Sergueï Lavrov aux autorités de Kiev : quand on ne sait pas boire, on ne boit pas !

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 2%

Ce matin, je lis à mon retour l’article du Figaro. "Sur fond d’affrontements dans l’Est et de menace russe de couper le gaz, les impôts ne rentrent pas et l’industrie périclite. L’aide internationale promise risque de ne pas suffire". Ce diagnostic n’est pas inexact mais il est réellement en deçà de la réalité, la réalité est incroyable, ubuesque…

Une catatrophe économique et financière qui s’accélère...

On mesure mal la situation réelle de l’Ukraine. Il n’y aurait rien d’étonnant que cela débouche à terme sur de la famine, déjà les prix s’envolent et les emplois se font de plus en plus rares… Le seul endroit où règne le calme est la péninsule de Crimée, mais celle-ci attend en vain les touristes qui n’osent pas ou ne peuvent pas traverser l’Ukraine devenue un lieu sans foi ni loi. Il faut bien comprendre que tout le monde a des parents et amis dans différentes régions et les nouvelles passent de bouches à oreille…

A propos des gens du Donbass, tous ceux que nous interrogeons font la même réponse : ce sont des gens comme vous et moi, des gens simples qui défendent leur vie, leur maison, celle de leurs enfants. On a dit beaucoup de choses sur l’origine de cette prise d’arme, on y a vu la main de Moscou, mais qui a rapporté ce que nous a dit ce pauvre ouvrier pas très courageux, qui, à 58 ans, a fui parce qu’il ne veut pas faire la guerre : les pensions des mineurs ne sont plus payées, alors ils sont partis en délégation à Kiev et on leur a répondu « mangez de l’herbe ! ». En revanche les autorités de Kiev déplorent le fait que les régions dites séparatistes n’envoient plus les impôts à la capitale, alors que c’étaient ces régions qui alimentaient le budget ukrainien, les territoires de l’ouest vivant une misère effroyable. Résultat la dette publique est en train d’exploser. Il y a là un gouffre que ni les États-Unis, ni l’Europe ne sont en mesure de combler et pourtant les dirigeants de ces pays continuent à attiser les querelles, à diviser, comme nous l’avons vu dans le pays Tatar. C’est complètement fou. Au même moment, on voit le résultat de leurs actions en Syrie, en Irak, mais non rien n’y fait, l’occident et leurs protégés attisent le chaos et les guerres civiles, soutiennent les pires individus.

De l’argent à fond perdu mais pas pour tous…

Les sommes versées par l’Europe, le FMI, les États-Unis ont toutes chances, comme d’habitude, d’atterrir dans les poches des oligarques dont un de nos interlocuteurs dit cyniquement « Ils ne font pas la guerre, ils la sponsorisent pour éviter que les gens leur reprennent ce qu’ils ont volé ».

Le Figaro note :

« Le FMI est venu au secours de Kiev en mars en promettant une aide de 11 milliards de dollars. Plus de 3,2 milliards ont été versés, dont l’essentiel devrait servir à rembourser la dette gazière au russe Gazprom. En échange de l’aide, le FMI a exigé des réformes douloureuses : baisse des dépenses, comme les subventions massives au gaz. Le FMI estime que pour sauver le pays de la faillite cette année, 27 milliards de dollars d’aide internationale sont nécessaires. Au rythme de la dégradation de la situation, analyse Chris Weafer, cette enveloppe risque fort d’être insuffisante. »

Très juste, mais il n’aborde pas la question de savoir ce qu’il advient de cet argent et dans quel gouffre il disparaît. Si le quart de ce que dit la population est exact, ce pays a été conduit au drame et pas seulement dans le Donbass, qui était le secteur productif d’une Ukraine en chute libre et qui avec l’insurrection est actuellement devenu à son tour en ruine. Tout le monde accuse les dites autorités d’avoir ouvert les prisons, amnistié les droits communs à condition qu’ils contribuent à l’assaut contre le pouvoir de l’ex-président.

