Un message de paix et de réconciliation mais aussi de combat…

, par  Gilbert Remond , popularité : 3%

" leur crime : un enragé vouloir de nous apprendre à mépriser les dieux que nous avons en nous"

René Char

Danielle Bleitrach m’a devancé pour la diffusion d’une vidéo qu’elle a diffusé le deux septembre sur son blog. La veille j’avais commencé la rédaction de ceci " Le premier ministre de la république de Donetsk, Alexander Zakharchenko s’adresse dans cette vidéo à des prisonniers Ukrainiens pour leur expliquer le sens de son combat qui est le même que celui des gens du Maïdane : permettre l’égalité, la fraternité et la démocratie, s’opposer au pouvoir des oligarques. Ce combat n’est pas engagé contre les gens ordinaires d’Ukraine, ni contre les militaires en tant de personne mais contre les fascistes de Kiev qui les ont envoyé ici se faire tuer pour tuer des gens comme eux. Il leur redonne la liberté pour aller retrouver leurs mères leurs femmes et leurs enfants Après quoi il serre la main a chacun en signe de fraternité. Ce message de paix et de réconciliation adressé à la conscience des hommes est un grand moment . Il montre tout ce qui sépare les "rebelles du Donbass" des défenseurs "des valeurs occidentales". Il ne s’agit pas moins que de celles de l’humanité".

Cet homme donne en directe, une leçon de chose au monde, une de ces leçons que l’école de la république de mon enfance savait donner par la voix de ses instituteurs. Le mot avait alors toute sa valeur : instituer, c’est -a- dire construir des consciences à partir du triptyque égalité, liberté et fraternité. Ce que fait Zakharchenko, ni l’église ni la république ne sont plus capable de le faire. J’avais pourtant connu à la même époque des prêtres qui dénonçaient en chair le dimanche à l’Église, la guerre d’Algérie, ses tortures, ses tueries, sans craindre leur hiérarchie où les regards foudroyant des plus friqués de leur paroissiens. J’ai aussi connu des communistes qui n’avaient pas hésité à refuser le déshonneur et l’avilissement de pratiques désumanisantes en refusant de suivre l’armée dans ses agissements. Ils avaient rendu leur habits de guerrier malgré les conseils de guerre et les tribunaux d’exception. Il semblerait que dans notre monde d’aujourd’hui la rose et le réséda aient disparu de nos paysages citoyens.

Je voulais dire que j’avais été très ému par le texte qu’elle a donné à la suite de cette vidéo, même si je pense que le groupe n’est pas toujours destructeur. Il peut aussi être une médiation thérapeutique de première importance. Comme le montre la prestation de Zakharchenko, comme surtout j’ai pu le constater au cours de mes vingt années de pratique en hôpital de jour, le groupe et ses processus associatifs peuvent aider à construire de bonnes choses. Oui le face a face même biaisé par le groupe et peut être justement rendu possible par le groupe permet qu’advienne une parole , que des mots soient mis sur l’horreur comme sur le mal poour en conjurer les effets destructeurs auprès des générations a venir.

Un groupe, comme l’indique JP Pontalis, est physiquement une totalité, une structure et non une collection d’individus . Il fonctionne comme objet dans l’inconscient de chacun, du fait d’interactions constantes qui constituent une dynamique. Il se comporte de façons propre, parle avec son style, manifeste un climat spécifique du fait de ses interactions. Il s’en dégage du commun, du partager, du différent. Or, comme nous dit René Kaës"Le commun, , est la substance psychique qui uni les membres d’un lien, quelle qu’en soit la configuratio : une famille, un couple un groupe"

Ce que fait cet homme est d’une qualité exceptionnelle chez un responsable politique, il met des mots sur des actes anti -sociaux et criminel, tout en faisant référence au lien, cette substance commune qui selon le concept de Freud uni les membres d’un clan . Il rend leur humanité à ces hommes, en les plaçant face à leurs actes, c’est -à-dire en les nommant, pour qu’ils en mesurent la gravité. Il leur redonne un cadre humain pour refaire société (ils en étaient sortie),il dégage les différences qui les repositionne comme sujet d’une collectivité.

Comme l’explique encore René Kaës dans Un Singulier Pluriel : " le différent prend en considération l’écart dans le lien entre les sujets au point où leur différence révèle ce qui ne peut être entre eux ni commun ni partagé, dans la différence émerge l’altérité radicale de l’autre et l’indice de ce qui demeure en lui singulier et privé. Autrement dit, poursuit-il, il n’y a pas de lien sans une matière commune. Un lien ne peut pas reposer sur l’exclusivité de la différence. C’est parce qu’il y a du commun et de la différance (au sens de Dérida) que je peux partager (et que je suis partagé)". Le lien qui existe entre tous ces gens, c’est la pays, l’idéal du pays et du sentiment qui l’accompagne, la volonté exprimée lors du Maïdane d’en finir avec la corruption, "vous la bas nous ici voulons la même chose", leur dit-il, vous la-bas nous ici avons des femmes et des enfants, retrouver vous, laissez nous avec eux, cessez les destructions regarder la vie, ce que disant, il trace la ligne qui sépare et qui fait du même.

