La crise, l’euro, la dette continuons le débat : Utiliser l’euro pour dépasser la domination capitaliste

, par  Marie-Christine Burricand , popularité : 3%

Un article de Jean-Marc DURAND qui répond en quelque sorte au texte de Robert BRUN et permet la poursuite du débat sur cette question importante de la sortie de l’euro.

La profonde crise systémique qui secoue depuis plusieurs mois la zone Euro plonge l’Europe et les peuples européens dans de graves difficultés politiques et sociales et interroge jusqu’aux fondements même de la construction européenne. C’est ainsi que diverses hypothèses fleurissent affichant toutes leur volonté de juguler la crise et d’offrir d’autres perspectives aux populations.

Il y a naturellement les propositions du clan libéral incarné au plus haut niveau de la France par N. Sarkozy et déclinées en chœur au plan européen par le couple Merkel et Sarkozy, ce dernier étant cantonné, à ce stade, au rôle de petit marquis. Pour eux, les choses sont claires. Même si des différences de posture existent, le cap est la réduction de la dépense publique et sociale. L’objectif prioritaire est le respect du pacte de stabilité et la poursuite de la politique de l’Euro fort. Le salut de l’Europe, ils le voient dans le soutien sans faille aux marchés financiers et la soumission au diktat des agences de notation. Le moyen d’assurer cette allégeance est le renforcement du contrôle politique de l’Europe c’est-à-dire : pousser les feux du fédéralisme. C’est le sens du projet de nouveau traité européen qui devrait voir le jour en mars prochain et qui se veut toujours plus contraignant pour les peuples et dévoreur de souveraineté nationale. Leur gouvernance, c’est le gouvernement des financiers. Les conditions de vie des gens, la démocratie deviennent le dernier de leur souci avec des risques très importants d’aggravation des clivages et des conflits entre populations d’un même pays, entre régions, entre pays, entre grands secteurs, notamment entre les pays du Sud et du Nord européen.

Une autre théorie est développée. Régler les problèmes actuels liés à l’utilisation de l’Euro et au rôle de la Banque Centrale Européenne passerait par la sortie de l’Euro et un retour aux monnaies nationales. Cette thèse est surtout défendue par certains représentants de la droite et l’extrême droite, Marine le Pen en tête. Cette idée est également portée par des hommes appartenant à la gauche dont le socle identitaire repose sur le souverainisme. Une autre solution est avancée, une solution intermédiaire en somme, la transformation de l’Euro en monnaie commune se substituant ainsi à la monnaie unique, ce qui dans le contexte actuel, à plus forte raison si ce choix n’était effectué que par un seul pays, risquerait de conduire de fait au retour à la monnaie nationale.

Dans leur diversité et malgré le patchwork idéologique qu’elles recoupent, ces propositions ont un réel intérêt. Elles soulignent le cœur de la problématique à résoudre en sous-tendant le besoin de dépasser le cadre actuel de la monnaie unique ainsi que celui de la BCE, notamment la nécessité de mettre en cause les critères de gestion actuels de la monnaie unique, de la politique du crédit et donc de la BCE. C’est donc bien sur ce plan que les solutions divergent profondément et que se révèlent finalement de véritables enjeux de société caractérisant le combat de classe actuel.

Car que signifierait concrètement une sortie de l’Euro et un retour aux monnaies nationales ?
Deux rappels :
Au moment du débat sur la monnaie européenne la position du PCF était la création d’une monnaie commune européenne et non d’une monnaie unique. Nous n’avons pas été entendu.
Lors du passage des monnaies nationales à l’Euro, celui-ci a été étalonné sur la valeur de l’ex Deutsch Mark à partir de la puissance économique que représentait l’Allemagne en 2001. En clair, en France où il fallait 4 Francs pour acquérir un Deutsch Mark, le passage à l’Euro a contribué à multiplier les prix par 1,4. Un retour au Franc entraînerait dans le sens inverse, une dévaluation automatique de notre monnaie nationale et donc une montée corrélative de notre dette publique, occasionnant une pression renforcée contre les salaires, les dépenses sociales et la croissance. Notre dette devant continuer à être remboursée en Euros, nous serions dans l’obligation d’acheter de l’Euro avec un Franc dévalué.

Avec la sortie de l’Euro nous nous priverions de la force de la création monétaire en Europe, c’est-à-dire de la création de monnaie à partir d’une base réelle plus large dépassant le strict niveau national et d’un cadre de solidarités entre peuples d’Europe qui malgré les vicissitudes du projet Européen et de la politique monétaire européenne représente aussi une réalité.
Une réalité qui non exempte de contradictions et largement imprégnée des dogmes libéraux constitue néanmoins un outil permettant une réelle mise en cause de la suprématie du Dollar sur l’économie mondiale. En faisant éclater la dimension « monnaie de zone » qu’incarne l’Euro, le retour aux monnaies nationales renforcerait la domination mondiale du dollar au lieu que l’on puisse dans une vision alternative prendre appui sur l’Euro pour aller à la transformation du FMI, avec l’objectif de créer une monnaie commune mondiale émancipée de la domination du dollar, pour une autre mondialisation de progrès social. De ce point de vue est-ce totalement un hasard si Marine le Pen ardente défenseur du retour à la monnaie nationale a effectué son premier voyage officiel de candidate à la présidentielle française aux Etats Unis ? Sommes-nous pour maintenir le leadership américain sur le monde ? Des Etats-Unis qui pour asseoir leur domination passant par celle de leur monnaie, n’ont pas hésité à fomenter guerres et coup d’Etats avec des millions de morts pour solde de tout compte ? Des exemples tout chauds sont devant nous : Lybie, Afghanistan, pression en Egypte sur l’Algérie, soutien inconditionnel à Israël. En même temps avec leur Dollar, les Etats-Unis font payer par les autres peuples de la planète leur déficit colossal. Un déficit résultant notamment de leurs dépenses d’armement et de la course folle dans laquelle ils se sont engagés en ce domaine, une des causes d’ailleurs de la disparition de l’Union soviétique qui a voulu rivaliser à armes très inégales sur ce terrain. Comment interpréter les attaques massives que subit la zone euro sinon par des attaques du « clan Dollar » qui voit dans l’Euro un outil qui pourrait être utilisé contre son hégémonie et pour développer une autre politique économique sur la base d’échanges de types nouveaux notamment avec les pays émergents ? Au fait où est le siège d’agences de notations comme Standard & Pool ? D’où est partie la crise actuelle caractérisée par l’épisode des subprimes et l’écroulement de la banque Lehman Brothers ? Aux… Etats-Unis. Cela ne fait que trois ans finalement. L’aurait-on cependant déjà oublié ?

