doter d’un programme et d’une pratique sociale effectivement internationaliste, de telle façon à affaiblir les positions du capital dans son propre pays pour prétendre avancer vers des succès globaux et continentaux. Cela suppose la lucidité, le refus de la facilité et du superficielle. Nul ne saurait échapper à tels exigences !

Dans cet esprit, la lutte pour la paix et donc la solidarité internationale n’a d’intérêt que si elle peut contribuer à la mise en mouvement des travailleurs et des peuples à la réalisation de leurs objectifs propres. Ce qui renvoie aux orientations, aux priorités, aux méthodes, aux moyens et aux formes d’organisations dont on dispose, si l’on veut prétendre peser sur la politique mise en œuvre tant par les entreprises, les institutions que les gouvernements.

Chers amis et camarades, 

J’ai voulu à travers cet exposé traiter d’un certain nombre de sujets, à la fois d’un point de vue historique, et aussi a travers des sujets d’actualité. Ils ont tous en commun de nous renvoyer à ce que fût le combat de la CGT pour la paix et la solidarité internationale, et à ce qu’il devrait être à mes yeux dans les conditions nouvelles d’aujourd’hui !

Il est important de militer en faveur d’une réappropriation de l’histoire du mouvement ouvrier par ses acteurs eux mêmes ! C’est d’autant plus important que certains confondent pensée critique et réécriture de l’histoire en gommant les contradictions fondamentales, en pratiquant l’ostracisme et la censure comme on le voit dans cette affaire du colloque Ambroise Croizat en cherchant à enfermer le débat dans un discours consensuelle qui se garde de poser les vraies questions !

Je demande donc votre indulgence pour ce qu’éventuellement je n’aurai pas traité ou que j’aurai traité de façon insuffisante ! La tache n’était pas facile !

Jaurès disait : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène. » Il rappelait également que la nation est « le seul bien des pauvres  ». La défense du cadre national reste plus que jamais une idée fondamentalement progressiste. Elle renvoie à la nécessité que le peuple décide de son avenir. C’est le combat qui à marqué la CGT, tout au long de son histoire, c’est par conséquent notre responsabilité à tous et toutes qu’il continue à en être ainsi !

Merci.

Par ces temps de ré écriture de notre histoire, vis a vis de laquelle on pratique une forme d’exorcisme

Jean-Pierre Page

Ancien responsable des Relations Internationales de la CGT, et ancien membre de la commission exécutive confédérale de la CGT.

[1« Ils ne sont pas morts pour la patrie, mais par la patrie » devait dire la petite nièce du soldat Paul Van den Bosch fusillé lui aussi pour l’exemple, après les mutineries qui succédèrent à l’offensive du Chemin des Dames au printemps 1917.

[2Plus connue sous le nom de Première Internationale, fondée le 28 septembre 1864 à Londres au Saint-Martin’s Hall, cette organisation a disparu à la suite d’une scission intervenue en 1872.

[3Ce texte n’est pas l’œuvre d’une personne isolée mais une commande de la Ligue des communistes. Karl Marx a rédigé le texte final sur la base de textes et discussions préparatoires au sein de la Ligue des communistes, et notamment sur la base d’une contribution de son ami Friedrich Engels. Le slogan final — « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » — avait été adopté par la Ligue des communistes plusieurs mois auparavant.

Il est d’abord paru anonymement, puis a été réédité plus tard avec mention de Karl Marx et Friedrich Engels comme auteurs, sous le titre Manifeste communiste.

[4Cf. le discours de Jean Jaurès le 25 juillet 1914 quelques jours avant son assassinat.

[5Le 15 décembre, un armistice russo-allemand est signé à Brest-Litovsk et des négociations de paix s’engagent conduite par Léon Trotski.

1919 : 25 mars : on vote la loi sur les conventions collectives. 28 mars : la loi supprimant le travail de nuit dans les boulangeries. Le 23 avril : les lois sur la journée de 8 heures. Le 1er mai, la grève générale de 24 heures est marquée par 500.000 manifestants à Paris (1 mort). La CGT passe à un effectif de 1 million et demi d’adhérents. Dans l’année, on compte 2.206 grèves et 1.160.000 grévistes en France. Le 30 avril : Pierre Monatte crée les Comités syndicalistes révolutionnaires. En décembre 1920 dans la salle des Manèges jouxtant l’Abbaye St Julien de Tours, la majorité du PS crée le PCF. En 1921, les partisans de la lutte des classes vont gagner progressivement en influence au point de faire pratiquement jeu égal avec les réformistes au Congrès de Lille de la CGT. Toutefois bien que faisant tout pour préserver l’unité, les minoritaires seront exclus et constitueront la CGT-U au congrès de Saint-Étienne en 1922 et rejoindront dans ces circonstances les rangs de la jeune Internationale Syndicale Rouge née de la Révolution d’Octobre.

