La crise ukrainienne vue d’Odessa, par Anton S.

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Le 2 mai, le monde entier regardait avec stupeur l’incendie de la maison des syndicats à Odessa et sa « quarantaine de morts », suite à une altercation entre les partisans d’une Ukraine unie (Secteur Droit, Ultras Kharkov et Odessa, Automaïdan) d’une part, et les Pro-russes d’autre part.

Si plusieurs média, ukrainiens, russes ou occidentaux ont relayé les images affreuses de brûlés et de défenestrés, aucun média ou presque n’a songé à donner la parole aux “odessites” qui en ont été témoins ou tout simplement qui vivent ici, afin de savoir ce qu’ils en pensent et comment ils le vivent. Aucun média, ou presque, ne fait l’effort de suivre l’enquête qui a été ouverte par le procureur, tout comme aucun ne s’est donné la peine de savoir quelle était la position d’Odessa dans la crise ukrainienne et quelles en sont les conséquences, au lendemain du sanglant vendredi 2 mai rebaptisé « vendredi noir ».

Il est question ici, non pas de revenir sur cet événement, mais de relater les faits tels que vécus par les habitants d’Odessa et ce qui s’en est suivi.

Odessa et le Maïdan

Le 21 novembre 2013, commence à Kiev, l’Euromaïdan qui prône une Ukraine plus européenne, une plus grande ouverture à l’Ouest. À Odessa c’est le calme plat. Il est nécessaire de préciser qu’entre l’Union Douanière avec la Russie et le rapprochement à l’UE, les Ukrainiens n’y comprennent rien, même ceux qui resteront au Maïdan jusqu’au bout, car en Ukraine, les politiciens en général n’ont pas pour habitude de s’expliquer devant le peuple ou de présenter un quelconque programme ou plan d’action, sauf à la veille d’élections, et encore… Héritage de l’ère soviétique, dit-on ici, il faut croire en ceux qui dirigent, c’est comme un devoir national. De ce fait, même quand la rue gronde, nul n’est besoin de lui donner des explications que elle ne comprendrait peut être pas mais s’en contenterait… mieux vaut l’enfumer avec une prétendue future réduction de taxes, hausse de salaires ou autre projet factice qui évidemment, ne verra jamais le jour.

Aussi a-t-il été aisé pour les organisateurs de l’Euromaïdan d’être dans l’air du temps en s’inspirant du printemps arabe avec sa puissance de propagande via le net, et bien aidés, par les multiples séminaires organisés et financés par l’ambassade des États-Unis dans ses locaux à Kiev. Les américains ont appris depuis bien longtemps à mettre en pratique cette citation de Louis Latzarus : « Il n’y a jamais eu qu’un moyen de se hisser au pouvoir, c’est de crier : peuple, on te trompe ! »

Le 25 novembre, cent vingt policiers bien assistés par des « antimaidan » interviennent et dispersent l’Euromaïdan d’Odessa. Trois « maidanshiki », comme on les appelle, sont arrêtés et seront détenus sans chef d’accusation jusqu’au nouvel an. Parmi eux Alexeï Tchiorny, représentant local de l’Alliance Démocratique. Retour au calme après ce non-événement qui n’a pas réuni grand monde, les gens ne se retrouvant pas encore dans ce mouvement. Et puis, dans une ville contrôlée par le Parti des Régions du Président, il est fort imprudent de crier haro sur le pouvoir en place. On a tôt fait d’être molesté, c’est très courant. Alors, ils vont se faire plutôt silencieux désormais avec des meetings sans grand enthousiasme, mais avec une forte activité sur les réseaux sociaux notamment vkontakte. C’est là que naissent des cellules de recrutement de volontaires (rémunérés) pour aller manifester à Kiev.

Après la trêve de nouvel an, il commence à être question de la démission du Premier ministre Nikolai (Mykola) Azarov et de son gouvernement, et même de celle du Président. C’est là que d’Odessa se formeront des charters pour Kiev. Ce sont surtout des jeunes entrepreneurs et directeurs de PME qui feront le voyage au moins un week-end sur deux ; ils en ont encore en travers de la bourse, après avoir été floués par Ianoukovitch qui au lieu d’alléger les taxes pour les PME comme promis lors de la campagne électorale, les a plutôt doublées. C’est donc de gaieté de cœur qu’ils feront le déplacement pour Kiev.

