Théorie russe : Dans les convulsions de la crise générale du capitalisme, où mènent les changements globaux ? Turbulence globale et changements dans la structure de classe

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Article de la Pravda par Serguei Vasiltsov, docteur en sciences historiques, fondateur du Centre de recherche sur la culture politique en Russie.

Aujourd’hui, l’impérialisme se bat pour sa survie. Et c’est un combat à la vie à la mort. Sous les coups des plus fortes attaques de la crise générale du capitalisme à la fin des années 70 – au début des années 80 du siècle dernier, il était littéralement au bord de la destruction. Rappelons-nous la chronique télévisée de ces années : des lignes de plusieurs kilomètres de voitures devant les stations-services sur les routes américaines, et le dollar chutant de près de moitié par rapport au rouble.

L’Occident n’a pu redresser ses affaires qu’au prix d’une aventure géopolitique inouïe : détruire et piller grâce aux forces de réaction interne l’URSS et les pays du monde socialiste.

Les finances de ces États "post-perestroïka" sont passées sous le contrôle de banques dépendantes des États-Unis. Les entreprises concurrentes des sociétés occidentales ont été rachetées ou détruites. Les richesses nationales des anciens pays socialistes ont été pillées.

Le dollar a non seulement survécu, mais a atteint des sommets sans précédent. Il est devenu la monnaie mondiale, que les États-Unis – à leur discrétion – peuvent désormais "imprimer" dans les quantités qu’ils le souhaitent.

Aucune guerre mondiale n’a offert aux pays impérialistes un tel butin. Ce fut le point culminant de l’expansion de l’impérialisme à l’ère industrielle.

La vitesse de l’agonie du capitalisme mondial a été clairement surestimée et le danger de l’impérialisme grandement diminué. Ce qui a permis à l’Occident, en vampirisant littéralement la Russie, d’échapper aux coups de la crise générale. Il a prolongé son existence relativement tranquille pendant près de 30 ans. Mais le butin touche presque à sa fin. Ces dernières années, la situation a commencé à changer.

En conséquence, les États-Unis se retrouvent à peu près au même endroit qu’il y a trois décennies – dans l’attente des prochaines convulsions de la crise générale du capitalisme. A l’échelle de l’histoire, c’est arrivé soudainement. Et cela a en partie conduit les États-Unis à la stupeur.

Est-ce pour cette raison que les manifestations de cette crise elles-mêmes semblent aujourd’hui à bien des égards complètement nouvelles ?

Rappelons ici que les classiques du marxisme qui ont été témoins du début de l’ère impérialiste, Lénine et Staline, ont averti que les processus sociaux avaient tendance à s’accélérer. Et il convient une fois tous les 50 à 100 ans environ, d’intégrer dans nos constructions théoriques et dans notre pratique les choses nouvelles apparues au cours de cette période. Tout en préservant les fondements théoriques et stratégiques et en mettant dans la "tirelire" de notre expérience les thèses qui ont perdu de leur pertinence et de leur efficacité.

C’est ce que nous devons faire maintenant. Étant donné que les caractéristiques de la société industrielle commencent de plus en plus à se transformer en lois d’une société qui n’est pas seulement celle de l’information. Celle-ci perd manifestement de sa nouveauté. De toute évidence, il s’agit du seuil de cette société, qui a été beaucoup discuté dans les décisions du PCUS, société dans laquelle la science devient la principale force productrice.

Ce processus a été prévu par Marx, qui a écrit sur « la transformation du processus de production d’un simple processus de travail en un processus scientifique, se mettant au service des forces de la nature ».

On se souvient que dès 1894, Engels avait averti, dans les commentaires sur le troisième volume de Capital, qu’après la conquête finale du marché mondial, il serait très difficile pour le capitalisme de trouver une nouvelle source d’expansion économique. Sur la base de l’expérience des dernières décennies, nous pouvons ajouter : une expansion non seulement économique, mais aussi sociale, idéologique et politique.

Une grande partie de ce qui a déterminé les caractéristiques de l’impérialisme à l’ère industrielle commence à changer rapidement.

« L’énorme croissance de l’industrie et le processus remarquablement rapide de concentration de la production dans des entreprises de plus en plus grandes sont l’un des traits les plus caractéristiques du capitalisme », a écrit Lénine. Et la croissance industrielle reste aujourd’hui la principale caractéristique de l’impérialisme. Mais ses formes elles-mêmes ont changé. Il n’y a pas de concentration de la production dans des entreprises de plus en plus grandes, au contraire.

La centralisation de l’industrie est remplacée par sa décentralisation. D’énormes « grands chantiers de construction » sont remplacés par de petites entreprises extrêmement efficaces qui fonctionnent sur la base de la microélectronique. Ils sont gérés non pas par des milliers, mais par une dizaine de travailleurs hautement qualifiés. Les processus de déconcentration se substituent aux processus de concentration du travail dans des entreprises géantes.

Cependant… Il est fort possible que les processus de centralisation de la production et, par conséquent, de concentration du travail ne se soient pas arrêtés mais se soient simplement modifiés, passant à un stade différent, beaucoup plus élevé.

