Les découvertes extraordinaires d’Arsène Iatseniouk

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Voici un article de l’excellente revue du parti communiste ukrainien, dont le rédacteur en chef est le secrétaire du parti communiste d’Odessa, Tsarkov qui est un des quatre ukrainiens venus témoigner en France sur la situation en Ukraine, sur la montée du nazisme et sur le drame que vit ce peuple depuis le soutien au coup d’État par l’UE au bénéfice de l’OTAN et des USA. Donc à partir du 25 janvier vous pourrez discuter avec ces témoins privilégiés, héroïques mais non dénués d’humour (on est odéssite ou on ne l’est pas) et vous faire une opinion. Le 26 janvier dans la salle Angela Davis à Lille, à l’initiative de la jeunesse communiste et aussi le 28 à Marseille à l’UD CGT, le 29 à Nice au théâtre Lino Ventura à Nice, le 30 et le 31 aux rencontres internationales de Vénissieux, vous pourrez donc l’interroger et vous faire une opinion sur ce parti dont l’Europe cautionne l’interdiction alors qu’elle soutient les néonazis avec leur fleuron, le premier ministre Iatseniouk qui joint l’odieux au ridicule. (Danielle Bleitrach)

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Tsarkov, le premier secrétaire d’Odessa devant la maison des syndicats, le premier mai 2014, la veille du drame. Tsarkov est aussi rédacteur en chef de la revue d’où est extraite cet article sur l’invraisemblable premier ministre ukrainien qui vient de déclarer que les Russes ont envahi l’Allemagne en passant par l’Ukraine lors de la deuxième guerre mondiale.

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Les politiciens, en principe, ne sont pas obligés d’être des modèles d’éloquence. Mais, néanmoins, ils doivent exposer leurs pensées de manière simple et, surtout, explicite, afin de ne laisser à personne – ni à leurs partisans ni à leurs opposants – la possibilité de déformer le sens de leurs paroles. Et par conséquent, ils doivent peser chaque mot – et seulement après, ouvrir la bouche.

Cela dit, ce comportement s’observe principalement en Occident, où des déclarations incorrectes peuvent vous coûter cher. Dans nos contrées, on voit souvent y compris des responsables de haut niveau qui – à la fois dans la forme et le contenu – bredouillent la première chose qui leur passe par la tête, ce pourquoi ils sont faciles à attraper au mot. Il ne reste qu’à essayer de deviner de quoi il s’agit – une véritable pensée ou, pour ainsi dire, un lapsus freudien. Mais si la majorité des phrases comme « afin que l’eau devienne chaude, elle doit être chauffée » (du maire de Kiev Vitali Klitschko) sont parfaitement inoffensives, reflétant peut-être le niveau intellectuel de leurs auteurs, la récente déclaration du Premier ministre Iatseniouk a déjà fait beaucoup de bruit dans le monde entier.

En fait, auparavant, le chef du gouvernement ukrainien ne s’était jamais permis ce genre de bourdes, ce qui lui avait valu une certaine image de "technocrate intellectuel". Bien sûr, une fois il avait assuré que la saison de chauffage commencerait à partir d’une température moyenne quotidienne de « moins 8 degrés » (c’est à dire vers janvier), ou encore en 2005, lors d’une réunion avec des investisseurs, il avait sorti que « la corruption est l’un des éléments les plus importants qui permettent aux investisseurs de réaliser des profits excédentaires en Ukraine », etc… Ce sont des choses qui arrivent. Toutefois, ses découvertes dans le domaine historique ont produit leur petit effet, y compris en Occident.

Rappelons les faits. Récemment Arseni Petrovich a donné une interview à la chaîne de télévision allemande ARD, et ce qui n’est pas surprenant, il a été question de la politique étrangère de la Russie et des négociations avec l’Ukraine dans lesquelles la chancelière allemande Angela Merkel joue un rôle clé. Il n’était sans doute pas nécessaire dans la situation actuelle d’envenimer encore plus les choses, mais Iatseniouk, droit dans ses bottes, a déclaré : « L’agression russe contre l’Ukraine est une offense à l’ordre du monde. Nous nous souvenons tous de l’invasion soviétique en Ukraine, y compris en Allemagne. Il faut éviter que cela ne se reproduise. Personne n’est autorisé à réécrire les résultats de la Seconde Guerre mondiale, ce que tente de faire le président russe Poutine ».

Ainsi, le Premier ministre a fait une déclaration fracassante concernant plusieurs découvertes dans les domaines de l’histoire et de la science politique. Pour commencer, même les critiques les plus sévères de Moscou ne parlent pas d’« agression russe contre l’Ukraine ». Bien sûr, ils signifient quelque chose comme ça, mais ne permettent pas de l’exprimer directement. Et de ce point de vue, bien sûr, Iatseniouk les a laissés assez perplexes, parce que dans une simple phrase il a presque détruit tous les efforts diplomatiques.

Il faut également noter l’expression « L’invasion soviétique en Ukraine, y compris en Allemagne ». Tout d’abord, sur la base de cette logique, nous devrions admettre que dans les années de la Grande Guerre patriotique, l’Ukraine ne faisait pas partie de l’URSS, puisqu’elle a souffert de « l’invasion soviétique ». En d’autres termes, elle était une sorte de pays "tiers", qui, comme l’Allemagne, a été sous les coups de l’agresseur. D’ailleurs, une telle assertion peut prendre au dépourvu les ultras nationalistes, qui assurent que, en fait, pendant la guerre, l’OUN et l’UPA ont combattu sur deux fronts – contre l’Union soviétique et contre l’Allemagne, l’une comme l’autre aussi désireuse de conquérir l’Ukraine. D’après les paroles de Iatseniouk, il s’ensuit que le seul "prédateur" était l’URSS. Et après cela, il parle de l’inadmissibilité de réécrire les résultats de la Seconde Guerre mondiale ?