La démission du premier ministre le 28 janvier sonne l’hallali, et une page est créée sur vkontakte spécialement pour inviter tous les volontaires et les propriétaires d’armes à feu à se joindre aux groupes qui iront à Kiev. Il y est écrit : « Que tous ceux qui ont des pistolets, des fusils ou autres accessoires militaires se joignent à nous pour aller renverser l’oligarchie à Kiev ! Si vous avez une arme, mais vous avez peur de participer activement et d’avoir des problèmes avec la police, vous donnez votre arme contre une somme d’argent variant entre 800 et 1.500 hryvnias, selon le type et l’état de ladite arme. Elle vous sera rendue à la fin du maïdan ». C’est ainsi que pleins de jeunes odessites, garçons et filles, d’autres moyennant finance (300 g/j) iront aux côtés du Secteur Droit donner l’assaut et obtenir la fuite de Ianoukovitch, dans la nuit du 21 au 22 février.

Pendant tout ce temps, la vie à Odessa suit son cours, tranquille, pour ceux qui ne participent à aucune activité politique, avec des avis partagés sur ce qui se passe à Kiev : certains déplorent la faiblesse du Président qui aurait dû tuer le mouvement dans l’œuf avant qu’il commence, tout le monde était au courant pour l’Euromaïdan ; il aurait pu aussi envoyer les Berkout dès le premier jour en découdre avec les manifestants et dissuader tous les pro-UE par des coups de force stratégiques. D’autres pensent au contraire, que ce n’est que justice ; le peuple l’a porté au pouvoir, le peuple a le droit de le faire tomber. Il est toutefois un point sur lequel tous s’accordent, la destruction des biens et des monuments, notamment les statues de Lénine, n’a rien à voir. À Odessa, on se dit que c’est bien que tout cela se passe ailleurs, personne ne veut voir sa ville vandalisée.

L’après Maïdan

Ianoukovitch parti, tous les “odessites”, retournent à la maison. Ils ont fait leur part de travail et sont fiers du résultat. Ils n’auront malheureusement pas le temps de goûter aux plaisirs du repos du guerrier, un autre adversaire apparaît comme par enchantement.

Le projet de loi qui interdit la langue russe et des sanctions contre ceux qui oseraient s’exprimer en russe est introduit au parlement à Kiev par Oleg Tiagnybok, chef du parti d’extrême droite Svoboda et adopté en session par les députés sous la pression des hommes du Secteur Droit présents dans la salle. Même si le président par intérim Oleksandr Tourtchynov y oppose son veto et refuse par la suite de signer le décret le mettant en application, la cassure est nette. L’idée de condamner des gens pour avoir parlé le russe ne peut venir que de personnes qui n’aiment pas Odessa ou qui ont des comptes à régler, pense-t-on ici. Les élites et les populations locales se sont battues avec acharnement en lançant l’opération “Я говорю по русский”, ”Je parle russe”, qui aboutira au projet de loi sur le statut des langues en Ukraine. Adopté au Parlement le 3 juillet 2012, le texte de loi sera ratifié par décret présidentiel le 8 août et prendra effet le 10 août. Le lundi 13 août 2012, Odessa devient la première région à accorder au russe le statut de langue régionale, bien avant Donetsk, Lougansk, Kharkiv, Kiev et même La Crimée !

Il faut croire que les auteurs du projet de loi sont des dinosaures de la politique en Ukraine :

- Vadim Kolesnichenko, député de Sébastopol ; ouvertement pro-russe et défenseur de droits du peuple russe, habitué des bagarres au Parlement et même dans des débats télévisés en direct. Il renonce à son mandat de député après le référendum en Crimée, renonce à la nationalité ukrainienne. Il déclare à cet effet : « Je renonce à être membre du Parti des Régions parce que nous sommes ici sur le territoire de la Russie ». Il prend la nationalité russe et est depuis membre du parti Rodina (Patrie). Il a également déclaré à propos des élections du 25 mai en Ukraine : « Bien que chaque parti puisse proposer des candidats, à la présidence, nous savons qui va gagner. Les élections ne seront pas justes, car la moitié de l’Ukraine votera sous la pression des armes ».

