« Henri Alleg nous a quittés, vive le combat anticolonialiste » !

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

Je voulais faire connaître cet hommage rendu à Henri Alleg par le mouvement "les indigènes de la république" par souci d’équité, envers tous ceux « qui reconnaissent en lui, le grand et courageux combattant anticolonialiste, un frère et un camarade ».

Je voulais aussi le faire connaître parce qu’à l’heure où nous voyons progresser les votes en faveur du Front national dans les couches populaires, il est vrai avec un fort taux d’abstention qu’il faut à chaque fois rappeler, que s’affirment et s’affichent ceux qui veulent nous le présenter comme le seul vrai recours face à la mondialisation, oubliant soigneusement de lui adjoindre le qualificatif capitaliste, voire de nous proposer d’envisager comme le fît celui qui se cache derrière le nom du philosophe rationaliste Descartes, un nouveau CNR avec ce dernier, pour sortir de l’Europe et de ses impasses dans une patriotique alliance qui nous permettrait de reprendre notre liberté et de retrouver notre souveraineté, il est important de se rappeler quel est l’origine des cadres historiques de ce mouvement, comme il convient de se souvenir de ceux qu’ils ont martyrisé et massacré au nom de « valeurs occidentales ».

Je pense à "ces indigènes de la république", évoqués dans un roman dont le cinéaste Bouchareb a fait l’adaptation récemment et dont une partie de la jeunesse issue de l’immigration a repris le titre, pour s’identifier dans le combat politique dont Henri Alleg est devenu l’illustre figure. C’est ce que l’un d’entre eux exprime dans cette chronique de leur publication électronique que vous trouverez ci-dessous.

S’il faut dénoncer l’usurpation du sigle pris par l’organisation fasciste et rappeler que le Front national était l’organe politique des FTP, le titre "indigène de la République", doit aussi nous rappeler la part prise par ces hommes d’outre-mer contre le nazisme, ce que certains d’entre eux, comme nous le révèlent le roman puis le film, assumaient en toute conscience, pensant que la suite logique de leur combat leur ouvriraient ces droits bafoués sous l’occupation dans la métropole dont ils ne profitaient pas, jusqu’alors et que l’humanité nouvelle, issue des combats pour la libération sauraient leur accorder comme à tous ceux, pensaient-ils, qui y prenaient part. Or nous savons comment la suite les décevra, mais nous savons aussi que le programme du conseil de la résistance ne leur reconnaissait pas cet avenir dans le texte, puisqu’en effet rien ne leur était consacré qui ne leur reconnaisse littéralement un statut de citoyen.

Le programme du CNR qui se divise en deux parties, l’une pour donner "un plan d’actions immédiate", l’autre pour indiquer des "mesures à appliquer dès la libération du territoire", voulait "en regroupant toutes les forces autour des aspirations quasi unanime de la nation", que la France retrouve son équilibre moral et social et redonne "au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité".

Il déclarait, sans aucune forme d’ambiguïté  :


"Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du CNR, proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération.

1) afin d’établir le gouvernement provisoire de la république formée par le général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle.

Suivaient quatre autres chapitres qui prévoyaient le châtiment des traîtres, la confiscation de leur biens, les moyens à se donner pour l’établissement de la démocratie et les réformes indispensables à entreprendre sur le plan économique, le plan social et sur celui de l’éducation, mais rien en effet n’était prévu à leur endroit, rien ne discernait dans le texte ces populations annexées à l’empire, de celle de la métropole, pour lesquelles ils se battront, car s’il parlait de "l’union de tous les Français pour réaliser la libération du territoire et l’application du programme du conseil national", aucune rubrique ne leur accordait une attention spécifique, ni ne détaillait de mesures particulières pour les considérer à égalité de ceux établis dans la citoyenneté.

Rien n’était écrit de cela. Le vide, l’absence de prise en compte de ces populations dont de Gaulle avait appelé les fils à rejoindre le combat libérateur de la nation, était la véritable tache aveugle de ce texte. Cette tache qui cache et ne voit rien de ceux qu’elle néantise révélait certes le manque de réflexion sur la question coloniale qui caractérisait l’ensemble des forces politiques engagées dans la résistance, mais aussi les rapports de force et les compromis auxquels il lui fallait aboutir dans un contexte international où la France, pour établir sa souveraineté le plus tôt possible, devait avoir, si je puis m’exprimer ainsi, un pied à terre, elle était aussi la révélation en creux du sort qui les attendrait plus tard et qui d’ailleurs, n’attendra pas le lendemain de l’armistice pour s’exercer.