Tout cela ne serait rien si – malgré la situation politique étrangère actuelle – le discours n’avait pas été prononcé dans une interview, je tiens à le souligner une fois de plus, à une chaîne allemande. En Allemagne contemporaine, on est encore très sensible à tous les sujets qui de près ou de loin touchent l’époque du Troisième Reich, ses symboles sont interdits par la loi, et pour la promotion d’opinions inappropriées, on peut écoper d’une peine de prison. Il n’est pas surprenant que plusieurs jours après l’entrevue, le gouvernement allemand a gardé un silence assourdissant, essayant apparemment de comprendre ce qui était arrivé.

En revanche, la Russie n’est pas restée sans rien dire. Ici – et tout de suite au niveau du ministre des Affaires étrangères – a été immédiatement envoyée une note aux collègues allemands pour clarifier la position officielle de Berlin à propos de l’invasion de l’Allemagne par l’URSS. Il est à noter que c’est sous Poutine, accusé par le Premier ministre ukrainien de réécrire l’histoire, qu’ont été réalisés au niveau de l’État, des efforts pour éviter au contraire toute distorsion des faits au sujet de la guerre. Par conséquent, nous pouvons supposer que le nouveau concept historique de Iatseniouk aurait été remarqué à Moscou dans tous les cas – a fortiori maintenant, où les relations entre les deux pays sont tendues comme jamais.

En conséquence, le premier ministre a dû commenter ses propres mots, mais… il aurait mieux fait de se taire. Selon ses dires, il voulait juste faire un parallèle entre l’occupation soviétique de l’Europe, y compris l’Allemagne de l’Est, et la situation actuelle en Crimée et au Donbass. L’analogie est boiteuse, c’est le moins qu’on puisse dire, car la division de l’Allemagne, qui a duré plusieurs décennies, était le prix payé pour l’agression insensée déclenchée par Hitler contre l’ensemble du Vieux Monde, et pas seulement. Cette "invasion" n’a pas été, d’ailleurs, le seul fait de l’Union soviétique, qui a commencé à vaincre l’ennemi sur son propre territoire, mais aussi du Royaume-Uni, des États-Unis et de la France, à qui Iatseniouk n’a pas reproché d’avoir agressé l’Allemagne.

L’occupation était alors la seule façon de mettre fin à la guerre, et ce terme est utilisé ouvertement autant du côté soviétique, que des alliés. Toutefois, apparemment, selon le Premier ministre, la création de la RDA est seule inacceptable, mais pas celle de la RFA, même si dans les deux parties de l’ancien Reich stationnaient des unités de l’armée et était établie une administration militaire… En outre, la décision de diviser l’Allemagne en quatre zones d’occupation était parfaitement actée en termes de droit international – en conformité avec la décision de la conférence de Yalta, entre les puissances alliées. Et d’ailleurs la RFA a été créée avant la RDA (en mai et octobre 1949), donc l’Union soviétique ne peut pas être considéré comme l’initiateur de la construction du célèbre "mur". En outre, l’Union soviétique déjà sous Staline a demandé l’unification de l’Allemagne et officiellement préconisé son unité et sa neutralité.

Au ministère allemand des Affaires étrangères, apparemment, ils ont mis le temps pour concocter un long discours, mais ils ont trouvé un moyen de se sortir de cette situation. Condamner directement la déclaration de Iatseniouk à Bonn – et généralement en Occident – était impossible, car dans ce cas aurait été porté un coup non seulement à l’image internationale de l’Ukraine, mais aussi à la position de ses alliés dans l’UE et aux États-Unis. Par conséquent, le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Schaefer a déclaré en termes vagues que le Premier ministre ukrainien, comme n’importe quel politicien et citoyen en général, a la capacité et le droit d’exprimer ses points de vue dans les médias. « C’est une expression de la liberté, qui est très importante pour nous », a-t-il ajouté, demandant que les autres questions sur l’interprétation des déclarations du Premier ministre ukrainien soient « communiquées non pas au gouvernement allemand, mais à l’auteur de ces déclarations ». Le diplomate a également déclaré : « L’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale a mené une guerre terrible d’agression contre l’Union soviétique, qui a causé d’indicibles souffrances à d’innombrables Russes, Ukrainiens et autres citoyens soviétiques. La position de l’Allemagne par rapport à cette période de son histoire est très claire, et la position du gouvernement de l’Allemagne reste absolument inchangée ».

On ne sait pas combien de "mots doux" ont sifflé depuis aux oreilles de Iatseniouk. Il est probable que de nombreux politiciens vont maintenant commencer à douter de sa pertinence, même ceux qui ne voulaient pas écouter les paroles du président tchèque Milos Zeman, qui peu de temps avant l’entrevue controversée l’avait qualifié de « premier ministre de la guerre ». Et la position d’Arseni Petrovich sur la scène politique peut être ébranlée. Ainsi, le chef du Mouvement international des droits de l’homme « Monde sans nazisme », Boris Spiegel, s’est adressé à Petro Porochenko, pour lui demander d’examiner l’opportunité de maintenir l’actuel chef du gouvernement à ce poste. Bien qu’il soit peu probable que des mesures soient prises dans l’immédiat, ces déclarations de Iatseniouk ne sont pas près d’être oubliées…

André Zimine

Voir en ligne : en russe dans la revue du KPU

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