La guerre dans le Donbass, mais l’insécurité partout

Le mépris dans lequel sont tenues les autorités est extraordinaire. On accuse la direction issue du Maïdan, un mouvement qui a été dévoyé par des paramilitaires financés par les États-Unis et l’Europe et qui désormais a engendré partout des pillards et des bandits. Un de nos interlocuteur qui vit de la location de chambres au bord de la mer, ne voit pas venir ses clients habituels. L’un est Biélorusse, les avions biélorusses ne peuvent survoler l’Ukraine, ils sont interdits. Ils ne peuvent pas prendre le train, ils ont peur de traverser le territoire ukrainien en train, parce que des bandes montent dans les wagons et les braquent.

La plupart des gens du sud-est n’en veulent pas réellement à ceux de l’ouest. Nicolas nous explique : « Il y a des gens à Llov qui détestent autant Bandera que nous… C’est terrible la situation à l’Ouest, les gens ont de plus en plus de mal à vivre, alors on peut les acheter ». Il a un ami qui venait toutes les années, l’ami-client s’appelle Oreste ; ils se sont téléphonés la veille. Oreste a peur de traverser l’Ukraine, il dit que ce qui se passe « C’est du grand n’importe quoi ! Des gens, des voisins, des inconnus rentrent chez vous et vous disent "Donnez- nous le fric" ».

Ça rappelle à Nicolas la chute de l’Union soviétique ; il y avait une vacance du pouvoir… Partout des familles sont devenues mafieuses, elles ont menacé et pris les biens de force… Maintenant on les voit députés et ministres. Porochenko a possédé de cette manière la moitié des immeubles de Sébastopol…

Quand on ne sait pas boire…

La rigolade devient franche et massive quand la conversation tombe sur Klitchenko, l’ancien boxeur faisant désormais office de maire de Kiev : « On lui a tellement tapé sur la tête pendant 20 ans qu’il est complètement sonné. Il ne sait plus ce qu’il fait, il a des groupes de courtisans qui le servent : il veut aller manger dans un restaurant de luxe avec sa troupe et on lui organise une repas gratuit… Tous ces gens là ne vont pas rester longtemps, ils se font la peau entre eux et tout cela va se terminer très tristement pour eux »…

Il est vrai que le cynisme de ces malades de l’arbitraire et de l’enrichissement atteint des limites inouïes… Un exemple type, l’assaut de l’ambassade de Russie à Kiev. Il semble qu’ici en France, vous n’ayez pas eu les images et les commentaires que l’on a en Russie et en Crimée. C’est au-delà de ce que l’on peut imaginer et explique pour une part le mépris que la population du sud-est, que nous avons pu rencontrer, voue à ces gens-là. Ils leur attribuent mélange de puérilité et de folie d’ivrogne.

Les images, qu’elles concernent l’assaut mené contre des civils ou celui de l’ambassade russe à Kiev, sont incroyables. Une sorte de monome où une bande de voyous surexcités envoie des cocktails Molotov contre la façade de l’ambassade, une réitération de l’opération d’Odessa. Un groupe, les épaules ceintes d’un drapeau ukrainien, saute à pieds joints sur les voitures du personnel de l’ambassade avec toujours le slogan « celui qui ne saute pas est un mouscoutaire ». Mais il y a dans les regards, la volonté de tuer comme à Odessa. Les pompiers sont empêchés d’intervenir là encore. Les tuyaux sont troués et l’eau sort d’une soixantaine de côté, des trous perçés volontairement, mais pas de la lance… Non seulement la police n’intervient pas, mais le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andreï Dechtchitsa, est sur place en train de contempler les jeunes voyous avec satisfaction. Puis, plus ou moins pris de boisson, il se met à insulter devant les caméras de télévision, le président russe Vladimir Poutine.