C’est hélas ce que nous révéleront les massacres de Sétif et de Guelma le 8 mai 1945, massacres qui introduiront plus tard à ceux de Madagascar puis à ceux de Haïphong, inaugurant dans la foulée un quart de siècle de guerres coloniales, dont nous ne parvenons aujourd’hui encore pas à sortir, et qui permettront à tous les nostalgiques du Reich et de la collaboration, d’exercer leurs talents, rejoints dans ces tâches enthousiasmantes, par d’anciens acteurs de la France libre, à l’instar des Massu, Bigeard et Aussaresses, ou de ce colonel Henri Trinquer qui avec le capitaine Léger (voir « Escadron de la mort, l’école française » de Marie-Monique Robin aux éditions La Découverte) s’imposeront comme les "héros de la bataille d’Alger" dont les hauts faits d’arme seront ces séances de torture à la villa Sérini et dont Henri Alleg sera l’un des bénéficiaires parce qu’ils avaient décidé, après avoir eu carte blanche d’un gouvernement de gauche pour maintenir l’ordre, que la guerre contre la subversion devait être totale.

Pour le gouvernement général de 1945, ce qui sera qualifié « d’événements du Constantinois », se métamorphosera rapidement en incidents selon une prose qui va s’éprouver au fil du temps afin de la vider de toute dimension politique au contenu national, un communiqué laconique réglant la question dans ces termes : « alors que l’Algérie participait avec enthousiasme aux cérémonies de l’armistice, des éléments troubles d’inspiration et de méthodes hitlériennes, se sont livrés à des agressions à main armée sur les populations qui fêtaient la victoire dans la ville de Sétif et dans ses environs ».

Deux jours plus tard, le général de Gaulle s’adressant au « gouverneur général » d’Algérie sera catégorique. Sa fermeté donnant le contenu de sa vision sur la question, il lui écrira : « veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie. Veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tous agissements anti-français d’une minorité d’agitateurs. Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des musulmans d’Algérie ».

La dernière phrase de cette communication nous donnes à voire ce qui conduira plus tard à tendre les rapports entres les différentes communautés présente sur le sol d’Algérie, mais aussi plus tard dans nos quartiers populaires, faussant grandement la nature de ce qui les opposait, mais apportant aussi le levain des divisions futures et des replis identitaires dont elles sont les vecteurs, et que justement les "indigènes de la république" pointent en prenant cette nomination. Les populations originaires du pays, celle qui étaient là avant la colonisation n’étaient reconnues et désignées que sous l’espèce de leur religion, discriminées de fait par l’esprit de la lettre qui les classait et les montrait. En effet, étant donné la nature laïque et républicaine de cette France à laquelle de Gaulle se référait, il y avait dans cette classification une indication implicite de créer des sous catégories d’algériens, car enfin parlait-on alors des chrétiens d’Algérie ?

Le deuxième implicite de cette déclaration, était la manière insidieuse d’oublier de quelle époque et de quel régime politique la France évoquée venait de sortir et donc d’absoudre par avance tous ceux qui y avaient participé et qui n’avaient aucun intérêt à voir s’établir le nouveau régime, son programme et ses possibles évolutions vers des modifications institutionnelles aux contenus progressistes et émancipateurs, ce que d’ailleurs dénonçait l’Humanité du 16 mai 1945, après que le ministère de l’intérieur eut mis en cause « le parti du peuple algérien » et des éléments du « mouvement des amis du manifeste », en observant, que l’on persistait « à rejeter sur les musulmans la responsabilité des troubles qui se sont produits ». « En revanche, poursuivait l’article, fait très grave, l’intérieur "oublie" les vrais coupables, les vichystes et les fascistes français ».

