Je veux tout ! Ecrit par le mystérieux Descartes

, par  Descartes , popularité : 1%

On l’a appris aujourd’hui : suite à un appel d’offres, le STIF [1] a accordé le marché de la prestation "assistance téléphonique", aujourd’hui tenue par une entreprise ayant ses centres d’appel en France, à un prestataire qui délocalisera l’activité en Tunisie. Pour se justifier, le STIF affirme qu’accorder le marché à son ancien prestataire n’aurait rien changé : pour faire une offre compétitive, celui-ci prévoyait de délocaliser son activité en Roumanie. Le président de la République a profité de son déplacement chez Valéo pour en dire deux mots. Deux mots qui, on s’en doute, ont été dans le style du "président normal" : il souhaite que les responsables de ces contrats pensent à acheter du "produit en France", mais toujours dans le "respect des règles". Des règles européennes de libre-échange, s’entend, puisque "il n’est pas question de tomber dans le protectionnisme". On est bien avancés.

Cette affaire tombe mal pour Arnaud Montebourg, qui étudiait la possibilité de rapatrier l’activité d’assistance téléphonique des opérateurs de télécommunications. Idée qui avait soulevé des commentaires défavorables de la part des élus et politiques "de gauche", toujours prompts à défendre les intérêts des classes moyennes. Il faut dire que l’idée du ministre était de reporter les coûts supplémentaires induits par ce rapatriement sur les consommateurs.

Ces affaires montrent bien où se situe le principal mécanisme qui pousse au libre-échange. Ce ne sont pas "les riches" ou "le grand Kapital" qui poussent à la globalisation. Ce sont les consommateurs, qui en exigeant les prix les plus bas quelqu’en soit le coût social, obligent l’industrie à aller chercher les bas salaires. C’est d’ailleurs le paradoxe de PSA : sa direction a été patriote, et conservé une proportion de production en France très supérieure à celle de Renault. Conséquence : Renault caracole dans les marchés alors que PSA court à la catastrophe. Il est donc l’heure de se poser à gauche la question qui fâche : sommes-nous - et quand je dis nous, je pense essentiellement aux classes moyennes, qui sont celles qui ont le choix à l’heure de consommer - sommes-nous prêts, disais-je, à payer plus cher ce que nous achetons pour permettre à ceux qui les fabriquent de bénéficier d’un emploi bien payé ? Ou préférons nous acheter bon marché et payer des chômeurs ?

Pour le moment, les classes moyennes - et les gouvernements qui les représentent - ont toujours choisi la première solution. Le libre-échange "européen" nous a donné des produits bon marché et un chômage de masse. Le discours de la gauche (qu’elle soit sociale-libérale ou "radicale") sur les méchants "riches" sonne de plus en plus creux : la famille Peugeot a perdu depuis un an plus de trois quarts de sa fortune [2]. Ce ne sont pas les "riches" qui constituent le pire obstacle à la mise en place d’un "protectionnisme intelligent". Car le discours qui prétend que la délocalisation enrichit les capitalistes est fallacieux. Pour le démontrer, prenons un exemple : imaginons un marché automobile où il n’y aurait que deux entreprises A et B. A et B sont en concurrence, et proposent donc des voitures le moins cher possible pour prendre les clients à l’autre. Si le marché fonctionne correctement, le prix de la voiture va s’équilibrer à une valeur voisine du coût de production (c’est à dire, du niveau suffisant pour rémunérer le capital et le travail investi dans la production).

Maintenant imaginons que l’on ouvre la possibilité pour A et B d’aller produire ailleurs, là où les salaires sont plus bas, et que cela divise par deux le coût de production. Si seul A délocalise, alors il est évident qu’il gagnera beaucoup d’argent, puisqu’il pourra continuer à vendre les voitures à l’ancien prix d’équilibre (B ne peut baisser les prix sans tomber sous le coût de production) mais ses coûts auront baissé de moitié. A première vue, c’est donc bon pour le capital... seulement, si B fait la même chose, alors que se passera-t-il ? Maintenant les deux fabricants vendent au dessus de leur coût de production, et chacun aura la possibilité, tout en rentrant dans ses frais, de baisser le prix pour prendre des clients à l’autre... et l’équilibre sera atteint lorsque le nouveau prix sera proche du coût de production. En d’autres termes, les marges seront toujours les mêmes. Seul le consommateur gagnera, puisqu’il pourra acheter ses voitures à moitié prix.

Arrêtons donc l’hypocrisie : le plein emploi implique de faire accepter par ceux qui consomment le plus, de payer plus cher. Le reste, c’est du bavardage.

Descartes

[1Syndicat des transports de l’Ile de France. Il s’agit d’un organisme public contrôlé par la Région Ile de France dont la mission est l’organisation des transports publics dans la région parisienne.

[2L’action PSA côtait 27 € il y a un an, elle côte 6 € aujourd’hui.

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