- Sergueï Kivalov : juriste, multimilliardaire, ami et avocat de Ianoukovitch, président de l’Académie Juridique d’Odessa, député du Parti des Régions. Président de la commission électorale en 2004 pendant la révolution Orange, il est accusé d’avoir falsifié les résultats des élections présidentielles. C’est un homme puissant qui n’hésite pas à utiliser les moyens en sa possession pour intimider ou dissuader ses adversaires. Toujours prompt à défendre Odessa et ses habitants, il aurait passé un accord avec le gouvernement actuel pour la paix dans sa ville en échange de documents sur les avoirs de Ianoukovitch. Il a quitté le Parti des Régions 24 avril. Aujourd’hui il œuvre activement à la bonne tenue des élections du 25 mai.

Pourquoi les habitants d’Odessa se sont-ils tant battus pour garder le russe comme langue régionale ?

Odessa est une ville cosmopolite, qui aurait à un moment compté jusqu’à 133 groupes ethniques. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? Difficile à dire… Toujours est-il que le russe est la langue la mieux partagée même si l’ukrainien y occupe une place importante. Des conversations en russe et ukrainien sont monnaie courante et les interlocuteurs se comprennent parfaitement, en ce qui concerne les personnes âgées. Parce que chez les jeunes de moins de 30 ans l’ukrainien ne passe pas ou passe mal. Même les jeunes qui débarquent à l’université en provenance d’une petite ville ou l’ukrainien est très parlé finissent par se laisser entraîner dans la spirale imposée par le russe.

Toutefois, dans l’idée de préserver l’ukrainien les députés locaux ont voté en 2006 l’enseignement obligatoire en ukrainien pour la maternelle et le primaire, ainsi que les cours de langue ukrainienne et l’histoire de l’Ukraine, en ukrainien, dans les universités. Comme quoi, l’ukrainien a toujours une place privilégiée même si l’on s’exprime en général en russe.

Odessa la belle, Odessa Mama est le fleuron du tourisme en Ukraine, plus d’un million de touristes en 2012. L’été venu, c’est la destination préférée des Russes avec ses multiples plages réparties sur 10 kilomètres. Le russe est un très bon client d’où l’intérêt dans cette ville de rester proche de la Russie. La détérioration des rapports entre le gouvernement par intérim a Kiev et la Russie rend tout le monde sceptique pour l’été qui vient et se fait déjà ressentir dans les produits de consommation.

Après avoir perdu la Crimée, le Parlement, à l’initiative d’Oleg Tiagnybok, a interdit la vente en Ukraine d’une série de produits provenant de Russie au motif que ceux-ci ne sont pas conformes à la norme ukrainienne. Tous ces relents xénophobes en vigueur depuis la chute de Ianoukovitch ont donc exaspéré des “odessites” qui ont lancé un mouvement pro-russe qui prône l’assainissement et le maintien des relations avec le "Grand Frère" russe. C’est ce groupe qui a planté ses tentes à Koulikovo et fait de l’esplanade de la Maison des Syndicats son quartier général. Ils y organisaient tous les week-ends des meetings pacifiques largement soutenus par la population jusqu’au vendredi sanglant.

Odessa meurtrie…

Deux mois de campement devant la Maison des Syndicats, ils ont résisté à plusieurs agressions, aux tentatives d’intimidation des partisans de l’Euromaïdan, aux menaces via les réseaux sociaux et les médias, aux avertissements du Gouverneur. Odessa s’était pourtant parée pour contrer toute attaque venant de l’extérieur. Il y a eu, bien sûr, cet engin explosif pas loin du 7ème kilomètre, le grand marché à la sortie de la ville, dont la déflagration bien que faible a sonné l’alerte et la constitution de groupes d’autodéfense qui, associés à la police surveillait les postes de contrôle aux différentes entrées de la ville. Tout le monde était passé à la loupe et les passagers suspects ne pouvaient rentrer dans la ville qu’après avoir fourni toutes les informations sur leur présence, dans le cas contraire ils rebroussaient chemin. Le mot d’ordre était : « Nous ne permettrons à personne de semer le chaos dans notre ville, le "Secteur Droit" ne passera pas ! ». Contrôles renforcés dans les gares et à l’aéroport, plusieurs patrouilles quadrillant les secteurs à risque de la ville, c’était presque un parfait… Fort Knox. Il était quasi impossible de troubler la tranquillité d’Odessa, à moins que…

