L’histoire de la CGT est traversée par un bras de fer continu entre réformistes et révolutionnaires

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Partie I - Certains ont peut-être encore en mémoire cette image incroyable de Bernard Thibault ovationné et accueilli debout par les congressistes du PS en 2003, alors que l’intervenant à la tribune, Cambadélis, était obligé de s’interrompre. Plus tard, en mars 2005, dans le cadre de la campagne du référendum, le même, alors qu’il s’était positionné ouvertement pour le oui avec la majorité de la direction de la CGT, est invité par la 2ème chaîne pour une étrange interview au soir d’importantes manifestations. La télévision nationale lui ouvre une émission spéciale de 10 minutes, à une heure de grande écoute (juste après le journal de 20 heures), ce qui est un accueil inhabituel pour le représentant d’un syndicat de lutte anticapitaliste, mais qui l’est certainement moins pour un syndicaliste de "proposition". Désormais enlisée dans la CES, à l’instar du PCF devenu PGE, on peut dire que la CGT est sous perfusion des réformistes et de l’Union européenne. La situation est-elle catastrophique ? On peut en avoir l’impression, au sortir d’une longue période au cours de laquelle les révolutionnaires ont fortement influencé le syndicat. Mais la situation est loin d’être désespérée, car il semble aujourd’hui encore, que beaucoup de syndicats de base restent fortement ancrés aux principes qui ont forgé la CGT, dont la lutte des classes. D’ailleurs à y regarder de plus près, l’existence de la CGT n’a jamais été un long fleuve tranquille, et les rapports de force entre révolutionnaires et réformistes ont constamment bougé en fonction de l’évolution de la société et des partis politiques.

A ce sujet, j’ai redécouvert récemment un ouvrage intitulé "Le syndicalisme de classe", paru en 1987 aux défuntes éditions sociales et écrit par Jean Magniadas, docteur en sciences économiques, membre de la commission exécutive de la CGT et directeur du Centre d’études économiques et sociales. Dans cette étude l’auteur présente, entre autres, une brève histoire du syndicat qui montre que les rapports entre réformistes et révolutionnaires ont toujours été un bras de fer continu ; c’est cette partie qui est publiée ci-dessous.

PB

Une histoire complexe et passionnante

Inséparable de celle de la formation sociale où elle se constitue, qui lui donne ses spécificités, le syndicat a une histoire [1]. Elle est à la fois complexe et passionnante, à l’image des luttes de classe en France.

Les spécificités du syndicalisme français ne manquent pas. Elles se forment très tôt et se dessinent avant même que se crée, en 1895, la CGT. Aboutissement d’un complexe processus de fédéralisation sur le plan professionnel et sur le plan local, sa création est un événement d’une grande importance sociale. La classe ouvrière dispose désormais d’un centre national interprofessionnel pour la coordination et l’animation de ses luttes. Tous les syndicats et unions n’adhèrent pas immédiatement à la nouvelle confédération, mais le mouvement est lancé. C’est une étape tout-à-fait essentielle. Une nouvelle période s’ouvre : le début d’une histoire qui se confond avec celle des luttes de classes en France.

Premières tentatives

La création de la CGT a été précédée d’affrontements, conséquences de luttes politiques, qui ont leur reflet dans bien des domaines, y compris dans la centrale.

Un premier essai de regroupement syndical à l’échelle nationale avait été tenté par le Congrès socialiste de Lyon de 1886 à l’initiative de syndicalistes « modérés » et de disciples de Jules Guesde, animateur avec Paul Lafargues, du Parti ouvrier français (POF), et donna naissance à la Fédération nationale des syndicats. Celle-ci avait permis de déjouer une tentative de captation des syndicats pour le compte de la bourgeoisie républicaine. Mais la Fédération ne réussit pas à survivre. La conception sectaire d’un syndicalisme étroitement subordonné aux orientations du POF, fut refusée par un grand nombre de militants. Les pratiques autoritaires à l’intérieur de l’organisation et les attaques de l’extérieur des autres groupes socialistes, et surtout des anarchistes, conduisirent à son rapide affaiblissement. On lui doit sûrement d’avoir contribué au développement de la conscience de classe des militants et aussi l’initiative du 1er mai et de la lutte pour les « huit heures ». Au-delà même des limites des conceptions de ses inspirateurs, de leur compréhension mécaniste des rapports partis-syndicats, cet échec tient aussi à ce que l’horizon local et corporatiste l’emportait encore sur le niveau national.