Au contraire de la Fédération syndicale internationale qui maintient une politique de présence dans les institutions de la Société des Nations, l’ISR privilégie l’action revendicative sur le terrain. Elle s’implique aussi beaucoup sur les questions internationales, comme par exemple, au sujet de l’Occupation de la Ruhr contre laquelle la CGT-U lance ses mots d’ordre de grève politique, en lien avec l’ISR et l’Internationale communiste. Elle favorise aussi l’action des syndicalistes des pays colonisés ou dominés, comme en Chine [[Il y a à cette époque un lien organique revendiqué entre l’ISR et l’Internationale communiste. Salomon Losovski, le principal dirigeant de l’ISR affirme qu’il s’agit de conquérir les syndicats existants, et non de les détruire, l’ISR défend un syndicalisme d’industrie contre un syndicalisme de métier.

[6Un jeune « Annamite » au regard de feu, Nguyen Ai Quoc, le futur Hô Chi Minh, se distingue. Mais aussi de jeunes militants communistes chinois travaillant en France ; ils vont profondément marquer l’histoire de leur pays et celle du monde. Parmi eux on trouve : Chou en lai, Chen Yi, Teng Xiaoping ! Je veux m’arrêter un bref instant sur ce dernier (car ce n’est pas sans intérêt pour votre région), celui qui va devenir le grand modernisateur de la Chine contemporaine après Mao. Teng est licencié en 1923 de chez Hutchinson à Montargis pour fait de grève dans l’atelier de chaussons avec ordre de ne pas le reprendre ! Il rejoindra ses camarades à Boulogne Billancourt alors que ces derniers travaillent chez Renault !

[7« Nous mettons ces clairs principes au-dessus des traités de spoliation imposés par la violence aux peuples faibles, et nous considérons que le fait que ces traités ont été promulgués il y a longtemps, ne leur ôte rien de leur iniquité. Il ne peut pas y avoir de droit acquis contre la volonté des opprimés. On ne saurait invoquer aucune nécessité qui prime celle de la justice ».

[8Fin août, le congrès de la CGT refuse tout net de recevoir une délégation du Comité central d’action, qualifié de « nouveau déguisement du Parti communiste ». Dans Le Peuple, une rubrique intitulée « La grève communiste » se réjouit régulièrement des échecs des préparatifs.

[9« La CGT française adresse au peuple espagnol et à l’UGT l’expression de son admiration fraternelle pour sa lutte contre la réaction et le fascisme. Elle assure le prolétariat espagnol de sa complète solidarité et lui affirme sa conviction profonde que la levée en masse des travailleurs sera victorieuse des factieux et des généraux du coup d’État […]. Travailleurs Espagnols, nos frères, les travailleurs groupés dans la CGT Française sont avec vous entièrement de cœur et d’esprit dans cette bataille contre l’oppression. »

[10« La politique de neutralité n’est qu’une duperie. On ne saurait céder aux agressions du fascisme international. La neutralité est devenue une véritable hypocrisie. », (Déclaration de la CGT).

[11Même si à l’intérieur de la CGT, des hommes comme René Belin qui plus tard participera a la collaboration, s’opposent à cette solidarité de classe !

[12S’y s’illustreront : Marcel Paul, Rol Tanguy, Jean Grandel de la Fédération Postale, ou le Dr Rouques, directeur de la Polyclinique des Bleuets de la Fédération de la métallurgie, tous dirigeants et militants de la CGT.

[13Allant jusqu’à crier comme Timbaud, dirigeant des métallos de la région parisienne, "Vive le parti communiste allemand" devant le peloton d’exécution ! « Timbaud a toujours fait montre d’une confiance d’une foi ardente dans les destinées de la classe ouvrière française et internationale » devait dire Léon Mauvais, secrétaire de la CGT.

[14Dans les cahiers de revendications, les mineurs demandent à leur direction des augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, l’amélioration du ravitaillement en beurre, viande rouge, savon… Ces cahiers sont communiqués aux mineurs des autres concessions. Du 27 mai au 9 juin 1941, la grève s’étend a tout le bassin du Nord-Pas-de-Calais et jusqu’en Belgique ! Réprimée avec violence par l’occupant, la police française, et avec l’appui du patronat, elle n’en sera pas moins victorieuse.

