La communication téléphonique entre Nuland et son ambassadeur à Kiev

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 2%

La conversation téléphonique qui a été rendue publique entre Victoria Nuland, ministre adjointe américaine des Affaires étrangères en charge des affaires européennes et eurasiennes, et Geoffrey Pyatt, l’ambassadeur américain en Ukraine, expose assez clairement le fait que ce sont les États-Unis qui ont poussé les Européens à intervenir et qu’eux-mêmes l’on fait en s’appuyant sur des éléments fascistes.

Cette discussion a été postée anonymement sur YouTube (probablement par une source russe) et elle montre le caractère brutal voir cynique de l’intervention de Washington et la manière dont la rhétorique sur l’indépendance de l’Ukraine et l’intégrité du territoire, le souci de la démocratie est pure palinodie.

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Nuland à Kiev le 6 décembre 2013, entourée des leaders de l’opposition.

La conversation entre la ministre assistante Nuland et l’ambassadeur Pyatt a eu lieu vers la fin du mois dernier, après que le président Viktor Yanukovytch a offert les postes de premier ministre et vice-premier ministre aux dirigeants de l’opposition Arseniy Yatsenyuk et Vitali Klitschko. A ce titre la ministre ne se contentent pas d’affirmer à son ambassadeur comme cela a été dit et répété : « on s’en fout de l’UE ». mais elle opère une revue de détail sur les diverses personnalités de l’opposition sur lesquelles les États-Unis peuvent compter.

À propos de Klitschko, le chef du parti UDAR ("Frapper"), qui est considéré comme le poulain d’Angela Merkel et qui a des liens financiers avec le parti conservateur au pouvoir en Allemagne, Nuland dit à l’ambassadeur : « Je ne pense pas que Klitsch devrait aller au gouvernement. Je ne pense pas que ce soit nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée ». Pyatt est d’accord, disant, « laissons-le en dehors qu’il fasse ses classes en politique ». Bref nous sommes dans la situation actuelle puisque Klitschko n’est pas allé au gouvernement et se tient en réserve pour les élections présidentielles.

Nuland poursuit ainsi : « Yats [Yatsenyuk] est le type qui a l’expérience économique, l’expérience de gouverner ». Pyatt met ensuite Nuland en garde car « C’est Klitschko qui commande » dans l’opposition, et qu’elle aura besoin « d’agir rapidement sur tout ça » et de parler avec le chef d’UDAR dans le cadre de leur « gestion des personnalités » de la direction de l’opposition.

Mais le plus ignoble à mes yeux dans cette opération se retrouve dans la discussion entre Nuland et Pyatt sur Oleh Tyahnybok, le chef du parti néo-fasciste de l’Union pan-ukrainienne (Svoboda). Nuland le décrit comme l’un des « trois grands » à la tête de l’opposition. Cette responsable du ministère des affaires étrangères va jusqu’à dire à Pyatt que « ce dont [Yatsenyuk] a besoin [une fois installé au pouvoir], c’est de Klitsch et Tyahnybok à l’extérieur – il a besoin de leur parler quatre fois par semaine ». L’acceptation d’un parti fasciste au gouvernement est totale et on comprend mieux ce que Washington a exigé de ses alliés "juifs" ou plutôt pro-israélien, un brevet de non antisémitisme pour un individu qui l’est jusqu’à la moelle des os et dont le parti occupait la place sous les insignes du IIIe Reich, disputant ce privilège à "Secteur droite" encore plus radical.

Tyahnybok est le chef du parti Svoboda, qui s’appelait au départ le Parti social-national d’Ukraine et avait un logo néo-nazi. En 2004, Tyahnybok chantait les louanges des partisans ukrainiens de la seconde Guerre mondiale, qui, déclarait-il, « n’avaient pas peur, mais prenaient leurs fusils automatiques, allaient dans les bois se battre contre les Moscovites, les Allemands, les Juifs et autres racailles ».

Il ajoutait que l’Ukraine devait encore être libérée de la « mafia judéo-moscovite ». En 2005, Tyahnybok a signé une lettre ouverte aux dirigeants ukrainiens pour demander la fin des « activités criminelles » de la « juiverie organisée » qui, déclarait-il, tentait de commettre un « génocide » contre le peuple ukrainien.