Créée en 1892, la Fédération nationale des bourses du travail va concurrencer la Fédération des syndicats. Son principal animateur, F. Pelloutier, ne cachait pas que si elle représentait une exigence d’unité syndicale, elle traduisait une volonté explicite, du moins chez ses fondateurs [2], de faire face à la Fédération des syndicats d’inspiration guesdiste. La Fédération des bourses, s’appuyant sur la structure vivante et simple des bourses, connut un assez rapide développement. Les aspirations à une unité plus complète demeuraient malgré les rivalités très vives. Les deux fédérations acceptèrent de demander aux syndicats nantais de réunir leur congrès en un seul. Ce fut le Congrès de Nantes (1894), qui, en fait, renouvela et même aiguisa les affrontements entre les deux organisations. Cependant, il en sortit un Conseil national ouvrier dont la principale initiative fut de convoquer le Congrès de Limoges (1895) qui donna naissance à la CGT. Il fallut attendre sept années encore pour que l’unification soit vraiment réalisée et que la Confédération commence à assumer réellement sa fonction de coordinateur et d’animateur des luttes.

L’anarcho-syndicalisme

On le voit, dès ses origines, le syndicalisme comportait dans ses rangs des militants appartenant à des courants politiques et idéologiques différents, voire opposés, qui se réclamaient de l’une ou l’autre des écoles du socialisme, de l’anarchie ou de l’apolitisme. En prenant plus d’importance, les syndicats devinrent un enjeu pour les groupes politiques qui entendaient gagner la classe ouvrière, et dont la CGT influençait la partie la plus avancée.

Les anarchistes imposèrent leur hégémonie à la Confédération et donnèrent naissance à ce que l’on appelle « l’anarcho-syndicalisme » ou « le syndicalisme révolutionnaire », qui n’excluait pas l’existence d’autres courants : réformistes, positivistes, allemanistes, guesdistes, vaillantistes. C’est par la Fédération des bourses que les anarchistes firent pour l’essentiel la conquête de la CGT [3]. Ils s’appuyèrent surtout sur le contrôle des petits syndicats plus facilement influençables.

Plus fondamentalement, l’anarcho-syndicalisme s’ancre dans des conditions économiques et idéologiques qui sont celles du retard et de la lenteur de la révolution industrielle dans notre pays, de la prédominance de la petite industrie, d’une activité qui est souvent encore plus proche des métiers que de la grande industrie. Il correspond à une mentalité proche de celle des compagnons. Son influence résulte aussi de la division des écoles socialistes, de la dérive opportuniste et de la faillite que constitua la participation du socialiste Millerand au ministère Waldeck-Rousseau, de la trahison de Briand qui provoqua un rejet des politiciens que les anarchistes surent habilement utiliser.

L’idéologie anarchiste conjugue simplisme et radicalisme. Elle prône la grève générale, déjà popularisée dans le mouvement syndical par Pelloutier et Briand, l’anti-autoritarisme, l’antiparlementarisme, l’antimilitarisme et l’action directe – opposée à la démarche parlementaire et aux délégations de pouvoir –, le sabotage, l’utilisation du boycott ou de son contraire, le label [4]. Elle s’oppose aux groupes politiques puis au Parti socialiste après l’unification de 1905, avec l’idée, plus ou moins explicitement affirmée, que le syndicat suffit à tout, qu’il est, lui-même, le seul et vrai parti ouvrier. Cette idéologie, si elle s’attaque à la bourgeoisie, rétrécit considérablement les bases du syndicat. Cela n’empêcha pas la CGT d’organiser des luttes contre la vie chère, pour les huit heures, contre les bureaux de placement et les expulsions de locataires. Menacée de dissolution, elle poursuivit son action et imposa des reculs au patronat et certaines avancées sociales : loi sur les accidents du travail en 1898, ébauche d’une législation sur les retraites.

La Charte d’Amiens

Le Congrès confédéral d’Amiens (1906) est, à juste titre, représentatif des conceptions dominantes dans la CGT. La résolution générale du congrès, ultérieurement connue sous le nom de Charte d’Amiens, en offre une représentation synthétique. Elle marquera comme référence historique la plupart des grands débats ultérieurs dans la CGT, s’agissant notamment des rapports du mouvement syndical aux partis politiques. En 1906, elle traduit la nécessité pour la CGT d’affirmer son identité dans un contexte où s’exerce la pression répressive de l’Etat et face à un Parti socialiste qui vient de s’unifier et dont le groupe dirigeant de la CGT redoute l’intervention.