[15Le 14 décembre 1940 à Berlin, Le Hideux, directeur Général de Renault, déclara se joindre à l’Allemagne pour créer le comité automobile européen (EAC) et proposer M. Thoenissen comme président. Ce plan "Le Hideux", calqué sur le plan allemand, respectait l’hégémonie du Reich, doté du marché de l’Europe centrale et nordique (Danemark, Finlande, Hongrie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède, Tchécoslovaquie). Il cantonnait la France à la Hollande, la Belgique, la Suisse et l’Espagne (consacrant son éviction de l’Europe orientale), et l’Italie à une partie de l’Europe balkanique (40% seulement en Grèce et Roumanie). Il terminait en énonçant : « aucune voiture américaine », la formule de Louis Renault pour Hitler le 21 février 1935. Comme on devait le déclarer : « M. Le Hideux n’a trouvé, au cours de ses tractations avec les allemands, que des hommes d’une absolue bonne foi, dégagés de toutes mesquineries, animés du seul désir de servir la cause européenne. Et nous ne sommes pas peu fiers, ici, que ce soit l’industrie automobile qui soit la première à s’engager sur la voie d’un ordre nouveau ». Le Hideux avait considéré comme « une affaire sérieuse » ce cartel qui mettait l’industrie automobile française en tutelle pour 50 ans ! Si important que fût le cartel pour l’avenir, à la Libération, Le Hideux fût arrêté, incarcéré mais bénéficia d’un non lieu. Il présida « Le comité européen pour le progrès social et économique » et « l’Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain ». Sa nièce deviendra dirigeante du Front National et depuis du Parti de la France, un des partis de l’extrême droite raciste et islamophobe.

[16François Mauriac, "Le cahier noir", Éditions de Minuit, 1943.

[17American Federation of Labor (AFL) qui plus tard, en 1955 fusionnera avec le Congress of Industrial Organisations (CIO) pour former l’AFL-CIO des États-Unis.

[18Ce n’est d’ailleurs pas seulement contre la CGT que l’offensive est menée, mais aussi contre les autres organisations syndicales de classe où contre les militants qui, dans les syndicats réformistes, se réclament de positions de classe, en Italie, aux USA, en Belgique, en Angleterre notamment.

[19Discours de Jean Jaurès déjà cité.

[20La répression est féroce en Indochine ou l’on aura plus de 500 000 victimes, en Afrique et au Proche Orient ! En Algérie en mai 1945 les massacres de Sétif et Guelma ont coûté la vie à 45000 Algériens. En 1947, la répression à Madagascar ne provoque pas moins de 89000 morts. Ces évènements tragiques sont toujours occultés par le gouvernement français. Au Cameroun, où en 1960 est écrasée l’UPC on ne compte pas moins de 400 000 morts. Et combien de victimes en Algérie, 1million selon le gouvernement Algérien.

[21Au plus fort de la guerre d’Algérie, Guy Mollet, socialiste, est chef du gouvernement, a renié ses promesses de campagne électorale (terminer une guerre absurde par la négociation). Robert Lacoste, socialiste, est gouverneur général de l’Algérie couvre les horreurs commises par les paras. François Mitterrand est ministre de la justice et donnera toujours un avis favorable à l’envoi à la guillotine de 45 patriotes algériens !

[22André Stil, « Le premier choc  » Editeurs Français réunis 1951.

[23Paul Carpita « Le rendez vous des quais  », réalisé entre 1950 et 1953, il sera présenté en 1955 et interdit.

[24Henri Alleg, il dénonça la torture que pratiquait l’armée française en Algérie, dans un livre au retentissement international : “La question” préface par J.Paul Sartre, 1958.

[25Les États-Unis arrivent en tête avec 698 milliards de $, ce qui représente 42,8% du total mondial pour 2010, la Chine arrivant en 2ème position avec 119 milliards de $, la France arrive en 3ème avec 65 milliards de $, le Royaume Uni 4ème avec 59,6 milliards de $, juste avant la Russie avec 58,7 milliards de $.

[26Il a fallu attendre 2012 pour que les USA acceptent une première opération de décontamination à Da Nang qui prendra plusieurs années pour un budget de 43 millions de $.