Zakharchenko, je crois est juriste. Dans une conférence donné récemment où il annonçait la création d’une armée de la république populaire de Novorossiya, il défendait après la question perfide que lui avait posé un journaliste la décision de son gouvernement sur la peine de mort.( Cela peut nous paraître barbare mais face à la barbarie la plus absolue ne sont-ils pas en cas de légitime défense ?( Cela étant dit, il expliquait que son gouvernement respecterait toujours le droit à la défense. Ici il va plus loin, il montre une capacité exceptionnelle à donner une chance à la vie, avec un sens psychologique aiguë, un sens que nos démocrates abolitionnistes sont bien loin d’avoir dans leur pratique de la justice, telle qu’elle est rendu chaque jours chez nous, à cause de l’enchaînement de procédures ou l’être humain disparaît.

Certains diront qu’il s’agit d’une opération de communication ! Quand on veut noyer son chien on lui trouve la rage. Personnellement j’ai trouvé qu’il avait le ton juste et qu’il pensait véritablement ce qu’il disait. C’est d’une manière générale ce vent de fraîcheur qui souffle sur les hommes du Danbass. Le combat qu’ils mènent a mis dans leurs bouches des paroles de vérité. Or ce face à face entre un chef rebelle et ses adversaires prisonniers participe totalement du processus décrit par René Kaës. Il remet en circulation les différences et le commun. Zakharchenko permet à ces hommes de retrouver une place dans la civilisation en déroulant le tapis du malaise. Il le fait avec sa faconde et sa science du discours mais la femme qui dans une autre situation a mis une gifle à l’un des prisonnier parce qu’elle en avait trop sur le cœur et que ses paroles ne suffisaient pas a l’évacuer, participait du même mouvement. Elle disait sa colère, elle l’adressait, mais ne s ’acharnait pas sur l’homme à qui elle la destinait en le ruant de coup comme les fascistes l’on fait avec leur prisonnier.

Son texte prend la pleine mesure des dangers qui nous guettent. Il dit ce "malaise dans la civilisation". Toutefois il articule une forme désespérante du réel à une possibilité de la combattre. C’est souvent dans les déchirures du cœur que peuvent survenir les chants de l’âme. C’est ainsi qu’ Aragon au cœur de la nuit avait su redonner la pensée à une France désarmée et incertaine, que Verlaine au cœur de la sienne avait su ré-enchanter son spleen pour avec le bruit des violons nous conduire loin des langueurs monotones. Il importe de casser le mur de l’indifférence et de rejeter l’uniforme. Il importe de sortir de la banalité du mal. Dans un "si fragile vernis d’humanité" Michel Terestchenko, expliquait qu’ "en dernier Ressort, la capacité humaine à faire le mal, ou a y résister, devait être comprise à partir des structures fondamentales de la personnalité individuelle", il en tirait cette conséquence que "seul celui qui s’estime et s’assume pleinement comme un soi autonome peut résister aux ordres et à l’autorité établie, prendre sur lui le poids de la douleur et la détresse d’autrui et, lorsque les circonstance l’exigent, assumer les périls parfois mortels que ses engagements les plus intimement impérieux lui font courir"

L’Ukraine et sa crise nous révèle et confirme cette hypothèse. Mais je ne peux m’empêcher de me poser les questions suivantes : Qu’est-ce qui fait que Kiev a porté dans son sein la bête immonde, allégorie vivante des figures du mal, alors que ceux montrés par tous, sous l’espèce du rebelle et du terroriste soient ceux qui s’assumant pleinement résistent aux ordres et à l’autorité malfaisante en affirmant leur autonomie ? Il me semble comprendre qu’une partie de cette réponse se trouve dans le lien intergénérationnel, celui qui se donne à entendre dans l’évocation des grands père et de la reconnaissance qu’ils leur portent, pour leurs actes de résistance face aux armées nazies qu’ils retrouvent soixante dix ans plus tard sous le nom des mêmes unités.

Gilbert

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/09/03/un-message-de-paix-et-de-reconciliation-mais-aussi-de-combat/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/09/02/oui-le-fascisme-est-partout-comme-reponse-en-temps-de-crise-et-il-y-a-des-parades/

Voir en ligne : Un message de paix et de réconciliation mais aussi de combat…

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