La Charte d’Amiens est un tout où la lutte des classes est clairement affirmée. Elle a certes ses limites et ses faiblesses, elle n’échappe pas à l’étroitesse ; mais elle doit avant tout être située dans son époque [5]. FO la revendique et en donne une lecture particulièrement abusive (oublieuse de la lutte de classe), cherchant à en faire un fondement doctrinal de son anticommunisme et de son anticégétisme, de l’apolitisme qu’elle utilise comme mythe et surtout comme paravent idéologique de ses pratiques réformistes. En quête d’une légitimité historique qu’elle ne peut pas trouver dans ses origines, la CFDT a longtemps cherché, en se réclamant de Pelloutier [6] et de la résolution d’Amiens, une filiation avec le syndicalisme révolutionnaire.

Comme l’observe l’historienne Germaine Willard : « Dans un cadre chronologique précis, la Charte d’Amiens permet d’appréhender les aspects contradictoires d’un mouvement en développement. Elle révèle, sur fond de proudhonisme latent, l’anti-autoritarisme, le spontanéisme, le volontarisme qui tiennent souvent lieu d’analyse et de réflexion doctrinale. Mais en même temps, elle appelle à construire un syndicalisme de luttes de classe, d’esprit révolutionnaire, position là aussi originale face au réformisme des syndicats anglais, américains et même allemands d’alors » [7].

Il s’agit là d’un point essentiel de l’apport du syndicalisme révolutionnaire du début du siècle, qui doit être souligné. Ce dernier aspect mérite particulièrement l’attention, car une utilisation manœuvrière de la Charte d’Amiens, notamment par les syndicats réformistes, a surtout consisté à oublier l’affirmation de la lutte de classe en opposition aux tendances à l’opportunisme dans le mouvement ouvrier.

Malgré son adoption à une majorité très large et composite, la Charte d’Amiens ne suffira pas à assurer la solidité et la cohésion des positions de la CGT. Dans les années qui suivent, on assiste à des progrès du réformisme dans ses rangs en même temps qu’à une évolution de certains anarcho-syndicalistes traduisant une rupture avec la phraséologie révolutionnaire et la spontanéité, et un intérêt plus sérieux pour les problèmes économiques. Ce second mouvement se cristallisera autour de La Vie Ouvrière, créée en 1909 par un groupe de syndicalistes, dont Pierre Monate (1881-1960), l’un des animateurs du courant de lutte de classe dans la CGT aux lendemains de la première Guerre mondiale.

De 1914 à 1947 : une histoire mouvementée

— Les conséquences de la guerre de 1914-1918

Depuis 1904, la CGT s’est fortement engagée dans la lutte contre la guerre. La tourmente de 1914-1918 révèle la faiblesse de son idéologie et de ses pratiques, celle de son groupe dirigeant qui, Jouhaux en tête, aux lendemains mêmes de l’assassinat de Jean Jaurès, s’enfonce dans cette forme de collaboration de classes que constitue l’Union sacrée. Seule une minorité, autour de la Fédération des métaux et du groupe de la « Vie Ouvrière », s’en distingue et combat les options de Jouhaux et du groupe dirigeant.

Devant l’opposition grandissante à l’Union sacrée à l’intérieur du Parti socialiste et de la CGT, leurs directions, toutes deux ralliées à l’Union sacrée, se rapprochent et des liens étroits se tissent entre la direction de droite du PS et l’état-major de la CGT.

Symbole de la collaboration que les dirigeants de la CGT apportent au gouvernement, Jouhaux entre au Comité de secours national et devient, en septembre 1914, délégué à la Nation pour « soutenir le moral du pays et l’effort de guerre ». La guerre s’accompagne d’une aggravation des conditions d’existence des salariés. Elle désorganise le mouvement syndical : de nombreux militants sont mobilisés, beaucoup meurent au combat, la répression se déploie, la censure réduit le droit d’expression... Mais les mouvements revendicatifs reprennent assez tôt et s’amplifient, imposant des concessions au patronat et au gouvernement. La révolution d’Octobre suscite un intérêt grandissant parmi les militants des syndicats et, au fur et à mesure qu’elle est mieux connue en France, exerce une attraction favorable à la mise en mouvement des masses.

