Laïcité, une contribution à la réflexion de notre camarade Amar Bellal

, par  communistes , popularité : 3%

Vous avez remarqué ? On ne parle plus d’arabes. Il n y a plus que des musulmans...

C’est une des grandes victoires du FN-RN d’avoir déporté le débat sur le terrain de l’appartenance religieuse. Musulmans : c’est une façon commode de désigner les arabes, les noirs, les turcs, sans les nommer ainsi directement, et masquer son racisme par un terme plus global et sous couvert d’un débat sur la place des religions dans la société : cela participe ainsi à la dé-diabolisation de l’extrême droite heureuse d’une telle situation. Mais en retour, cela arrange aussi des associations communautaristes et identitaires comme le CCIF – Comité Contre l’Islamophobie en France – qui cherchent depuis toujours à ce qui il y ait une place grandissante accordée à la religion dans la société. Tout cela fait penser au duo Netanyayou / Hamas, qui a éliminé du jeu politique les forces palestiniennes plus laïques comme le Fatah : Netanyaou avait un fort intérêt d’avoir le Hamas comme unique interlocuteur et adversaire principale pour des raisons assez évidentes. C’est du gagnant-gagnant comme on dit. Il faut dire aussi qu’à gauche, on facilite les choses et on adopte tout ce vocabulaire tout en se laissant imposer le terrain et les termes du débat. On peut prendre l’exemple de l’expression « les 6 millions de musulmans de France » – sous entendu tous les descendants d’Afrique du Nord, de Turquie et une partie de l’Afrique sub-saharienne sont considérés indistinctement comme musulmans- que la gauche reprend volontiers, alors que l’expression inverse « les 50 millions de chrétiens de France » ferait bondir …

Et il est aussi notable que la définition de l’islamophobie est elle même à géométrie variable : quand une femme Imam se fait insulter sur les réseaux sociaux, ou que des musulmanes signent une tribune critique sur certaines pratiques rigoristes de l’Islam et se font lyncher : ce n’est curieusement plus de l’islamophobie. Le CCIF – Comité Contre l’Islamophobie en France – est alors muet. Le CCIF porte en fait mal son nom. Il faudrait plutôt l’appeler le CCFF : Comité Contre la Fondamentalo-phobie en France… parce qu’elle lutte plus pour une acceptation et une banalisation des manifestations les plus rétrogrades de l’Islam – même librement consenties (relire Marx sur le concept de l’aliénation) – qu’autre chose.

Inversons les rôles juste pour voir…

Mais pour permettre de comprendre pourquoi la manifestation du dimanche 10 novembre pose de sérieux problèmes, y compris pour une large partie des musulmans, et pourquoi elle sème tellement la division dans toute la gauche, il est intéressant d’inverser les rôles et d’examiner le scénario qui suit juste pour voir comment on se comporterait :

Courant 2015 et 2016 on a eu une série de tentatives d’attentats terroristes contre des églises, souvent déjoués heureusement, comme celui contre l’église de Villejuif en 2015, mais parfois qui sont allés à leur terme malheureusement comme l’horrible assassinat du père Hamel à l’intérieur de sa propre église en juillet 2016.

Imaginons alors que suite à ce climat, plusieurs associations comme "Sens commun", "Civitas", d’autres personnalités dont on soupçonne la proximité avec des organisations internationales comme l’Opus Dei, ou proches de la « Manif pour tous », se mettaient autour d’une table et écrivaient un texte d’appel dénonçant un climat malsain pour les chrétiens, demandant une exigence de sécurité des lieux de cultes, une meilleure considération du catholicisme en France, et dénonçant dans la foulée un tas de lois liberticides bridant cette religion remontant à une longue histoire commençant au début du siècle dernier. Un texte écrit de telle manière qu’il ne soit pas trop repoussoir, mais qui place ici ou là des revendications problématiques et une vision ambiguë de la société… et proposant dans la foulée de faire une grande manifestation un dimanche à Paris sur la base du contenu de ce texte.

Comment réagirions-nous si l’ensemble de la Gauche signait un tel texte et appelait à cette manifestation ? On serait scandalisé.

En réalité, personne ne tomberait dans un tel piège à Gauche dans ce cas précis, personne ne penserait même à répondre à un tel appel… tout au plus cet appel serait ignoré, et les forces progressistes de gauche se mettraient d’accord très vite pour convenir d’un large rassemblement d’hommage et de solidarité, contre le terrorisme, et avec un lieu et une date distincte.

Remplacez alors "CCIF" par "Civitas" ou par "Sens commun", remplacez l’ "Opus Dei" par les "Frères musulmans", et vous avez quasiment la même situation pour la manifestation du 10 novembre. Mais pour le comprendre, il faut avoir vraiment conscience de la nature rétrograde et de la vision régressive de la société qu’ont certains courants – heureusement très minoritaires – chez les musulmans, mais qui font preuve de beaucoup d’activisme et sont aux commandes de cette manifestation. Un peu comme "Civitas" qui est au fond très minoritaire chez les chrétiens, mais avec de puissants relais à droite.

Il y a un gros défaut d’éducation à gauche de ce côté là, avec des militants qui ont une assez bonne connaissance des milieux d’extrême droite classique (RN, Le Pen, la sphère Zemmour/Menard, les réseaux de la Manif pour tous) mais souffre d’une grave inculture sur les autres formes d’extrême droite qui peuvent exister, d’inspiration islamiste, et qui bénéficient de relais et de soutien et de modèle au niveau international (il faudrait aussi citer la chaîne TV AJ+, que beaucoup de militants relaient, et qui est pourtant une officine de Al Jazeira !).

Amar Bellal

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).