Henri Alleg qui disait avoir lu tout ce qu’il lui avait été possible de se procurer de littérature politique concernant le mécanisme colonial et en premier lieu l’ouvrage de Staline « le marxisme et les questions nationales et coloniales » qu’il qualifiait dans ses mémoires « de livre de référence sur tous ces problèmes » militait déjà dans le PCA, qui depuis sa création avait à la base de son programme l’indépendance de l’Algérie dans ce parti pour qui estimait alors que la seule stratégie valable exigeait une union étroite avec les forces de progrès qui en France, notamment à travers la résistance et l’action des communistes, s’exprimait avec une puissance accrue et qui donc pouvait représenter une médiation entre les peuples de France et ceux d’Algérie pour un combat commun. Malgré tout ce qui avait pu se dire au lendemain de ces journées, en particulier qu’il s’agissait « de politique fiction » quand ce parti dénonçât des provocations, les accusations qu’il avait formulées s’avéreront justifiées une fois les faits reconstitués dans leurs déroulements.

En effet, selon ces reconstitutions et leurs conclusions, il sera démontré que : « La grosse colonisation avait souhaité les émeutes et même, avait aidé à les provoquer pour, après les avoir noyé dans le sang, pouvoir reprendre en main un peuple de plus en plus rétif à sa domination ». Mais pour Henri Alleg déjà instruit par l’expérience des années de guerre, et par les rapports que lui-même avait pu avoir avec ces milieux, il n’y avait pas lieu de s’étonner de ceci, « ce machiavélisme -pour aussi difficile qu’il soit à l’opinion commune de l’admettre- n’ouvrait nullement un chapitre nouveau dans le comportement des maîtres de la colonisation ».

C’est de cela que nous entretiendra à sa manière et depuis une place différente, cette autre grande conscience surgie de l’empire colonial, qui s’appelait Frantz Fanon, dans le désormais célèbre « les damnées de la terre », quand dans un chapitre nommé "De la violence", il écrivait :


« Le monde colonial est un monde manichéen. Il ne suffit pas au colon de limiter physiquement, c’est-à-dire à l’aide de sa police et de la gendarmerie, l’espace du colonisé. Comme pour illustrer le caractère totalitaire de l’exploitation coloniale, le colon fait du colonisé une sorte de quintessence du mal. La société colonisée n’est pas seulement décrite comme une société sans valeur. Il ne suffit pas au colon d’affirmer que les valeurs ont déserté, ou mieux n’ont jamais habité, le monde colonisé. L’indigène est déclaré imperméable à l’éthique, absence de valeurs, mais aussi négation des valeurs. En ce sens il est le mal absolu ».

Aussi s’il lui arrive de manifester pour célébrer de son point de vue l’ère nouvelle ouverte par l’armistice, sa démonstration est jugée par un de ces retournement dont la réaction à le secret « D’inspiration et de méthodes hitlériennes ! ». Aujourd’hui il serait dit « d’inspiration et de méthodes terroristes », mais là au sortir de la guerre, il fallait à la fois frapper les esprits et ne laisser aucune issue à toute volonté de contestation et d’indépendance, car tout ce qui s’opposait à la « volonté générale » dans la nation rétablie dans son intégrité territoriale, était facilement assimilé à l’occupant d’hier et à son régime, aux bandits qui les supportaient avant d’être muté dans la classification des monstres totalitaires adeptes de l’insurrection communiste.

C’est en effet un peu plus tard, le temps mettant des distances avec l’histoire et ses acteurs, que le terme utilisé par l’occupant d’hier sera repris pour qualifier ainsi, ceux qui menaient alors le combat émancipateur. Revenus à leurs caractéristiques premières, l’administration coloniale et les forces militaires mises à son service, allaient utiliser tout l’arsenal qu’il convient à ceux qui sont dans la position d’occupant ou assimilés comme tels, ainsi donc les catégories et les appellations. Les indigènes gagnés à leur tour par les idées d’indépendance et de libération, tous comme ceux qui les soutiendront, seront qualifiés de terroristes, quelque soient les modalités de leurs luttes, ce qui permettra de leur appliquer des régimes spéciaux, la question et autres corvées de bois.

Il serait trop long de faire ici le récit de cette histoire algérienne et de la guerre sans nom qui s’en est suivie, des traumatismes qu’elle a laissé, des faits qui l’ont constitué, d’autres l’on fait et d’abord Henri Alleg lui-même dans le célèbre opuscule « La Question », puis plus tard au crépuscule de sa vie dans ses « Mémoires algériennes ».