Face à cette bande de fous avinés que nous soutenons de toutes nos forces nous occidentaux, nous français, au point de bloquer toute condamnation de leurs méfaits au Conseil de sécurité de l’ONU, les Russes gardent leur sang froid et chacun se répète leurs bons mots : ainsi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a estimé lundi que son homologue ukrainien Andreï Dechtchitsa devrait s’abstenir de consommer des boissons alcoolisées, suite aux insultes proférées en public par ce dernier contre le président russe Vladimir Poutine.

« En le regardant, une expression adaptée me revient à l’esprit : si tu ne sais pas boire, ne bois pas », a déclaré le ministre, qui avait indiqué plus tôt dans la journée « ne plus rien avoir à dire » à son homologue.

Et maintenant le chantage au gaz

Quand nous sommes parties à 11 heures du matin lundi, la coupure du gaz annoncée était faite… Gazprom a annoncé : Kiev ne paie rien et, par conséquent, ne reçoit rien. Le tuyau transporte juste la quantité qui doit transiter vers les consommateurs européens. Selon les autorités russes, par son chantage de la Russie, Kiev a mis la situation dans l’impasse, ayant parallèlement joué un mauvais tour à ses protecteurs européens. La Russie a deux fois reporté l’introduction du prépaiement pour l’Ukraine. Dans la nuit de dimanche à lundi, le chef de Gazprom Alekseï Miller a une nouvelle fois pris l’avion pour Kiev dans l’espoir de résorber la situation. Une fois revenu à Moscou, il a rencontré le premier ministre Dmitri Medvedev pour l’informer de la position non constructive du gouvernement d’Ukraine :

« De fait, la partie ukrainienne a substitué à notre sujet de négociations un autre, car le problème, dans nos rapports avec les collègues ukrainiens dans le domaine gazier, tient à la dette chronique pour les fournitures du gaz russe. A l’heure actuelle le montant de cette dette est déjà de 4,5 milliards de dollars. »

Moscou part du fait que l’Ukraine doit régler de façon inconditionnelle ses dettes pour la période d’hiver (1,45 milliard de dollars) et montrer un progrès dans le remboursement de la dette pour avril-mai (500 millions). Cependant Kiev a occupé une position qu’on peut qualifier de chantage. Alekseï Miller a noté que selon le premier ministre désigné par la Rada Iatseniouk :

« Gazprom devrait accorder à l’Ukraine des prix extrêmement bas » et que dans le cas contraire « l’Ukraine ne payerait pas la dette et prélèverait sur le tuyau autant de gaz qu’elle voudrait et gratuitement ».

Quand comble d’arrogance, Kiev refuse de payer Gazprom alors qu’il a déjà reçu de l’argent pour le faire et qu’il continue d’exiger un tarif préférentiel qui lui permet de revendre aux autres pays et d’engraisser là encore des oligarques, comme Timochenko, la “princesse du gaz”. Quitte à bloquer l’approvisionnement européen, nous nous demandons si nous ne rêvons pas, mais les Ukrainiens eux ne sont pas étonnés. Depuis la fin de l’Union Soviétique, ils vivent de cette absence d’état de droit, cette mafia qui désormais a de surcroit derrière lui, Obama. Parce que c’est là l’opinion de tous, c’est le président des États-Unis qui est presque aussi fou et mégalomane qu’eux qui les pousse à tous ces excès… Ils se croient tout permis.

Parce que ce n’est pas assez encore, la télévision ukrainienne balance ses délires habituels. A propos de l’incendie et l’assaut de l’ambassade, il y a la déclaration lundi à Kiev du conseiller du ministre de l’Intérieur, Anton Guerachtchenko qui déclare que les “services spéciaux russes” pourraient être à l’origine de la récente attaque contre l’ambassade de Russie à Kiev. « Nous considérons que ces événements peuvent être le fruit d’une provocation réussie de la part des services spéciaux de la Fédération de Russie », a indiqué M. Guerachtchenko.

« Nous n’excluons pas que l’idée d’aller protester devant l’ambassade russe ait été lancée par les services spéciaux russes », a-t-il poursuivi, précisant que les spécialistes ukrainiens se penchaient actuellement sur cette question.

Danielle Bleitrach

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