Après l’armistice, les pays capitalistes connaissent de grands mouvements grévistes. C’est la conséquence de l’hécatombe de la guerre et des souffrances accumulées. En 1919, les grèves atteignent en France leur point culminant. Elles ont pour objectif l’augmentation des salaires, la réduction de la journée de travail. Les syndicats recrutent massivement. Mais la direction réformiste de la CGT manœuvre pour s’emparer de la direction de ces mouvements. Elle met en œuvre une stratégie qui conduira à leur échec. Son activité avait suscité déjà, pendant la période antérieure, une opposition qui va grandir particulièrement parmi les nouveaux militants, d’autant que les pratiques des dirigeants confédéraux et des militants qui les suivent suscitent une réprobation qui s’élargit.

— L’exclusion des révolutionnaires

Partisans de la lutte des classes, les minoritaires s’organisent et gagnent en influence dans les congrès confédéraux, dans les fédérations et, plus encore, dans les unions départementales qui sont plus sensibles aux réactions de la base. Après le Congrès confédéral de 1920 à Orléans, la minorité crée les Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR). Ils rallient à l’intérieur de la CGT tous les partisans du syndicalisme de lutte de classe. A cette initiative, la direction confédérale réformiste riposte vigoureusement en recommandant implicitement l’exclusion des minoritaires. Elle reconnaît une organisation dissidente née de la scission de la Fédération des cheminots, après que celle-ci soit démocratiquement passée à la minorité et soit devenue pour celle-ci un bastion avec des dirigeants de grande envergure (Gaston Monmousseau, Lucien Midol, Pierre Sémard). Elle exclut aussi les militants et les organisations minoritaires.

C’est dans ce contexte que s’ouvre le Congrès confédéral de Lille, en Juillet 1921, qui se conclut par un nouveau progrès de la minorité. La victoire de celle-ci ne fait plus de doute dans un proche avenir. Elle obtient 1325 voix contre 1572 à la majorité et il y a 66 abstentions lors du vote de la motion d’orientation qui décide pratiquement de l’exclusion des organisations minoritaires.

Bien que, pour sauvegarder l’unité, la minorité ait décidé que les syndicats qu’elle anime se retirent des CSR, la direction confédérale maintient sa décision. La scission est bientôt consommée. Elle met fin à l’unité syndicale qui avait vu cohabiter pendant un quart de siècle, non sans tensions ni luttes internes, des militants d’opinions très différentes. La scission est en rapport direct avec l’aggravation de la lutte de classe dont il existe dans cet immédiat après-guerre bien des manifestations. Parmi celles-ci, la réorganisation des forces sociales de la bourgeoisie qui, au cours de 1919, constitue la CGPF (Confédération générale du patronat français), ou bien encore la création, également en 1919, de la CFTC qui, dans l’esprit de ses créateurs, est destinée à faire pièce au mouvement révolutionnaire.

La scission signifie, de la part des réformistes, un refus de la démocratie syndicale, position singulièrement grave pour l’unité ultérieure, puisqu’elle indique que les majoritaires n’accepteront pas le jeu démocratique dès lors qu’il risque de les conduire à devenir minoritaires. Situation qui se reproduira en 1947. Dans la CGT demeurent aussi des militants qui, tout en ne partageant pas les options de la minorité exclue, n’acceptent pas cependant la scission comme un fait définitif et qui, ultérieurement, militeront activement pour la réunification de la CGT.

— Création de la CGTU, puis la CGT se réunifie

Les minoritaires, qui sont loin de former un bloc homogène, vont constituer la CGTU (Confédération générale du travail unitaire) lors du Congrès de Saint-Etienne en juin-juillet 1922. L’intitulé de la centrale montre bien qu’elle ne renonce pas à l’unité syndicale. Le mouvement ouvrier entre dans une phase de repli parallèle à une offensive patronale cherchant à profiter de cet affaiblissement qui se manifeste par une réduction du nombre de grèves de 1924 à 1927. En 1928 et 1930, on observe une remontée des mouvements, mais ils se soldent le plus souvent par des échecs jusque dans le début des années 1930 où ils obtiendront certains résultats.

La crise rend l’action plus difficile, tout particulièrement pour les militants de la CGTU, surtout implantée dans l’industrie et directement exposée à la montée du chômage et à la réorganisation du capital. Les pratiques unitaires vont se développer dans l’action, jusqu’au point de rendre l’unité inévitable [8], et permettre la riposte antifasciste de février 1934, le succès de la grève générale qui conduiront au Front populaire et à l’unité syndicale.