L’argument de la situation du Japon et de la Grande Bretagne qui ont gardé leur monnaie et qui ne paraissent pas aussi malmenés que les pays de la zone euro est parfois avancé pour justifier une sortie de l’Euro. C’est un peu vite oublier que le Japon a vécu son krach boursier, immobilier et bancaire en 1990 et que depuis ce pays est aux prises avec une croissance faible, un chômage anormalement élevé et une tendance à la déflation. C’est également omettre de prendre en compte la réalité de la situation en Grande Bretagne, une situation sociale profondément dégradée sur la plan des services publics, de l’emploi, de la protection sociale, des garanties des salariés. Si ce pays a un avantage, c’est de posséder la City, véritable place centrale de la mondialisation donc des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale, et de disposer des revenus pétroliers de la mer du nord. Ce à quoi s’ajoute il est vrai l’existence d’un pouvoir politique sur la Banque Centrale d’Angleterre qui permet au gouvernement de fixer les objectifs de la politique monétaire mais dans les limites strictes de sa soumission aux marchés et aux USA.

A l’évidence le salut ne viendra pas de ces deux pays. Le salut des peuples européens comme des peuples du monde passera par des changements profonds dans la politique monétaire, le rôle des banques et des institutions de régulation financière et commerciale. Cela implique des transformations touchant les principaux niveaux d’organisation de la vie politique, administrative et sociale, c’est à dire de la Région à la Nation, à l’Europe et jusqu’au Monde. Cela suppose de changer profondément le sens de l’utilisation des outils monétaires donc du crédit et des banques au premier rang duquel est pour nous la Banque Centrale Européenne. Il est effectivement temps que cela change et l’Euro peut constituer un levier. Mais naturellement il faut changer cet Euro et non penser que par un je ne sais quel retour en arrière on règlerait le problème. Une question : les monnaies nationales ont-elles empêché la financiarisation de l’économie, la suppression du financement direct des Etats par leur banque centrale ? En France ce principe a été abandonné en 1973, le Franc existait, la Banque de France était notre banque centrale et ils ont vécu pendant presque trente ans encore pour quel résultat ? La question centrale est donc bien celle des critères de gestion appliqués.

Voici quelques propositions qui seraient de nature à engager une transformation radicale et de portée révolutionnaire avec l’objectif de mettre l’argent et les banques au service du développement des capacités humaines et non à la botte des marches financiers et du capitalisme mondialisé. Ces propositions sont présentées de façon succincte. Pour les connaître en détails, il est recommandé de se reporter aux articles parus depuis l’éclatement de la crise 2008/2009 dans la revue Economie et Politique. En voici cependant une mouture très abrégée.

Une réforme de la fiscalité intégrant une forte dimension incitative matérialisée par une modulation de l’impôt des entreprises, du capital et de la fortune en fonction de l’utilisation des fruits de la richesse créée pour développer l’emploi, la formation, les salaires.
Création d’un Pôle public financier en France incitant par l’intermédiaire d’un fond national pour l’emploi et la formation et de fonds régionaux, à un autre type de crédit et à un contrôle public des banques.
Refinancement des banques par la BCE, pour un nouveau crédit sélectif à l’opposé de la décision du 3 novembre, où le taux de refinancement de la BCE pour les banques a été abaissé de 1,5 à 1,25% mais sans conditions, et éventuellement pour la spéculation.
Une création monétaire par la BCE pour développer sa prise de titres de dettes publiques européennes des Etats en difficultés. Au contraire, le FESF s’appuie sur les marchés financiers et sur les garanties des Etats, avec la dépendance des marchés et leurs pressions.
Une prise de titres de dette publique par la BCE pour le progrès social. Cela alimenterait un « Fonds européen de développement social et écologique », pour les services publics. Cette proposition du PCF a été reprise par le Parti de la Gauche Européenne (PGE).
Une construction nouvelle de l’Union européenne, de démocratie participative, sociale, internationaliste, dans une Confédération, s’opposant au fédéralisme d’une gouvernance européenne dominée par le couple franco-allemand où l’emporterait d’ailleurs l’Allemagne.

Au niveau mondial, les États-Unis sont un des pays les plus endettés mais grâce au Dollar passé de monnaie nationale au statut de monnaie commune mondiale de fait ils font supporter leur déficit par les autres. D’où le besoin d’une nouvelle monnaie commune mondiale à partir des droits de tirages spéciaux (DTS), proposition à laquelle nombre de pays se sont ralliés (Chine, Russie, Amérique latine). Un changement de gouvernance du FMI et de la banque mondiale est nécessaire. Il y a besoin d’un nouveau Bretton-Woods.

Jean-Marc DURAND

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