Le mois de mai est un mois de festivités ici, c’est le mois par excellence des premiers barbecues et des pique-niques. La loi interdit la consommation de l’alcool dans les lieux publics ! Rien n’y fait. Mayovka (c’est le nom qu’on lui donne) est sacrée ! L’alcool et la viande grillée font bon ménage et parfois des ravages chez ceux qui en abusent ; et comme c’est monnaie courante ici… On a vu des voisins s’invectiver au point d’en venir aux mains parce qu’ils ont des opinions différentes sur la politique nationale. Mais les autorités ont prévenu, ce week-end festif pourrait être perturbé par des provocateurs russes qui souhaitent une division de l’Ukraine. Donc, vigilance !

À la veille des jours de match opposant certains clubs majeurs du championnat ukrainien de football, les ultras (hooligans) des équipes ont l’habitude de se réunir pour une marche de l’amitié, une sorte de baiser sur la bouche avant de se taper dessus pendant ou après le match. En rapport avec ce qui se passe dans le pays, la marche prévue le 2 mai à Odessa en marge du choc Tchornomorets – Metalist, aura pour symbole l’unité de l’Ukraine. Le parcours des ultras d’Odessa et de Kharkiv est déjà prévu et la police est informée.

Que des faits similaires aient conduit à un affrontement le 27 avril, moins d’une semaine avant, à Kharkov entre les ultras locaux et ceux de Dniepr d’une part, et des activistes pro-russe d’autre part, ne semble pas outre mesure inquiéter les autorités. Interdire la marche ou prendre des mesures pour éviter les débordements, les autorités ont le choix… tout comme celui d’être tout simplement spectateur ou figurant dans une danse macabre digne de Bollywood.

« 2100 policiers ont été mobilisés pour contrôler la marche et la sécuriser » annonce le numéro 2 de la police Dmitri Foutchedji aux médias locaux. La suite, on la connaît, tragique.

Des milliers de photos et de vidéos toutes autant horribles qu’elles semblent irréelles. Odessa blessée, brûlée dans sa chair. Et alors que son cœur saigne, pendant que certains sont encore coincés dans la Maison des Syndicats en feu, parce qu’ils ont peur de sortir sur l’esplanade où les attend le Secteur Droit pour les achever, les ultras et toute une pléiade de fous armés et assoiffés de sang, d’autres débouchent le champagne… pour célébrer ce coup porté aux terroristes. Le gouverneur Vladimir Nemirovsky est le premier à publier sur son compte Facebook : « J’estime que les mesures prises par les odessites pour neutraliser et arrêter les terroristes armés sont légitimes ».

Sur les réseaux sociaux, tout le monde se défoule, le Secteur Droit est aux anges, les néo-nazis sont à la fête. La députée Olessya Orobets du parti Patrie et candidate à la mairie de Kiev, qui fête le 3 mai son 32ème anniversaire écrit sur son compte Facebook qu’elle ne pouvait espérer un tel cadeau d’anniversaire : « Cette journée est entrée dans l’Histoire. Les citoyens d’Odessa, en dépit de la trahison d’au moins une partie de la police, ont défendu Odessa et prouvé qu’Odessa, c’est l’Ukraine. Au prix de la vie des patriotes, c’est une très grande victoire. Les agresseurs qui ont attaqué en premier, ont reçu la réponse adéquate ».

Les applaudissements du public de l’émission Chouster Live en direct sur la télévision nationale fait froid dans le dos. Par téléphone, Alexeï Gontcharenko, député d’Odessa, relate les événements : c’est surréaliste.