Au début de la crise, Nuland a rencontré plusieurs personnalités de l’opposition, dont Oleh Tyhanybok. Aucun détail sur cette discussion n’a été rendu public, mais l’ambassadeur Pyatt a publié sur Twitter une photo d’une Nuland souriante posant à côté du dirigeant pro-nazi et de ses collègues.

La rencontre d’hier entre Nuland et Tyahnybok n’était pas la première. Les deux ont également participé à des discussions à huis clos lors de son précédent passage en Ukraine en décembre dernier. Après cette réunion, Nuland a organisé une séance de photos sur la place centrale de Kiev qui a servi de quartier général aux manifestations anti-gouvernementales organisées par l’opposition de droite, distribuant du pain aux manifestants pour démontrer le soutien américain.

Lors de sa conversation téléphonique avec Pyatt, Nuland a applaudi le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon pour avoir dépêché un envoyé spécial, Robert Serry, en Ukraine. Cela, explique-t-elle, sera « formidable, je pense, pour aider à faire tenir cette chose [un nouveau gouvernement] ». Dans la discussion entre Nuland et Pyatt, l’ambassadeur américain exprime son accord sur le besoin d’impliquer l’ONU, disant, « nous devons faire quelque chose pour que ça colle, parce que vous pouvez être certaine que si cela commence à prendre de l’ampleur, les Russes travailleront en coulisses pour tenter de le torpiller ». Il ajoute que « nous voulons essayer de faire venir une personnalité de stature internationale ici pour aider à ce que tout cela accouche ». Ces remarques soulignent le rôle joué par l’ONU comme travaillant avec les États-Unis...

Immédiatement après sa louange de l’ONU, Nuland déclare, « on s’en fout de l’UE », apparemment par frustration devant le fait que les puissances européennes n’en fassent pas plus pour soutenir cette opération de changement de régime. D’après le Kyiv Post, une autre conversation téléphonique rendue publique, en allemand, entre une responsable de l’UE, Helga Schmitt, et l’ambassadeur de l’UE en Ukraine, Jan Tombinski, comprend une discussion entre ces deux personnes sur la manière dont les États-Unis considèrent l’UE comme trop « douce » sur l’Ukraine.

Comme je l’ai expliqué dans un article sur les raisons qui faisaient que les États-Unis étaient derrière l’opération ukrainienne, une pièce centrale dans leur dispositif pour contrôler la région eurasie et installer des missiles qui sous couvert de viser l’Iran en fait sont dirigés contre la Russie. Cet article m’a valu des remarques sceptiques sur le fait qu’Obama n’était pas un belliciste, mais si l’on considère le pedigree de Nuland, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de rupture dans la stratégie américaine. Nuland avant d’être nommée au poste de ministre assistante des Affaires étrangères en charge des affaires européennes et eurasiatiques en mai dernier, avait travaillé comme vice-conseillère à la sécurité nationale pour le vice-président Dick Cheney et elle a épousé Robert Kagan, un commentateur et historien néoconservateur bien connu.

En réponse aux questions sur cet appel rendu public, le porte-parole du ministère des affaires étrangères Jen Psaki a admis qu’il est authentique et a déclaré que Nuland s’était excusée auprès des responsables de l’UE, avant de déclarer de manière absurde que cet incident marquait « un nouveau record de bassesse des services de renseignements Russes ».

Psaki a déclaré que si le gouvernement Obama n’a aucune preuve que le gouvernement russe soit responsable de l’interception et de la fuite de la conversation téléphonique, c’est cependant « quelque chose qu’il a activement promu, faisant des posts, des tweets, là-dessus, et nous pensons que c’est un nouveau record de bassesse ». Après les révélation de Edward Snwoden, il y a là réellement de quoi rire. Et puisque révélation il y a, notons que Sergei Glazyev, collaborateur proche du président russe Vladimir Poutine, a affirmé que les États-Unis dépensaient 20 millions de dollars par semaines pour soutenir les groupes de l’opposition ukrainienne, y compris en leur fournissant des armes.

Quant à l’Europe et les médias français, ils ont parlé de gaffe et les dirigeants européens ont décidé de "ne pas répondre", mais peu de temps après ils se sont exécutés et Laurent Fabius s’est rendu comme on le sait à Kiev flanqué d’un collègue polonais (la voix de l’Amérique) et d’un allemand (en soutien de son poulain pour la présidentielle future).

Voir en ligne : Sur le blog histoire et société de Danielle Bleitrach

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