[27{} Le traité de Washington, ou Traité de l’Alliance de l’Amérique Nord signé le 4 avril 1949 vient clore cette période de l’immédiat après-guerre et scelle l’alliance politico-militaire des anciennes puissances coloniales affaiblies et du nouveau maitre incontesté de l’ordre impérialiste. Pendant toute cette période l’URSS a tenté de préserver l’éphémère statuquo de 1945 mais s’est retrouvée le plus souvent dans des positions inconfortables ou même intenables à terme – cas de Berlin par exemple - dans lesquelles l’adversaire l’avait poussée. Elle ne fera que rechercher des parades aux actions adverses : bombe A expérimentée en 1949, bombe H en 1953 un an après la bombe H étasunienne, COMECON (marché commun des pays de l’Est) créé en Janvier 1949 en réponse au plan Marshall (mars 1947) Pacte de Varsovie signé en 1953, 4 ans après le traité de Washington. Sur le « grand échiquier » eurasiatique l’URSS fut toujours en retard d’un coup. Le seul cas d’avance technique soviétique sera dans le domaine astronautique avec le lancement en Octobre 1957 du premier satellite artificiel (Spoutnik) et les Etats-Unis mettront aussitôt les bouchées doubles pour rattraper ce retard.

[28Miguel D’escotto Brockman, est un diplomate, ancien prètre catholique,ancien Ministre des Affaires Etrangères du Nicaragua, ancien Président de l’Assemblée Générale des Nations Unies, 2011.

[29L’empire Yankee, américano-atlantique, c’est 735 bases militaires reconnues dans les pays figurant sur cette carte (auxquels on peut ajouter aujourd’hui la Pologne et la Roumanie et, de fait, la Libye, sans doute bientôt le Mali. Des stations ou des facilités ont été obtenues par ailleurs au Maroc et dans le sud algérien, au Vietnam et dans plusieurs pays africains. Ces bases voisinent en général avec les ’black holes,’ les prisons secrètes de l’archipel de la CIA, y compris en Europe ! A titre de comparaison la Russie en a 12, la France 6, la Grande Bretagne.la Turquie et l’Inde 1.

[30Voir le rapport sur le développement humain 2013 du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) Chiffres remarquables sur le développement humain dans les pays en développement et les BRICS (Chine, Inde, Brésil, Russie, Afrique du Sud) contrairement aux pays développés.

[31La plus controversée d’entre elles Blackwaters, la plus grande armée privée du monde près de 100 000 mercenaires dont plus de 30 000 en Irak vient d’être racheté par Monsanto, le géant US de la Chimie, et de l’Alimentation.

[32Jean Claude Junker “Spiegel,” mars 2013.

[33Au plan de l’élargissement à l’Est, même avec des gouvernements mercenaires comme ce qui caractérise la plupart des régimes en place dans ces pays « nouvellement adhérents », cela reste très désordre. Sur le plan militaire, l’intégration totale à l’OTAN dans le dispositif et la stratégie des Etats-Unis propulse l’Europe aux quatre coins de la planète, comme en Afghanistan, avec les résultats que l’on sait.

[34-** Washington met de plus en plus l’accent sur ses forces navales qui ne dépendent d’aucun « alliés encombrants  ».

[35Aucune mention des risques et dangers véritables dans monde. Rappelons-les : Dans le monde, les risques ou défis” identifiés par l’ONU seraient, en ordre d’importance décroissant, les suivants :

  • de nature socio-économiques : pauvreté ; maladies et épidémies ; détérioration environnementale ;
  • de caractère militaire : conflits interétatiques et prolifération d’armes bactériologiques, chimiques et nucléaires ;
  • enfin, deux autres très proches l’un de l’autre : le terrorisme et la criminalité (le commerce de drogues et d’armes autant que la traite humaine et principalement celle des femmes).

[36Nouveau Marché Transatlantique(NTM ou New Transatlantic Marketplace) voir à ce sujet in Le Monde Diplomatique, « Double jeu autour de l’AMI  », octobre 1998 Jean-Pierre Page et Jean-Claude Lefort .

[37voir « Réflexions sur la guerre en Yougoslavie » 1999, François Chesnais, Tamara Kunanayakam, Jean-Pierre Page, Editions l’Esprit Frappeur !

[38« Réseau international » site de réflexion et de ré information.

[39Joseph Nye est un géo politicien américain, professeur à Harvard University, membre influent de la Trilatérale, auteur de nombreux ouvrages qui inspirent la politique internationale des USA. Voir « Soft power, the means to success in world politics », Public Affairs, 2004)

[40Pour certains c’est la méthode utilisée par les occidentaux, c’est à dire : les bombardements qui posent problème et puis il y a des victimes collatérales, évidemment comme avant Bachar El assad, c’est Khadafi, Sadam Hussein, Milosevic qui sont responsables ! Depuis la guerre en Yougoslavie, puis en Afghanistan, puis en Irak, puis en Libye, et aujourd’hui en Syrie on nous sert le même argument ! Serait on en faveur de lancer des fleurs sur des populations éplorées et non des bombes, mais toujours avec l’objectif de s’ingérer dans les affaires d’autres états, parce que sans doute ces états, ces gouvernements et ces peuples sont des barbares attardés qui en rompant avec le colonialisme ont démontré qu’ils étaient incapables de se diriger eux mêmes !

