L’histoire de l’U.E. à Sup’écolidaire

, par  pamillet , popularité : 10%

Des étudiants de l’école "Sup’écolidaire" à Lyon organisaient une "conférence débat sur l’histoire, le rôle et le futur de l’Union Européenne" et nous avaient contacté pour y participer. Ils ont finalement retenu trois interventions seulement, mais l’exercice semblait utile ; comment de manière accessible faire percevoir notre position auprès d’étudiants qui baignent évidemment dans le discours dominant qu’ils évoquent d’ailleurs en regrettant que "peu de personnes connaissaient l’utilité et l’importance de l’union européenne".

Voici ce que nous leur avons transmis par écrit...

1/ Comment comprendre l’histoire de l’europe

Il y a deux choses très différentes quand on parle d’europe.
- d’une part l’histoire racontée par ceux qui construisent l’europe, les forces politiques et économiques qui ont, de traités en traités, organisé ces institutions. Cette histoire parle de paix retrouvée, d’ambition européenne dans le monde, de solidarité et de droits de l’homme...
- et d’autre part une réalité économique et sociale dont on ne parle que pour expliquer les peurs, les inquiétudes de certaines populations en difficulté, et qui conduisent à des "refus d’europe", toujours stigmatisés comme "populistes", "nationalistes"...

C’est ainsi que le débat politique est organisé, résumée par la formule du président de la république opposant les "progressistes" aux "populistes". Et c’est ainsi que les programmes scolaires et universitaires vous présente l’histoire de l’europe.

Mais pour comprendre l’histoire, les communistes commencent toujours par l’histoire des "forces sociales". Marx dit dans l’introduction du manifeste du parti communiste que « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. ». L’histoire politique, économique et même idéologique, culturelle est en effet animée non seulement par des personnalités, mais par des forces sociales qui défendent leurs intérêts, revendiquent, s’affrontent, dans des conflits, des contradictions, des alliances, des retournements qui font l’histoire. Il y a des contradictions entre ruraux et urbains, entre nord et sud, entre bourgeoisies de différents pays [1]... Mais la contradiction principale, celle qui ne peut pas se résoudre dans le système capitaliste, c’est la contradiction entre ceux qui vivent ou survivent du travail, et ceux qui possèdent les capitaux et qui font travailler les autres... et elle traverse les frontières !

On ne peut rien comprendre à l’histoire de l’Europe sans chercher à comprendre quelles forces sociales ont poussé à l’intégration européenne, qui a fait quoi dans cette histoire, et qui a gagné, qui a perdu...

Nous vous conseillons de ne pas commencer par des "idées", mais de toujours chercher à observer les faits, par exemple de comparer les situations sociales et économiques et leur différenciation entre pays européen, de regarder comment les échanges entre pays européens ont évolué, qui paie et qui bénéficie, non seulement entre pays, mais aussi entre couches sociales de ces pays [2].

Et le bilan est terrible et facile à faire. Ce sont les droits sociaux qui ont partout régressé, les promesses des années 1960 d’une société de consommation pour tous ont laissé place à la réalité des violences sociales, des sans papiers, de la grande pauvreté, des inégalités sociales explosives, des migrations contraintes, des inégalités de développement, pendant que les grandes fortunes et l’évasion fiscale, comme les couches sociales aisées des métropoles, sont les gagnants incontestables !

C’est pourquoi les communistes ont une histoire de l’Europe très différente des discours dominants, et vous invitent à une lecture critique.

2/ Le PCF a combattu tous les traités européens

Depuis la création de la CECA et la tentative de CED [3] jusqu’à Maastricht et la constitution de 2005… le PCF est le seul parti à s’être opposé à tous les traités.

Les forces politiques de droite se sont progressivement dégagés des choix stratégiques du gaullisme, le courant libéral toujours très atlantiste ayant pris le dessus avec Giscard d’Estaing, et les sources historiques du gaullisme à droite étant bousculées par la mondialisation et la métropolisation accélérée.

Le Front National qui a beaucoup joué de la colère contre l’Europe, comme il le fait pour la colère fiscale et sociale, tente de l’orienter vers sa version de "l’Europe des nations" considérant que la concurrence doit se régler entre pays, ce qui ne change évidemment rien pour les travailleurs...

Les autres forces politiques de gauche s’inscrivent aussi dans cette histoire d’une construction européenne :
- les trotskystes pour des raisons de principe refusent de défendre toute souveraineté nationale,
- les écologistes sans doute parce-qu’ils héritent de nombreuses luttes contre l’état, souvent privilégiant l’action locale, qu’ils sont peu présents dans le monde ouvrier et les quartiers populaires, ce qui conduit leurs élus à privilégier les métropoles et l’Europe,
- les socialistes, notamment après le tournant de 1983 de François Mitterrand, dit "tournant de la rigueur", mais dont la caractéristique principale est le choix européen contre ce qui restait du programme commun,
- Jean-Luc Mélenchon qui a cherché comment porter la colère contre l’Europe, évoquant un plan B possible, mais qui s’inscrit toujours dans cette construction européenne supposée être "bonne" par principe et inévitable.

