Régionales 1er tour

Les élections, un peuple français malheureux et écoeuré

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%

Ce que je craignais pour cette élection est arrivé, le résultat mais surtout ce dont elle témoigne sur l’état d’esprit de la population française est là devant nous. Et pour le voir, il faudrait rapporter le pourcentage des exprimés à celui des inscrits, le parti socialiste par exemple que l’on présente comme le grand vainqueur est environ à 15% de l’électorat. Ce qui est clair c’est que tout a été fait pour qu’il en soit ainsi, la campagne a été construite dans les grands médias « populaires » que sont la radio et la télévision pour amplifier le mouvement qui détourne des urnes.
Cet entraînement vers l’abstention est voulu, il participe comme j’ai tenté de l’expliquer d’un mouvement plus général du capital se débarrassant de la citoyenneté, du politique, balayant toute illusion sur « l’intérêt général » de son hégémonie, et n’en conservant qu’une caricature « démocratique » pour empêcher les révoltes populaires. Comme dans l’entreprise est mis en place un management qui isole jusqu’au suicide et inhibe la protestation par la destruction des individus, ce qui est visé est la fin de l’intervention populaire, l’écoeurement, le repliement.

On peut considérer qu’il y a dans ce refus d’aller voter un véritable péril pour la République, mais il a été construit, et il le sera toujours plus. J’y vois d’abord une avancée inquiétante vers le bipartisme, comme aux Etats-Unis, le pays dont les institutions sont le plus adéquates au développement du capitalisme financier. Il y a la composante européenne, avec un vote protestataire qui adhère à la haine fascisante et faussement nationale de Le Pen. Ce vote dit quelque chose de simple : je vote contre les immigrés et les banquiers « apatrides ». A la seule différence que l’immigré est bel et bien français, c’est le jeune des cités sur lequel on s’excite comme le témoignage de tout ce qui met en péril « l’identité française » comme l’a voulu le leurre lancé par l’UMP à la veille de la campagne.
Il est facile de s’indigner mais tant que l’on n’aura pas le courage de regarder en face ce qui se passe, on pourra toujours stigmatiser des comportements au lieu de mener un vrai combat pour qu’il en soit autrement.

Au niveau national, plus d’un inscrit sur deux ne s’est pas déplacé dans les bureaux de vote ! Ce n’est pas un hasard c’est un choix résolu et conscient de tout ceux qui n’y sont pas allé. Il s’est avéré que hier j’avais changé de bureau de vote et je ne le trouvais pas, tous les gens que j’interrogeais éclataient de rire en apprenant que j’allais voter, les uns ricanaient et les autres m’expliquaient qu’ils étaient tous pourris, tous des vendus, que cela ne servait à rien. Ce que ces gens manifestaient c’était non seulement un mépris de la classe politique mais aussi que ce vote témoignait de leur propre inutilité, il ne pèserait en rien sur leur propre vie, celle de leur quartier, de leur famille. Est-ce que vous croyez réellement qu’ils n’ont pas subi jusqu’à plus soif la démonstration de cette inutilité politique depuis le mépris de leur vote sur la constitution européenne en passant par cette crise dont ils ont l’impression, non sans raison, qu’elle provient de centres de décision financiers qui leur échappent et que de toute manière, « ils » (le personnel politique) se débrouillera bien pour les faire payer ?

Alors là il ne s’agit pas seulement d’une campagne où l’on parle de n’importe quoi sauf de l’essentiel. Nous sommes au coeur d’une crise profonde, la pire depuis celle des années trente, et qui parle de quoi ? Qu’il ne se soit pas trouvé un parti politique pour réclamer la nationalisation des secteurs clés, la fin de la BCE et de l’euro, et que dans le même temps on ait lancé un débat sur l’identité nationale, un autre sur la burqa, n’était-ce pas la véritable méthode pour aboutir à ce résultat : une abstention massive dans laquelle il reste le bipartisme et un grelot protestataire fascisant qu’est le Front national.

