Conseil national du 16 avril : un compte-rendu de Caroline Andréani Un congrès pourquoi ?

, par  Caroline Andréani , popularité : 1%

C’est la question qui venait à l’esprit ce vendredi 16 avril en assistant au conseil national.
Un congrès pour quoi ? Essentiellement pour que Michel Laurent soit élu secrétaire national du Parti communiste à la suite de Marie-George Buffet.
Pour un conseil national normalement consacré à la préparation du « congrès d’étape », les rangs étaient fortement clairsemés.

Première partie de la discussion sur la bataille des retraites. Pas grand chose à en dire : le Parti communiste s’engagera dans cette bataille, avec l’ambition d’en faire un thème de campagne national. C’est le moindre.

Autre chose a été la discussion sur les textes préparatoires au congrès.
Le premier rapport, présenté par Bob Injey, sur « l’évaluation des choix de congrès et leur mise en œuvre » visait avant tout à expliquer que le Front de gauche était une réussite. Au regard des résultats, comme l’ont rappelé parfois sèchement plusieurs membres du CN, on peut légitimement en douter. La direction nationale – qui n’en est pas à son premier naufrage – paraît pleinement convaincue du bien-fondé de la démarche Front de gauche. Mais ce qui ressortait surtout du rapport, c’est que l’objectif fondamental du Parti est la présidentielle de 2012. Par rapport à 2007, certains intervenants ont pris des précautions oratoires : la direction nationale ne vise plus la « gagne », mais elle n’envisage pas pour autant un candidat communiste ou une campagne électorale offensive. En filigrane, il se dessine que le Parti communiste restera sagement dans le sillage du Parti socialiste.

Le rapport de Patrice Bessac, rédigé à partir des réunions de la « commission transformation », était d’une rare platitude. P. Bessac a doctement répété les « propositions » novatrices qui reviennent à chaque congrès comme les « marronniers » dans la presse : des réseaux militants via internet, des conventions, une lettre électronique mensuelle de suivi de la transformation, la « mobilisation des compétences », des initiatives en direction des entreprises et des quartiers populaires, etc. La commission propose une innovation qui n’en n’est pas une, « rassembler et organiser les moyens humains, financiers et intellectuels », ce qui revient à centraliser à l’extrême un appareil déjà bien réduit et bien replié sur lui-même. De deux choses l’une, soit la commission transformation fait preuve d’une absence totale d’imagination et de capacité d’innovation en ressortant les propositions qui traînent depuis des années, soit les véritables transformations seront présentées aux communistes à un autre moment qu’au congrès d’étape.

La commission transformation affirme vouloir une meilleure prise en compte des conflits et un meilleur traitement de ceux-ci, ainsi qu’un renforcement de la démocratie interne, de la fraternité et de l’éthique... Il faut une bonne dose d’hypocrisie pour oser écrire des choses pareilles quand on place à la tête de la commission le responsable de la spoliation du local des camarades des 1er et 2e arrondissements de Paris. Mais cela n’effraie sans doute pas la direction nationale, pour qui les mots « éthique », « démocratie » et « fraternité » sont enterrés depuis longtemps.

La discussion qui a suivi a commencé par l’intervention du secrétaire fédéral de la Haute-Saône qui a rappelé l’appel des cinq secrétaires fédéraux (Pas-de-Calais, Ardennes, Var, Tarn, Haute-Saône) rejoints par ceux de Meurthe-et-Moselle et des Vosges. A cette interpellation, la tribune – composée des deux rapporteurs, de Pierre Laurent, d’Alain Obadia – a répondu par une fin de non-recevoir en déclarant que la question avait été tranchée la fois précédente… La demande de repousser le congrès en décembre pour donner le temps aux communistes de préparer correctement le congrès n’est manifestement pas de bon ton.
Plusieurs intervenants ont souligné que ce congrès était préparé sans respecter les délais prévus par les statuts et sans donner la possibilité de présenter des textes alternatifs, concluant que ce congrès « d’étape » n’était pas statutaire. Ces remarques n’ont pas plus ému la tribune, qui a répondu que le congrès n’étant pas un congrès ordinaire, il n’avait pas à respecter les critères de préparation. Chacun appréciera cette interprétation à géométrie variable de la situation.

Plusieurs interventions se sont portées sur la nécessité de décider du principe d’un candidat communiste l’élection présidentielle de 2012. Cette proposition a fait l’objet d’un rejet très net de la tribune, qui prétend ne pas vouloir « fermer les discussions » avec « nos partenaires »… La posture défensive de Michel Laurent et de plusieurs autres responsables nationaux laisse interrogatif. On voit mal le Parti en ordre de bataille derrière un candidat non-communiste : Jean-Luc Mélenchon peut plastronner, les communistes ne sont pas suffisamment crédules pour lui faire la courte-échelle à leurs dépens. Par contre, une réédition de la « candidature anti-libérale », certainement sous un autre vocable, n’est pas à écarter.
Enfin, les discussions sur les deux textes ont été une véritable caricature de débat démocratique. Aucune des propositions faites par les membres du Conseil national n’a trouvé grâce aux yeux de la tribune, sauf quelques remarques lénifiantes relevant de la forme, et surtout pas du fonds. Le décalage entre un Michel Laurent onctueux, défendant la « démocratie » et le droit pour chacun de s’exprimer –cette prise de position étant due en l’occurrence à la démission publique de 14 membres du CN – et l’attitude d’Alain Obadia, directif et cassant, totalement autiste aux propositions d’où qu’elles viennent, était véritablement grotesque. De telles performances donnent décidément le ton de cette direction qui a de plus en plus de mal à imposer ses choix opportunistes.

Au total, ce conseil national était une fois de plus en dehors des réalités. Le pseudo-congrès d’étape, qui ne passionne déjà pas les communistes, sera un « non événement » de plus dans la longue suite des congrès du Parti qui n’intéressent personne, sauf les clans de l’appareil de direction.

Caroline Andreani

20 avril 2010

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