Notre conviction, c’est qu’on ne peut rien changer en France et en Europe dans le cadre des traités existants qui ont été conçus justement pour éviter toute évolution "sociale" des pays d’Europe. L’évolution des pays du nord qui étaient, et restent en partie, des symboles du "compromis social" est illustrative de cette régression.

Loin de tout repli nationaliste, nous pensons que la question de la place de la France dans le monde est impossible à construire dans le cadre des traités européens, ce que montre l’impossible politique étrangère de l’Europe qui explose dès que les intérêts géopolitiques divergent, notamment entre la France et l’Allemagne comme dans le cas de la crise yougoslave, ou de l’avenir du franc CFA en Afrique, ou de la France d’outre-mer...

En 2019, le premier thème de la campagne des élections européennes du PCF est clair : "abrogation des traités".

3/ L’Union Européenne n’est pas née après la guerre !

On présente souvent la construction européenne comme une réaction aux horreurs de la deuxième guerre mondiale. Mais il est facile de voir au contraire la continuité entre le premier traité, la communauté économique du charbon et de l’acier, et le "cartel de l’acier" des années 30 ! D’ailleurs, ceux qu’on appelle les pères fondateurs de l’Europe étaient tous sauf des résistants, et même pas des opposants au nazisme qui avait submergé l’Europe...

- Jean Monnet était un homme clé des réseaux politico-financiers anglo-étasuniens, viscéralement antiparlementaire,
- Robert Schuman, dirigeait l’action catholique mosellane des Wendel, défendant l’autonomie alsacienne contre le traité de Versailles, lié aux ligues fascistes. Il vote les pleins pouvoirs à Pétain, est sous-secrétaire d’état aux réfugiés de Vichy, entre en Moselle annexée par le Reich. Il est inéligible en 1945 pour ses activités connues de l’été 1940, puis, comme d’autres rétabli dans ses droits civiques, devenant en juin 1946 ministre des finances... Ce n’est même pas un "résistante de la dernière heure", mais un collaborateur reconverti...
- Maurice Lagrange, rédacteur du traité instaurant la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier en 1951, était sous Vichy, l’un des inspirateurs des lois anti-juives !

Comme toujours, l’histoire est écrite par les vainqueurs et à l’ouest, ce sont les USA qui ont organisé l’Europe d’après guerre avec le plan Marshall et la reconstruction rapide de l’Allemagne. Il s’agissait d’abord d’organiser le monde occidental contre le monde soviétique, et donc plutôt de préparer la prochaine guerre !

4/ L’Europe est tout sauf une réponse à une domination US !

Au contraire, elle en est l’outil, avec l’Allemagne comme relais principal… On l’oublie souvent, mais il y a 21 bases militaires de la 7ème armée US en Allemagne !

On peut constater dans les positions très pro-US des pays d’Europe de l’Est que l’élargissement à l’Est ne répondait absolument pas à une logique économique, culturelle ou politique, mais bien à l’enjeu militaire de l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie. Pourquoi la Russie, après la fin de l’URSS est-elle restée un ennemi potentiel ? La bourgeoisie russe a pourtant cru qu’elle allait pouvoir rejoindre les élites occidentales, et elle a ouvert largement les bras aux capitaux US ou UE avant de constater que la seule chose qui les intéressait était le pillage des ressources de cet immense pays. Poutine est apparu non pas pour reconstruire l’URSS, il est un nationaliste de droite très répressif contre les syndicalistes et les communistes ! Il est apparu parce-qu’une partie de la bourgeoisie russe cherchait à défendre ses propres intérêts...

On aurait pu s’attendre à une "grande alliance" du monde occidental intégrant la Russie face au monde asiatique, mais c’est l’enjeu de la puissance allemande, historiquement toujours concurrente de la puissance russe, qui a prévalu. La conséquence est d’accepter la domination US sur l’Europe et son extension à l’Est. Il y aura plus de militaires US dans l’Europe de 2020 que dans celle de la CECA !

5/ L’europe ne garantit pas la paix !

Les guerres sont toujours et partout le résultat des affrontements économiques dans le partage permanent du monde et de ses richesses. On le sait bien pour le Moyen-orient avec les enjeux énergétiques, mais c’est la même chose en Europe. Quand l’Allemagne promet en 1991 de reconnaitre l’indépendance de la Slovénie, la guerre de Yougoslavie n’a pas commencé. La France ne s’y opposera que peu de temps, bien que la Serbie était historiquement son alliée, face à une Allemagne qui a toujours cherché à étendre sa domination à l’Est jusqu’au monde slave. Ce qui s’est passé depuis le confirme, l’Allemagne a utilisé l’Europe de l’Est comme un immense réservoir de main d’œuvre bon marché jouant un rôle clé dans le développement de son industrie. Le géant Bosch par exemple, a détruit la moitié de ses emplois en France dans les 30 dernières années, et en a créé dix fois plus à l’Est de l’Allemagne.