Pire je crains qu’aujourd’hui la manière dont on va stigmatiser ce vote ne le fasse enfler parce qu’il témoigne bien de la rupture entretenue dans notre pays entre différentes catégories de salariés. Le vote en faveur du PS ou son équivalent Europe écologie est celui que nous connaissons bien, depuis trente ans les salaires baissent, mais avec la désindustrialisation de la France, les couches populaires n’ont pas disparu, elles se sont transformées. Elles sont allées vers les services, employés, personnel de service, les ouvriers existent mais les grands bastions syndicaux ont été remodelés, des techniques de management ont isolé les salariés y compris jusqu’au suicide. Tout cela a abouti au fait que les conditions des couches populaires se sont profondément dégradé sans qu’il y ait des forces pour les défendre. C’est le moment où le PCF s’est lui-même transformé renonçant à rester à la base dans les entreprises et les quartiers. Le vote PS n’a pas récupéré, du moins pas en totalité ces catégories de plus en plus attaquées dans leur emploi et leur niveau de vie. Le vote PS a été de plus en plus celui de couches moyennes, diplômées, en rupture avec ces classes populaires, les méprisant plus ou moins et les accusant parfois de racisme et de fascisme. En ce sens le Falstaff d’Europe Ecologie, Cohn-Bendit est bien l’héritier de la haine de 1968 pour la classe ouvrière et son parti, la possibilité pour les couches moyennes de s’en sortir en acceptant l’écrasement du peuple.

L’Europe, mais la région n’est pas une réalité éloignée de l’Europe – et la réforme des collectivités territoriales en est une preuve supplémentaire- a accru ce sentiment d’un pouvoir politique sur lequel il n’y avait plus aucune prise, les dirigeants politiques et parfois syndicaux, les « banquiers » apatrides, tout cela non sans raison est vécu comme une nouvelle féodalité sur laquelle rien n’a de prise surtout pas le bulletin dans l’urne.

On peut déplorer l’abstention, s’inquiéter du bipartisme et du vote protestataire Front national, mais si on ne comprend pas qu’il y a quelque chose à changer dans notre propre conception de la politique, si l’on veut qu’il existe une force révolutionnaire, nous irons de mal en pis. Il ne suffit pas de réclamer une politique de proximité si nous ne sommes pas capables de recréer un parti qui construise ou reconstruise cette politique de proximité.

Il ne suffit pas de pleurer en entendant jean Ferrat chanter « Ma France » et de ne pas être capables de dire ce qu’est l’Europe, de défendre une autre conception de la nation, celle des communistes, celle qui refuse cette Europe des financiers mais est capable d’un véritable internationalisme des opprimés.

Alors même que notre peuple a le sentiment que des forces internationales qu’il ne peut maîtriser alourdissent son destin, nous sommes incapables de l’aider à se situer dans ce monde, de montrer qu’il existe des forces anti-impérialistes, nous en sommes incapables au niveau mondial et même en Europe, alors que le peuple Grec est en train de lutter contre ce qui nous concerne tous. Nous sommes incapables de dénoncer l’incroyable guerre d’Afghanistan, son coût, mais aussi les crimes qui s’y commettent contre les populations civiles.

La politique pour l’immense majorité des gens n’a de sens que tout autant qu’elle crée sécurité et communauté de destin de ceux qui vivent ensemble, si vous ne répondez pas à cette exigence ce sera le fascisme, la haine de l’autre, nous n’en sommes pas loin. Parce que nous n’avons ni le sens de la nation, ni celui qui va avec de l’internationalisme.

Ou vous serez capables de prendre le relais du combat du CNR, le Conseil National de la résistance, celui que le patronat désigne encore aujourd’hui comme l’ennemi ou ne vous étonnez pas de ce qu’il arrivera.

Je n’ai pas envie d’appeler à « la mobilisation des forces de progrès » pour battre Sarkozy, lutter contre le danger Le Pen, chacun fera comme il l’entend mais en revanche je voudrais que le Parti Communiste français ou ce qu’il en reste entende mon appel à agir, à recréer une force révolutionnaire, pendant et hors élection. Le premier choix est de recréer partout dans les cités, les quartiers , les entreprises une force politique de proximité qui redonne à nos concitoyens le sens de leur propre utilité sur ce qui les concerne le plus et les aide de ce fait à mieux percevoir ce qui se passe dans le vaste monde, qu’il en perçoive les dangers mais aussi les luttes communes. Notre peuple français est malheureux, écoeuré, il a besoin des communistes.

Le 15 mars 2010

Danielle Bleitrach

http://socio13.wordpress.com/2010/03/15/les-elections-un-peuple-malheureux-et-ecoeure-par-danielle-bleitrach/

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