Youssef Boussoumah du mouvement des "indigènes de la république", après avoir raconté quelques anecdotes qui montraient comment Henri Alleg savait se situer dans le débat politique, instruit qu’il était de la complexité des parties qui se jouaient dans cette région du monde où les arrières pensées des acteurs qui prétendent être de la représentation ne sont jamais éloignées des événements rapportés et de leurs construction, donnait un condensé de cette lutte pour l’indépendance, en restituant la part prise à celle-ci par le mouvement ouvrier et les communistes sur place, en saluant en particulier la mémoire des Maurice Audin, Fernand Iveton, Henri Malliot, et Maurice Laban « tous tombés martyrs de la révolution ».

Enfin il terminait son évocation par cette phrase : « Henri Alleg est digne de ces hommes exceptions, il est parti les rejoindre au paradis des martyrs de la révolution, nous sommes fières et nous sommes éternellement reconnaissant de son, de leur sacrifice ». Le martyrologue qui ressort de ces lignes peut sembler d’une grandiloquence un peu dépassée, mais rappelons-nous comment, au lendemain de la libération, nous-même et le parti en tête célébraient ceux qui étaient tombés sous les coups du fascisme, l’importance qu’il y avait alors de désigner à la nation retrouvée ses héros, la place qu’ils ont gardé dans l’imaginaire collectif et l’idée qu’ils continuent de notre unité !

Youssef Boussoumah venait ainsi illustrer d’une manière singulière et contre toute attente, si l’on s’en tient à la doxa, dans cette époque où les idées communistes sont considérées en situation de déshérence dans les classes populaires, à quelle point au contraire l’action des communistes fait partie de l’héritage de nos peuples, à quel point des figures comme celle d’Henri Alleg et de ses camarades sont restées populaires dans les milieux issus de l’immigration du fait de la rigueur des engagements exigés et de leur totale exécution, mais aussi de la preuve donnée en situation, d’une solidarité entière et radicale, dans des conditions où il fallait du courage et une conscience politique hors norme, qu’ils surent assumer pour l’honneur des générations futures, parfois dans la solitude mais aussi, il faut le dire, avec l’accord tacite d’une organisation qui était obligée dans les circonstances du moment à la pratique du secret, c’est-à-dire à une certaine duplicité, pour se maintenir dans une légalité, qui est toujours préférable aux dures contraintes de la clandestinité et de la répression qui l’accompagne.

La prise de position qui résulte de cet hommage vient confirmer cette idée que les braises sont toujours là, prêtes à se rallumer, parce qu’ainsi que l’avait si bien formulé Robert Linhart quand il avait voulu rendre compte de son passage chez Citroën parmi les ouvriers immigré, « rien ne se perd, rien ne s’oublie dans la mémoire indéfiniment brassée de la classe ouvrière ». Or brassée elle l’est actuellement toujours d’avantage selon cette loi du capital qui cherche toujours pour augmenter ses profits à utiliser des travailleurs qu’il peut sous-payer grâce à la précarité de leur situation ou les divisions qu’il parvient à organiser. Divisions ethniques, divisions linguistiques, divisions religieuses, divisions par région, divisions par quartier, tout est bon pour y parvenir.

C’est bien cela que révèlent les derniers événements survenus à Trappes. Alors que tout est mis en œuvre pour accréditer la fiction d’un mari mauvais coucheur qui ne supporte pas que des policiers contrôlent sa femme voilée et d’une population hors contrôle qui se solidarise avec eux contre les fonctionnaires qui appliquent les lois de la république, ceux qui voudront bien entendre dans quel état d’esprit se trouve la population concernée, apprendront que les causes de la révolte qui s’ensuivit ne sont pas religieuses mais sociales.

Nous avions déjà été prévenus de cette genèse « des nouvelles classes dangereuses » par les travaux de deux sociologues, Stéphane Beau et Michel Pialoux qui, se penchant sur les émeutes urbaines survenues le 12 juillet 2000 à Montbéliard, analysaient dans un ouvrage au titre évocateur paru chez Fayard « Violences urbaines, violences sociales », les causes de ces dernières. Ils nous expliquaient l’émeute urbaine comme symptôme, qui met en scène des individus et des situations qui sont aujourd’hui bien connues et sont souvent l’objet de représentations stéréotypées : des quartiers en voie de paupérisation, de jeunes délinquants, d’autres issus de l’immigration post-coloniale, une violence qui paraît gratuite (mais dont la composante auto-destructrice est fondamentale), une opposition frontale entre jeunes, police et justice ».