Ce soir-là, sur tous les réseaux sociaux et les sms-tchat des chaînes de télé locales, c’est l’alerte générale : « le "Secteur Droit" patrouille dans la ville, terrez-vous ! ».

Les premières infos non officielles font état de quinze citoyens russes et cinq originaires de Transnistrie déjà identifiés parmi les victimes. Informations démenties le soir même par la police sur son site qui annonce tout de même 38 morts, brûlés, asphyxiés ou défenestrés.

Le matin, la peur a cédé la place à la peine. Les morts sont tous des habitants d’Odessa. Concerto de pleurs et rivière de larmes sur l’esplanade de la Maison des Syndicats inondée de monde, les milliers de fleurs en mémoire des victimes ne peuvent pas embellir ce décor macabre ; elles ont perdu leur éclat. Même le soleil s’est caché derrière les nuages, dégoûté par tant d’horreur. Les drapeaux sont en berne, trois jours de deuil sont décidés par les députés locaux pour la ville, et Oleksandr Tourtchynov décrète deux jours de deuil national.

Pendant ce temps, des bloggeurs, des photographes amateurs et autres personnes ayant des photos et des vidéos de la tragédie les ont envoyées sur internet et les images qui font le tour du monde lèvent le voile sur les faits, déclenchant la colère des odessites, qui le 4 mai, après prières et recueillement devant la désormais lugubre Maison des Syndicats, se dirigent vers les bureaux de la police où sont détenus les rescapés de l’avant-veille. Sous la houlette des proches des victimes et des détenus, la foule menace d’attaquer et, après quelques heures de siège 67 personnes sont libérées et sortent en héros, portés par les cris d’une foule en liesse dont la joie cédera très vite place à l’incompréhension et à des envies de vengeance.

Qui ? Pourquoi ? Comment ?

Odessa paye-t-elle le prix de sa neutralité, ou sa presque indifférence à l’appel du président par intérim aux volontaires de rejoindre la Garde Nationale ?

Odessa, victime de la guerre des clans politiques ?

S’il est un fait réel ici, c’est que ceux qui n’ont pas jubilé, n’ont pas non plus condamné les auteurs, les vrais, de la tragédie. Tout au contraire se sont-ils tous empressés de féliciter les patriotes qui à Odessa se battent contre les pro-russes. Hormis la Russie, même son de cloche chez les politiciens ukrainiens, et calme plat chez les commanditaires et partenaires européens et états-uniens.

Alors les premiers éléments confirment des traces de chloroforme, une commission parlementaire de onze députés a été désignée pour chapeauter l’enquête. Parmi ceux-ci Aleksandr Doubovoï, de la fraction Bloc Ioulia Timochenko, qui a été formellement accusé par Vladimir Nemirovsky, déjà ex-gouverneur, et Dmitri Foutchedj d’être le responsable de la tragédie. Selon Foutcherdji, l’ordre de ne pas intervenir de la police, venait directement de Doubovoï. Le président de la commission, Anton Kysse, que les médias présentent comme le sponsor des provocateurs d’Odessa, répondant aux journalistes qui lui ont demandé si c’était correct d’avoir Doubovoï dans la commission malgré les accusations à son encontre, a déclaré que c’est à sa fraction d’en décider et que le député n’était même pas présent lors de la désignation des membres de ladite commission. Et il a ajouté : « Un député, qui est impliqué, je ne pense pas qu’il joue un rôle dominant… Nous sommes vigilants, croyez-moi, c’est très difficile, très ouvert, certaines personnalités ne jouent aucun rôle. Cela ne peut pas affecter l’objectivité de l’enquête ». Autrement dit, être juge et partie n’a rien de subjectif !

Au même moment Foutchedj qui roule, dit-on pour l’oligarque Igor Kolomoïsky gouverneur de la région de Dniepropetrovsk, est accusé par le camp Ioulia Timochenko d’être un acteur clé du vendredi sanglant. Les partisans de Timochenko affirment que les provocateurs étaient en fait des membres de la milice de Kolomoïsky, basée dans son fief à Dniepropetrovsk. Au regard des preuves audiovisuelles du 2 mai, le rôle de Foutchedj est tout de même trouble. Malheureusement, il n’est plus là pour lever les points d’ombres qui déjà entravent cette enquête. Entendu comme témoin et assigné en résidence surveillée le 7 mai, il est porté disparu depuis, et recherché par la police. Selon le Ministre de l’intérieur, Arsen Avakov, il aurait quitté l’Ukraine, le même jour !