Après sept mois de pourparlers, en septembre 1935, les congrès de la CGT et de la CGTU, réunis aux mêmes dates, tiennent une séance commune. La voie est définitivement ouverte au congrès d’unité de mars 1936. Pour faciliter l’unité, les minoritaires acceptent le rejet des tendances organisées et s’inclinent devant la décision du congrès déclarant incompatibles le mandat de membre du Bureau confédéral et l’appartenance à l’organisme directeur d’un parti politique. Ils acceptent aussi le maintien de l’affiliation de la CGT à la Fédération internationale des syndicats (FSI), alors qu’ils préconisaient l’autonomie pour contribuer au rapprochement de la FSI et de l’Internationale des syndicats rouges (ISR).

Le préambule que les deux délégations inscrivent dans les statuts de la CGT comporte les principes fondateurs du syndicalisme démocratique de classe et de masse. Ils figurent aujourd’hui encore dans les statuts de la CGT.

La CGTU disparaît. Son action n’a sans doute pas été exempte d’erreurs et son histoire reste largement à faire. Elle a eu d’indiscutables mérites, tout particulièrement celui de maintenir bien vivant le syndicalisme de classe, dans ses différentes dimensions, de contribuer à former des dirigeants et des militants syndicaux qui vont jouer un rôle essentiel dans la CGT réunifiée et dans l’émergence d’une pratique et d’une conception du syndicalisme qui ne se concrétiseront pleinement qu’ultérieurement. Parmi eux, venu de l’anarchosyndicalisme, Gaston Monmousseau (1883-1960), qui fut secrétaire général de la CGTU [9].

— Le Front populaire et la contre-offensive de la bourgeoisie

La CGT réunifiée prend une place décisive dans les grèves massives et les occupations d’usine qui suivent la victoire du Front populaire [10]. Le mouvement gréviste, d’une force inédite, conduit à des résultats sans précédent, aux accords de Matignon, aux nouvelles lois sociales, aux conventions collectives, aux quarante heures, aux congés payés et aux délégués d’ateliers. Les travailleurs affluent dans les syndicats de la CGT qui groupent, en 1937, 5 millions d’adhérents.

L’apport de 1936 ne se limite pas aux résultats revendicatifs, il empêche la réorganisation de type fasciste projetée et voulue par la bourgeoisie française. L’ampleur du mouvement et la syndicalisation de masse permettent à un très grand nombre de travailleurs de mesurer la réalité de leur force sociale. La conscience de classe a grandi et 1936 se réfléchira dans la mémoire de la classe ouvrière, des salariés, non sans une certaine idéalisation qui en gomme, sans doute, les contradictions et les limites, pour n’en retenir que les acquis sociaux et la démonstration de la puissance des travailleurs.

La politique que met en œuvre le gouvernement Blum contient elle-même les éléments de la désagrégation du Front populaire, l’amoindrissement sinon l’effacement d’une partie de ses acquis sociaux. Elle peut se caractériser par la sous-estimation des problèmes financiers et le refus de s’attaquer au capital, de le taxer, d’organiser le contrôle des capitaux et du crédit, tous objectifs pourtant inscrits au programme du Front populaire. Elle est ainsi contradictoire aux possibilités fournies par la création de pouvoir d’achat et s’inscrit finalement dans la logique du capital. Elle va ouvrir la voie à un processus de régression et d’attaques contre la classe ouvrière qui s’accélèrera quand le gouvernement Daladier, puis celui de Paul Reynaud viendront aux affaires.

La bourgeoisie est à la contre-offensive. La classe ouvrière répond par des grèves et des manifestations. C’est cependant dans de très mauvaises conditions que se développe la riposte, freinée par les atermoiements, les lenteurs des dirigeants majoritaires de la CGT, qui permettent au gouvernement et au patronat de prendre des mesures pour en diminuer l’impact. Ainsi en sera-t-il quand le Bureau confédéral de la CGT, dominé par Jouhaux et ses amis, met en application la décision, dont le mandat lui avait été donné par le Congrès de Nantes, d’organiser la riposte aux décrets-lois de Paul Reynaud. Sans être un échec absolu, la grève du 30 novembre 1938 n’a pas l’envergure nécessaire pour atteindre ses objectifs, ce dont profite le patronat pour accentuer la répression.

— L’anticommunisme et la deuxième guerre mondiale

Les conditions dans lesquelles a été préparée et menée la grève de novembre 1938 révèle l’existence, au sein même de la Confédération, d’un groupe scissionniste animé par Belin, l’un des secrétaires de la CGT, et organisé autour du journal fractionnel Syndicats. Ce journal, violemment anticommuniste, abrite ses visées de collaboration de classe derrière une pseudo-défense de l’indépendance syndicale et sous le masque de la fidélité aux idées de la Charte d’Amiens.

Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 est le prétexte à l’exclusion des communistes du Bureau confédéral et de la Commission administrative. Le gouvernement complète l’opération de la scission confédérale, décidée par les majoritaires, en procédant à la dissolution des syndicats dirigés par les communistes (plus de six cents). Arrêtés, traqués, internés, ceux-ci deviendront pour la plupart des cadres de la Résistance, sous la direction de Benoît Frachon. Un grand nombre paieront de leur vie leur participation à ces combats, leur attachement à la lutte de classe et à l’indépendance nationale.

S’inscrivant dans une ligne de collaboration de classe et de complaisance envers la capitulation, le Comité confédéral national (CCN) du 20 juillet 1940 renonce à l’article premier des statuts qui assignait comme but à la CGT « l’abolition du salariat et du patronat » et lance l’idée d’une communauté française du travail. La CGT est dissoute le 9 avril 1940, tandis que Belin, le leader de Syndicats, passe du secrétariat de la CGT au ministère de la Production industrielle. Ses amis s’enfoncent dans le soutien à Vichy et dans la collaboration. Un certain nombre des anciens majoritaires adoptent une attitude passive, attentiste, au moins jusqu’à Stalingrad. D’autres s’engagent activement dans la Résistance.

Une fois encore, c’est dans la lutte, cette fois-ci dans les conditions difficiles et dangereuses de l’occupation [11], par les accords du Perreux (17 avril 1943) [12], que l’unité syndicale se reconstitue. Respectant le programme qui était celui de la CGT au Congrès de Nantes, le Bureau confédéral est composé de cinq représentants de la majorité et de trois de la minorité [13]. La CGT est partie prenante au Conseil national de la Résistance où la représente Louis Saillant [14] ; elle désigne cinq délégués [15] pour siéger à l’Assemblée consultative d’Alger.

— La Libération

Le 18 août 1944, la CGT donne l’ordre de grève générale dans un appel commun avec la CFTC qui est, elle aussi, représentée au CNR. La France est bientôt libérée. La CGT se reconstitue officiellement. Elle dispose d’une large audience. En tant que classe sociale, le patronat, qui a collaboré étroitement avec l’occupant nazi, sort discrédité de la période de la guerre et de l’occupation.

La lutte pour le relèvement économique du pays, pour les salaires et la satisfaction des autres besoins sociaux, pour des réformes structurelles démocratiques sont les tâches que s’assigne la CGT. Elle soutient activement le programme du Conseil national de la Résistance à l’élaboration duquel elle a largement contribué ; elle exige des nationalisations industrielles et bancaires.

Le CCN des 4 et 5 septembre 1946 désigne deux secrétaires généraux : Benoît Frachon et Léon Jouhaux. Ces décisions sont confirmées par le premier congrès (8 au 12 avril 1946) qui suit la Libération. Il procède à des modifications des structures de la CGT, la proportionnelle intégrale est instituée, le cumul des fonctions de membre du Bureau confédéral et de parlementaire est interdit. Contrairement aux statuts de 1936, l’appartenance des membres du Bureau aux organismes directeurs d’un parti politique est désormais autorisée.

Outre les deux secrétaires généraux, le Bureau comprend onze autres membres. Sur les treize membres, six sont membres du PCF, ce qui est loin de correspondre à l’influence réelle de l’ancien courant unitaire, dans lequel se situent les communistes, qui, au congrès, recueille 80% des voix. Mais la volonté explicite des unitaires est de faire une large place aux nouveaux minoritaires dans la direction confédérale et de leur assurer toute leur place dans la CGT.

En 1946, la CGT compte 6 millions d’adhérents. D’important succès vont être obtenus : l’instauration de la Sécurité sociale, la nationalisation des usines Renault, des Charbonnages, des compagnies d’électricité et du gaz qui donnent naissance à EDF-GDF, celle des quatre grandes banques de dépôt et d’un certain nombre de compagnies d’assurances, la création des comités d’entreprise...