Mais la suite devrait nous intéresser encore davantage par les rouages que nous pouvons lui trouver avec ce que Fanon décrivait de la situation coloniale. En effet les auteurs constatent que le discours de la violence urbaine, qu’il soit tenu par les représentants des institutions (police, justice, école) ou par les politiques, s’attache presque toujours à la recherche et à la désignation des coupables -ceux qui ont participé directement aux événements (les casseurs ou les voyous comme on dit aujourd’hui)- qu’il conviendrait de neutraliser au plus vite.

Nous retrouvons alors la vieille doctrine du maintien de l’ordre, celle qui avait cours à Alger ou dans ses suites en Amérique latine avec toutefois des méthodes moins expéditives, celles qui faisaient par exemple dire à Jacques Hogard dans "Tactique et stratégie dans la guerre révolutionnaire"  : « le processus de la guerre révolutionnaire peut être bloqué d’autant plus facilement que l’on s’y prend plus tôt, cette bataille d’arrêt repose sur l’omniprésence des forces de l’ordre ». Les quartiers sont selon ce principe envahis par des légions bleues marines qui frappent un grand coup et se retirent après avoir réalisé leur lot symbolique d’arrestations, le tout sous le regard de caméras qui ramènent d’utiles images pour mater par procuration ceux qui seraient tentés de suivre le mouvement ou pour dé-crédibiliser les émeutiers par la production de quelques images chocs aux actualités.

Pourtant le mieux serait de reprendre cette théorie du symptôme et de nous demander, comme nous invitent à le faire les deux sociologues, de quoi ces événements en sont la marque. Nous pourrions alors comprendre qu’ils le sont d’un ensemble de phénomènes sur lesquels nous pourrions agir avec ces populations, nous organisant selon les tactiques du rassemblement en front pour constituer un véritable front populaire qui bien plus qu’une alliance ouverte à des secteurs de la bourgeoisie anti-européenne, pourrait ouvrir une véritable alternative politique.

Car enfin, comme nous l’indiquait déjà dans les années 2000, Nicolas Beau et Michel Pialoux, ces phénomènes qui affectent en priorité les classes populaires depuis une vingtaine d’année, sont ceux du chômage de masse, de la précarité, de l’affaiblissement des mécanismes de défense collective au travail, de l’effondrement d’une représentation politique proprement ouvrière, de la relégation spatiale des familles les plus pauvres dans des zones de résidence sur des bases ethno-raciales, etc.

Il s’agit en sommes de processus que les auteurs regroupaient sous l’expression « déstructuration et décomposition du groupe ouvrier », déstructuration de ce groupe qui « structurait et agrégeait autour de lui autour de ses acquis et de ses valeurs, de ses représentants syndicaux et politiques, les autres fractions des classes populaires ». Processus qu’il faut stopper pour repartir de l’avant dans un nouveau mouvement d’unification des classes populaires. De ce point de vue, l’hommage rendu par « les indigènes de la république » nous indique quelles sont les figures dans lesquelles ces fractions peuvent se reconnaître, pour se rassembler et reprendre le flambeau de la lutte, "plus forts, plus expérimentés, plus unis, plus conscients encore que ceux qui les avaient précédés", afin de poursuivre "avec des millions d’autres, la lutte séculaire des exploités, des opprimés, des damnés de la terre" pour que naisse enfin selon les vœux d’Henri Alleg « un autre monde, un monde de vraie liberté, de vraie fraternité ».

Gilbert Remond

1) Mémoire algérienne, Henri Alleg , chez Stock.

2) Les damnées de la terre, Frantz Fanon, chez Maspéro.

3) Violences urbaines, violence sociale, Stéphane Beaud, Michel Pialoux, chez Fayard.

4) Escadron de la mort, l’école française, Marie Robin, aux éditions La Découverte.

5) Les jours heureux, citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, la découverte

6) L’établit Robert Linhart, édition de minuit.

Voir en ligne : La chronique des indigènes sur Alleg

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