[41Voir dans « La pensée libre  » les numéros : n°62 « Genève : responsabilité à protéger(R2P) contre souveraineté des peuples  » par Tamara Kunanayakam, et le n°32 « La réforme des Nations Unies telle qu’elle a été proposée par le Secrétaire Général » Kofi Annan  » par Jean-Pierre Page et Tamara Kunanayakam, www.lapenseelibre.org

[42A la fin de la guerre froide, le « Défense Planning Guidance  » des États-Unis définissait comme suit le but stratégique américain : « Éviter la montée d’un nouveau rival qui constituerait une menace du même ordre que celle de l’Union soviétique dans le temps.  » Ce document était le fil conducteur de la politique étrangère de l’ancien président américain George W. Bush. Son successeur, Obama, n’a pas fondamentalement modifié cet objectif stratégique.

[43Voir rapport du PNUD 2013, déjà cité.

[44Environ la moitié des réserves pétrolières mondiales et plus de 41 % des réserves connues de gaz se trouvent précisément dans le Moyen-Orient.

[45On ne saurait sous estimer également les contradictions qui ont trait aux intérêts stratégiques de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Depuis des années, la France espère, via des programmes comme l’« Union pour la Méditerranée  » (Euro Med) restaurer son ancienne influence économique et sa domination sur les territoires méditerranéens.

[46Contre Mossadegh en Iran (1953), contre Sukarno en Indonésie (1965) et contre Allende au Chili (1973), les États-Unis sont parvenus à soumettre ces pays sans guerre. En Irak, en Libye et en Afghanistan, les coups d’État n’étaient pas une option, puisqu’il n’y avait pas de marionnette évidente. Les guerres contre ces pays n’ont pas non plus généré des alliés stables pour les États-Unis, mais elles ont toutefois détruit la capacité de ces pays à bâtir une politique indépendante.

[47 Il est à noter que depuis le renoncement piteux des États-Unis à attaquer la Syrie, aucun service secret occidental n’a été capable d’apporter la moindre preuve nouvelle et cette fois tangible de la responsabilité du gouvernement syrien dans le drame de plus en plus supposé du 21 août. On a même vu l’attaché de presse du Ministre de la Défense Sacha Mandel fabriquer un document déclassifié qui s’est révélé être un faux avec l’objectif d’influencer les parlementaires Français sur l’engagement Français à bombarder la Syrie. Bien au contraire de cette opération grotesque : de nombreux documents et témoignages tendent à présent à établir la culpabilité des rebelles (cherchez à qui le crime profite), sans doute assistés dans cette macabre manipulation par les services secrets et militaires occidentaux, ceux-là mêmes qui prétendirent ensuite apporter la preuve de l’implication du pouvoir syrien, comme ils l’avaient fait dans l’affaires des armes de destruction massive en Irak.

[48C’est cette démarche Independent qui nous a permis dans les années 90 d’élargir sensiblement le champ de nos relations syndicales, y compris et tout particulièrement aux USA. Au 45 ème congres de la CGT en 1995, nous fumes capable de recevoir 110 délégations étrangères et en plein conflit en Yougoslavie, la CGT était ainsi capable de réunir ensemble tous les syndicats et sans exception de l’ex Yougoslavie, les Kosovars comme les Serbes, les Monténégrins comme les Croates ou les Bosniaques.

[49Zbinew Brzezinski avait déclaré il y a des années ’qu’il fallait toujours craindre la Russie même une Russie capitaliste’ ce n’était pas obsessionnel chez ce secrétaire d’Etat US toujours conseiller d’Obama après l’avoir été de tous les présidents américains depuis Carter.

[50Miguel D’Escotto Brockman, déjà cité.

[51interview de Bernadette Ségol à l’Humanité Dimanche, 12 au 18 septembre 2013.

[52voir Rogue State ( Etat voyou ), un livre de William Blum, 2005 ou encore La loi du plus fort, mise au pas des Etats voyous de Noam Chomski, 2002.

[53Depuis 25 ans, ils ne peuvent se prévaloir d’aucun résultat, et ils ont perdu des millions d’adhérents, comme c’est le cas en Allemagne, en Grande-Bretagne, et ne parlons pas ici des Etats-Unis, causant de ce fait un formidable préjudice à ceux qu’ils sont censés représenter ! Voir l’intéressante étude de « Faits et documents » : « le SPD et les syndicats allemands  », la mutation d’un partenariat privilégié’ Wolfgang Schroeder, octobre 2008.

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).