Et son supérieur hiérarchique au moment des faits, Piotr Loutsiouk est également porté disparu depuis le 20 mai alors qu’il était justement attendu à Kiev pour être entendu par la commission parlementaire. Et tandis que les clans politiques se renvoient la balle le peuple, lui, s’interroge.

Comment, avec toutes les mesures prises pour sécuriser la ville, les provocateurs ont-ils réussi à entrer et sortir de la ville sans être inquiétés ?

Pourquoi la police attentiste tel qu’on le voit sur les photos et les vidéos, laisse-t-elle faire les provocateurs pour s’activer à arrêter plutôt les rescapés de la Maison des Syndicats ?

Comment a-t-on pu confier à la même police une enquête dans laquelle elle est prise à partie alors qu’il était censé y avoir des enquêteurs étrangers ?

Pourquoi le conseil de sécurité de l’ONU si prompt à vouloir investiguer refuse-t-il d’y envoyer des enquêteurs comme la Russie l’a suggéré, et choisit de faire confiance aux enquêteurs ukrainiens malgré les éléments cités, qui laissent planer le doute sur l’objectivité de ces investigations ?

Le ministre de l’intérieur a lui, pour sa part, affirmé qu’il y avait des preuves que des politiciens locaux ainsi que des proches de patrons de la police locale en étaient les instigateurs. Il a même donné un nom, Édouard Gourvits, ex-maire et candidat aux élections pour le parti OUDAR, de Klitchko, et soutenu par Petro Poroshenko, aux élections municipales qui se tiendront le 25 mai, en même temps que les présidentielles. S’il y a des preuves, pourquoi n’est-il pas arrêté ou même placé en garde à vue ?

Un vrai nid de serpents difficile à dépêtrer. Les odessites aimeraient comprendre, même si cela ne ramènera pas les morts. Après la tentative d’interdire la langue russe, le massacre du 2 mai laisse tout le monde perplexe. L’Euromaïdan valait-il vraiment la peine ?

Venus se recueillir le 4 mai à la Maison des Syndicats, Vitali Klitchko, et les deux favoris de la course à la présidence, Ioulia Timochenko et Petro Poroshenko, ont été copieusement hués. Ioulia a certainement perdu les quelques soutiens qui lui restaient ici, après avoir affirmé que ceux qui s’étaient battus contre les séparatistes étaient des héros… Du cynisme, sur le lieu même de la tragédie !!!

À quelques jours des élections présidentielles, Odessa penche en faveur de Porochenko, originaire de la région, mais à vrai dire, le cœur n’y est pas. On regrette déjà ce bon vieux Ianoukovitch, mauvais président, peut-être pas la poigne et l’assurance d’un vrai chef, mais pas sanguinaire, non plus.

Une brèche a été ouverte qui peut-être ne se refermera jamais. Bon nombre de personnes, des étudiants pour la plupart, ont fui la ville ou se terrent après la publication d’une liste de personnes à éliminer pour avoir pris part au tragique vendredi sanglant. Des jeunes qui peut-être voulaient tout simplement défendre l’intégrité de leur pays et sauvegarder la paix dans leur ville ont aujourd’hui leurs photos, adresses et contacts sur le net, suivis de la mention « à détruire ». Ce qui met également leurs proches en danger. Ils reviendront un jour, certainement, mais le mal est fait et nul ne doute qu’ils n’auront pas la conscience tranquille. Un accident est si vite arrivé…

Saura-t-on jamais la vérité sur les réels commanditaires de ce drame ? Ici, on dit que même si les responsables échappent à la justice des hommes, celle de Dieu ne les loupera pas. La blessure finira bien par cicatriser un jour, mais Odessa n’oubliera jamais. Quelque chose s’est cassé. Rien ne sera plus comme avant.

Anton S. pour www.les-crises.fr

Voir en ligne : Sur le blog de Olivier Berruyer

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