En particulier, si, dans la société industrielle, il y avait pour ainsi dire une concentration physique du travail – de la main-d’œuvre, aujourd’hui nous observons la concentration de la pensée créatrice, constructrice, dans ce que certains ont appelé « classe créative ».

Géographiquement, ses membres peuvent être dispersés à l’extrême, ce qui n’empêche que leur intellect – par le biais d’Internet – est au contraire unifié ou concentré.

Là encore, il convient de se tourner vers Marx : « Le développement du capital fixe est un indicateur de la mesure dans laquelle la connaissance sociale universelle… est devenue une force productive directe. Il est également un indicateur de la mesure dans laquelle les conditions du processus de vie sociale sont subordonnées au contrôle de l’intellect universel et sont transformées en fonction de lui. ».

Naturellement, la formation de cette nouvelle réalité socio-économique ne fait que commencer. Cela ressemble aux processus sociaux du début de l’ère industrielle – au milieu du XIXème siècle. Lorsque les petites entreprises (lentement, de manière chaotique, douloureusement) ont commencé à se fondre dans le développement des relations capitalistes, lorsque les premiers pas ont été franchis dans le stade impérialiste du développement du capitalisme.

Il est difficile de dire vers où ce processus va se diriger. Il y a beaucoup de choses à sérieusement analyser et explorer.

Mais il est clair maintenant que les phénomènes inhabituels dans une société en mutation rapide ne vont pas s’évaporer. Le nouveau engendre le nouveau. Et le déroutant l’improbable…

Lénine, par exemple, a parlé d’un type particulier de crise – des crises de type « pas seulement économiques », de taille énorme et qui accompagnent tout le développement de l’impérialisme. C’est ce type de crise si particulier que le monde traverse au cours des dernières décennies. D’énormes groupes sociaux se retrouvent soudainement "entre deux eaux". Ces bras sont de moins en moins nécessaires à quiconque et ne conviennent que pour le travail le plus primitif. Mais ils ne peuvent pas s’impliquer dans les nouveaux processus. Par conséquent, ils flottent dans l’incertitude socio-économique. Le processus de décadence de l’impérialisme prédit par les classiques du marxisme-léninisme se déchaîne de plein fouet. De vastes zones de marginalisation émergent déjà. De plus, des zones internationalisées traversent les frontières.

De tels changements dégénératifs dans l’histoire de l’impérialisme sont connus. Ils ont une fois déjà engendré le fascisme. Ce sont aujourd’hui des réalités mondiales d’un nouveau type. Leurs conséquences sont extrêmement dangereuses. Pas étonnant que le président Trump soit prêt à bouleverser l’ensemble de l’économie américaine, ne serait-ce que pour donner aux Américains des millions d’emplois. Et cela signifie, par tous les moyens, de réduire la zone de décomposition sociale, qui se développe même aux États-Unis.

Trump, semble-t-il, tente de sauver son pays en déployant le "navire" américain dans une direction très inhabituelle pour les cercles impérialistes du XXème siècle. Ce comportement peut être comparé aux efforts du passager d’un ballon qui perd de l’altitude, et qui cherche dans la précipitation n’importe quoi qui puisse être jeté pour délester la nacelle.

L’impérialisme, fondé sur la saisie directe de territoires et de richesses étrangères ou sur une politique latente de même orientation (néocolonialisme), semble en la personne de Trump avoir trouvé un réformateur. Un dirigeant prêt à prendre des mesures tout à fait inhabituelles pour les cercles impérialistes, telles que rappeler aux États-Unis le potentiel de production qu’ils avaient réussi à dispatcher avec profit dans le monde entier.

À sa manière, le nouveau président américain répète presque ce que l’Empire britannique avait déjà fait juste après la guerre, en "libérant" ses colonies – Inde, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, etc., tout en se concentrant sur lui-même. Je répète : extérieurement. Ce qui est caché derrière cette manœuvre de Trump ne se dévoilera que dans la suite des événements. Ce genre de politiciens s’avère toujours être des "coffrets" avec plus d’un fond.

D’autant plus que ses intentions ressemblent à une préparation sérieuse à une grande guerre. Comme Trump l’a dit avec fierté l’autre jour, son administration a réussi à obtenir un financement record pour les forces armées américaines : 700 milliards de dollars en 2018, 716 milliards en 2019 et 738 milliards prévus pour 2020.

Si nous disons que l’impérialisme est capable, en périssant, d’entraîner dans sa chute toute l’humanité, alors, à la lumière de tels processus, ce ne sera pas une figure de style.

Dans le même temps, la nouvelle ère offre de nouvelles possibilités de contrer l’agression impérialiste sous ses formes les plus diverses.

La production d’informations et d’idées tant dans le domaine public que privé passe de plus en plus souvent par les canaux Internet. Cela permet de créer des équipes de production, dont les membres sont à des milliers de kilomètres de distance, pour échanger des informations et des réflexions nécessaires à la production de biens et d’idées. Ils peuvent le faire plus rapidement que même les employés d’une même organisation travaillant dans le même bâtiment.