Tenu à une certaine discrétion aux lendemains de la Libération, le patronat relève pourtant la tête. La grande bourgeoisie entend bien stopper le processus de démocratisation et même l’inverser à son profit. Le patronat se refuse à signer des conventions collectives, freine le relèvement national. La majorité du gouvernement ne riposte pas fermement à cette entreprise. L’inflation ronge les améliorations de salaires, les conditions de travail se détériorent. Le mécontentement populaire grandit. L’année 1947 est l’une des plus difficiles de l’après-guerre. La pénurie alimentaire se conjugue avec la hausse des prix. Le gouvernement est de plus en plus sensible à la pression des USA qui veulent, au moyen du plan Marshall, renforcer leur hégémonie sur les pays européens affaiblis par la guerre.

La scission de 1947

A l’intérieur de la CGT, les minoritaires s’organisent en fraction autour du journal Force ouvrière qui exprime les vues de la minorité qui se groupe autour de Jouhaux et de Bothereau. En recourant à la démagogie, ils tentent d’abord d’utiliser le mécontentement réel que provoque la situation économique et sociale pour l’orienter contre les majoritaires.

C’est dans les PTT que dès 1946, une première scission porte atteinte à l’unité de la CGT et bientôt aussi chez les cheminots. Après avoir tenté de radicaliser certaines luttes, les minoritaires essaient ensuite de les freiner. En novembre 1947, alors qu’un puissant mouvement gréviste se développe, les dirigeants de la fraction FO entament des pourparlers avec le gouvernement, en particulier avec Daniel Mayer, ministre socialiste du Travail, et avec le patronat. Ils lancent le mot d’ordre inconsidéré de reprise du travail.

Après avoir hésité entre une stratégie de reconquête de la CGT et la scission, devant l’impossibilité de faire partager leurs vues à la masse des adhérents de la CGT, Jouhaux et ses amis choisissent, une fois de plus, la scission. Celle-ci bénéficie de l’appui du Parti socialiste [16], même si, loin s’en faut, elle n’entraîne pas tous les socialistes militants de la CGT. Les scissionnistes reçoivent d’importants subsides financiers. L’AFL, centrale américaine qui avait déjà soutenu les opérations scissionnistes partielles de 1946, subventionne directement la scission [17]. En France même, Daniel Mayer lui attribue une subvention de 40 millions de francs. Les centrales anglaises, belges, contribuent également à soutenir financièrement l’opération de division du mouvement syndical français.

Mais celle-ci est condamnée par des dirigeants et des militants qui avaient appartenu ou étaient proches du courant minoritaire, mais qui restaient profondément attachés à l’unité syndicale, tels Edouard Ehni, secrétaire général de la puissante Fédération du Livre, Alain Le Léap, secrétaire général de l’UGFF (Union générale des fédérations de fonctionnaires), Louis Saillant, secrétaire de la CGT, Forgues, secrétaire général de l’UD de Haute-Garonne, Pierre Lebrun qui, avant d’être secrétaire de la CGT, avait été un proche collaborateur de Jouhaux et appartenait avant la guerre au Parti radical de Camille Pelletan, Lucien Jayat des services publics, Jacques Marion de la Fédération du spectacle, d’autres encore. La Fédération du Livre et celle de l’Education nationale, dont les dirigeants appartenaient à l’état-major de la fraction FO, décident pour la première, et à l’issue d’un référendum, de rester à la CGT, pour la seconde de passer à l’autonomie.

A la suite de la démission de Jouhaux et de quatre autres secrétaires confédéraux passés à FO, la Commission administrative (CA) de la CGT procède à leur remplacement, en faisant appel à des militants fidèles à l’unité syndicale, qui avaient appartenu au courant de Léon Jouhaux. Alain Le Leap est appelé au secrétariat général aux côtés de Benoît Frachon.

La nouvelle centrale née de la scission ne groupe qu’une petite minorité de travailleurs. Les scissionnistes n’ont pu réaliser leur ambition de constituer une centrale réformiste au niveau de la CGT. La CGT affaiblie, voit une partie de ses adhérents choisir l’inorganisation. Mais le syndicalisme de classe demeure la première force syndicale de notre pays et la seule à grouper dans ses rangs des travailleurs d’appartenances politiques diverses, communistes, socialistes et des syndiqués sans appartenance déclarée.

La scission perpétrée dans la CGT signifie bien l’entrée dans une nouvelle phase des luttes de classes en France et dans le monde. En France, la bourgeoisie entend rétablir pleinement son hégémonie, en collusion avec les forces réformistes dont elle a cherché par la scission à élargir l’espace, tout en diminuant l’influence du syndicalisme de classe. Au plan international, les USA, rompant l’unité antifasciste, s’engagent dans la politique de guerre froide. Ce n’est d’ailleurs pas seulement contre la CGT que l’offensive est menée, mais aussi contre les autres organisations syndicales de classe ou contre les militants qui, dans les syndicats réformistes, se réclament de positions de classe, en Italie, aux USA, en Belgique, en Angleterre notamment.