La crise en Ukraine est de même nature, avec un rôle beaucoup plus actif des USA. Ce pays représente des millions de salariés bien formés, avec des salaires encore plus bas que les pays de l’Est déjà intégrés dans l’UE, pays dont les luttes sociales dont on parle peu, conduisent progressivement à des augmentations de salaires. Il y a aussi dans le conflit en Ukraine une dimension énergétique, mais c’est d’abord la domination économique aux marges du monde slave qui conduit l’Allemagne à jouer cette carte. Imaginez un dirigeant étranger venant à la ZAD de Notre Dame des Landes soutenir les manifestants ? Que dirait-on ! C’est pourtant ce qu’ont fait les dirigeant US et UE en Ukraine !

La résultat est que cette Europe qui se serait construite contre l’horreur de la guerre et du nazisme lui redonne vie de plus en plus clairement. Les communistes sont interdits en Pologne, en Lettonie... mais les néonazis paradent et des défilés de Waffen SS sont autorisés !

6/ l’UE est bien l’Europe allemande

Pour comprendre la nature réelle de la construction européenne, il suffit de constater l’évolution de ses échanges internes. Notamment depuis la création de l’euro, les fait sont terribles. Non seulement l’Europe ne produit pas une "convergence" entre des pays européens qui se ressemblerait de plus en plus, mais la concurrence exacerbée qui est le principe de cette construction produit une accélération des inégalités de développement interne et la "spécialisation compétitive" de chacun, ce qui conduit en France à une désindustrialisation rapide y compris de secteurs historiquement forts, notamment les filières industrielles s’appuyant sur de grands services publics, la filière électro-technique pour EDF (Alstom Energie, Areva, Schneider...) ou la filière transport (ALSTOM, Renault VI...)

Dans le livre "Eurotragedy", non disponible en Français, mais livre économique de l’année 2018 aux États-Unis, Ashoka Mody, écrit à propos de l’euro : « l’intention initiale – poursuivie par trois présidents français pendant un quart de siècle, a été d’utiliser l’union monétaire pour contrôler le pouvoir allemand. Le contraire est arrivé ».

De fait, les statistiques commerciales sont terribles, les échanges économiques intra-européens se sont rapidement concentrés sur des exportations allemandes, dégradant à grande échelle les balances des autres pays, qui ne pouvant plus dévaluer pour tenir, ont du organiser de véritables récessions sociales. La France est devenue un pays de bas salaires et de travailleurs pauvres, l’Allemagne aussi d’ailleurs pour une part, car dans la concurrence économique, ce ne sont jamais les travailleurs qui sont les bénéficiaires des inégalités d’échange [4].

Il faut noter que l’Angleterre se retire non pas parce que l’Europe serait trop capitaliste, mais parce que les intérêts mondiaux du Royaume-Uni dans le Commonwealth, y compris de la City, ne sont pas compatibles avec les intérêts allemands… C’est un vieux débat historique, qui est au cœur de la première guerre mondiale.

Conclusion

L’UE a toujours été construite pour organiser à grande échelle la domination des grands groupes, en régulant leur concurrence entre eux, réduisant les droits sociaux et les services publics, et compte tenu des rapports de force, de fait au profit de l’Allemagne. La France a cru que son arme nucléaire et son système bancaire, et un peu aussi son industrie du luxe, lui permettrait de peser face à l’industrie allemande, mais c’était un marché de dupes, et les sommes record payées par de grandes banques françaises à la justice US confirment la réalité des rapports de force.

Les traités européens sont une véritable dictature pour les peuples, et pour la France en particulier. Il faut décider de rompre avec ces traités, ce qui peut commencer simplement par leur désobéir, comme le font de toutes façons d’autres pays quand ils estiment que leurs intérêts vitaux sont en jeu.

C’est d’autant plus important que les communistes savent d’expérience que les guerres sont toujours l’expression de la concurrence économique dans le partage du monde… De ce point de vue, l’union européenne est une poudrière explosive et la fuite en avant dans l’intégration ne fera qu’alimenter le feu sous la bouilloire.

Il faut au plus vite imposer une rupture politique et institutionnelle avec l’union européenne, pour reconstruire d’autres coopérations, en Europe comme dans le monde.

L’adresse originale de cet article est http://levenissian.fr/l-histoire-de...

[1Par exemple l’exigence allemande de participer au début du 20ème siècle au partage colonial du monde à la hauteur de sa puissance industrielle, qui est à l’origine des guerres mondiales du 20ème siècle

[2Par exemple il est connu que les plus gros bénéficiaires de la politique agricole commune sont les plus gros propriétaires dont... la reine d’Angleterre !

[3Communauté Européenne de Défense

[4C’est une caractéristique de l’économie actuelle sans marges de manœuvres dans la concurrence, alors que pendant très longtemps, les travailleurs des pays occidentaux bénéficiaient de la surexploitation des colonies...

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