Déjà, la société de l’information est une société qui historiquement, a objectivement dépassé le capitalisme. Ses conditions et capacités sont les plus appropriées et favorables au socialisme. Si l’URSS avait encore perduré pendant une décennie, jusqu’à la généralisation des réseaux informatiques, elle serait devenue invincible avec son économie planifiée.

Pour la Russie d’aujourd’hui, l’avènement d’une société postindustrielle basée sur le rôle créatif de la science reste extrêmement difficile. Parce que la science dans notre pays a été dévastée. En outre, son rôle et son prestige dans la société n’ont cessé de décliner au cours des trois dernières décennies. Les choses se sont passées ainsi : notre pays a quitté l’ère industrielle sans pour autant accéder à l’ère post-industrielle. Dans le même temps, l’un des problèmes clés de la société postindustrielle émergente commence à attirer l’attention. Il s’agit d’une énorme masse de citoyens engagés dans un travail latent et en constante évolution (plusieurs dizaines de millions de personnes). Plus précisément, un "travail à temps partiel" continu.

Parfois, ces ouvriers du secteur "gris" sont appelés à la mode européenne médiévale freelancer [à l’origine « franc-lancier »]. Ce sont principalement des jeunes âgés de 20 à 45 ans. Leur instrument de production est un ordinateur. L’essentiel dans leur psychologie et leur vision du monde est l’exigence d’une pleine indépendance de leur travail créateur et de leur vie.

Tout comme Marx distinguait déjà le prolétariat rural, clérical et commercial, nous pourrions probablement aujourd’hui isoler des groupes de travailleurs d’un genre nouveau dans la masse très hétéroclite des freelancers. C’est l’une des tâches de recherche des sciences sociales russes dans un avenir proche.

Oui, en apparence, ces travailleurs très individualisés sont apolitiques. Cependant, parfois à l’intérieur d’eux-mêmes, comme le montrent bien les sondages compétents, ils sont même surpolitisés. Leur passivité superficielle n’est qu’une conséquence du fait que parmi les partis existants, ils ne trouvent pas de force proche et compréhensible pour eux-mêmes.

Mais c’est précisément dans leur milieu que les forces de frappe de nombreuses « révolutions de couleur » sont recrutées – encore une fois via les canaux Internet. En effet, les opportunités de mobilisation de l’impérialisme moderne se sont considérablement développées. Et ces couches sont tout simplement faites de cette masse morale et politique à partir de laquelle on peut "façonner" la base sociale de presque tous les mouvements sociopolitiques.

C’est une règle bien connue : les couches sociales les plus passives peuvent se transformer en groupes de population les plus enthousiastes et les plus actifs. Et ensuite, agir avec une force de frappe énorme. C’est avec eux que l’impérialisme a commencé aujourd’hui à flirter de manière active.

Les détachements traditionnels du prolétariat et ses nouveaux groupes existeront longtemps, parallèlement et ensemble.

Devant nous est une société différente de celle d’il y a 20 ou 30 ans, qui nous est parfois inconnue. Interagir avec elle avec les méthodes de l’ère industrielle sortante devient de plus en plus difficile.

Bien entendu, nous nous souvenons bien du concept de mondialisation à l’américaine, qui a été formulé et présenté par le chef du parti communiste, Guennadi Ziouganov. Il est dommage que la recherche dans cette direction – par rapport aux temps nouveaux – soit presque tarie.

Néanmoins, on peut affirmer que cette théorie a étudié les dernières caractéristiques de l’activité vitale de la société industrielle – l’impérialisme classique, pourrait-on dire. Aujourd’hui, après avoir pris un certain nombre de mesures sérieuses – sans grand succès – la mondialisation s’est pour ainsi dire éteinte en Amérique. Dans les nouvelles conditions, il semble y avoir peu de place pour une offensive directe de la part des États-Unis,

Mais ceci est en grande partie une apparence.

La mondialisation à l’américaine a simplement changé de forme. Elle passe maintenant à un niveau différent, ayant réussi à disperser les germes de nouveaux chocs dans le monde. Des germes d’une propriété nouvelle et inattendue. Après avoir détruit les structures étatiques de nombreux pays établis au fil des siècles, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et transformé une énorme partie de leur population en une « masse marginale agressive », les États-Unis ont jeté ces forces destructrices sur l’Europe, appliquant à elle aussi la politique du « chaos contrôlé ». C’est maintenant la civilisation européenne qui se trouve sous la menace des bonnes œuvres de cet impérialisme renouvelé. L’impérialisme s’est joué à lui-même un mauvais tour. Une nouvelle ligne de départ est apparue pour le déroulement du prochain cycle de la crise générale du capitalisme.

Tout va vers une forme encore plus exacerbée des contradictions inter-impérialistes,vers une fascisation de la société bourgeoise.

Notre tâche urgente est d’utiliser correctement les contradictions intra-impérialistes et inter-impérialistes afin de supprimer définitivement le capitalisme et toutes ses émanations hideuses de l’ordre du jour historique.

Voir en ligne : Traduction Marianne pour histoireetsociété

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