Malgré tout, la CGT demeure de loin la principale organisation française. Son action se fonde sur une conception originale du syndicalisme et continue de jouer un rôle essentiel dans les luttes sociales de la période. Cet impact tient aux caractères qu’elle a acquis, aux conceptions et aux pratiques qu’elle met en œuvre.

Extrait de :

Le syndicalisme de classe, Jean Magniadas, Éditions sociales, 1987

[1Cette histoire n’est évoquée ici qu’à grands traits. On se réfèrera à J. Bruhat et M. Piolot, Esquisse d’une histoire de la CGT, aux publications de l’Institut d’histoire sociale de la CGT, aux Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes, ainsi qu’à la revue Le mouvement social.

[2« Nous devons, à la vérité, reconnaître qu’elle eut [la Fédération des bourses] une origine plus politique qu’économique. Elle vint à quelques membres de la Bourse de Paris qui, adhérents à des groupes rivaux du Parti ouvrier français et mécontents de ce que la Fédération nationale des syndicats fût entre les mains de ce parti, souhaitaient la création d’une association concurrente dont le siège pût être fixé à Paris et qui devint ainsi leur chose », F. Pelloutier, Histoire des bourses du travail, Alfred Costes, 1946, page 114.

[3Voir Henri Dubief, Le syndicalisme révolutionnaire, édit. Armand Colin, 1969, page 27.

[4C’est-à-dire la recommandation aux consommateurs des produits des entreprises ayant accepté le syndicat.

[5Tel est le sens de la publication par l’Institut d’histoire sociale de la CGT du texte intégral du Congrès d’Amiens accompagné de sept études. Préface de Georges Séguy, 1983

[6L’historien J. Julliard, qui a été un dirigeant national de la CFDT, a consacré une partie de ses travaux à l’étude de Pelloutier, la CFDT y a manifestement puisé des références à son discours sur elle-même.

[7Germaine Willard, 1906, Le Congrès de la Charte d’Amiens, page 67.

[8Dans une lettre à son ami Bertrand (des Employés), qui versera dans la collaboration, Bothereau, qui sera le premier secrétaire de FO, écrit : « Fais appel à tes souvenirs et relis les documents confédéraux. Ignores-tu l’existence des syndicats uniques ? Les pressions subies de toutes parts, l’état d’esprit dans notre mouvement à cette époque ? Quand l’unité s’est faite, elle était inévitable. La vérité est que nous n’avions pas le choix, alors : il fallait accepter avec les garanties obtenues ou bien partir », J. Bruhat et M. Piolot, Esquisse d’une histoire de la CGT, ouvrage cité, page 132.

[9Directeur de la VO de 1922 à 1960, il sera aussi l’un des principaux dirigeants de la CGT de la Libération à sa mort.

[10Sur cette période, voir D. Tartakowsky et C. Willard, Des lendemains qui chantent ?, Messidor/Editions sociales, 1986.

[11Sur ces combats, on ne peut que renvoyer au livre d’André Tollet qui en fut un dirigeant éminent, La Classe ouvrière dans la Résistance, Messidor/Editions sociales, 1983.

[12Ils sont signés par R. Bothereau, Henri Raynaud, Louis Saillant et André Tollet.

[13Les minoritaires n’étaient que deux dans le Bureau confédéral de 1936. Mais le congrès de Nantes avait décidé de porter à trois leur représentation pour tenir compte de la force accrue des ex-unitaires.

[14Il appartient à la majorité et est proche de Léon Jouhaux.

[15Il s’agit de Buisson, Gazier, Bouzanquet (trois ex-confédérés) et de Croizat et Fayet (deux ex-unitaires).

[16A. Bergougnoux souligne : « le Conseil national socialiste du 14 décembre se prononça en faveur de la Troisième Force... Le siège de la grande majorité du parti était fait dès les premiers jours de novembre, c’est-à-dire un mois environ avant la seconde et dernière conférence de FO. La scission était désormais à l’ordre du jour. », Force ouvrière, Le Seuil, 1975, page 77.

[17Jack Kantrowitz, « L’influence américaine sur FO », Revue française de science politique, n°4, août 1978.

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  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

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    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).